SCENE XIII
SIR HUGUES, puis OSWALD.
SIR hugues. En vérité, ils ont tous perdu la tête... à moins que moi-même... Ma foi ! si je n'étais pas bien sûr d'être à Windsor, je me croirais à Bedlam. Encore quelqu'un... Allons, pendant que je tiens la plume.
OSWALD, pâle, égaré. Ah ! sir Hugues!
SIR nUGUES, le regardant. Mon Dieu ! cet air agité !
OLWALD, regardant autour de lui. Personne ne peut-il nous entendre ?
SIR hugues. Eh ! non vraiment !.. êtesvous fou ?
LE MAGASIN THÉÂTRAL
OSWALD. Ma foi ! il y a de quoi le devenir... 11 y va de ma fortune ou de -ma vie ; et ne sachant que faire et que résoudre , ne sachant quel parti prendre ?. . . c'est à vous que je m'adresse, à vous qui êtes mon vieil ami.
sir iiugues. Toujours votre conseil.
OSWald. Et presque mon père.
SIR HUGUES. Parlez , vous m'effrayez.
OSWALD. Et il y a de quoi.
Air : de la Robe et les Boites.
Mais n'est-ce pas vous compromettre , Que vous dire un pareil secret.
SIR HUGUES
A.h! vous pouvez vous le permettre; Car, mon cher, a ce qu'il paraît, Pour^ous s'agit-il d'une grâce?
^Parlez, je puis vous protéger; •Si quelque péril vous menace, Parlée encor.... je veux le partager.
OSWald. Vous savez que depuis un an yai été placé dans la maison de la reine... .-secrétaire intime, secrétaire des coramandemens-.. Je quitte peu sa majesté, et j'ai <été à même d'apprécier son caractère.
SIR HUGUES. Personne très-pieuse à ce «qu'on vdit.
OSWA UD. Du tout.
sir HUGUES. Caractère froid et réservé.
OSwald. Pas le moins du monde., ardent, passiom^S et d'autant plus irritable, qu'elle vit dans une contrainte continuelle, suiveilJéepar l'électeur de Brunswick, son beau-père qu'elle ue peut souffrir, et qui la déteste.
sir nuGUES. Voilà un intérieur agréable, dont personne ne se doute.
OSWALD. Excepté m oï, qui étais témoin de ses chagrins... et pk vîd'une fois sa majesté me les a exprimés a ^ec une confiance, un abandon, qui me flatt «îça* infiniment, une princesse à peu près à "e «wn âge, élevée par ma mère.;., mais en ' même temps cela m'effrayait , parce que '■ malgré moi cette bienveillance extrême m edonnaitdes idées... que je repoussais, qm ï f éloignais, qu'il me semblait impossible i iWmeUre.. et aujourd'hui, tont-à; -l'heure €^ûu, à la suite d'une aventure trop long '**& à vous expliquer, et où la reine était trieuse contre son mari...
SIR nuGUES, avec inquiétude. Eh bien!
OSwald. Eh bien! que vous dirai -je?..
Je crains d'avoir mal entendu, mal compris. .. et pourtant c'était bien clair.
SIR HUGUES, de même. Eli bien?
OSWald. Eh bien !.. pour ce soir, pendant le bal où elle ne va pas... elle m/a presque donné un rendez-vouis !
sir hugues, avec colère. Malheureux L.
et tu irais?
oswald. Et voilà justement ce qui me fait perdre la tête. Maintenant que tous mes projets de bonheur sont détruits, que faut-il faire ? que feriez-vous à ma place ? Conseillez-moi.
sir hugues. Je n'irais pas î oswald. Manquer ainsi à tous les sentimens d'honneur envers une femme... envers une reine !.. et puis elle croira que la crainte m'a arrêté.... elle me regardera comme un lâche.
sir hugues. Ecoute-moi î. est-elle donc si belle, si séduisante?
oswald. Je ne dis pas cela. Il y a à la cour vingt femmes qui sont aussi bien... qui sont mieux peut-être... mais enfin, c'est une reine !
sir nuGUES. Et alors, tu l'aimes, tu l'adores, tu en es amoureux fou?
oswald. Non, non... je ne crois pas.
