‹ Sir Robert PeelChapitre 64 sur 67 · SCR · texte numérisé non relu

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L’ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES ni 1829.

Réflexions préliminaires de sir Robert Peel sur la rédaction de ses mémoires et sur sa situation dans la question de l’émancipation des catholiques.

(Pages 1-15 de l'édition anglaise publiée chez Murray.

Londres, 1856.)

Il est probable que lorsqu’on ouvrira ce portefeuille, le jour sera venu où l’on pourra livrcrà la publicité toutes les lettres et les documents confidentiels contenus dans ce mémoire, sans courir le risque de blesser des sentiments privés ou de nuire aux intérêts publics.

Ces papiers ont trait à deux des événements les plus importants de ma carrière politique : l’abolition de l’incapacité des catholiques, qui a eu lieu en 1829, et le rappel des lois sur les grains, en 1846.

Les documents que j’ai choisis pour faire partie de ce

Mémoire sont , je crois, non-seulement les plus importants, mais même les seuls nécessaires ou utiles pour faire ' parfaitement comprendre les événements auxquels ils se rapportent Je n'ai fait ce choix que dans le seul but de dégager ce récit de tout document étranger à la question ou superflu. Cependant, j’ai réuni, dans les deux paquets marqués X et Y, toutes les lettres et papiers à moi appartenant, qui ont le moindre rapport avec les événements de 1821) et 1846. Si ceux qui auront à surveiller la publication de ces Mémoires étaient d’avis qu’en ajoutant quelques-uns des papiers mis de côté, on pût répandre plus de clarté sur les affaires dont ils traitent, ou rendre une plus complète justice à d’autres personnes qui ont pris part avec moi à ces transactions, j’ordonne expressément qu’on publie ces papiers, soit dans le corps de ces Mémoires, soit à la fin.

J’ai l’intention de lier les documents entre eux par un récit fort court des événements, et je serai probablement poussé, par des sentiments qu’il me serait difficile de taire, à me livrera des réflexions sur ces événements et sur leurs conséquences ; mais c’est sur les documents mêmes, et non sur mon récit ou sur mes commentaires que je compte pour bien faire comprendre mes motifs et pour justifier ma conduite.

J’ai la ferme conviction que pas un de ces documents n’a été écrit en vue d’une publication subséquente. Ils racontent les événements tels qu’ils se sont passés jour par jour, et ils sont un miroir fidèle des sentiments et des impressions auxquels ces événements donnaient naissance.

J’ai le projet de laisser complètement distinctes les deux questions, celle de 1829 et celle de 1846, puisqu’elles sont aussi séparées par la nature du sujet auquel elles ont rapport que par le long espace de temps qui s’est écoulé

entre elles. Je ne m'occuperai pour le moment que de la première de ces deux affaires, l'abolition de l'incapacité des catholiques.

Depuis le jour de mon entrée dans le Parlement, j'avais fait à cette mesure une opposition constante et décidée, opposition qui certainement ne prenait pas sa source dans des vues d’intérêt politique personnel. Quand en 1812, je votai contre la proposition faite par M. Canning, après la mort de M . Perceval, en faveur du bill d'émancipation, et qui passa à une majorité de 235 voix contre 106, je ne comptais certainement pas sur ce vote pour m’aider à avancer dans ma carrière politique.

J'ai développé pleinement les ‘motifs de mon opposition dans un discours prononcé en 1817.

• Il me semblait que la question de l'émancipation des catholiques était beaucoup plus compliquée et plus étendue dans ses résultats que ne le croyaient la plupart des hommes distingués et éminents qui soutenaient la cause des catholiques romains.

En réfléchissant à l’histoire passée de l'Irlande, à sa |>osition géographique, à la façon dont la propriété y était réglée, au nombre de sa population et à ses dénominations religieuses, il me semblait extrêmement difficile d'arriver à légalité parfaite des privilèges civils ou plutôt à l’application loyale et pratique de ce principe, tout en maintenant d'une manière inviolable les deux points sur lesquels les partisans et les adversaires de l’émancipation des catholiques étaient complètement d’accord, c'est-à-dire l'union législative et l'Église établie telle que la garantissait l'acte d'union.

Le bill d'assistance, présenté par M. Grattan en 1813, déclarait dans son préambule <c que l’Église protestante épiscopale d'Angleterre et d’Irlande était établie d'une fa-

360 FRAGMENTS DU MEMOIRE DE SIR R. PEEL von permanente et inviolable, et qu’en abolissant les incapacités qui pesaient sur les catholiques romains, on servirait les intérêts de l’Église protestante tout en fortifiant la constitution libre dont cette Église formait une partie essentielle. »

Le bill affirmait qu’une telle mesure mettrait un lerme à toute jalousie religieuse entre les sujets de Sa Majesté, et plongerait dans un éternel oubli toute animosité entre l’Irlande et la Grande-Bretagne.

Je ne partageais ni ces opinions ni ces espérances.

Ce n’est pas que je fusse insensible au danger évident qu’il y avait à soumettre à de telles incapacités une portion des sujets de Sa Majesté; les sujets catholiques formaient alors la grande majorité de l’un des royaumes unis; leur nombre, leur richesse, leur importance se développaient rapidement. Je savais aussi que ce mal avait été aggravé par les mesures inconsidérément adoptées en 1 793, qui avaient étendu à l’excès les franchises électorales parmi les petits fermiers d’Irlande ; mais il me semblait d’un autre côté que les partisans de l’émancipation négligeaient trop absolument d’autres considérations.

11 y avait un danger réel à abolir des tests (serments religieux) qui avaient été jadis établis dans le but exprès de donner à la législature un caractère protestant, et qui avaient pour base, non de vagues théories constitutionnelles, mais une expérience pratique des maux et des périls causés à une époque peu éloignée par ceux qui se disputaient la prééminence.

En abolissant les incapacités civiles, on s’exposait à changer essentiellement les rapports de l’Église catholique romaine et de l’État. Il est vrai que je ne voyais aucune solution satisfaisante des difficultés qui entravaient alors ces rapports ; mais je craignais qu’en abolissant entière-

SUR L’ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES (1829). 361 ment l’incapacité politique qui pesait sur les catholiques, on ne fit qu’aggraver ces difficultés.

Il y avait en effet bien des motifs de sérieuse hésitation : la religion catholique était unie à tous les événements les plus importants de notre histoire intérieure; ses possessions temporelles avaient été transférées par la force à l’Église réformée ; les catholiques reconnaissaient une autorité spirituelle étrangère ; leurs sympathies (du moins en matière religieuse) étaient naturellement acquises aux pays qui reconnaissaient la même autorité; les catholiques irlandais refusaient péremptoirement de se soumettre aux restrictions apportées dans tous les autres pays, protestants ou catholiques, aux nominations ecclésiastiques de la cour de Borne et aux rapports avec le saint-siège; l’autorité de la législature ne pouvait suffire à faire accepter ces restrictions. 11 y avait là bien des raisons de douter de la possibilité d’établir l’identité de sentiments et d’intérêts nécessaire à l’application pratique de l’égalité civile parfaite dans l’administration de l'Irlande; il y avait bien des raisons de craindre qu’une égalité nominale plutôt que pratique ne causât chez les catholiques romains plus de mécontentement que de satisfaction.

