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Les Canadiens, excités par cette lâche attaque, poursuivirent les émeutiers dans toutes les directions, les chassèrent du poll de la rue des Allemands qu’ils occupaient et protégèrent partout la votation qui donna une majorité de huit cents voix à MM. Lafontaine et Holmes.
C'était un beau triomphe pour le parti libéral, une glorieuse journée pour le peuple et la jeunesse, qui avaient voté le pistolet au poing. Une foule enthousiaste reconduisait, le soir, M. Lafontaine à sa demeure. Un coup de feu retentit au milieu des applaudissements et des hour-
. DE ; P ras mille fois répétés. M. Lafontaine, se Fe retournant à ce bruit, eut la malheureuse :
pensée d'insulter ces hommes dévoués, qui q venaient d'exposer leur vie pour lui, par
æ# LA C des paroles déplacées. :
Le parti libéral avait emporté presque tous les comtés du Bas-Canada. Il affirme sa force dès l'ouverture de la session de quarante-huit, lors de la nomination de
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l’'Orateur. M. Lafontaine avait tenu un caucus dans lequel il avait annoncé à ses amis sa satisfaction et ses espérances, et les avait invités à faire le choix d’un orateur.
Il n’y eut, à ces dernières paroles, qu’une voix parmi les membres pour crier:
‘ Morin! Morin !”
L'hon. L. J. Papineau, qui venait d’être élu, était là. Il quitta, dit-on, l’assemblée, l'air mécontent, et laissa même échapper quelques paroles de plainte.
S'attendait-il que la Chambre d’Assemblée saluerait son apparition sur la scène publique en lui offrant le fauteuil présidentiel qu'il avait honoré pendant vingt ans par son patriotisme et son indépendance ? Plusieurs l’affirment et croient que cet acte de déférence et de gratitude aurait empêché une rupture dont les conséquences nous ont été si funestes. Mais
M. Morin était adoré de la majorité pour ses vertus, son patriotisme, son abnégation et son dévouement inaltérable à la cause
nationale. M. Morin était pauvre; or, on
savait que, malgré les offres les plus brillantes pour l’engager à se séparer de la majorité, en deux occasions, il avait tout refusé en disant qu'il avait un parti et un chef politique, qu’il devait leur être fidèle. || M. Morin fut proposé à la présidence de |l la Chambre par M. Baldwin et fut élu, par || cinquante-quatre voix contre dix-neuf, sur | Sir Allan MacNab.
qi Quelques jours après, MM. Baldwin et [) Lafontaine remontaient au pouvoir et re.
| | ll prenaient la conduite des affaires publiques,
I) sous la direction bienfaisante et salutaire
{fl du célèbre et bien-aimé Lord Elgin, dont
ll le souvenir est si intimement lié à l’établis--
| sement définitif du gouvernement cons- à | titutionnel dans ce pays et au succès des . uL deux illustres chefs du parti libéral. Le Il Le cadre que je me suis imposé ne me fa (l permet pas d'énumérer tous les bienfaits
| qui jaillirent pour le pays de l’union de bi A cesatrois grandes intelligences, de passer °
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en revue toutes les réformes et les entreprises qu'ils accomplirent. Qu'il me suffise de dire qu’ils fixèrent les bases du gouvernement responsable et de l'avenir politique du pays, et sanctionnèrent l’égalité, devant la justice et les lois, de toutes les races, de toutes les religions. Ces trois grands hommes ne sont plus; la mort les a, depuis plusieurs années déjà, ravis à l'amour et au respect de leurs concitoyens ; nous sommes surpris que la reconnaissance publique n'ait pas encore songé à leur élever un monument commun, afin d'associer dans l'immortalité des mémoires si chères à notre patrie.
Ils n'ont pas accompli sans trouble et sans sacrifices les grandes choses dont nous nous glorifions aujourd’hui. Ils ne livrèrent pas la guerre à l’injustice et au fanatisme sans soulever des tempêtes violentes. Tout le monde se rappelle les événements de quarante-neuf; mais il est
bon d'en conserver le souvenir à la postérité.
Dès les premiers mois de son administration, M. Lafontaine avait mis devant la Chambre un projet de loi dont l'objet était d'indemniser tous ceux quiavaient éprouvé des pertes dans l'insurrection de trentesept et de trente-huit.
Le parti Tory, vaincu et humilié, saisit avec empressement l’occasion qui se présentait pour souffler dans les cœurs la haine et la vengeance. Des organisations eurent lieu pour effrayer le gouvernement et le forcer d'abandonner cette mesure.
M. Lafontaine resta sourd aux menaces.
Le vingt-cinq avril, Lord Elgin se rendit à la Chambre d'Assemblée pour sanctionner le bill d'indemnité. Il fut accueilli, à son départ, par des cris de mort, les sifflets et les insultes d'une foule ivre de haine et de boisson, qui le reconduisit jusqu'à sa demeure et le couvrit d'œufs pourris. Quelques minutes après, le Parlement était en
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feu. Les membres se sauvèrent, avec beaucoup de peine, à travers le feu, la fumée, les cris, les pierres et même les balles. Mr. Lafontaine s’échappa par la cave du Parlement ou il laissa son chapeau.
Pendant plusieurs jours, plusieurs semaines même, Montréal fut à la merci de la canaille qui parcourait les rues, la bave à la bouche et la torche à la main, incendiant et saccageant les demeures de MM.
Wilson, Holmes et Hincks.
Un soir, ils partirent, au nombre de quelques centaines, pour brûler les maisons de MM. Lafontaine et Drummond. Ils se dirigèrent d’abord sur celle du premier ministre. Mais des amis courageux s'y étaient rendus pour le défendre, entre autres Sir Etienne-Pascal Taché, connu alors sous le nom de Dr. Taché, qui avait fait les préparatifs de défense. Le chef de la bande tomba frappé d’une balle, au moment où il franchissait la grille du jardin : c'était un jeune forgeron du nom
de Mason. Les émeutiers retraitèrent à la hâte, emportant le cadavre de leur ami, qu’ils promenèrent en triomphe dans les rues de la ville au milieu d’un grand tumulte,
Une enquête eut lieu à l'hôtel de Nelson, maintenant l'hôtel St. Nicolas, sous la direction de MM. Jones et Coursol, coronaires-conjoints. M. Lafontaine, appelé comme témoin, était à donner son témoignage, lorsque les cris de ‘“ Au feu! au feu!” retentirent. Quelques minutes après, la maison était enveloppée dans un tourbillon de feu et de fumée. M. Lafontzine put s'échapper, grâce à la protection et au sang-froid de M. Coursol, qui montra dans cette affaire beaucoup de courage et d'énergie.
Le gouvernement finit enfin par céder aux sollicitations de ses amis, qui depuis longtemps voulaient s’armer et s'organiser pour protéger la vie des citoyens. Ce qu’ils avaient prévu arriva; du moment que les
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