‹ Sir Hughes de Guilfort, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 15 sur 33 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

LORD KOOKVILLE, puis SIR HUGUES.

LORD ROORVILLE, froidement. C'est de droit, c'est toujours comme cela... (Apres un instant de silence. ) Elle y viendra... dans l'intérêt même de son mari et de sa réputation... l'intention est bonne et c'est toujours par les bonnes intentions que les femmes se perdent. {Se retournant vers sir Hugues qui entre. ) Eh ! c'est notre ami !

sir HUGUES. Moi-même... encore tout étourdi de ce que j'ai vu... et pourtant je suis bien éveillé n'est-ce pas ?

lord roorville. Vous avez obtenu audience ?

sir HUGUES. Non, le roi n'était pas visible... mais tous ces messieurs de la cour m'ont dit qu'ayant un logement ici dans le palais, chez cette excellente milady Suffolk , j'aurais à chaque instant l'occasion de me trouver sur le passage de sa majesté.

lord roorville. Rien de plus facile!

SIR HUGUES. Ils m'ont offert de m'indiquer l'heure des repas, l'heure de la chasse, l'heure de l'office. . .

lord roorville, à part. Quelle bassesse !

SIR HUGUES

Air : Un homme pour faire un tableau.

Ils me saluaient, m'entouraient,

Tous auraient voulu me conduire ;

Et ma main, comme ils la serraient !

Ce' tait une rage, un délire !

Ils avaient tant d'e'gards pour moi,

Que j'aurais pu croire sans peine,

Avoir pris la place du roi.

kookville, à part.

Non, c'est le roi qui prend la sienne. SIR HUGUES. J'ai aperçu dans le nombre des ennemis à moi, qui me souriaient avec tant de grâce que toute ma haine s'est dissipée... je ne leur en veux plus!., tout est oublié, je les aime... bien plus, il y avait là de puissans seigneurs tout chamarrés de plaques et de cordons... des pairs du royaume que je n'avais jamais vus, et qui me tiraient par mon habit, en me disant: Sir Hugues ne reconnaît donc pas ses anciens amis ?

lord roorville. Ah! j'en rougis pour

eux!

sir nUGUES. Pourquoi donc ?. . on a souvent des amis sans le savoir, et dans le doute... je les ai reconnus.... accueillis , embrassés...

lord roorville. Vous êtes trop bon !

SIR HUGUES

défiez-vous d'eux..: ils vous accableront d'éloges et d'embrassades...

sir HUGUES. C'est déjà fait.

LORD kookvjlle. D'invitations de toute espèce...

SIR HUGUES. Mes poches en sont pleines.

LORD kookville. Ils deviendront vos courtisans... vos flatteurs...

SIR hugues. Me flatter ! moi!., pauvre gentilhomme campagnard, tout franc, tout rond... que diable !... je ne suis pas un prince.

LORD KOOKVILLE, àpart. Il ne soupçonne pas son pouvoir...

sir hugues. Ma foi, je prends les choses du bon côté... et je crois leur bienveillance désintéressée . . . d'autant mieux qu'elle ne peut les mener à rien.

lord kookville. Voilà où est votre erreur!.. (A part.) Car il ne devine rien, il ne sait rien, il ne se doute même pas de son bonheur et j'ai envie de le lui dire... (Haut.) Voyez-vous, mon cher ami, il suffit dans ce pays, d'un petit coup de vent pour vous faire tourner bien des grandes girouettes...

sir HUGUES. Ah! bah!., vous croyez?

kookville. L'ombre de faveur dont le roi vous honore. . . car ce n'est encore qu'une ombre... qui, je l'espère pour vous, prendra de la consistance... enfin, cette apparence de crédit attire à vous une foule de gens qui cherchent déjà à l'exploiter à leur bénéfice... des gens qui veulent vous mettre en avant pour s'avancer eux-mêmes ; et accaparer grâce à vous des places, des honneurs, des pensions... ce sont d'adroits ambitieux, des intrigans, de faux amis.

sir HUGUES. Je vous remercie ! . . (A part. ) C'est un bon homme celui-là ! . .

lord kookville. Qu'il ne faut pas confondre avec ceux qui vous aiment pour vous-même.. . ( Lui tendant la main . )Ceux qui ont parlé pour vous, avant voue faveur, et qui s'en réjouissent maintenant en amis sincères et désintéressés. ( Tirant un placet de sa poche.) Voici un placet, que j'allais présenter au roi! il ne me refuse rien... mais je suis sûr qu'une apostille de votre part ferait le meilleur effet.

sir hugues. De ma part.. . vous croyez. ..

lord kookville, allant à la table. Quand le roi s'est attaché à quelqu'un.. . il ne met pas de bornes à sa faveur.

sir hugues. Permettez... sa majesté a bien voulu réparer d'anciennes injustices à mon égard... c'est bien, c'est royal!... elle m'a traité même avec une grande bonté... à la bonne heure !. . mais de là à de

l'attachement et à de la faveur.»., il y a loin.

LORD KOOKVILLE, venant auprès de lui.

Moins que vous ne croyez, et vous ne soupçonnez pas votre crédir.

sir hugues. En vérité !.. mon crédit... il paraît décidément que j'en ai!

LORD KOOKVILLE, mystérieusement. Je le connais mieux que vous-même... et si vous voulez en avoir la preuve... signez.

(Il va à la table.)

sir hugues. Ma foi ! ne fût-ce que pour essayer...

LORD KOOKVILLE, lui présentant la plume. Signez, vous dis-je ?.. vous ne risquez rien que de ne pas réussir, et j'en cours la chance.

SIR HUGUES, prenant la plume. Au fait... il a raison!., c'est pour vous?

lord kookville. C'est tout comme !..

c'estpour mon fils aine... (Ployant le papier.) une compagnie de dragons, que je demande.

SIR hugues. Et vous croyez que mon apostille peut donner comme ça des dragons?

lord kookville. C'est comme si j'avais obtenu. . . [sir Hugues lui rend le papier) votre signature vaut dans ce moment celle du roi.

SIR HUGUES, étonné. Que dites-vous!

kookville. Oui, mon. ami, mon noble ami... ce n'est rien encore... et bientôt je l'espère, vous arriverez au rang et au crédit que vous méritez sous tous les rapports.

sir hugues. Et comment?.. Expliquezvous!., que je sache enfin...

KOOKVILLE, voyant Oswald qui entre vivement. Silence!., voici un importun!, je cours près du roi, et je reviens vous retrouver.

(Il sort par la droite.)

Page 1