‹ Sir Ls.-H. Lafontaine [microforme]Chapitre 3 sur 3 · VS · texte numérisé non relu

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émeutiers virent qu'ils auraient à combattre face à face des hommes de cœur, ils disparurent comme des ombres; ils n’attendirent même pas le premier coup de fusil.

La paix s'était faite dans les esprits, et le gouvernement poursuivait tranquillement le cours de ses réformes dans l’ordre matériel, social et politique par des mesures pleines de sagesse, lorsque, au mois de juin mil huit cent cinquante et un, M.

Baldwin vivement affecté du résultat d'un vote de la Chambre, annonça sa démission, en disant qu’il refusait de rester au pouvoir, du moment qu’il ne commandait plus la confiance de la majorité du Haut-Canada.

C'était digne et fier.

Quelques jours après, M. Lafontaine annonçait qu'il avait l'intention de suivre l'exemple de M. Baldwin, à la fin de la session. La question de la tenure sei- :neuriale commençait à l’inquiéter. La

DIRCRERNOE et l’impatience de plusieurs

[l. jeunes députés, qui se plaignaient de sa ll) lenteur, l’importunaient et lui faisaient jf craindre des imprudences.

| A un banquet que ses amis lui donnèrent, dl le trente octobre, il fit un discours re.

| marquable dans lequel, après avoir fait le | : tableau des progrès du pays depuis mil À | |. huit cent quarante, il annonça sa retraite | définitive des affaires. Il n’avait que quarante-quatre ans ; il laissait la politique à l’âge où on y entre en Europe.

Il s'était remis à la pratique de sa profession et se refesait rapidement une magnifique clientèle, lorsqu'il fut appelé au poste de juge en chef de la Cour du Banc de la Reine pour le Bas-Canada.

Le pays tout entier salua cette pro-

motion. ue

Quelque mois après, à son retour d’Eu- M.

rope, où il était allé retremper ses forces ]

|! et sa vigueur, grâce au congé que le gou- mc LL vernement lui avait accordé, il était fait ph baronnet de la Grande-Bretagne, en ré- ge:

nèrent, Ars refait le

is milk

etraite

compense de ses services et de ses mérites.

En mil huit cent cinquante-cinq, il présidait la Cour seigneuriale.

Il y avait dix ans que l’illustre baronnet honoraïf; la justice de son pays par son impartialité, son intégrité et la profondeur de sa science, lorsque la mort le frappa dans la chambre des juges, où il était à remplir ses devoirs judiciaires. Transporté, à la hâte, à sa demeure, il demanda à voir son fils qu'il couvrit de baisers, fit le signe de la croix et mourut peu de temps après.

La population se pressa en foule autour du corbillard qui contenait les restes de cette noble et utile existence ; tous les journaux en deuil célébrèrent, à l’envi, ses mérites et ses talents.

Traçons en quelques lignes le portrait de M. Lafontaine.

Il] était d’une taille au-dessus de la moyenne, forte, pleine et massive; sa physionomie était calme, sereine, immobile, ses traits fiers et réguliers, sa démarche

lente et mesurée. Il avait le regard doux et limpide, comme ces belles eaux, dont la transparence laisse voir le lit qui les porte, la parole grave, solennelle, un buste large et puissant, une tête immense, magnifique, qu’on aurait remarquée entre mille. La pensée semblait se mouvoir, à l'aise, sous ces vastes parois, le monde intellectuel devait prendre plaisir à s’y réfléter, tous les éléments qui y entraient en sortaient coordonnés et disciplinés, comme une armée rangée en bataille.

C'était une des incarnations les plus parfaites du type napoléonnien. Cette ressemblance frappait tout le monde ; il était loin de la dédaigner lui-même et cherchait à la rendre plus sensible encore par une petite touffe de cheveux qu’il laissait tomber avec complaisance sur son large front.

Etant allé, dans son dernier voyage en France, visiter l’hôtel des Invalides, les vieux soldats de la grande armée se pres-

doux ont la Jorte, large fique,

La SOUS ctuel tous

sèrent autour de lui, pleins d'émotion, et s'écriaient avec transport: “bon Dieu !

