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Sir Ls.-H. Lafontaine [microforme]

Cette biographie m'a causé beaucoup de trouble et de recherches. Il y a, certes, des trésors dans cette tête monumentale qu'on dirait taillée dans un bloc de granit, mais la surface est dure, difficile à pénétrer. Certaines âmes, chaudes et sympathiques, débordent continuellement du vase qui les contient ; d’autres, froides et concentrées échappent à l'observation et à la curiosité ; le mystère qui les entoure nous fait qu’on leur suppose plus de défauts et ‘le qualités qu’elles n’en ont réellement.

Essayons, cependant, d’esquisser les traits les plus saillants d'une carrière dont les

succès démontrent, si éloquemment, tout ce qu'il y a de force et de vitalité dans cette race persécutée qu'on croyait indigne d’'égards et de liberté.

M. Lafontaine est né à Boucherville en mil huit cent sept.

Son père, respectable cultivateur de l'endroit, était fils d'Antoine - Médard Lafontaine, qui fut membre de l’Assemblée Législative du Bas-Canada de mil sept cent quatrè-vingt-seize à mil huit cent quatre, et servit son pays avec beaucoup d'intelligence et de patriotisme,

Au collége de Montréal, où il fit cinq années d'étude, Louis-Hypolite se fit remarquer par la solidité de son jugement et l'opiniâtreté de son caractère. Il aimait à faire les choses à sa guise, travaillait sans se fatiguer et supportait difficilement le régime sévère des colléges du temps :— on l’appelait “la grosse tête.” Un seul élève de sa classe lui disputait les premiers prix. Plus brillant que Lafontaine,

cet élève distingué inspirait les plus grandes espérances à tous ceux qui le connaissaient et au grand évêque dont il portait le nom :

—c'était l'infortuné Plessis, dont une passion malheureuse dessécha le talent et brisa l'existence.

Lorsque Lafontaine fût parvenu aux plus hautes positions de son pays, un individu couvert de haïllons, au regard éteint, aux traits bouleversés, venait quelquefois frapper à sa porte. Lafontaine, ému jusqu'aux larmes, reconnaissait son ancien condisciple ; il l’accueillait avec bonté, lui donnait des vêtements et de l'argent, et lui faisait promettre de changer de conduite. Plessis promettait, mais hélas ! il ne tardait pas à confirmer la vérité du proverbe qui caractérise ces sortes de promesses.

Lafontaine, ne pouvant plus supporter le joug d’une discipline qui lui causait beaucoup de désagréments, laissa le collége dans sa cinquième année et se fitadmettre à

l'étude du droit. Il entra dans le bureau !

de M. Roy, l'un des avocats les plus estimés et le plus estimable de l’époque, qui le prit dans sa famille et lui fit compléter ses études pendant sa cléricature. Il exista bientôt une grande amitié entre le patron et le clerc, le professeur et l'élève; la similitude de goûts et de dispositions combla la distance que l’âge mettait entre eux. Ils occupaient les loisirs que l’étude leur laissait à parler des événements critiques que leur pays traversait, des luttes du passé et des espérances de l'avenir ; quelque-fois ils jouaient une partie d'échecs, leur amusement favori.

La réputation de M. Lafontaine, lorsqu'il n'était que clerc avocat, était déjà considérable. Il avait embrassé la cause na4tionale avec chaleur et s'était distingué parmi les partisans les plus dévoués et les plus utiles de M. Papineau. Aussi les clients affluèrent dans son bureau, dès qu'il fût reçu avocat; et ses succès profes-

luttes renir ; e d'é-

‘squ’il consie naingué et les 1 les dès rofes.

sionnels, joints à l'intégrité de son caractère, le firent bientôt regarder comme un des chefs du Bas-Canada.

Il se joignit à MM. Viger, Duvernay et Morin pour diriger le mouvement national dans le district de Montréal, prit la parole dans les assemblées publiques, contribua aux premiers succès de la Minerve et contracta avec M. Morin cette amitié remarquable qui leur fut si utile à tous deux, et que la mort seule put briser.

M. Morin, timide et modeste, trouva dans M. Lafontaine la direction énergique dont il avait besoin. Racontons, en passant, un fait qui donnera une idée de l’amitié de ces deux grands hommes et de leur caractère.