L’Église catholique romaine, avec ses souvenirs historiques, son système absolu de discipline et d’organisation, ses ordonnances et ses règles particulières, qui tendent à exercer sur ses sectateurs une autorité temporelle aussi bien que spirituelle, diffère essentiellement, dans ses résultats politiques et dans son influence, de toutes les autres formes de croyance religieuse qui ne se réunissent pas à l’Église établie.

J’avais peu d’espoir qu’on pût arriver sur cette question à un arrangement définitif et satisfaisant, quelque conduite qu’on se décidât à tenir à l’égard d’une institution

362 FRAGMENTS DU MEMOIRE DE SIR R. PEEL si puissante et si étrangère par sa nature au gouvernement de ce pays: soit qu’après avoir établi l’égalité civile, on laissât l’Église catholique parfaitement indépendante et non reconnue par l’État, soit qu’on accordât à cette Église une dotation régulière et limitée , soit que, comme le proposaient quelques personnes, on plaçât, en Irlande du moins, l’Église catholique sur un pied d’égalité avec l’Église établie, j’avais peu d’espoir de voir s’établir l’harmonie religieuse et disparaître, dans les rapports politiques de la société, l’influence des discordes religieuses.

il me semblait que de temps à autre les partisans les plus remarquables et les plus éminents de l’émancipation étaient amenés à admettre des faits peu propres à dissiper les craintes de leurs adversaires.

Peu de temps avant sa mort, M. Pilt avait déclaré «qu’il ne croyait possible en aucun cas d’accorder, avant l’union, aux catholiques romains les privilèges qu’ils réclamaient, sans méconnaître absolument les intérêts protestants en Irlande, sans compromettre la tranquillité intérieure de ce royaume, la forme et la structure de notre constitution, et sans risquer de détruire l’union future de l’Irlande avec la Grande-Bretagne. »

Vingt ans plus tard, M. Plunketl avouait « qu’à ne parler de l’Église établie qu’au point de vue politique, il n’hésitait point à déclarer que l’existence de cette Église était, entre les deux pays, le plus puissant des liens; et que si jamais les Irlandais en venaient par malheur à s’emparer témérairement des biens de l’Église et à la dépouiller de ses droits, ils mettraient par cet acte fin à toute union entre les deux pays, et consommeraient la rupture. »

Ces déclarations et d’autres analogues que je pourrais citer justifiaient l’inquiétude de ceux qui craignaient que, malgré l'abolition de l’incapacité politique, des intérêts

SUR L’EMANCIPATION DES CATHOLIQUES (1859;. 363 opposés et des avis différents sur le bien public ne vinssent toujours entraver la paisible coopération des protestants et des catholiques au gouvernement de l’Irlande.

Sans aucun doute l’union des législatures nuisait aux catholiques romains; leur influence, qui aurait pu prédominer dans un parlement irlandais, devenait comparativement nulle dans le Parlement du royaume-uni. Mais l’union des législatures n’affectait pas au même degré l'influence des catholiques dans l’administration du pouvoir exécutif en Irlande. L’établissement d’une égalité théorique des privilèges civils semblait impliquer un droit égal à la faveur et à la confiance de la couronne, nonseulement pour les emplois secondaires, mais aussi pour les fonctions les plus élevées. Je ne croyais pas prudent d’admettre ces prétentions. Je croyais que le gouvernement de l’Irlande devait, lors même qu’il chercherait à exercer son autorité et à distribuer ses faveurs avec impartialité, rester, dans son esprit général, essentiellement protestant, et que cela lui était indispensable pour pouvoir agir de concert avec le gouvernement du royaume, pour maintenir inviolablement l’acte d’union, pour sauvegarder l’institution que M. Plunkett lui-même considérait comme indispensable aux bons rapports entre les deux pays, c’est-à-dire l’Église établie d’Irlande.

Si on jugeait nécessaire, d’après toutes ces raisons, que le gouvernement de l’Irlande conservât son caractère protestant, il y avait lieu de se demander sérieusement s’il ne valait pas mieux qu’il tint ce caractère de la loi ellemême plutôt que d’un exercice discrétionnaire de la prérogative chargée de contrôler la loi ; car, si on admettait qu’il y eût entre les protestants et les catholiques ideutité d’intérêt, il fallait admettre qu’il y eût pour tous une égale étendue de privilèges.

C’était sur les motifs ci-dessus énoncés que j’avais toujours fondé mon opposition à l’abolition complète des lois d’incapacité. Mais cette opposition était limitée, je l’avais toujours déclaré, à l’enceinte du Parlement. Je n’avais jamais cherché à exercer de l’empire sur la libre discussion du Parlement dans une question où le jugement le plus calme était nécessaire, en faisant appel à des passions et & des préjugés toujours faciles à émouvoir sur des sujets religieux, surtout dans le cas dont il s’agissait.

Je ne suis jamais entré dans aucune cabale contre ceux qui n’étaient pas du même avis que moi dans la question des catholiques. Je n’ai pris aucun engagement politique avec ceux qui partageaient mon opinion, si ce n’est cette sorte d’engagement tacite et implicite qui est la suite naturelle d’un rôle actif et important dans un débat. Quelles que soient les obligations que puisse entraîner un tel engagement , nulle tentation d'intérêt privé ou d’ambition personnelle n’aurait pu m’amener à en négliger aucune, même la plus insignifiante; mais je n’aurais jamais souffert que de telles obligations pussent l’emporter sur les obligations d’un ordre plus élevé que j’avais contractées en m’engageant à servir la couronne, et que j’avais ratifiées en jurant solennellement « de déclarer fidèlement, ouvertement et loyalement mon avis et mon opinion sur toutes les questions qui seraient traitées et débattues dans le conseil , suivant mon cœur et ma conscience. »

J’admets pleinement que, par suite du parti que j’avais toujours pris dans la question des catholiques, et de la confiance qu’on mettait en moi à cause de cette conduite , par suite de ma position dans le gouvernement , et de ma position dans le Parlement comme représentant de l’uni-

versité d’Oxford, l'intérêt que j'appelle par le nom collectif d'intérêt protestant, avait des droits spéciaux à compter sur mon dévouement et sur ma fidélité à le servir. Si le devoir que m'imposaient ces droits par moi reconnus consistait, dans une crise des plus périlleuses, à contempler et à comparer de sang-froid les dangers qui menaçaient sur divers points les intérêts protestants, si mon devoir était de conseiller la conduite selon moi la moins compromettante, de m'y attacher résolument une fois que je l'aurais conseillée et adoptée, de dédaigner toute considération égoïste, de m'exposer au blâme et aux reproches plutôt que de courir le risque d'aggraver les maux déjà existants, en cachant mon opinion réelle et en cherchant faussement à donner mon avis comme parfaitement conforme à celui que j’avais autrefois, si c’était là le devoir qui m'était imposé, j’affirme sans hésiter que je l'ai fidèlement et scrupuleusement rempli.

Je laisse à ceux qui examineront avec impartialité les documents et les preuves contenus dans ce Mémoire, le soin de décider si la déclaration que je fais avec tant de confiance est pleinement justifiée ou non. Ce sera à eux de décider si ces papiers ne jettent pas de la clarté sur beaucoup de points jusqu’ici demeurés obscurs, s'ils n'expliquent pas l'apparente promptitude avec laquelle j'ai changé d'avis, s'ils ne font pas comprendre pourquoi j'ai longtemps gardé une réserve qui semblait inutile, du moment où j’avais pris mon parti sur la conduite que je voulais suivre.

