‹ Sir Joshua ReynoldsChapitre 77 sur 123 · L'HOMME DANS SIR JOSHUA · texte numérisé non relu

L'HOMME DANS SIR JOSHUA

E n'est pas un caractère transparent que celui de Sir Joshua. Il présente en cela un contraste remarquable avec Gainsborough, dont on pourrait reconstituer la personnalité sur le témoignage d'une simple lettre. Les amis de Gainsborough le connaissaient tel qu'il était. Ils lui accordaient, sans doute, des degrés divers de tolérance : pour certains, son manque de décision, son irresponsabilité, la liberté de ses manières et de son langage étaient moins pardonnables que pour d'autres ; mais tous se retraçaient son caractère avec les mêmes traits. Il n'en est pas de même pour Sir Joshua. Ses amis s'accordent sur les choses de surface, mais ils ont peine à le faire sur la personnalité qui gît en dessous. Une anecdote, racontée par Boswell, jette indirectement une très forte lumière sur cette question. Reynolds soutenait

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une discussion sur son propre compte avec Johnson, lorsque celui-ci dit d'un air significatif qu'il y avait, dans la première rédaction du Vicaire de IVakefield, une phrase que Goldsmith avait été plus tard assez sot pour retrancher: "Je n'aime pas l'homme qui n'a d'enthousiasme pour rien." Reynolds n'avait d'enthousiasme pour rien. Jamais on ne trouve la moindre marque de chaleur et d'excitation dans rien de ce qu'il a écrit ou dit. La fameuse péroraison de son dernier Discours est peut-être plus près de l'abandon que tout le reste. Pour ceux qui lui voulaient du bien, c'était là de la modération ; pour ses ennemis, ou pour ses amis lorsque son imperturbabilité les provoquait trop, c'était de la froideur de cœur. La modération est une bonne marque d'étiage aux basses eaux, mais elle est mauvaise pour les hautes. Chez Reynolds elle représentait, je le crains, le niveau le plus élevé auquel il pût porter son intérêt, bien plus qu'un frein mis aux élans de ses sentiments ou de ses désirs. C'était un homme essentiellement replié sur lui-même, par quoi j'entends que son bonheur dépendait entièrement des effets produits par les choses extérieures sur sa propre personnalité, et point du tout du reflet de la jouissance des autres. Une vie solitaire ne lui aurait pas plu, ce n'était pas un Diogène ; mais son plaisir n'avait pas sa source dans la vue de ceux qui, autour de lui, étaient heureux à leur façon. Il provenait de la manière dont leurs actes affectaient son sens personnel de ce qui est bon dans la vie. Bref, Reynolds n'avait rien de ce qui fait l'altruiste ; il ne ressentait aucun mouvement, soit du cœur, soit de l'esprit, qui le poussât à faire des sacrifices ou à agir contre sa volonté afin de donner satisfaction à des désirs qu'il ne partageait pas. Et pourtant ce serait se fourvoyer que de l'appeler un franc égoïste. Son jugement était si impartial que ses actions étaient celles d'un homme sympathique, bien qu'en fait elles ne fussent pas dictées par la sympathie. Il paraît avoir offensé rarement, s'il le fit jamais, excepté dans les occasions où sa quiétude était par elle-même une offense. Pour une personne vive et ardente comme Mrs. Thrale, le manque de passion avec lequel il s'appliquait à être aimable était une cause fréquente d'impatience. On peut deviner que le turbulent et inconséquent Barry passa des bons sentiments aux mauvais sous l'influence du contraste irritant entre ses mouvements de surexcitation personnelle et la façon mesurée dont Reynolds l'accueillait, tantôt l'approuvant, tantôt le

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