‹ Sir Henry RaeburnChapitre 42 sur 71 · MRS. ROBERT BELL · texte numérisé non relu

MRS. ROBERT BELL

Lord Motureiff

LORD BRAXFIELD ET MRS. MACQUEEN 79

l'intelligence claire et facile des faits tangibles, jointe à l'absence de toute idéalité, de toute vénération, de tout intérêt pour la faiblesse et l'hésitation, de toute pitié pour ces écarts hors du bon sens auxquels un Français appliquerait son épithète commode de passionnel. Ce n'est pas exactement Weir de Hermiston ; ce n'est pas non plus Mrs. Macqueen, la "pauvre chienne " {puir bifc/i), qui mourut d'une mort si semblable à celle de son créateur ; l'homme a plus de bienveillance et la femme moins de futilité. Mais le contraste entre le traitement superficiel accordé par Raeburn à la femme, et l'expression pénétrante qu'il a prodiguée aux traits de son seigneur et maître, rendent les deux portraits aussi mal assortis que les Weir l'étaient eux-mêmes.

Ces deux tableaux datent d'environ 1790, époque où, d'ordinaire, Raeburn ne construisait pas ses têtes avec un soin aussi étudié qu'il l'a fait pour celle du juge. Son modelé, au contraire de la plupart des peintres, devint plus détaillé à mesure qu'il amassa de l'expérience. Les têtes qui semblent modelées avec une hache appartiennent aux premiers temps de sa maturité, aux années qui suivirent immédiatement son retour de Rome. Les formes plus rondes et plus détaillées du " Braxfield " sont probablement dues à l'intérêt inspiré par le modèle. Une séance de pose chez Raeburn durait généralement une heure et demie ; mais lorsqu'une personne douée de qualités hors de l'ordinaire venait à son atelier, il avait coutume de l'y retenir aussi longtemps qu'il pouvait. Il en résultait un accroissement proportionnel d'étude tel que les facultés intellectuelles des clients de Raeburn peuvent généralement s'induire de la somme de travail qu'il a mise dans leurs portraits.

Deux des meilleurs de ses premiers portraits de femmes appartiennent à peu près à ce temps. Ce sont ceux de Lady Steuart de Coltness et de Mrs. Campbell de Ballimore. On l'a souvent accusé d'être incapable de peindre une jolie femme. En fait, l'occasion ne lui en a pas été souvent offerte. Les jolis visages sont moins fréquents en Ecosse que dans l'une ou l'autre des deux contrées sœurs, et, il y a un siècle, les prix mêmes de Raeburn étaient affaire si sérieuse pour une bourse écossaise, qu'on amenait rarement des jeunes filles à son atelier. La grande majorité de ses modèles féminins étaient d'un âge jù le caractère est plus important que la beauté. Dans la dernière période, lorsque sa renommée et l'aug-

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mentation des revenus en Ecosse lui amenèrent un plus grand nombre de jeunes clientes, comme celles qui a\aient afflué chez Reynolds, Gainsborough, Romney, Hoppner, et Lawrence, il montra qu'il sa\'ait, lorsqu'il le fallait, plier son talent au joli. Dans un petit nombre de ses premiers ouvrages, on trouve des indications de la même faculté. Lady Perth, dans le groupe déjà décrit {voy. la Planche), est une jolie femme; le "William Ferguson de Kilrie," quoique ce soit un garçon, donne l'impression d'un don semblable ; et le portrait de Lady Steuart de Coltness montre un pouvoir de rendre la beauté de la femme mûre qui n'est inférieur à celui d'aucun peintre britannique. De tous les Raeburn que je connaisse, celui-ci est, je crois, le meilleur de son genre et de son époque. D'un dessin heureux, d'un coloris agréable, peint d'une touche large, l'air y circule, et c'était, peut-être, à l'époque où il fut fait, le meilleur morceau de "beauté" qu'eût encore exécuté une brosse écossaise. Celui de Mrs. Campbell de Ballimore doit avoir été conçu le même jour. La dame est plus vieille, plus lourde, et a abandonné toute prétention. Elle rappelle une dame de Frans Hais, et elle n'est pas peinte avec beaucoup moins de vivacité. Pour la couleur, on peut dire que c'est un des meilleurs ouvrages du maître. Le siège de jardin \ert, les troncs d'arbres argentés, et le feuillage automnal se combinent bien avec le blanc, le noir, et le gris verdâtre du costume de la dame, lesquels sont, en outre, de qualité plus riche qu'à l'ordinaire. Ces deux tableaux datent de 1795 environ, et montrent la façon dont Raeburn peignait les portraits de ladies vers le temps où Sinclair d'Ulbster posait devant lui. Plus tard, lorsque son goût aura été influencé par des séjours à Londres et par la connaissance de Hoppner et de Lawrence, il introduira dans son œuvre plus de douceur, une séduction féminine plus abondante; mais il ne devait guère dépasser l'union du caractère et du charme qu'on trouve dans " Lady Steuart."