On verra d’après ces preuves si j'avais la moindre disposition à plier devant l'agitation populaire ou à lui faire des coquetteries, si je reculais devant la responsabilité d'employer l'autorité légale qui pouvait servir à réprimer le désordre en Irlande, ou l'influence pernicieuse qu'on

30G FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEL cherchait à exercer dans ce pays par le moyen de coalitions politiques et d’une agitation organisée.

Pour comprendre parfaitement les motifs et la conduite de ceux qui avaient résolu de proposer le règlement de la question des catholiques au commencement de la session de lS29.il est indispensable de rappeler les événements qui s’accomplirent en Irlande durant l’année 1828, et les discussions qui eurent lieu dans le Parlement pendant la session de cette même année.

Au mois de janvier 1828 je reçus du duc de Wellington la lettre suivante. Il m’y engageait à l’aider dans la formation d’un nouveau cabinet, mesure devenue nécessaire par l’abdication volontaire de lord Ripon et de ses collègues, qui s’étaient retirés peu avant l’ouverture du Parlement.

Le duc de Wellington à M. Peel.

Londres, 9 janvier 1828.

a Mon cher Peel,

« Je vous envoie ci-jointe une lettre que j’ai reçue ce matin de lord Lyndhurst. Je l'ai vu quelques minutes après huit heures, et il m'a dit que, par suite de la dissolution du cabinet, le roi désirait nous voir tous deux.

« Je l’accompagnai immédiatement à Windsor. Sa Majesté me dit qu’elle me demandait de former un cabinet dont je serais le chef. Je répondis à Sa Majesté que j’étais placé par ma profession de manière à ne pouvoir dire que je formerais un cabinet dont je serais le chef, avant de m’être entendu avec quelques personnes. J’ajoutai que je ne pouvais m’engager en aucune façon à former un cabinet avant d’avoir consulté mes amis; mais que si Sa Majesté voulait bien me donner un peu de temps, et me permettre d’aller à

Londres pour m’entendre avec eux, je verrais ce qui était possible, et je lui rapporterais le résultat.

a Je demandai ensuite au roi cequ’il désirait, s’il souhaitait de voir entrer dans le gouvernement quelques personnes en particulier ou s’il y en avait auxquelles il fit objection. Le roi me dit qu’il croyait nécessaire de mettre dans le cabinet des représentants des deux avis en présence sur la question des catholiques, qu’il approuvait tous ses anciens serviteurs et leurs prédécesseurs, et qu’il n’avait d’objection à personne si ce n’csl à lord Grey. Il exprima ensuite le désir que le duc de Devonshire et lord Carlisle continuassent à le servir, et il parla avec grand éloge de lord Lansdowne et de lord Dudley; mais en tout il me laissa carte blanche, à l’exception d’un seul nom, comme je l’ai déjà dit; et il répéta plusieurs fois qu’il me demandait de lui faire un gouvernement fort. Le chancelier était présent.

a Maintenant, mon cher Peel, je vous conjure de venir à Londres, afin que je puisse m’entendre avec vous et profiter de votre aide pour exécuter cette mission si importante. Vous voyez que toute la question est nettement placée devant vous. J’ai refusé de devenir le chef du gouvernement, à moins qu’après m’être entendu avec mes amis, nous ne le trouvassions désirable; et, excepté lord Lyndhurst, que nous devons considérer comme au pouvoir, tout est accessible au monde entier, à l’exception d’une seule personne.

a Je n’ai fait demander personne autre que vous, et je ne verrai personne jusqu’à votre arrivée : j’espère que vous viendrez de bonne heure dans la matinée. J’envoie dire chez vous qu’on vous prépare une chambre, en cas que vous y arriviez celte nuit.

a Croyez-moi toujours bien sincèrement tout à vous,

« Wellington. »

« Le roi m’adit qu’il était bien entendu que la question des catholiques ne pouvait pas être une question de cabinet; qu’il y aurait un lord chancelier protestant, un lord lieutenant

protestant, et un lord chancelier d’Irlande protestant. »

J’obéis, non sans une grande répugnance, à l’appel que je venais de recevoir.

Je n’avais nul désir de rentrer au pouvoir, et je prévoyais de grandes difficultés dans la conduite des affaires publiques , à cause de l’état des partis et de la position prise par les hommes politiques dans la question des catholiques et de l'Irlande.

Il me semblait d’une part parfaitement impossible de former un cabinet bien uni sur le principe de résislance aux prétentions des catholiques. L’année précédente, les mesures de concession n’avaient été repoussées dans la chambre des Communes qu’à la majorité de quatre voix, la chambre étant au grand complet ; il y avait eu 276 voix contre 272.

D’un autre côté, il était très-douteux qu’après les événements qui avaient suivi la retraite de lord Liverpool, après le schisme qui avait eu lieu parmi les membres de son administration, on pût faire entrer de concert au pouvoir les hommes qui s’étaient réunis à M. Canning et ceux qui s’étaient tenus à l’écart. Je concourus cordialement à tenter d’effectuer ce rapprochement. Nous réussîmes si complètement que M. Huskisson, lord Palmerston et M. Charles Grant devinrent membres du cabinet du duc de Wellington. Lord Dudley, M. William Lamb et quelques autres amis de M. Canning, qui n’avaient eu aucun lien avec le gouvernement de lord Liverpool, consentirent aussi à prêter leur concours au duc de Wellington.

La pièce qui suit est un mémoire que je remis au duc (j’oublie si ce fut avant ou après notre première entrevue). Je cherchais à expliquer sur quelles bases le nouveau gouvernement devait, selon moi, se former.

Mémoire de M. Peel.

Janvier 1828.

« Je ne crois pas possible de former un gouvernement efficace si on adopte d’une manière absolue et en principe la nécessité de replacer tous les membres de l’administration de lord l.iverpool qui se sont retirés.

« Si on adopte ce principe, j’y consens de grand cœur ; refusant pour moi-même tout emploi dans le gouvernement, je me conformerai au principe on ce qui concernera l’exclusion du pouvoir.

o Si j’entre au pouvoir, ou qu’on me consulte sur la formation d’un cabinet, je serai forcé, à mon grand chagrin, de mettre de côté bien des sentiments d’estime et d’amitié personnelle, que le respect sincère et tout-puissant du bien public peut seul me faire mettre de côté.

« Je ne vois d’autre alternative que de tenter de réunir les membres les plus actifs de l’administration de lord Liverpool, en appelant à leur aide ceux qui voudront loyalement coopérer avec eux u former une administration dont le duc de Wellington sera le chef, avec les fonctions ordinaires et les pouvoirs complets de premier ministre.

a Le gouvernement devra, selon moi, se fortifier dans la chambre des lords, en s’adjoignant un ou deux pairs capables de prendre part aux débats. Si on pouvait faire entrer dans le cabinet lord Aberdeen et lord Ellenborough, ce serait, je crois, très-profitable au gouvernement et au bien public. Je n’ai ni avec l’un ni avec l’autre la moindre liaison politique. Tous deux sont d’un avis opposé au mien sur la question des catholiques. Je n’ai, pour proposer leurs noms, que des motifs parfaitement désintéressés.

a M. üoulburn a, selon moi, le plus grand droit à une position active dans le gouvernement, et j’espère de tout mon cœur qu’il n’y aura pas, malgré de récentes di visions, d’obstacle insurmontable à l’entrée de M. Herries dans le cabinet. Je

n’ai eu avec lui de communication ni directe ni indirecte. Je parle de lui par les mêmes raisons qui me faisaient prononcer il y a un moment les noms de lord Ellenborough et de lord Aberdeen. »

Sur la lutle électorale qui eut lieu dans le comté de Clare en Irlande, entre M. Vesey Fitzgerald et M. O'Connell , en juin 1828.

