‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 75 sur 123 · SES DERNIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

SES DERNIÈRES ANNÉES

résignation du fauteuil présidentiel " {Satisfaction in the matter of Bonomi and the résignation of the Président" s chair)* où il donne sa version de toute l'affaire. Sir Joshua persista dans sa résolution de se démettre, malgré l'intimation du Roi que "Sa Majesté serait heureuse que Sir Joshua restât au fauteuil présidentiel," jusqu'au 16 mars; ce jour-là, l'assemblée générale ayant fait amende honorable et le roi ayant signifié son approbation, il reprit son ancienne place à Somerset House.

Séances de pose à part, les dernières années de Sir Joshua se passèrent comme le reste de sa vie. Son attention se partageait entre les affaires de l'Académie, les relations avec le cercle remarquable de ses amis, la composition de son dernier discours et le soin de ses œuvres d'art. Dans une lettre écrite par une fille de sa sœur Johnson — pour employer une expression de son temps — nous l'entrevoyons sous un jour curieux à ses moments inoccupés.

Il est devenu, dit-elle, si violemment amateur de whist qu'il donne à peine le temps a ces messieurs de boire leur vin avant de proposer une partie de cartes, pour pouvoir attraper un rob avant de partir (pour l'Académie). Il n'est pas attaché aux règles communes, mais a toujours quelque plan en vue, et commence toujours par jouer ses atouts ; car il est au-dessous de la dignité de son jeu de jamais donner à son partenaire l'occasion de faire ses retournes d'atout ; mais, nonobstant, il gagne d'ordinaire, tellement il a de belles cartes en main.

Un amusement moins innocent était d'aller voir un pauvre diable, autrefois au service de Thrale, envoyé dans l'autre monde, à Tyburn. Les journaux dénoncèrent la chose comme odieuse, et il crut bien de mettre une sorte de défense de sa conduite entre les mains de Boswell, pensant, peut-être, que c'était la plus large forme de publicité qu'il pût choisir !

Son quinzième et dernier Discours fut prononcé le 10 décembre 1790. Il était consacré surtout au caractère et au talent de Michel-Ange, et il se termine par la célèbre et heureuse péroraison :

J'éprouve un sentiment d'orgueilleuse satisfaction à me savoir capable des sensations qu'il avait l'intention d'exciter. Je réfléchis, non sans vanité, que ces Discours portent témoignage de mon admiration pour cet homme vraiment divin ; et je désire que le dernier mot que je prononcerai dans cette Académie, et de cette place, soit le nom de — Michel-Ange.

* Imprimé dans Leslie et Taylor, Vol. II., pp. 558-582.

i56 SIR JOSHUA REYNOLDS

Rogers, qui était présent, décrit la scène, et l'impression profonde faite sur l'auditoire lorsque Burke descendit de sa place, et prenant la main de Reynolds, cita ce passage du Paradis perdu :

L'ange finit, et dans l'oreille d'Adam

laissa le charme de sa voix, au point qu'un moment

il crut qu'il parlait encore et resta encore immobile à écouter.

Quatorze mois plus tard, Sir Joshua Reynolds était mort. La dernière année de son existence le vit occupé de maintes choses qui avaient autour d'elles comme une atmosphère d'adieu. Il offrit sa précieuse collection de tableaux des vieux maîtres à l'Académie Royale pour un prix infime, à condition qu'on élèverait une galerie exprès pour eux sur l'emplacement du Lyceum, dans le Strand. L'offre fut déclinée. Il exposa alors une partie de la collection dans une salle de Haymarket, lui donnant le nom d'"Exposition de Ralph " {Ra/ph's ExJiibitioii), et versant les bénéfices dans les mains de son vieux domestique, Ralph Kirkley. Il appliqua une bonne part de son attention au projet d'une statue en l'honneur de Johnson, qui devait être érigée dans St. Paul's ; c'est un des rares projets de ce genre qui aient abouti exactement suivant les espérances des projeteurs. En mai, il posa une dernière fois pour son portrait devant l'artiste suédois Cari Fredrik von Breda. Le tableau est à l'Académie de Stockholm. En octobre, Sir William Chambers devint son suppléant à Somerset House, et en novembre il fit son testament. Quelques jours après il offrit de se démettre de la Présidence, sentant qu'il n'était plus au niveau de ses devoirs. L'Assemblée Générale le réélut cependant le 10 décembre, désignant West pour le suppléer. Il n'occupa jamais plus le fauteuil. A la fin de novembre, Boswell écrit à Temple :

Mes esprits ont encore été plus accablés en voyant Sir Joshua Reynolds presque aussi bas que moi-même. Il a, depuis plus de deux mois, une douleur dans l'œil qui ne voit plus, dont l'effet a été d'augmenter la faiblesse de l'autre, et il ressasse la lugubre appréhension de devenir tout à fait aveugle. On l'a tenu à une diète si sévère qu'il est tout à fait sans force et déprimé. Lui, qu'on avait pris l'habitude de regarder comme peut-être l'homme le plus heureux du monde, est maintenant comme je vous le dis.

Une autre personne qui le visita, Fanny Burney, le montre portant un bandeau sur un œil, et l'autre protégé par une demi-visière verte.

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