‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 30 sur 123 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

'ÉVÉNEMENT extérieur qui marqua le plus dans la vie de Reynolds fut la fondation de l'Académie Royale.

Cela arriva comme la plupart des changements qui font époque. L'idée ne jaillit pas, toute formée et complète, dans un seul cerveau, ni à un moment particulier. On y parvint lentement, par degrés, et d'échec en échec. Pendant les trente années qui précédèrent 1769, il s'était produit une suite de tentatives à l'effet d'organiser une institution qui ferait pour l'Angleterre ce que l'Académie de Peinture et de Sculpture faisait depuis longtemps pour nos voisins de l'autre côté de la Manche. Le premier symptôme d'un mouvement vers la coopération artistique s'était même manifesté dès 1662, lorsque John Evelyn publia ce plan d'Académie qui proposait d'avance et si curieusement les statuts mêmes du corps auquel préside

aujourd'hui Sir Edward Poynter. Evelyn * rêvait d'aménager un édifice où les étudiants auraient eu en grande partie les facilités pour apprendre leur métier qu'ils ont maintenant à Burlington House ; de nommer un conservateur et des professeurs ; de donner des médailles et des bourses de voyage, et d'élire des Membres ou Associés. Ses suggestions n'eurent, d'ailleurs, point de conséquence immédiate, et le prochain essai d'Académie fut une entreprise particulière. Walpole nous apprend que Vertue, le graveur, étudiait, en 171 1, dans une école établie par Sir Godfrey Kneller. On croit que cette école précéda immédiatement celle, plus fameuse, dont Sir James Thornhill fut le fondateur. Thornhill avait lancé un projet d' Académie à établir avec une somme d'environ 3,000 livres sterling, que voterait le Parlement. Mais la Trésorerie mit son veto, et Thornhill dut se contenter d'avoir une école de dessin dans sa propre maison. Il demeurait alors dans James Street, Covent Garden, derrière le Théâtre. L'entreprise réussit à tel point que, lorsque Thornhill mourut, les artistes s'associèrent pour continuer l'œuvre, et que Hogarth, après quelque hésitation, y aida en abandonnant à la nouvelle association les moulages et autres objets provenant de son beau-père. Cette école, qui eut sa première installation dans Arundel Street, près du Strand, et sa seconde dans Peter's Court, St. Martin's Lane, fut le germe d'où devaient sortir la Société Autorisée {lucorporated Society) des Artistes et, plus tard, l'Académie Royale, f Laissant de côté la tentative avortée faite de concert avec la Société des Dilettanti {Dilettanti Society), nous arrivons à un événement qui supprima la véritable pierre d'achoppement à la fondation d'une Académie. En 1760 se tint la première exposition d'art contemporain, au sens où nous employons le mot aujourd'hui, et ce fut un grand succès. Elle montra que le public était prêt à y aller de son argent pour voir des tableaux anglais modernes, et résolut une fois pour toutes la question de savoir comment on trouverait des fonds. L'exposition ne fut ouverte que du 21 avril au 8 mai. On était admis sur la présentation d'un catalogue de six pence (60 centimes), dont il ne se vendit pas moins de 6582 exemplaires. Tous frais payés, les artistes achetèrent avec les bénéfices 100 livres sterling de 3 pour cent consolidé. Après cela, tout alla relativement comme sur des roulettes.

* Dans sa Sculptura.

t Ce résumé diffère en un ou deux détails de celui qu'a donné Hogarth dans le document publié par Ireland (Vol. supplémentaire du Hogarth Illustratcd), mais j'ose croire qu'il est exact néanmoins.

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