(Pages 1 04-1 29.)

Lord Anglesey resla en Irlande comme lord lieutenant, et lord Francis Gower (main tenant lord Ellesmere) accepta l’emploi de secrétaire en remplacement de M. Lamb.

Parmi les fonctions devenues vacantes par suite de la scission qui venait de s’opérer dans le gouvernement se trouvait celle de président du bureau du commerce ; on l’offrit il M. Vesey Fitzgerald qui l’accepta.

La conséquence naturelle de la nomination de M. Fitzgerald fut de laisser sans représentant le comté de Clare. 11 se passait alors en Irlande des événements d’une haute importance, importants surtout à cause de leur rapport avec la question des catholiques. Ils touchaient aussi à l’administration des affaires d'Irlande et à la législation de ee pays, qu’on ne pouvait envisager séparément de la question catholique après le vote récent de la chambre des Communes, qui avait été si favorable aux partisans des concessions.

Par exemple, je présume que personne ne pouvait sup-

SUR L'EMANCIPATION DES CATHOLIQUES (1829 . 371 poser qu’après le vote du 12 mai, la chambre des Communes pût consentir à anéantir les droits des électeurs à quarante sheliings, et à laisser en même temps subsister dans toute sa rigueur l’incapacité politique des catholiques romains.

L’élection du comté de Clare eut lieu à la fin de juin 1828. Le résultat fut la défaite de M. Fitzgerald et l’élection de M. O’Connell. Cette nomination prouvait d’une façon décisive, non-seulement que le terrain sur lequel les propriétaires protestants avaient jusque-là fondé leur influence politique leur manquait complètement sous les pieds, mais encore que par suite des efforts combinés des agitateurs et des prêtres, ou plutôt par suite des sympathies contagieuses que créait une cause commune dans toutes les classes do la population catholique romaine, l’instrument de défense et de suprématie avait été converti en moyen de destruction pour l’autorité des propriétaires.

Quelque opinion qu’on put avoir sur les conséquences de cet événement, personne ne niait son immense importance.

Les plus clairvoyants sentaient bien que l’élection de Clare serait le carrefour de la question catholique, le point

• Partes ubl se via findit in ambas. »

Dans une lettre qu’il écrivait à sa fille peu après l’événement, lord Eldon disait : « On ne parle que d’une seule chose; on ne s’occupe que d’une seule chose, c’est de l’élection de M. O’Connell ; » puis il faisait cette remarquable réflexion : « Bien qu’il soit élu, M. O'Connell ne viendra pas prendre sa place dans la chambre des Communes, à moins qu’il ne prête serment (ce qu’il ne fera pas s’il ne parvient pas à en obtenir l’absolution). Son renvoi de la

373 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEKL chambre des Communes causera peut-être une rébellion en Irlande. En tous cas cet événement amènera à une crise et à une conclusion la question si souvent discutée des catholiques romains. Je ne crois pas probable que cette question se termine favorablement au protestantisme. » U est clair d'après cette lettre que lord Eldon sentait le vrai caractère et l’importance de l’événement.

Il savait que M. Fitzgerald pouvait plus qu'aucun autre candidat protestant espérer de l'emporter dans un comté catholique d’Irlande. Personnellement il était populaire; il s’était fait le plus grand honneur par la façon dont il avait, au commencement de sa carrière politique, rempli la charge de chancelier de l’Échiquier en Irlande; il avait constamment voté pour l’abolition de l’incapacité des catholiques romains, et on lui croyait dans le comté de Clare une influence tirée de sa fortune, de sa position et des services rendus à ses commettants, qui devait lui attirer une élection triomphale.

Les lettres suivantes racontent la défaite complète de M. Fitzgerald, l’agitation du peuple, le danger considérable que courut la tranquillité publique , et les mesures prises pour la maintenir.

M. Fitzgerald à M. Peel.

Dublin , 17 juin 1828.

« Mon cher Peel,

« Je regrette d’avoir à vous dire que mes prévisions ne seront probablement que trop réalisées, et que j’ai toutes les raisons du monde de craindre une lutte violente et exaspérée.

o L’association s’est mise en campagne, on a donné l'ordre

SUR L’EMANCIPATION DES CATHOLIQUES (1829;. 373 de préparer des adresses aux évêques, au clergé et à la population de Clare.

« On m'apprend que dimanche dernier il a été adressédes exhortations aux fidèles réunis et qu’on doit lire une circulaire dimanche prochain au pied de tous les autels.

« On me dit que, bien qu’il existe entre eux une grande division, c’est O’Connell et le parti violent qui l’emportent. M. O’Connell dit qu’il ne peut fias reculer, mais je sais que c’est parce qu’il est effrayé du danger personnel et du risque à courir. Pour moi, je suis embarqué dans cette affaire, et je dois aller jusqu'au bout. Tout ceci me tourmente horriblement ; vous me pardonnerez si je vous écris d’une manière incohérente. Je ne vous écris que parce que vous me l’avez demandé, et parce que je sais que vous ôtes préoccufié de moi et de ce qui m’attend dans cette maudite affaire.

a A vous de cœur.

« W. Vescy Fitzgerald. »

M. P tel à M. Vesey Fitzgerald.

Wliitcliali, 21 juin 1828.

« Mon cher Fitzgerald,

a Je serai charmé d’avoir de vos nouvelles quand vous aurez un peu vu l’état des esprits dans le comté de Clare.

« Méprisez absolument toute personnalité, qu’elles viennent d’O’Conncll ou d’hommes de son espèce.

« Il n’y a vraiment fias lieu, pour un gentleman et un ministre de la couronne , de faire attention à l’argot d’une élection de comté.

« Ce serait pour vous tous, gentlemen d’un comté, donner un grand avantage à vos adversaires, que de vous placer sur le même niveau que tous les misérables qui chercheraient à vous provoquer impudemment.

. o Dirige* une poursuite criminelle contre M. 0’ ceci ou M. Mac cela, et vous serez approuve de tout vrai gentleman, car il y aura un vrai courage à le faire. Personne ne s’y trompera.

u Tout à vous.

« Robert Peel. »

M. Vesey Fitzgerald à M. Peel.

(Sans date.)

o Mon cher Peel,

a Rien ne peut égaler la violence de ce pays.

a Les actes qui ont eu lieu hier étaient des actes d'hommes parfaitement fous ; mais tout le pays est fou, et on les a laissés se lancer dans la voie des révolutions.

« Cela ne peut pas bien finir, cela ne finira pas bien.

« Quant & moi et à mon élection, je suis embarqué, j’irai jusqu’au bout.

a J’ai peur que la lutte ne soit formidable. Vous pourrez juger de l’esprit du pays, et de ce que j’ai à supporter, par le journal que je vous envoie ci-joint.

a Ou u fait un effort infructueux pour résister à M. O’Connell, mais tout a été enlevé par la violence de la foule.

a Je pars demain.