M. Morin avait l'habitude de donner aux pauvres jusqu’à son dernier sou, et même, souvent, de rembourser les clients dont il avait perdu les causes, de sorte que, sa pension payée, il ne lui restait jamais d'argent pour s'habiller. Un jour, M. Lafon-

taine lui dit qu'il ne voulait plus le voir

paraître dans les rues avec l’accoutrement |

bizarre qu'il portait, que c'était un scandale. Il lui mit vingt-cinq louis en mains et

lui enjoignit d'aller s'habiller. M. Morins’en |

allait chez un tailleur, lorsqu'il rencontra un client malheureux dont il avait perdu le procès ; le client l’attendrit tellement sur son sort et sur le résultat de ce procès, que M. Morin lui mit les vingt-cinq louis entre les mains en lui recommandant bien de ne pas en parler à M. Lafontaine. Mais M.

Lafontaine, le voyant toujours avec la même toilette, les jours suivants, se décida à lui demander des explications, M. Morin hésita un moment, mais, ne pouvant mentir, il finit par raconter l'affaire. M.

Lafontaine le gourmanda, malgré l'envie de rire qu’il avait, et lui dit qu'il était décidé, cette fois, à l'emporter. Il l’emmena chez un tailleur et lui fit faire un habillement complet.

M. Lafontaine se fit élire aux élections

le voir ‘ement | SCanains et ins’en contra perdu ent sur s, que entre en de ais M.

décida Morin uvant

SIR L.-H. LAFONTAINE 1l

générales de mil huit cent trente, comme

{ représentant du comté de Terrebonne ; il

n'avait que vingt-trois ans. Il prit une part active à la lutte dont la Chambre

| d'Assemblée était le théâtre, et fut un des

jeunes membres dont l’ardeur et l'énergie poussèrent M. Papineau en avant et donnèrent naissance aux quatre-vingt-douze résolutions. Il eut, dans les sessions de mil huit cent trerte-cinq et mil huit cent

| trente-six, des paroles vigoureuses pour

affirmer les droits du Bas-Canada et stig-

matiser la conduite du gouvernement.

Mais lorsqu'il vit le peuple prêt à prendre les armes, il ouvrit les yeux et se tint à l’écart ; il comprit les dangers de l'insurrection et chercha à dissiper l'orage

qu'il avait contribué à amasser. Il était trop tard ; on avait mis le feu à la traînée de poudre qui sillonnait le pays. Les batailles de St. Charles et de St. Denis achevèrent de lui faire comprendre la situation malheureuse de sa patrie.

Quelques jours après, il descendait alle l Québec avec M. Leslie pour supplier Lordlÿani Gosford de convoquer les Chambres afinWNels d'éviter de plus grands malheurs. Ii étaitl'in encore trop tard,—lord Gosford refusa. ieu

M. Lafontaine, découragé, partit alorsWt. £ pour l'Europe. Le

I à dit, pour expliquer son départ, que Fam} ne pouvant ni prendre part ni résister à une fe mouvement qu'il condamnait, il ne voulaitperq pas en être témoin. et fi

Le raisonnement peut être bon, mais lea 1 sentiment ne l’est pas autant. 108:

Lorsque M. Lafontaine revint d'Europe, fiuet au mois de mai mil huit cent trente-huit, Ward le premier acte de la révolution était fini ; Bufor les projets d’anglification du gouverneur Elu v Durham, les injustice et les insolences de M. Colborne, et les imprudences de quelques rue têtes exaltées préparaient le second, dont fnais le dénouement fut si triste, si lamentable.

Des Canadiens réfugiés aux Etats-Unis, W P se berçant du fol espoir de venger l'échec fiteus

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He la première insurrection, s'étaient or:-

vanisés sous la direction du Dr. Robert elson, qui avait lancé une proclamation

‘indépendance. Des soulèvements eurent ieu à Beauharnais, Rouville, Chateauguay, t. Eustache, St. Benoit et ailleurs.

Le farouche Colborne se jeta sur les ampagnes, qu’il ravagea par le ler et par e feu, remplit les âmes de terreur par des perquisitions et des arrestations ridicules, et fit couronner cette période sanglante ar l'échafaud, où il fit: monter plusieurs de nos compatriotes. Ni la jeunesse de Dujuet, ni les supplications de madame ardinal lui demandant la grâce de son nfortuné mari, ne purent toucher le cœur lu vieux brülot.

