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MESURES PRÉPARATOIRES Â L'ACADÉMIE ROYALE

Au lieu de se dérober, les artistes étaient désormais pleins d'ardeur à pousser de l'avant, et l'année suivante vit deux sociétés rivales se disputer la carrière. Le seul défaut dont on se fût aperçu dans l'exposition de la Société des Arts avait été l'encombrement. La salle s'était souvent trouvée incommodément pleine, et le public qui la remplissait n'était pas toujours très choisi. Pour y remédier a l'avenir, un certain nombre d'exposants proposaient que le prix du catalogue fût porté à un shilling (1 fr. 25), et que personne ne fût admis sans en avoir un. Cette proposition ne fut pas accueillie par la Société des Arts ; son Conseil insista pour que l'exposition fût librement ouverte à tout venant, et un bon nombre d'artistes l'appuyèrent. La majorité, cependant, refusa de céder. L'expérience de 1760 avait montré qu'il y avait de " l'argent à faire " dans l'exhibition de tableaux modernes; ils s'entêtèrent donc, se baptisèrent Société des Artistes de Grande Bretagne, prirent la grande salle d'un commissaire-priseur dans Spring Gardens, et là eurent une exposition à leur idée pendant le mois de mai 1761. Le catalogue contenait deux planches par Hogarth et une par Wale et Grignon. Il était si attrayant qu'il s'en vendit plus de 13,000 exemplaires, ce qui fit tomber plus de 650 livres sterling dans la caisse de la Société. Cependant les gens plus timides, ceux qui avaient partagé l'avis de la Société des Arts, s'étaient donné le nom de Société libre des Artistes {Free Society of Artists), et avaient commencé une série d'expositions qui dura, avec une prospérité graduellement déclinante, jusqu'en 1778.

Pour revenir aux dissidents— car, n'en déplaise à William Sandby, les membres de la Société des Artistes n'étaient pas autre chose— nous les voyons en 1762, la seconde année de leur existence, exiger un droit d'entrée d'un shilling et donner le catalogue gratis. Ce catalogue avait une préface, ou " apologie," par le Dr. Johnson, qui expliquait les buts divers que se proposait l'exposition, et exposait l'emploi auquel les bénéfices en étaient destinés.* Les recettes, frais payés, furent de 524 livres, 8 shillings et 1 penny. Deux ans plus tard, elles s'élevèrent à 762 livres, 13 shillings, et l'ambition vint avec le succès. Une pétition fut adressée au Roi pour l'obtention d'une charte

* Cette préface a été réimprimée par Sandby (History of the Royal Academy of Arts, vol I. p. 37). Johnson était un singulier parrain pour une exposition de peinture, lui qui, en 1761, écrivait à Baretti : " L'exposition remplit les têtes des artistes et des amoureux de l'art. Assurément, si la vie n'est pas longue, il faut qu'elle soit bien ennuyeuse, pour que nous soyons forcés d'appeler à l'aide tant de futilités pour nous débarrasser de notre temps— de ce temps qui ne peut jamais revenir."

reconnaissant à la Société une existence officielle et privilégiée ; et le 26 janvier 1765, elle devint I'Incorporated Society of Artists of Great Britain. Elle se composait de 211 membres, dont l'un, naturellement, était Reynolds.

Jusqu'alors aucune mesure n'avait été prise pour faire entrer l'enseignement des arts dans les attributions de la société, mais un pas dans cette direction fut fait en 1767. Au mois de mai de cette année, une résolution est prise par la majorité des Fellows ou Associés à l'effet de "charger les directeurs d'étudier une forme convenable pour l'institution d'une académie publique dont ils déposeront le projet devant l'assemblée trimestrielle de septembre prochain." Mais quelques jours plus tard, en juin, il est résolu au contraire " que la résolution que les directeurs procéderaient à l'étude d'une forme pour l'institution d'une académie publique est rapportée, Sa Majesté ayant gracieusement déclaré son intention royale de prendre l'Académie sous sa protection." Il est, je le crains, impossible aujourd'hui de reconstituer exactement ce qui s'était passé entre ces deux résolutions ; mais il paraît peu douteux que l'intrigue — car c'est ainsi qu'il faut l'appeler, malgré la bonté de son but et son remarquable succès — qui aboutit dix-huit mois plus tard à la fondation de l'Académie Royale, était déjà commencée. La constitution de X Incorporated Society avait plus d'un défaut, mais le vice particulier qui amena la catastrophe de 1768 était que ses deux cents membres et plus avaient chacun part égale dans son gouvernement. Les membres les plus distingués, intéressés à ce que la Société prospérât en tant que société, se trouvaient à la merci de leurs collègues moins heureux, dont les visées étaient naturellement plus égoïstes. En 1768 ceux-ci s'étaient emparés de la Société ; ils avaient délogé les premiers directeurs et s'étaient installés à leur place ; le résultat fut qu'à peu d'exceptions près, tous les hommes dont le talent était nécessaire au succès des expositions, donnèrent leur démission et se mirent tranquillement à fonder une nouvelle compagnie qui profiterait des fautes de ses devancières.

En l'absence de preuve directe, il est difficile, sinon impossible, de déterminer exactement la part personnelle de chacun de ceux qui firent les premières démarches pour remplacer X Incorporated Society par l'Académie Royale. En pesant toutes les probabilités, cependant, je crois qu'on peut se risquer à dire que le réel fondateur de l'Académie, l'homme sans la coopération de qui la tentative aurait échoué, fut William Chambers. Après que la

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