«Tout ce que j’espère, c’est que quelque homme dont je puisse tenir compte sans déshonneur osera répéter les calomnies et le langage que M. O’Connell a osé prononcer contre moi, grâce à l’impunité dont il jouit.

« A vous bien affectueusement.

« W. Vesey Fitzgerald. »

M. Gregory à M. Peel .

(CoofldeoUelle.)

Dublin, 27 juin 4 828.

a Mon cher Pcel,

Comme je sais que le lord lieutenant est en coimuunica-

SUK L’EMANCIPATION DES CATHOLIQUES (1889). 375 tion constante avec vous, au sujet de l’état de ce pays, je ne juge pas nécessaire de vous ennuyer de mes lettres.

u Je redoute des troubles sérieux dans le comté deClare, et bien que toute violation de la paix publique soit à craindre dans un pays aussi inflammable que l’Irlande, cependant la cause et les effets de la lutte actuelle me semblent beaucoup plus alarmants que tout le reste. D’après des renseignements très-exacts que je reçois, Fitzgerald ne sera pas élu. On a pris toutes les précautions nécessaires à la tranquillité : la police et les troupes ont été renforcées.

a J’ai peur que rien ne puisse empêcher les Orangistes du nord de faire une procession le 42 juillet. Les personnes considérables qui avaient autrefois de l'influence sur eux l’ont perdue, et ils sont entre les mains d’hoinmes subalternes qui sont aussi violents que les plus bas d’entre eux.

« Bien sincèrement tout à vous.

« \V. Gregory. b

M. Gregory à M. Peel.

(Particulière. )

Phoenix Park , 29 juin 1 828.

« Mon cher Peel,

« J’ai reçu hier soir par exprès une résolution adoptée dans une nombreuse réunion de magistrats et de gentlemen du comté de Clare. On demande au lord lieutenant de prêter au grand shériff un appui suffisant pour assurer la liberté de l’élection, et empêcher toute intervention illégale au moment du vote.

a Le vœu des magistrats avait été prévenu par le lord lieutenant deux jours auparavant, et on avait ordonné à un nombre considérable de troupes de se diriger vers le comté de Clare, pour se tenir à la disposition du grand shériff et des magistrats. Une telle force militaire aidée par la police,

376 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIK R. PEEL que le major Warburton pourra augmenter selon qu’il le jugera nécessaire en avertissant à Galway, sera suflisante, il y a tout lieu de l’espérer, pour réprimer tout désordre. Si O’Connell agissait en vertu des lois qui guident les autres hommes, on pourrait croire qu’il serait dans son intérêt d’empêcher tout tumulte, et d’essayer de prouver qu’il a été élu non à force de violence et d’intimidation, mais grâce au choix libre cl paisible du peuple. Mais après avoir excité jusqua la folie la populace catholique romaine, il aura de la peine à la contenir, même s’il en a envie.

«On m’assure que les gentlemen qui soutiennent Fitzgerald (et tous sont pour lui) sont décidés à paraître aux huslimjs et à donner leur vote, quand même tous leurs fermiers votent contre eux. J’espère qu’ils auront le courage de ne pas abandonner cctlc résolution, parce qu’alors on verra se réaliser la menace si longtemps tenue en suspens de la force numérique mise aux prises avec la propriété ! Non que j’en attende aucun bien dans la chambre des Communes, mais je crois que cela agira sur le peuple d’Angleterre.

« Les nouvelles que nous recevons aujourd’hui de Clara et de Limmcrick sont fort alarmantes au sujet des préparatifs qu’on fait pour recevoir O’Connell. Des centaines d’hommes à cheval et tous les commerçants de la ville de Limmerick doivent aller à sa rencontra à Nenagh après la messe, et l’escorter jusqu’aux frontières du comté de Clara. A Limmerick la cause d’O’Connell est épousée par beaucoup de respectables catholiques romains qui jusqu’ici se s’étaient (tas mêlés à la politique de l'association.

«Je vous ai écrit une beaucoup plus longue lettraquejc ne comptais, et vous trouverez probablement tous les détails beaucoup mieux rendus dans les journaux.

a Je regrette sincèrement le désappointement et la mortification que doit éprouver Fitzgerald.

« Tout à vous bien sincèrement.

« W. Greuorx. »

« Renvoyez-moi les différents papiersque le lord lieutenant vuus a envoyés hier. »

Lord Anglesey à M. Peel.

Phoenix Park, 1 'r juillet 1828.

« Mon cher Monsieur Peel,

a J’ai reçu ce matin deux lettres d’Knnis , l’une de M. Fitzgerald ; il me semble découragé, et parait croire qu’il n’est pas sutlisamment protégé par la force armée.

a Je ci'ois qu’il ne se rend pas compte de la quantité de troupes qui l’environnent.

« Le baron Tuyll voit les choses sous un aspect plus favorable. Cependant il réclame aussi plus d’appui militaire; mais il doit, lui aussi, ignorer les mesures que j’ai prises, et que j’ai fait connaître à l’inspecteur général des constables, au sbérifT et aux magistrats.

u II y a à Ennis environ 300 constables ;

« A Clare Castle (à côté),

47 artilleurs avec 2 pièces de 6,

120 hommes à cheval,

415 fantassins.

a A une distance dcquelques heures : 153 hommes à cheval,

1,313 fantassins.

« A une distance de 36heures: 28 hommes à cheval,

1,367 fantassins,

2 pièces de six.

«Toutes ces troupes sont mises àladispositionde l’ofticicr général, de même que des réserves plus éloignées, au nombre de 800 hommes d’inlanteric et d’un régiment de cavalerie.

a Si avec tout cela on ne peut pas maintenir l’ordre dans un seul comté, nous sommes en bien mauvais état ; mais je ne peux pas croire qu’il y ait des troubles sérieux.

a Je crois fermement que les agitateurs désirent maintenir l’ordre, et qu’ils ont le pouvoir aussi bien que le désir de le faire. Ce sera pour eux un triomphe de plus.

a Je n'ai pas le temps d’écrire aujourd’hui à lord Francis.

« Croyez-moi, etc. etc. etc.

a Anglesey. »

M. Vesey Fitzgerald à M. Peel.

Ennis, 5 juillet 1 828 (dans la soirée) . a Mon cher Peel,

« L’élection est terminée, grâce à Dieu, et je suis heureux d’en avoir fini, en dépit du résultat.

« J’ai réuni les voix de toule la petite noblesse et de tous les francs tenanciers ayant 50 livres sterling de revenu. Dans la petite noblesse il ne m'a pas manqué une seule voix.

« Ailleurs j'ai eu quelques voix des fermiers de ,

celles de mes fermiers, et du reste à peu près rien que ce qui tenait à moi de cette manière.

« Tous les grands intérêts ont été vaincus et la désertion a été universelle. Quelle scène nous avons eue! Quelle terrible perspective s'ouvre devant nousl

« Mon but a été dès le premier moment de rester calme, et d’apaiser l’irritation de mes amis.

«La conduite des prêtres a dépassé tout ce que vous pouvez vous imaginer.

«Ce soir le shériff a annoncé le nombre des voix. Il aurait été parfaitement inutile d'aller plus loin. J’ai persévéré pendant cinq jours, et dès le début c’était une lutte désespérée. Tout était contre moi. Je ne sais vraiment pas comment j’aurais pu être battu à une plus grande majorité.