Monsieur que vous ressemblez à notre empereur |”?

La première fois que Lady Bagot l’apercut, elle ne put s'empêcher de pousser un cri de surprise et de dire à son mari: “si je n'étais pas certaine qu'il est mort, je dirais que c’est lui.”?

Elle parlait de Napoléon ler, qu’elle avait vu à Paris.

Il a dû à son extérieur imposant une bonne partie du prestige et de l'influence qu’il exerçait sur le peuple et ses représentants. Sa gravité et son silence habituels lui donnaient un certain air de mystère qui avait son effet. Sa force corporelle, avant que la maladie et les infirmités l’eussent affaiblie, était proportionnée à sa stature : dans les élections de trente-quatre et de trente-cinq qui se firent, à coups de bâton, il paya de sa personne ;

les hommes forts de l’époque le considé-

raient comme un des leurs.

On ne peut voir dans sa patience et ses

hésitations pendant les troubles de quarante-huit et de quarante-neuf, que la crainte d’exposer la vie des citoyens et de porter la responsabilité du sang qui serait versé.

Il eut toujours, dans les hautes fonctions qu’il fut appelé à remplir, un sentiment très vif de la responsabilité et des devoirs que la confiance publique lui imposait.

Il était au moral ce qu’il était au physique; tout chez lui était large et reposait sur de fortes bâses. Les yeux fixés sur un principe, il y marchait en droite ligne, écrasant les obstacles sur son passage, insouciant de ses intérêts personnels, regardant à peine si on le suivait. La raison chez lui ne perdait jamais son empire, elle dominait ses sentiments et règlait ses actes.

Il avait plutôt l’amour de la justice et

de l'humanité que le sentiment national, de même qu'il était plus politique que religieux.

Ce qu'il voulait pour ses compatriotes, il le voulait, aussi, pour toutes les races, toutes les religions ; tous les droits pour lui étaient sacrés, inviolables.

C'est à cette largeur de vue et de sentiments que nous devons les alliances précieuses qui nous ont assuré le triomphe de nos droits et de nos libertés. Des manifestations imprudentes, des exagérations de sentiment et de parole auraient pu tout perdre, à cette époque critique, où tant d'é'’ments discordants cherchaient à se combattre et à se détruire.

Toujours maître de ses pensées, alo’s même que le feu de la colère lui montait au front, il se taisait, attendait et réfléchissait.

Fort de la justesse des principes qu'il émettait, il n’en cherchait le triomphe que dans leur force même et la confiance qu’il

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inspirait à la majori qui marchait sous son drapeau. ,

Les intrigues politiques répugnaient à son caractère fier et indépendant, il les dédaignait, comme des moyens indignes de lui et de ceux dont il était le chef.

Plusieurs fois il se contentait de répondre à ceux qui lui demandaient des explications, qu’il votait pour la mesure proposée parce qu'il la croyait bonne, qu’ils étaient libres de voter autrement.

A des hommes d'Etat comme M. Lafontaine, il faut des époques de désintéressement et de courage moral, des

situations où le sentiment public l'emporte ra |) sur le sentiment personnel. m | Le gouvernement constitutionnel, qui £ uw

est un gouvernement de discussion et et

d'explications, ne peut s'accommoder long- ÊT: temps d’un pareil système. Aussi, je ne le suis pas surpris que M. Lafontaine ait

senti le besoin de donner sa démission, n

{ll ee. + . Û ni lorsque des divisions qu’il aurait pu, peut- g

lignes F, le réit des Lesure )onne, nt.

[. Ladésin- , des porte

») qui in et longje ne e ait ssion, peut-

être, retarder, avec de la souplesse et de la diplomatie, éclatèrent parmi les Canadiens-Français, lorsque l’éloignement du danger fit moins sentir le besoin de l’union et de l’obéissance passive.