M. Lafontaine avait été emprisonné ainsi

Hue son associé, M. le Juge Berthelot ;

nais on l'avait bientôt mis en liberté, ne rouvant pas à propos de lui faire un procès.

Pendant ce temps-là, on décrétait honteusement, en Angleterre, l'extinction de

la nationalité canadienne-française. Le Mchos gouvernement avait accepté les conclusions tion de lord Durham, qui, pour parvenir à ce Rd'U but, avait prépaté l'Union des deux Cana- Bpul: das ; et Poulett Thompson, plus tard Lord de Sydenham, avait été chargé de venir mettre Li en opération le nouveau régime qu’on et b imposait au Bas-Canada au bout des baïon- Bféco nettes, en face des échafauds. nait L'Acte d'Union était basé sur la viola- | ll tion de nos droits et de nos libertés politi- salu | ques; il avait pour objet de nous mettre Æfairc (l sous la domination d’une majorité anglaise M tége | et protestante. La langue française était Mnati | proscrite; on donnait au Haut-Canada, qui Il | avait une population de trois cent cinquante à l | mille âmes, une représentation égale à apr | | | |

celle du Bas-Canada, qui comptait six cent | chie | mille habitants, et on avait arrangé les D dan | divisions électorales de manière à faire Ï libe | élire le plus grand nombre d'Anglais pos- Æ rac (| sible dans le Bas-Canada. L I 1h Mais, par un étrange revirement des à lite

e. Le lusions ir à ce Canad Lord mettre qu’on baïon-

violapolitinettre iglaise > était la, qui uante ale

faire pos-

des

choses humaines, le principe des institutions britanniques introduit dans l’'Acte d'Union, pour ie faire accepter par la population anglaise et en faire l'instrument de notre ruine, était destiné à nous sauver.

La nouvelle constitution, toute informe et bâtarde qu'elle fût, contenait un germe fécond de liberté pour ceux qu'on la destinait à opprimer.

M. Lafontaine vit et comprit ce germe salutaire, il résolut de le développer et d'en

faire un arbre puissant dont l’ombre pro-

tégerait, un jour, l'avenir politique et national de son pays.

Il trouva un homme, un haut-Canadien à l'esprit large, au cœur généreux, qui, après avoir combattu, comme lui, l’oligarchie et l'injustice, avait résolu de chercher dans la nouvelle constitution justice et liberté égales pour tous sans distinction de

l race ni de religion: «était M. Baldwin. ‘

Le gouverneur Thompson et ses satellites virent avec colère ces deux hommes

remarquables unir leur force et leur intelligence pour déjouer des projets qu'ils croyaient si solides. Ils eurent, d'abord, recours aux séductions de l’or et des honneurs pour acheter le silence des chefs canadiens, entre autres M. Lafontaine ; mais lorsqu'ils virent leurs propositions repoussées avec énergie, ils se jetèrent dans la violence et les menaces. Ils eurent bientôt occasion de satisfaire leurs rancunes et leur vengeunce.

Des élections générales eurent lieu sous le nouveau régime, du is le mois de murs mil huit cent quarante et un. Des bandes de tueurs furent lancées dans le comté de Terrebonne pour prendre possession des polls et empêcher l'élection de M. Lafontaine, qui était sûr de la majorité. M. Lafontaine recula devant l’émeute et laissa le champ libre à son adversaire, le Dr.

McCulloch. Mais M. Baldwin avait été élu.

Lord Sydenham (Poulett Thompson était devenu Lord) ouvrit le Parlement, le qua-

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ridi libé c'ét ses acc un

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qu'ils abord, s honchefs ; mais >pousans la lentôt es et

sous murs indes

torze juin mil huit cent quarante et un, avec un gouvernement où l’élément français avait été complètement exclu. M.