« Le shériff a rédigé un proces-verbal spécial ; vous le trouverez peut-être étrange, mais il forcera le parlement à prendre immédiatement son parti. Le procès-verbal établit que j’ai été proposé, moi protestant, comme propre à représenter le comté dans le parlement, que M. O’Connell, catholique romain, a été aussi proposé, et qu O’Connell a déclaré

SUK L’ÉMANCIPATION UES CATUOLlylfES (lt>20). 379 devant le shériff qu’il était catholique romain, et comptait rester catholique romain.

u Le shériff déclare que les électeurs ont protesté contre le procès-verbal, et de môme contre le certificat qu’O’Conncll était appelé à la barre comme catholique rrfmain.

a Le nombre des voir pour chaque candidat est établi, et ainsi se termine le procès-verbal.

a Je vous verrai bientôt, j'espère. Je crois pouvoir partir d’ici à lundi. J’ai besoin d’un jour de repos, puis il me faudra un jour pour régler mes comptes , et prendre des arrangements à ce sujet, autant que cela me sera possible.

a Je ne m’inquiète de rien, puisque la lutte est terminée. Je sens profondément la dégradation du comté, et l’organisation que nous avons vue paraître est si complète et si formidable que personne ne peut songer sans alarme à ce qui arrivera dans ce malheureux pays.

« Tout à vous,

« W. V. Fitzgerald. »

La dernière lettre de M. Fitzgerald est particulièrement digne d’attention. Il dit : « J’ai réuni toutes les voix de la petite noblesse et des francs tenanciers ayant cinquante livres de revenu ; il ne m’a pas manqué une seule voix de la petite noblesse. » Mais il ajoute : « Tous les grands intérêts (du comté) ont été vaincus et la désertion a été universelle. Quelle scène nous avons eue ! Quelle terrible perspective s’ouvre devant nous I a Perspective terrible en effet!

Peut-on douter que l’exemple donné par ce comté devint tout-puissant à chaque nouvelle élecliou dans les comtés irlandais où les électeurs catholiques romains étaient les plus nombreux?

11 est vrai que M. O’Gonnell était l’adversaire le plus formidable que M. Fitzgerald pùtavoirà combattre; ilestpos-

m FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEt.

siblc que ce qui venait d’arriver dans le comté de Clare n’eût pas pu avoir lieu si un autre que M. O'Connell s’était présenté comme candidat; mais il faudrait vouloir fermer les yeux au cours naturel des événements et à l’influence qu’exerce l’exemple sur les sentiments et les passions humaines dans les temps d’émotion publique, poureonserver l’espoir trompeur que la machine politique qu'on venait de mettre en pièces dans le comté de Clare pourrait encore agir efticacement dans les comtés de Cork ou de Galway.

L’clection de Clare était la preuve manifeste de l’état anormal et maladif où se trouvait alors l’esprit public en Irlande; la preuve manifeste que le sentiment de griefs communs et la sympathie d’intérêts communs commençaient à relâcher les liens qui unissent entre elles par un rapport intime les differentes classes d’hommes, à affaiblir la force des attachements locaux et personnels, et à réunir 'es éléments épars de la société en une masse homogène et disciplinée qui se soumettait volontairement à l’autorité d’une intelligence supérieure, hostile à la loi et au gouvernement qui la faisait exécuter.

Il y a une grande distance (bien qu’un parti exalté se refuse à le reconnaître) entre des concessions faites précipitamment à une agitation désordonnée et des mesures prises avec prévoyance pour arrêter l’explosion d’un sentiment public qui acquiert graduellement une force qui bientôt le rendra irrésistible.

«Ne cédez rien à l’agitation,® voilà le cri toujours poussé par ceux qui ne sont pas responsables, et qui apportent souvent dans leurs décisions une vigueur proportionnée à leur éloignement personnel du danger et à leur connaissance imparfaite du véritable état des affaires.

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Avant de se déterminer à ne faire aucune concession, à ne rien céder ou à ne rien changer dans ses anciennes opinions, un ministre prudent doit considérer longuement ce à quoi il va avoir à résister et quelles forces de résistance sont entre ses mains. Sa tâche serait facile s’il lui suffisait de se résoudre à ne rien concéder à lu violence ou à la menace de la force matérielle.

Dans l’affaire de l’élection de Oareet de ses conséquences naturelles, quel mal avait-on à redouter? Ce n’était pas la force ni la violence, il n’y avait là aucun acte dont la loi pût s’emparer. Le danger réel, c’était l’exercice paisible et légitime d’un droit, suivant la volonté et la conscience de celui qui le possédait.

L’exercice de ce droit que la loi constitutionnelle ne se bornait pas à permettre, mais qu’elle encourageait et approuvait , entraînait une révolution dans le système électoral de l’Irlande; elle transférait le pouvoir politique d’un parti à l’autre, du moins en ce qui concernait la représentation nationale.

Et cette translation actuelle du pouvoir était le moindre des maux à craindre. Le danger qu’on avait à redouter , le mal auquel il fallait a résister, » c’était le procédé par lequel s’effectuait la translation ; c’était la répétition , dans tous les comtés, des scènes de l’élection de Clare ; ce qu’on devait s’attendre à voir, c’étaient les « tenanciers au-dessus de cinquante livres, la petite noblesse tout entière » votant d’un côté, et le peuple qu’ils s’étaient aliéné votant de l'autre; c’étaient «tous les grands intérêts du pays vaincus , » « la désertion universelle » (je cite les expressions de M. Fitzgerald) ; c’étaient le prêtre et l’agitateur populaire tournant en dérision le propriétaire désappointé ; c’étaient tous les soulèvements locaux et les angoisses de la société entière à chaque nouvelle vacance dans un comté ;

382 FRAGMENTS TUJ MÉMOIRE DE SIR R. PEEE c’était , dans une élection générale, une convulsion universelle.

Quelles étaient les forces de résistance?

« Changez la loi, remaniez le droit électoral, » c’était la réponse toujours prête et très-imprévoyante.

Si on avait voulu augmenter la force d’une coalition déjà formidable et lui assurer un triomphe signalé en ralliant autour d’elle la sympathie des gens de bien et des partis puissants de la Grande-Bretagne, si on avait voulu mettre fin à tout espoir de terminer à l’amiable la question des catholiques, et d’appliquer un correctif aux maux et aux abus réels du droit électoral, on n’avait pour arriver à un but si pernicieux qu’à proposer au Parlement, au nom du gouvernement, d’abolir brusquement en Irlande le droit électoral des quarante-neuf shellings, tout en continuant à maintenir l’incapacité civile des catholiques.