La manière de Raeburn pendant cette période donne sa dernière fleur parfaite dans le " Professeur John Robison," auquel il a déjà été fait allusion. Le tableau appartient à l'Université d'Edimbourg ; mais il a figuré dans l'Exposition d'œuvres prêtées, dans l'été de 1900, à la Galerie Nationale d'Ecosse, et j'ai eu l'occasion de l'admirer à loisir. C'est un peu plus qu'une deminature, étant peint sur une toile de 50 pouces sur 40 (r"-27 x r'-oi6). Le Professeur se montre presque de face, assis, appuyé sur un coude, et fixant un regard aigu sur le spectateur. Il est enveloppé dans une robe de chambre

LE MACNAB

L'Hon. Mrs. Baillu Bamiltoti

LE PROFESSEUR JOHN ROBISON 8i

à raies rouges, vêtement aussi difficile à peindre que le tartan des braies de Sinclair ; au lieu de perruque, il porte un grand chapeau blanc. La conception montre dans tout son avantage la combinaison de courage, de franchise, et de simplicité particulière à Raeburn. Peu d'artistes auraient songé à peindre une telle figure, et ceux-là en auraient inévitablement atténué ou éludé de quelque façon l'éclat brutal. Raeburn la prend exactement comme elle est ; il imprime aux bras et au corps un mouvement harmonieux qui donnent un rythme à ces rayures monstrueuses, et puis il peint ce qu'il voit de la manière la plus large et la plus directe qu'il peut. C'est de la peinture carrée, s'il en fut jamais. Tous les coups de pinceau sont rectangulaires. Il est aussi difficile d'y trouver une courbe que dans une mosaïque. La tache à bords étalés, qui devait être plus tard l'élément essentiel du faire de Raeburn, n'a pas encore fait son apparition. Le pinceau, saisi nerveusement, laisse derrière lui un parallélogramme bien défini de couleur grasse. Si ce Robison avait été peint à Paris, ou même à Londres, on l'aurait accepté comme l'origine de l'école la plus caractéristique du XIX^ siècle, car il met en action vigoureusement et avec un entier succès les principes d'après lesquels les plus habiles de nos jeunes peintres travaillent depuis tantôt vingt ans. Mais il n'a été peint ni à Londres, ni à Paris, et ainsi il faut prendre son anticipation sur les méthodes modernes pour une de ces racines cachées — comme les conjectures justes de Léonard en physique — dont fourmille l'histoire.

Le "Robison" fut peint vers 1798, et il marque la fin en même temps que le développement le plus audacieux de la seconde manière de Raeburn. Bientôt après il commença à modérer l'extrême largeur de son modelé et à indiquer plus complètement le tissu de la chair et de la peau. La touche rectangulaire se substitue graduellement à la tache, et le modelé plus ou moins lentement construit prend la place de ce qui semble n'être que le travail d'une seule séance. Ce changement fut, sans doute, en partie le résultat de son expérience personnelle, mais il doit avoir été causé aussi, jusqu'à un certain point, par l'exemple de peintres plus méridionaux. Raeburn était vaillant, confiant en soi, et, dans la pratique de la peinture, infiniment hardi et adroit ; mais il était aussi modeste, et toute belle œuvre qu'il rencontrait avait son effet sur ses procédés. Les modifications que subit sa méthode dans les premières années du XIX' siècle sont trop en accord avec ce que faisaient alors des hommes comme Lawrence et Hoppner pour que nous les acceptions

comme entièrement dues à l'initiative propre de Raeburn. On nous dit qu'il ne fut que trois fois dans la capitale anglaise: en 1785, en chemin pour l'Italie; en 1810, lorsqu'il alla voir Wilkie et avoua qu'il était tenté d'émigrer et de réclamer sa part de la clientèle et du patronage anglais ; et en 18 15, après son élection de membre de l'Académie Royale (R.A.). Même en ajoutant une visite en 1787, lorsqu'il y passa en revenant de Rome à Edimbourg, il resta hors de la portée de l'influence anglaise pendant vingttrois ans, et il n'avait pu connaître Hoppner et Lawrence qtle par des gravures et par les quelques spécimens de leur talent parvenus jusqu'en Ecosse.

Pendant les premières années qui suivirent son expédition en Italie, Raeburn vécut dans la maison de sa femme. Deanhaugh était une maison carrée, à trois étages, mais de grandeur médiocre. " Elle n'était distinguée d'aucune manière, nous apprend-on, ni par l'antiquité, ni par la beauté architecturale, ni par les dimensions .... mais les environs en étaient très beaux et très pittoresques : un peu en arrière de l'Eau de Leith, une petite avenue qui se détachait de l'entrée de la maison St. Bernard's conduisait à sa porte principale."*" Quoi qu'il en soit, Deanhaugh devint bientôt trop petit pour Raeburn, surtout lorsque la mort de son frère William eut ajouté considérablement à ses ressources. Le transfert à St. Bernard's se fit aisément, car deux cents mètres à peine séparaient les deux maisons. La fille de Lady Raeburn, Ann Leslie, resta à Deanhaugh avec son mari, le Capitaine Inglis, de la marine royale, et y fonda une famille qui existe encore. La maison et les terrains de St. Bernard's s'étendaient sur la rive septentrionale de l'Eau de Leith, depuis un point au-dessus du Puits de St. Bernard (5/. Bernard's Well) jusqu'au village de Stockbridge, et depuis le bord du cours d'eau jusqu'au côté sud d'Ann Street. La description de Raeburn chez lui, donnée par feu Mrs. Ferrier, se rapporte à une époque bien postérieure de la vie du peintre, mais on peut y renvoyer le lecteur comme fournissant un fond à ces vives esquisses de l'artiste qui sont tout ce qu'on en peut avoir aujourd'hui. Mrs. Ferrier et les autres enfants de " Christopher North " étaient constamment à St. Bernard's, car leur demeure était tout près, dans Ann Street.

* Andrew : Life of Sir Henry Raeburn, R.A., p. 63. Deanhaugh eut d'autres souvenirs historiques que ceux qui se rattachent à Raeburn. L'Amiral Dundas, qui commanda en chef la flotte pendant une partie de la guerre de Crimée, y naquit.

LORD BANNATYNE

Mr. William McE'wan

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