‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 28 sur 123 · SON CERCLE D'AMIS · texte numérisé non relu

SON CERCLE D'AMIS

par Tom Taylor de la façon dont se passèrent ces douze mois dans son atelier.

C'était l'année de la grande agitation à propos de Wilkes et du fameux débat sur la légalité des gênerai warrants. . . . alors la Chambre siégeait, pendant des nuits consécutives, onze, dix-sept, treize heures; on apportait "les votes dans des flanelles et des couvertures, jusqu'à ce que le parquet de la Chambre eût l'air de l'Étang de Bethesda"; alors les " patriotesses " du parti contraire à Bute et les grandes dames de la faction de la Cour veillaient à ces luttes prolongées, nuit après nuit, jusqu'à ce que l'aube de mars se glissât aux fenêtres ; alors encore elles arrivaient en tels essaims que l'entrée des tribunes leur était refusée, elles s'établissaient dans une des salles du Président, y dînaient, et y restaient jusqu'à minuit, "jouant à la mouche tandis que leur chère patrie était en jeu." Nous trouvons les chefs de ces cohortes d'Amazones, à la fois du côté de l'Opposition et du côté de la Cour, parmi les modèles qui posent chez Reynolds cette année-là, ou l'année d'avant — la Duchesse de Richmond, Lady Sandes, Lady Rockingham, et Mrs. Fitzroy du côté de l'Opposition ; Lady Mary Coke et Lady Pembroke du côté de la Cour. Le cas est le même avec les hommes dirigeants de l'époque. L'atelier de Leicester Fields était un terrain neutre, où tous les partis pouvaient encore se rencontrer. Si Reynolds avait dressé d'avance sa liste de modèles pour 1764 afin de montrer l'universalité de sa popularité, il lui eût été difficile de mieux choisir. A son atelier viennent le Ministre qui accorda le gênerai warrant, et le Premier Président (Chief Justice) qui reçut le droit de cité de la Cité de Londres comme un tribut de reconnaissance pour le jugement par lequel il déclarait les gênerai warrants illégaux, inconstitutionnels et entièrement nuls ; George Grenville, le Chancelier de l'Échiquier de Lord Bute, croise Sir W. Baker, le solide alderman, membre du Parlement pour Plympton qui . . . "chassa le Chancelier de l'Échiquier de ses retranchements;" le spirituel et inconstant Charles Townshend apporte son dernier bon mot sur la grosse héritière, Miss Draycott, qui vient de quitter le siège de pose ; Lord Granby, vaillant, franc, intrépide, à demi-honteux de servir dans une administration qui enlève leurs régiments à ses meilleurs amis pour un vote, peut confier ses griefs aux Keppel, promus l'un général, l'autre amiral, depuis leurs exploits à Havannah, malgré leur entêtement à rester dans l'Opposition ; Shelburne, encore en fonctions, mais rongeant son frein, peut se consulter ici sur l'opportunité de donner sa démission avec Lord Holland, cynique, mais toujours de bonne humeur ; le jeune Charles James Fox, qui vient d'entrer à Oxford, sait trouver le temps de poser devant Reynolds, entre le jeu et la politique, qui se partagent déjà, avec les arts et les lettres, l'empire de son vigoureux et souple esprit. Les classes et les situations sociales s'y croisent aussi étrangement que les opinions. Les archevêques de York et de Canterbury prennent le siège que Kitty Fisher et Nelly O'Brien viennent de laisser vacant ; et Mrs. Abington fait son impertinente révérence au peintre au moment où l'auguste Chief Justice entre en s'inclinant.

C'est une macédoine étrange et qui témoigne irréfutablement de ce

détachement de conduite, qui me paraît être le principal trait caractéristique de Reynolds.

L'année 1764 fournit un autre jalon dans la carrière du peintre. Cette année-là vit la fondation du Club Littéraire. L'idée première de cette société, aujourd'hui fameuse, est due, s'il faut en croire Malone,* à Lord Charlemont ; mais ce fut Reynolds qui fit le premier pas vers sa réalisation, en en suggérant le plan à Johnson et en prenant conseil de lui sur la manière dont on devait l'exécuter. Le nombre des membres étaient, à l'origine, limité à douze, mais, en fait, la société, en entrant en exercice, n'en avait que neuf. Ces neuf étaient Reynolds, Johnson, Burke, le Dr. Nugent (beau-père de Burke), Bennet Langton, Topham Beauclerc, Goldsmith, Charnier, et le rabatjoie Hawkins, dont la situation dans la bande de Reynolds est toujours restée un peu mystérieuse. Le but de Reynolds était simplement, nous diton, de fournir à Johnson une arène où il pourrait brandir son gourdin sans contrainte et où ses amis pourraient jouir de sa vigueur et la provoquer.

De 1764 à 1768, les principaux événements de la vie du peintre furent une grave maladie dont il souffrit pendant l'été de 1764, l'arrivée à Londres, en 1765, d'Angelica Kauffmann, qui devait avoir une si curieuse influence sur sa renommée en certains milieux, et un voyage à Paris et dans le nord-est de la France, entre le commencement de septembre et la fin d'octobre 1768. Ce fut durant cette absence que quelques collègues de Reynolds à Xhicorporated Society mirent définitivement sur pied le projet d'une Académie Royale.

Le mystère — s'il y a vraiment un mystère quelconque en dehors de celui qu'inventa la dame — des relations d'Angelica Kauffmann avec Reynolds n'a jamais été éclairci de façon satisfaisante. Les écrivains anglais ont pris comme démontré qu'il n'y avait rien eu entre eux qu'un flirt dans lequel la dame était l'agent le plus actif, tandis que beaucoup d'écrivains étrangers, spécialement ceux de nationalité germanique, ont affirmé péremptoirement que Reynolds s'était très mal conduit envers Angelica. Maintenant que près d'un siècle et demi s'est écoulé, il est invraisemblable qu'aucun témoignage nouveau sur ce point surgisse, de sorte qu'il nous faut nous faire une opinion sur toute l'affaire en pesant purement et simplement les probabilités. Reynolds était un homme prudent, à l'esprit juste et, pour ainsi dire, sans passions. D'un autre

* Voyez Prior, Life of Malone, p. 88.

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