Je sais bien qu’il y a des hommes sur lesquels les considérations que je viens de rappeler ne font qu’une faible impression ; leur réponse à de tels appels, c'est une déclaration fort brève, mais selon eux, concluante : « Il faut à tout hasard et par tous les moyens maintenir la constitution protestante dans l’Église et dans l’Etat; le maintien de cette constitution est une question de principe; faire une concession ou adopter un compromis, ce serait sacrifier un principe à une opportunité basse et vulgaire. »

C’était facile à dire, mais comment fallait-il gouverner l’Irlande ? Comment pouvait-on maintenir, dans cette partie de l’empire, la constitution protestante dans l’Église et dans l’État? Ici, encore, je peux prévoir la réponse : a En usant du sentiment général et écrasant du peuple de la Grande-Bretagne, en employant, si cela était nécessaire, la force matérielle au maintien do l’autorité, en se servant

SUR L'ÉMANCIPATION DES CATHODIQUES (189»;. 383 de la force organisée du gouvernement, de la police et de l’armée pour assurer l’obéissance à la loi. »

Y a-t-il dans cette réponse une solution de la difficulté réelle? Le sentiment général et écrasant du peuple de la Grande-Bretagne ne venait point en aide au pouvoir exécutif dans l’administration journalière et pratique de la loi en Irlande.

S'il y avait des libelles séditieux à punir ou des coalitions illégales et dangereuses pour la paix publique à supprimer, on ne pouvait punir et contenir les coupables qu’au moyen d’un jury irlandais, peu disposé, pour peu qu’on l’eût choisi avec impartialité, à céder, dans un moment d’excitation politique, à l’autorité des Anglais ; mais la difficulté réelle à surmonter, ce n’était pas la violation de la loi, c’était le nouvel usage de droits constitutionnels, l’application de pouvoirs reconnus et protégés par la loi ; la liberté de la parole, la liberté de réunion en assemblées publiques; c’était l’application systématique et non point illégale de tous ces principes, en vue d’un but arrêté, c’està-dire l’organisation d’une force qui prétendait n'être que purement morale , mais qui avait pour objet d’usurper peu à peu toutes les fonctions du gouvernement, de paralyser son autorité et d’acquérir une puissance qui rendrait enfin impossible de refuser plus longtemps l’égalité politique.

Sans nul doute tout cela blessait vivement l’opinion publique en Angleterre et en Écosse ; mais par quel moyen l’opinion publique pouvait-elle exercer quelque contrôle sur l’agitation des esprits en Irlande ou donner quelque appui au gouvernement pour lui résister? Y avait-il une autre voie que celle du Parlement? Pouvait-on faire autre chose que de manifester assez fortement l’opinion publique pour amener le Parlement à changer la loi en vigueur, à contrôler la liberté dont on abusait, disait-on, et à abolir

384 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEf.

des droits électoraux que les propriétaires ne pouvaient plus gouverner ou influencer ?

J’ai essayé de montrer qu'on ne pouvait attendre de telles modifications dans la loi d'une chambre des Communes qui avait résolu de tenter d’apporter un autre remède à l’état de désordre où se trouvait l'Irlande, et d’essayer sans délai d’établir la liberté politique.

On peut dire que la chambre des Communes ne représentait pas véritablement l’état de l’opinion publique dans la Grande-Bretagne. Je vais essayer d’apprécier, par d’autres indications que les votes de la chambre des Communes, la valeur réelle de l’opinion publique en Angleterre, et l’appui qu’elle pouvait fournir au gouvernement d’Irlande pour l’aider (suivant une expression ordinaire et intelligible) à maintenir les principes protestants dans cette partie du royaume-uni.

Comme je le faisais remarquer en 4829, en proposant le bill d’émancipation pour les catholiques romains, si on prend le Parlement élu en 1826 parmi les représentants envoyés au Parlement par les comtés de York, Devonshire. Lancaster, Surrey, Middlesex et Kent, la majorité vola contre le maintien des principes protestants, ou demanda du moins l’abolition de l’incapacité civile.

Les représentants de Londres, deLiverpool, de Norwich, de Coventry et de Leicester, furent partagés également sur la question.

Les représentants de Westminster, de Southwark, de Newcastle-sur-la-Tyne, de Preston, de Cliester et de Derby, votèrent unanimement pour qu’on fit des concessions.

On peut dire que le Parlement aurait pu être dissous de nouveau; mais quel motif y avait-il de croire qu’une chambre des Communes élue en 4828 ou 1829, en vien-

SUR L'EMANCIPATION DES CATHOLIQUES (1829). 385 drait, sur la question catholique, à une conclusion différente de la chambre des Communes de 1826?

L’élection générale de 1826 avait eu lieu dans des circonstances tout particulièrement propres à produire dans toute la nation une manifestation du sentiment protestant. C’était pendant l’année qui avait précédé cette élection que la chambre des Communes, après une longue discussion et une lutte très-vive, avait envoyé à la chambre des Lords, à une majorité de 21 voix, un bill pour le rappel de l’incapacité des catholiques romains.

A coup sûr, il y avait là de quoi faire voir aux commettants protestants de la Grande-Bretagne que le moment était venu pour eux de faire un vigoureux effort. C’est après cet avertissement qu’eurent lieu les élections de 1826.

Si on n’avait que peu à espérer d’un nouvel appel aux électeurs de la Grande-Bretagne, la perspective d’un tel appel fait à l’Irlande était-elle plus satisfaisante? Auraiton trouvé un homme sensé et responsable de la paix publique, un homme sensé et sincèrement désireux de soutenir les intérêts protestants en Irlande, qui fût venu, après les scènes de l’élection de Clare en juin 1828, conseiller un appel simultané à tous les électeurs irlandais dans l’été ou dans l’automne de cette même année?

Si le gouvernement d’Irlande ne pouvait ni attendre quelque appui du Parlement alors existant , ni conserver l’espoir d’en trouver dans un Parlement nouvellement élu. pouvait-il, pour maintenir son autorité, pour punir des actes illégaux ou pour contrecarrer des projets évidemment menaçants pour la paix publique, lors même qu’ils n’étaient pas absolument illégaux, pouvait-il se fier avec certitude à l’usage extrême de ses pouvoirs ordinaires, fussent-ils même soutenus par la force organisée et disci-

38G FRAGMENTS Dtî MEMOIRE DE SIR R. PEEL plinée dont il pouvait disposer, c’est-à-dire par la police et par l’armée?

C’est un sujet bien délicat à discuter que celui-là; mais pourquoi ai-je attendu vingt ans pour défendre ma conduite? Pourquoi ai-je consenti, pendant un si long espace de temps, à supporter tous les reproches que des gens mal intentionnés, ou abusés, ou aveuglés sur l'état réel des choses, pouvaient diriger contre moi, si ce n’est dans l’espoir que le jour viendrait (et je me souciais peu d’étre ou de n’étre pas dans mon tombeau quand viendrait ce jour) où l’on pourrait discuter en toute sécurité des sujets délicats et dire la vérité tout entière, sans nuire aux intérêts publics ou sans blesser des sentiments privés?

J’affirme positivement qu’un ministre de la couronne, responsable, au temps dont je parle, delà paix publique et du bien-être public,aurait étrangement et scandaleusement négligé son devoir s’il ne s’était pas demandé s’il n'était pas possible que la fièvre rcligieuseet politique qui faisait battre le pouls et tressaillir le cœur de la population catholique tout entière, qui avait inspiré aux serfs de Clare la résolution et l’énergie d’hommes libres, qui, en un clin d’œil, avaitsubordonné toute considération de reconnaissance personnelle, d’anciens rapports de famille, de préférences locales, toute crainte de danger en ce monde et toute espérance d’avantages humains, au sentiment tout-puissant d’une obligation religieuse et d’un devoir public, s’il n’était pas possible, dis-je, que la contagion de cette excitation fiévreuse s’étendit au delà des barrières qu’en des circonstances ordinaires, les habitudes d’obéissance militaire et la sévérité de la discipline militaire opposent à de telles influences extérieures.