Mais, là encore, il montra sa sagesse et sa prudence ; il comprit que le Banc seul pouvait lui offrir, à l'avenir, une situation conforme à l'indépendance de son caractère, à la sincérité de ses principes.

Ce qu’il a été sur le Banc, tout le pays le sait, il y trouva un noble et vaste champ pour le déploiement de ses hautes facultés.

Sa sagesse, son impartialité et son savoir rappelèrent les plus beaux temps de la magistrature française. Ses jugements ont une grande autorité devant nos tribunaux, et longtemps encore les juges et les avocats seront heureux de les citer à l'appui de leurs opinions.

M. Lafontaine n'était pas orateur, il n'avait ni la chaleur, ni l’élocution, ni le geste, Honnête, franc et loyal dans ses

discours, comme dans ses actes, uniquement préoccupé de la justesse de ses idées, il parlait peu, insouciant des charmes et des artifices du langage. Dans ses discours politiques devant le peuple ou devant la Chambre, il posait carrément la question, la discutait froidement et s’en rapportait à la réflexion et à l'intelligence de ses auditeurs. Mais sa pensée substantielle et condensée laissait une empreinte vigoureuse dans les matières qu’elle traver-

sait; on aurait dit une lourde machine traçant un sillon profond dans les entrailles de la terre, ou un fleuve puissant roulant ses eaux fortes et massives entre des

rochers nus et escarpes.

Il lui répugnait de répondre aux attaques personnelles, et ïil n'avait pas à subir souvent cette épreuve, car au premier mot qu'on lançait contre lui, une douzaine de membre se levaient pour le défendre.

Ceux mêmes que l'humeur de M. Lafontaine avait, peut-être, froissés, deve-

naient ses plus chauds défenseurs, tant ils tenaient à l'honneur de leur chef et à l'inviolabilité de son caractère et de sa réputation.

Jamais, d’ailleurs, ses ennemis les plus acharnés ne mirent en doute son désintéressement, l’indépendance et la sincérité de ses convictions.

L'un des chefs les plus emportés du parti Tory lui rendit, un jour, un beau témoignage.

C'était dans le temps où l’on parlait de la retraite prochaine de M. Lafontaine.

M. Hincks, alors, comme aujourd’hui, ministre des finances, faisait un discours où il énumérait, avec complaisance les principaux faits de sa carrière parlementaire. Le colonel Prince se levant, soudain, dit qu’il désirait interrompre l'honorable ministre des finances pour lui donner un conseil : ‘c'était de brûler, plus tard, toutes les pages de sa vie politique, excepté celle qui parlerait de l’époque où il

avait eu l’honneur de faire partie du gouvernement de M. Lafontaine.’ Des tonnerres d’applaudissements accueillirent ces paroles fines et mordantes qui renfermaient un éloge si flatteur pour M.

Lafontaine.

Il ne faut pas conclure de ce que j'ai dit, en passant, de M. Lafontaine qu’il était dur, intraitable et dénué de tendresse. Non, si l'écorce, comme je l’ai déjà dit, était rude le cœur était bon, compatissant, plein de sympathie pour l'infortune et l’indigence.

Il donnait abondamment, au-delà de ses moyens; son nom figurait avec honneur à la tête des listes de souscriptions qui avaient un but charitable ou national.

Monseigneur de Montréal, rapppelait avec émotion, dans l’allocution qu'il prononça sur sa tombe, qu’il prenait plaisir à visiter les hôpitaux pour y porter des consolations et des soulagements.

Lorsqu'on étudie de pareilles vies, on éprouve un légitime sentiment de fierté et

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d’orgueil national, et on souhaite ardemment que la Providence nous envoie souvent de ces hommes d'élite pour rehausser notre nationalité et diriger ses pas dans les voies de l'avenir.

N. B. Sir Louis était marié, en premières noces, à Dlle. Bertelot, fille de M. A. Berthelot de Québec ; il épousa en secondes noces Madame Ki ton, veuve d'un officier anglais, de laquelle il eut deux fils qui moururent très jeunes.

Montréal, juillet, 1870.

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