‹ Sir Hughes de Guilfort, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 24 sur 33 · SIR HUGUES , OSWALD · texte numérisé non relu

SIR HUGUES , OSWALD

sir hugues. Que me voulez-vous? qui vous amène ?

(Il s'assied sur le fauteuil auprès de la table.)

OSWALD. Mon ami, mon seul ami, mon sort est dans les mains de votre fille... dans les vôtres.

sir hugues. Parlez.

oswald. Mes tourmenset mes inquiétudes redoublent. Maintenant ce ne sont plus des phrases que j'avais pu mal interpréter, c'est clair, c'est évident... il n'y a plus à en douter...

sir HUGUES, brusquement. De qui me parlez-vous là ?

oswald. Ne le savez-vous pas?

sir hugues. De la reine ?

oswald. Elle était, il y a une heure, au balcon du palais, et moi près d'elle , comme m'y oblige le devoir de ma charge ; à quelques pas derrière nous étaient ses femmes... et elle me dit à voix basse « Oswald, le roi a, ce soir, un rendez-vous!»

sir hugues. 0 ciel !

oswald. « Un de ses dignes confidens me l'a avoué, et dans quelques instans, je saurai le lieu et l'heure.»

SIR HUGUES, se levant et l'amenant sur le devant du théâtre. Achevez ! *

• oswald. « Ecoutez-moi, a continué sa majesté, en baissant plus encore la voix,

* Sir Hugues, Oswald.

on vous remettra ce soir cette montre pour la faire raccommoder. . car elle se sera arrêtée à l'heure môme que le roi aura choisie pour son rendez-vous. A cette heure-là, je vous attends.» Et elle a disparu brusquement avec ses femmes, sans que j'aie eu le temps de lui répondre.

SIR HUGUES, avec une fureur qu'il cherche à modérer. Il est donc vrai... le roi... comme tu le disais, il n'y a plus à en douter. . . et cet instant du rendez-vous ?

oswald. Je l'ignore encore., j'attends la montre qui doit me l'indiquer... mais alors comment ferai-je ? jugez de la situation où je me trouve... c'est horrible !

SIR HUGUES, souriant avec amertume* En quoi donc?

OSWALD. Après la promesse que je vous ai faite !.. après la vôtre , car vous deviez parler en ma faveur à miss Nelly. Avezvous pu la fléchir?

SIR HUGUES. Pas le moins du moue.

oswald. 0 ciel! c'est donc une haine à mort !

SIR hugues. C'est probable. Il n'y faut plus penser. Aussi bien , ma fille, à qui j'ai parlé vaguement de la faveur dont on vous honore, a paru concevoir à ce sujet quelques doutes, qu'à vous avouer franchement, je partage aussi.

oswald. Que dites- vous ?

sir hugues. Je ne vous en fais pas un reproche. Il est tout naturel que pour se faire valoir auprès de celle que l'on aime, on ait l'air de lui faire des sacrifices, persuadé que plus ils paraîtront élevés et plus ils flatteront sa vanité.

oswald. Quoi ! vous ne me croyez pas ?

Air : De votre bonté généreuse.

Vous pensez donc que c'est un badina gc, Et que je cherche à me vanter?

SIR HUGUES

Que voulez-vous ? c'est commun à votre âge , La jeunesse aime à se flatter.

OSWALD

Pour vous, si j'en crois ce sourire, Je suis un fat !

SIR HUGUES

Ah ! sans vous offenser , Moi, je ne puis pas vous le dire , Mais ma fille a pu le penser.

oswald. C'en est trop ! j'aurais voulu vous abuser.

sir hugues. Mon Dieu , non; mais l'on s'abuse soi-même... un mot, une simple faveur d'une grande dame, prennent tout de suite une importance que notre amour- propre se charge d'accroître On se monte la tête.., on se

croit destiné aux grandes aventures....

oswald, avec dépit. Quoi! celle-ci...

sir hugues. Est moins dangereuse que

SIR HUGUES

vous ne pensez.... et, grâce au ciel, ne vous conduira à rien.

oswald. Ali! vous le croyez!

sm Hugues. J'en suis sûr !

OSWALD. Mais ce rendez-vous... qu'on m'a donné... pour ce soir...

sir Hugues. N'existe que dans votre imagination....

OSWald. Ce rendez-vous formel —

SIR HUGUES. Yous ne risquez rien d'en

profiter....

OSWALD. Ah! vous me le conseillez!...

SIR HUGUES , lui prenant la main , et avec une fureur concentrée. Oui... oui... je vous le conseille!...

oswald. Eh bien!... nous verrons...

Qui vient là ?

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