‹ Sir Robert PeelChapitre 22 sur 67 · DANS L'OPPOSITION (1835-IMI · texte numérisé non relu

DANS L'OPPOSITION (1835-IMI

rudes et seraient peut-être bientôt mortels. Ils essayèrent de l’intimider ou de l’affaiblir en lui prédisant les embarras qui l’attendaient dans l’exercice du pouvoir : « Si, avec les meilleures et les plus pures intentions, dit M. Macaulay, le très-honorable baronnet venait à entreprendre le gouvernement de ce pays, il reconnaîtrait qu’il lui serait très-facile de perdre la confiance du parti qui l’y aurait élevé, et très-difficile de gagner celle que possède heureusement le gouvernement actuel, la confiance du peuple irlandais. «‘C’était par l’Irlande surtout que les whigs se flattaient de se maintenir et de paralyser leur redoutable adversaire. Ils le sommèrent de s’expliquer nettement à ce sujet, et aussi sur toutes ses vues, tous ses principes de conduite, s’il arrivait au pouvoir. Peel accepta sans hésiter le défi. « On demande deux choses, dit-il : l’une, que celui qui va voter qu’il n’a pas de confiance dans le gouvernement actuel expose avec précision les motifs jle son vote ; l’autre, que ceux qui peuvent être considérés comme les successeurs probables des hommes qu’ils attaquent établissent d’après quels principes ils se proposent de conduire les affaires de ce pays. J’admets la pleine justice de la première de ces exigences. La seconde n’est peut-être pas, en droit strict, aussi parfaitement légitime. Mes réponses à toutes les questions seront complètes et sans réserve. Je sais trop le peu de fond qu’il faut faire sur l’appui des partis qui ne connaissent pas bien les idées du chef qu’ils soutiennent, j’ai trop d’expérience de ces enga-

gements solennels contractés pour renverser un pouvoir et violés quand le but est atteint, j’ai trop peu d’envie d’obtenir, sous de faux semblants ou par un silence menteur, une confiance trompeuse, pour ne pas accepter avec joie cette occasion de déclarer franchement, sur tous les points que vous avez posés, mes opinions et mes desseins. »

Il commença par résumer les motifs de son opposition , s’adressant tour à tour à ses plus éminents adversaires, à lord Ilowick, à M. Macaulay, à lord John Russell, plus incisif, plus ironique qu’il n’avait coutume de l’étre; puis, revenant à lui-méme, il passa en revue toutes les questions, toutes ses opinions sur la réforme, sur les privilèges des chambres, sur la loi des pauvres, la loi des grains, l’émancipation des catholiques, l’administration de l’Irlande, maintenant ce qu’il avait dit, indiquant ce qu’il croirait devoir faire si le pouvoir était dans ses mains, explicite et positif sur les points les plus délicats, entre autres sur la législation des céréales, au delà peut-être de la nécessité et certainement de la prudence, évidemment entraîné par l’autorité naturelle de son caractère et par le sentiment de sa grande situation : « J’ai fini, dit-il, après avoir parlé plus de deux heures; j’ai accompli le dessein pour lequel je me suis levé ; j’ai dit par quels motifs je refuse ma confiance au gouvernement actuel ; j’ai déclaré quelle marche je me proposais de suivre sur les grandes questions d’intérêt public qui divisent l’opinion publique. Je ne saurais répondre à la question

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(jue vous me posez : — Quels principes prévaudront si un gouvernement nouveau vient iï se former ? — .Mais ce dont je puis répondre, c’est que, si les principes que je professe ne prévalent pas, je ne ferai point partie de ce gouvernement. Il se peut qu’en professant mes principes je perde la confiance de quelques personnes qui, par méprise, ont été jusqu'ici disposées à me suivre. Je’ regretterai profondément cette confiance ; mais j’aime infiniment mieux la perdre que la conserver à un titre faux. Il se peut que les principes que je professe ne puissent être mis en pratique, et qu’un gouvernement qui le tenterait ne trouve pas dans la chambre des Communes l’appui nécessaire. Pourtant je ne les abandonnerai pas ; je ne chercherai pas à compenser la perte de confiance que je pourrai subir d’un côté de la chambre par le moindre effort pour me concilier la faveur de l’autre. Je persévérerai dans la conduite que j’ai tenue depuis l'adoption du bill de réforme, content du pouvoir réel que je ne cesserai pas d’exercer, indifférent, en ce qui me touche moi-même, au pouvoir officiel, prêt à m’en charger si on me le demande, quelles qu’en soient les difficultés, refusant de l’accepter à des conditions incompatibles avec mon honneur personnel, et dédaignant de le posséder au même titre que ceux qui l’exercent aujourd’hui. »

Le vote de non-confiance dans le cabinet whig fut rejeté encore ce jour-là à une majorité de 21 voix ; mais le coup était porté : dans la session suiv ante, le

SIk KOBKKT PEEL.

27 mai 18tl, le même vote, proposé par sir Robert Peel lui-même, fut adopté par 312 voix contre 31 1. Le cabinet, décidé à épuiser toutes les chances , obtint de la reine la dissolution de la chambre des Communes. Les élections le condamnèrent. Ouvert le I!) août 1811, le nouveau Parlement, dans le débat de l’adresse, donna, aux conservateurs contre les whigs, 91 voix de’majorité. Le 30 août, le cabinet whig remit entre les mains de la reine sa démission, et, trente-deux ans après son entrée dans la chambre des Communes, sir Robert Peel, accomplissant l’attente de son père et des compagnons de sa jeunesse, prit ell'ectiv ement en main le gouvernement de son pays.

11 arrivait au pouvoir sous les auspices les plus brillants et pourtant précaires, avec des forces éclatantes, mais aussi avec des faiblesses cachées. Son triomphe était aussi légitime que complet : le cabinet whig n’avait succombé à aucun accident, à aucune manœuvre ; il s’était usé lentement, au grand jour de débats solennels, et retiré devant le vote positif et réfléchi du Parlement. Le cabinet que Peel venait de former comptait dans son sein les hommes les plus illustres par la gloire, par le rang, par la capacité, par la considération : dans la chambre des Pairs , le duc de Wellington , sans fonction spéciale ; lord Lyndhurst, aussi habile dans la discussion politique

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