SCENE XL
KOOKYILLE , LAVINIA.
LAVINIA, entrant vivement par la gauche et l 'apercevant. Ah !.. milord... que je suis heureuse de vous rencontrer !
lord kookville. Et moi donc!
lavinia. Vous qui approchez du roi...
oh! dites-lui que je ne puis... que je ne veux pas me rendre ce soir... à ce bal... où il m'a invitée... et où je ne dois pas paraître!
lord kookville. Je ne me chargerai jamais d'une commission pareille.
lavinia. Il le faut pourtant.
lord kookville. Il y aurait de quoi me faire disgracier à jamais. . Et d'ailleurs,
voudrait-il m'écouter voudrait-il me
croire?...
lavinia. Oui, il vous croira.... quand vous lui rendrez ce bracelet que je vais vous remettre... et que tout-à-l'heure j'ai trouvé sur ma toilette, où il est encore... je n'en veux pas.... je n'ai pas donné à sa majesté le droit de m'outrager à ce point.
kookville. Y pensez-vous!..
lavinia. Oui, c'est un outrage... je le regarde comme tel.
KOOKVILLE.
Ain : Va dyune science inutile.
Oser tenir un tel langage, A la cour n'est pas sans danger ; Et d'un aussi fâcheux message, Dieu me garde de me charger...
Nous autres, conseillers fidèles, Par état ne pouvons porter Aux rois que d'heureuses nouvelles , Quand on devrait les inventer.
lavinia. Mais milord, il le faut.
lord kookville. Alors , il n'y a que vous au monde...
lavinia. Et comment?... je ne puis ni le voir ni lui parler., et cependant, je vous le répète... il faut que je lui rende ce bracelet... il faut que je la prévienne., que je n'ai rien dit à sir Hugues de ses visites , qu'il doit les ignorer... cela vaut mieux... qu'il n'en soit plus question... et surtout, qu'il ne s'offre pas à moi en présence de mon mari, que je ne le voie jamais; car je le sens, son aspect ferait naître en moi un trouble dont peut-être je ne serais pas maîtresse. . et donnerait lieu à des soupçons que je ne mérite pas.... que je ne veux pas mériter.
lord kookville. Voilà en effet, des choses qu'il est très-nécessaire de lui faire savoir... Ecrivez-lui !...
lavinia. Moi!... me compromettre à ce point...
lord kookvile. Attendez alors, qu*au
LE MAGASIN THEATRAL
bal ou à la promenade.»., il se présente une occasion toute naturelle de lui adresser la parole, sans être remarquée.
LAVINIA , aveu impatience. Mais ce bal... je n'irai pas, et c'est aujourd'hui même... c'est à l'instant , qu'il faut qu'il soit prévenu.
lord roorville. Voilà le difficile....
car il ne pouvait pas deviner que vous aviez à lui parler... à moins que lui-même n'ait été au-devant de vos vœux , dans ce billet que j'avais à vous remettre.
lavinia, étonnée. Quoi!... il vous avait chargé...
lord koorville. Il m'avait fait cet honneur.. . un billet tout ouvert qui calmera vos craintes.
( Lavinia regarde autour d'elle avec effroi. )
LORb roorville, iarassurant. Personne, madame...
lavinia. Donnez. [Koohville lui remet le billet, qu'elle lit avec émotion.) « Pour votre » intérêt... pour le mien, il faut que je » vous parle. »
RoorvillE. Vous le voyez !
lavinia. « Deux minutes seulement et » sans aucun danger. Ce soir, en me ren- » dant à la salle du bal, je traverserai la » grande galerie du palais où donne votre » appartement... le hasard, peut vouscon- >• duire sur mongpassage, et l'étiquette ne >» me défend pas de vous offrir la main » jusqu'à l'extrémité de la galerie. »
lord roorville. Cela se fait tous les jours.
LAVINIA, achevant délire. « Toutesvosdé- >» marches sont surveillées ainsi que les
» miennes, et si vous consentez jen'ai
» qu'un moyen de le savoir. . . portez, pen- » dant une heure... une heure seulement, » le bracelet que vous avez dû trouver sur » Votre toilette... » (S' interrompant.) Jamais... jamais...
lord roorville. S'il n'y a cependant pas d'autres moyens de le prévenir...
lavinia. Non... non... je ne consens pas...
LORD ROORVILLE, avec chaleur. Et l'inquiétude... et les tourinens... et les dangers où vous laissez sa majesté... car il y a des dangers... il peut y en avoir... ses démarches sont surveillées... les vôtres aussi... il vous le dit... et c'est pour votre repos... pour celui de votre mari...
LAYlNie, avec terreur. Taisez-vous... c'est lui... je l'entends.
lord roorville. Qu'importe!., si vous daignez seulement réfléchir...
^ lavinia. Eh bien! monsieur... [Mouve-
ment de Kookville.) Non... non, laissezmoi... laissez-moi... je refuse...
(Elle s'enfuit par la porte a gaucbe. )