Mais songez donc. .. c'est une reine ! ! !
SIR HUGUES. Et sans entraînement, sans amour, sans autre mobile que l'ambition ou la vanité, tu exposerais tes jours ? Oswald. Ah! pour cela, peu importe î SIR hugues. Tu trahirais ton roi qui t'a comblé de bontés , qui m'accable de ses faveurs. . . ce roi qui a droit à nos respects, à notre reconnaissance, tu irais, par une lâche perfidie, par une action infâme, toi qu'il a reçu chez lui, qu'il admet dans ses foyers. . . tu irais attenter plus qu'à sa vie. . . à son honneur... non, non... tu n'iras pas, (Lui mettant la main sur la poitrine.) Il y a là un cœur qui m'entendra.
OSWALD, se jetant dans ses bras. Mon père, mon père!.. Ah! que ne puis-je en effet vous donner ce nom... je n'hésiterais plus.
SIR HUGUES. Que veux-tu dire?
oswald. Si par sa froideur et ses refus, votre fille ne me réduisait pas au désespoir , si elle ne repoussait pas mes vœux, si elle acceptait ma main, à l'instant même je quitterais la cour, je partiraisavec vous, car je l'aime, voyez-vous, c'est elle seule que j'aime, et si vous pouviez la décider à m'écouter.
sir hugues. Nous verrons !
oswald. A ne plus me haïr seulement.
SIR HUGUES
Air: Époux imprudent, fils rebelle.
Oui, de la cause de sa haine, A linstant je vais nf informer; Et, pour calmer ici ta peine, Je vais la prier de tVmier...
Je vais ordonner de t'aimer.
.four son époux, je veux qu'elle te nomme ; Mais tu sais quel ordre est le mien.
Et ma fille , songes-y bien , Ne peut aimer qu'un honnête homme.
SIR HUGUES
Tu renonceras à tes projets de rendezvous.
OSWALD. Oui , milord. Mais d'un autre côté... que dire ?.. quelle excuse donner? SIR HUGUES. Je comprends ; c'est embarrassant , et, pour mieux chercher un moyen, dis-moi d'abord comment tout cela est venu.
oswald. Par la faute du roi, qui ne prend même pas la peine de cacher à sa femme ses infidélités ou ses maîtresses. sir hugues. Ce pauvre roi!
oswald. Il en avait une avec qui il vient de rompre. La reine , enchantée , a cru qu'il allait revenir à elle... ce qui surtout Je lui faisait croire, c'est qu'elle avait vu hier, chez le joaillier de la couronne, un bracelet d'une richesse et d'un travail exquis, fermé par trois superbes topazes d'Orient, et ayant appris que ce bracelet avait été commandé en secret par le roi, elle ne douta pas que ce ne fût pour elle, et qu'il ne dût lui en faire une surprise pour le bal de ce soir. Point du tout, elle apprend ce matin, par John Wil, le bijoutier, que ce bracelet n'est plus chez lui, et qu'il vient d'être envoyé par le roi , chez sa nouvelle maîtresse.
SIR HUGUES, vivement elgaiment. Il y en a donc une nouvelle ?
OSWALD. De là, la fureur de la reine qui cherche en vain quelle peut être cette rivale.
sir HUGUES, de même. On ne la connaît pas encore ?
oswald. Non; mais cela ne tardera pas. D'abord, c'est une femme mariée, et on le sait toujours par le mari.
sir hugues. Comment cela ?
oswald. Parce qu'il devient sur-lechamp un personnage important.... qui monte rapidement en honneurs, en places et en dignité.
SIR HUGUES. En vérité ?
oswald. Soyez tranquille ! les courtisans l'auront bien vite deviné, et vous le reconnaîtrez vous-même aux politesses et aux basses adulations dont ils l'accableront.
sir HUGUES, un peu ému. Qu'est-ce que vous me dites là ?
oswald. C'est reçu... c'est connu... le roi lui-même leur en donne l'exemple, et la haute faveur dont il est l'objet...
Sir HUGUES, comme éloignant une pensée.
Allons donc !
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