Baldwin donna immédiatement un exemple frappant de la manière dont il prétendait faire fonctionner le nouveau régime, en laissant le siège qu’il occupait dans le Conseil Exécutif sur le principe que les Canadiens-Français n'étaient pas assez représentés. Des orages éclatèrent de tous côtés. Mais M. Baldwin avait la tête audessus des tempêtes, il entendit celle-là gronder à ses pieds sans sourciller. Il poussa la libéralité plus loin. Comme il

[avait été élu pour trois comtés dans le

Haut-Canada, il résolut de siéger pour Hastings et fit offrir le mandat du quatrième riding d’York au jeune chef du parti libéral du Bas-Canada, M. Lafontaine ;— c'était frapper au cœur Lord Sydenham et ses fanatiques créatures. M. Lafontaine accepta cette offre généreuse et fut élu par

une assez forte majorité, malgré les répu-

gnances d’un comté anglais à se faire représenter par un Canadien-Français. Mais il ne put prendre son siège qu'à la session suivante, le gouverneur ayant malicieusement reculé le rapport du bref d'élection. Lord Sydenham morvrait quelques jours après, des suites d’une chute de cheval.

Sir Charles Bagot, d'heureuse mémoire, ouvrait la deuxième session du Parlement:

uni, au mois de septembre mil huit cent quarante-trois, avec des paroles de paix et de conciliation. M. Lafontaine y était à la tête d’une opposition forte et confiante, bien décidée à lutter comme autrefois, et à faire triompher ses droits. Le quinze +ptembre, il arbora le drapeau du Bas- Canada, en prononçant ie premier discours français qui eût été entendu dans la Chambre depuis l’Acte d'Union, voulant, disait-il, dans cette mémorable circonstance, protester dans la langue de l’opprimé, contre l’Acte d'Union qui la proscrivait.

Je vais me contenter d'esquisser d’un

ire re- Mais il session cieuseection.

S Jours val.

moire, mentit cent aix et ait à la fiante,

fois, et

quinze a Basscours ns la ulant, tance, primé, ait.

d’un

rapide coup de crayon les principaux événements qui marquent l’histoire politique de M. Lafontaine depuis cette époque jusqu’à sa retraite.

Un homme comme Sir Charles Bagot, dont le seul objet était de faire le bonheur de ceux qu'il gouvernait, ne pouvait manquer de voir la justice des principes invoqués par MM. Baldwin et Lafontaine.

Il leur offrit des portefeuilles dans l’administration. M. Baldwin ayant refusé de siéger avec quelques-uns des membres du gouvernement qui ne lui convenaient pas, M. Lafontaine déclara au gouverneur qu’il ne pouvait accepter ses offres avant qu'on eût donné satisfaction à son honorable collègue.

Le gouverneur céda et accepta le cabinet que MM. Baldwin et Lafontaine formèrent à leur guise.

Le parti tory, dirigé par Sir Allan MacNab, bondit d’indignation à cette nouvelle, et se prépara à la lutte.

M. Baldwin, obligé de se faire réélire, fut battu dans deux comtés. Les Canadiens- Français saisirent avec bonheur l’occasion qui leur permettait de lui rendre un témoignage public de leur admiration et de leur reconnaissance ; ils lui offrirent le mandat du comté de Rimouski, où il fut élu.

M. Lafontaine avait payé une noble dette.

Lord Metcalf arrivait sur ces entrefaites pour remplacer le gouverneur Bagot, qu’une maladie subite forçait de donner sa démission et enlevait, quelques semaines après, à l'affection des Canadiens.

Le triomphe de M. Lafontaine était le triomphe du Bas-Canada ; aussi, les vœux les plus ardents, les sympathies les plus patriotiques éclatèrent en faveur de la nouvelle administration.

Elle n'eut pas le temps, néanmoins, dans cette première épreuve, de réaliser les espérances du pays et d'exécuter les

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réformes libérales contenues dans son programme. Elle se trouvait en face d'une situation nouvelle dont on appréciait différemment la portée et les résultats ; comme toutes les choses humaines, ce régime politique ne pouvait arriver à la perfection que par la voie des essais et des tâtonnements. On voyait bien au fond de la constitution les éléments du gouvernement responsable, mais il fallait ‘es coordonner et les mettre en mouvement ; or, le parti tory, voyant que les Canadiens-Français cherchaiïient à s’en faire un rempart, s’efforcaient d’en restreindre les heureux effets.

Quelques-uns des premiers gouverneurs eux-mêmes, malgré de bonnes dispositions et l'expérience des institutions anglaises, se trompèrent dans l’application du nouveau régime et travaillèrent souvent à contrecarrer les idées libérales de MM.

Baldwin et Lafontaine. Ils admettaient le principe, et reculaient devant les c: nséquences : il est vrai que ces conséquences

étaient l'émancipation d’une nationalité] qu’on avait résolu de perdre.

Il y avait quatorze mois que le gouverne:

ment tenait tête à la tempête et déblayaitl la voie du gouvernement responsable, lorsque des dissentiments sérieux qu’ils eurent avec le gouverneur sur la question} du patronage ministériel, les forcèrent de résigner, Lord Metcalf réclamait le droit de nommer aux emplois publics sans l’avisk

| de ses ministres. MM. Baldwin et Lafon-

qu taine soutenaient que le patronage était jt une des principales attributions du mi:| nistère sous un gouvernement constitutionnel et responsable.

| C'est dans cette occasion que l’hon. :

D.-B. Viger se sépara du parti canadien L [ pour former le gouvernement Draper- L | Viger. é | La conduite de M. Lafontaine et de M. | (\l Viger a été diversement appréciée. M.

ill Lafontaine n’aurait-il pas dû céder sur une # | [l question de peu d'importance, pour sauver

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des principes beaucoup plus considérables que sa retraite mettait en péril? D'un autre côté, M. Viger était-il justifiable de prêter main forte au parti Tory, qui voulait notre abaissement, et l’aider à triompher du parti libéral qu'entourait la confiance du Bas-Canada ?

MM. Baldwin et Lafontaine retombèrent dans l’opposition, suivis tous deux de la grande majorité de leurs partisans. L’Administration Draper-Viger eut de rudes assauts, et elle ne put se mainte :r qu'en adoptant plusieurs des réformes du programme libéral.

Disons en passant que M. Viger et ses amis forcèrent le gouvernement et les torys à reconnaître, même en le violant, le principe du gouvernement responsable renfermé dans la constitution, ainsi que les éléments de liberté qui devaient assurer l'avenir de la nationalité canadiennefrançaise. Mais lorsque MM. Viger et D.-B. Papineau eurent laissé, au mois de

juin mil huit cent quarante-six, le gouvernement dont les bases s’ébranlaient sous les coups vigoureux de l’opposition, on comprit que le triomphe du parti libéral n’était pas éloigné.

Le ministère, tout disloqué, demandait, au mois de décembre mil huit centquarantesept, des élections générales, espérant d'y retremper ses forces et sa vigueur.

La lutte fut vive, acharnée, à Montréal surtout, où le parti Tory eut recours à la violence pour défaire MM. Lafontaine et Holmes, candidats du parti libéral. Les Glengary, qui avaient chassé les Canadiens- Français des polls, dans le comté de Terrebonne, crurent qu’ils pourraient en faire autant à Montréal. Mais ils trouvèrent des hommes décidés à voter, au risque de leur vie. Des organisations eurent lieu sous la direction de jeunes gens de talent et de courage, parmi lesquels on remarquait MM. Coursol, Euclide Roy, J. Papin et Fortin.

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Le jour de l’élection arrivé, des bandes d'émeutiers, soudoyés par les Torys, parcoururent la ville pour effrayer les électeurs. Ils s'étaient emparés, dès le matin, d’un poll qui se trouvait près des brasseries Molson, sur la rue Ste Marie. Soixante Canadiens-Français environ partirent pour les déloger. MM. Coursol et Euclide R&y,

| à cheval, marchaient à la tête de la colonne.

La troupe cheminait tranquillement, lorsque soudain, en passant devant un hôtel, le Royal Oak Inn, elle fut assaillie par une grêle de balles parties des fenêtres de cette maison. C’étaient les Glengary qui, à l'abri des murs, tiraient à bout portant sur la petite troupe. MM. Coursol, Roy, Papin et quelques autres, qui étaient armés, firent alors le siége de la maison, à coups de pistolet, et en chassèrent les Glengary, qui eurent déux hommes tués et plusieurs blessés, M. Godfroy Laviolette, de St. Jérôme, eut un œil crevé dans cette affaire.

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