Cela paraîtra peut-être à quelques personnes la spéculation outrée, la crainte oiseuse d’un homme politique,

SUR L’ÉMAXCIPATIOX DES CATHOLIQUES (1820% 387 crainte qu’on doit repousser comme dérogeant au caractère militaire, et complètement indigne d’une attention sérieuse de la part de tous ceux qui connaissent par la pratique les sentiments et les habitudes qu’engendrent la discipline, l’esprit de corps et cet instinct de l’honneur commun à toutes les classes de l’armée anglaise.

Mais le gouverneur de l’Irlande, au moment de cette crise dans l’histoire d’Irlande, n’était pas tiré de la vie civile. C’était un soldat distingué et brave, parfaitement capable d’apprécier les sentiments et les habitudes des soldats, ainsi que la confiance qu’on pouvait mettre en leur fidélité. Rempli lui-même d’honneur chevaleresque, il aurait été le dernier à former un soupçon ou à prononcer un mot de doute qui pût nuire à l’honneur de la profession dont il faisait l’ornement. Mais lordAnglesey était aussi capable d’estimer la force d’autres influences qui agissaient dans un moment de crise extraordinaire, et on trouvera dans les documents suivants la preuve qu’il n’observait pas sans anxiété l’effet pernicieux qu’elles exerçaient sur la discipline, sur l’union, et même sur la fidélité d'une partie des troupes alors résidant en Irlande.

Le i l juillet, lord Anglesey m’adressa une lettre confidentielle, dont voici quelques fragments :

Lord Anglesey à M. Peel.

tf juillet 4828.

« A moins que les ministres du roi, après avoir pris en considération les progrès alarmants que font l’organisation et le pouvoir illimité des prêtres, ainsi que l’autorité absolue qu’exerce l'association sur ces derniers, ne sentent la nécessité de ne plus tarder à prendre un parti sur la marche qu’ils doivent suivre, mon humble opinion, c’est que moins on fera de bruit des derniers événements de Clarc, et mieux

vaudra. Pour moi, j’aurai l’air de traiter légèrement celte affaire, comme s’il s’agissait d’une lutte électorale ordinaire.

« Ce n’est pourtant pas le cas, bien loin de là; M. Fitzgerald vous le racontera en détail. Je n’ai pas besoin de m’étendre sur ce sujet. J’ai eu presque envie de vous envoyer mon aide de camp, le baron Tuyll, qui vous aurait fait un récit de la chose. Je craignais que la couleur sombre que M. Fitzgerald serait peut-être tenté de donner à celte affaire ne fut envisagée par vous, en partie du moins, comme l’effet de son désappointement , de son irritation et de ses sentiments blessés. Le baron, qui était un témoin calme et excellent observateur, aurait pu, en les confirmant, détruire tous les doutes sur la nature des faits. Mais j’ai pris un autre parti. Sa mission aurait été sue et remarquée. »

Cependant, le jour suivant, lord Anglesey m’annonça son intention d’envoyer à Londres le major Warburton pour donner en personne au gouvernement les renseignement que lui (lord Anglesey) désirait faire parvenir. 11 m’écrivit le i 2 juillet.

Lord Anglesey à M. Peel.

Phœnix Park, 12 juillet 1828.

« Mon cher Monsieur Peel,

« Comme je puis , je crois , vous envoyer le major Warburton sans que son absence soit remarquée de ce côté de l’eau , j’ai grande envie de le faire partir. 11 pourra donner beaucoup de renseignements utiles, qu’il est très-important de faire parvenir au gouvernement. S’il arrive à Londres, je vous prie de le voir aussi vite que possible, car je désire que son absence ne soit pas remarquée ici.

« Croyez-moi sincèrement tout à vous.

« Anglksf.ï. d

« Mon secrétaire particulier est seul à savoir le départ du major Warburton. »

Le major Warburton, officier très-intelligent et parfaitement sûr, en qui j’avais pleine confiance (par suite de nos anciens rapports, lorsque j’étais secrétaire principal pour l’Irlande), remplissait une des premières fonctions dans les forces de police en Irlande. En juillet 1828, il commandait la portion de la police qui résidait dans le comté de Clare. II avait donc eu maintes fois l’occasion de constater le progrès de l’agitation et de juger s’il était probable qu’elle se propageât. II confirma tous les faits avancés par Fitzgerald quant aux efforts combinés des agitateurs laïques et ecclésiastiques, et quant à l’enthousiasme de toutes les classes qui n’étaient pas contenues par l’autorité; il prouva d’une manière positive que, même parmi les classes que contenait l’autorité (c’est-à-dire la police et l’armée , il était impossible de réprimer les sympathies produites par une même cause politique et religieuse.

Évidemment l’opinion de M. Fitzgerald et du major Warburton, opinion fondée sur des faits qui s’étaient passés sous leurs propres yeux, cetait qu’on ne pouvait plus se fier implicitement à l’effet de la discipline et au devoir de l’obéissance.

Le 20 juillet, lord Anglesey, après avoir fait observer qu’il doutait fort que les principaux agitateurs fussent disposés à soumettre leur cause à l’épreuve des armes, et qu’il ne pouvait s’imaginer comment, sans un appui extérieur, ils pouvaient croire au succès, ajoutait : « Je dois cependant faire remarquer que nous entendons parfois parler de soldats catholiques mal disposés et entièrement soumis à l’influence des prêtres. On dit qu’il y a un régiment d'infanterie qui se partage entre les orangistes et les

390 FRAGMENTS DIJ MÉMOIRE DE SIR U. PEEL catholiques. Ce qu’il y a de certain, c’est que le 12 juillet, les gardes du château portaient les lys des oraugisles : l’officier les a, avec grande raison, fait enlever. »

Le 26 juin, lord Anglesev écrivit une lettre dont voici un extrait :

a Les prêtres emploient le langage le plus inflammatoire, et certainement ils travaillent les catholiques de l'année. Je crois important qu’on retire peu à peu les dépôts de recrues irlandaises, sous prétexte de leur faire rejoindre leurs régiments, et qu’on n’envoie plus ici que des régiments d’Écosse, ou au moins en aucun cas des hommes recrutés dans le midi de l’Irlande.J’ai prié sir John Byng de transmettre cette opinion à lord Ilill. »

Ces lettres et d’autres de lord Anglesey. que je citerai plus tard, prouvent la profonde impression faite sur son esprit par les événements dont il avait chaque jour connaissance.

Avant d’en revenir à ces lettres, je veux dire quelques mots de ce qui se passa dans la chambre des Lords, après la communication faite à cette chambre par la chambre des Communes, de la résolution prise par ses membres, le 12 mai, en faveur des droits des catholiques romains.

Le 9 juin, lord Lansdowne proposa que les Lords concourussent à la résolution de la chambre des Communes.

Dans l’intervalle qui s'écoula avant la discussion, j’eus des communications personnelles avec le duc de Wellington. Je lui exprimai toute la répugnance que j’éprouvais à lui retirer l’appui que je pouvais lui prêter pour faire marcher le gouvernement, surtout après le dernier schisme; mais je lui rappelai que les raisons qui m’avaient engagé à songer à me retirer des affaires en 182a étaient encore plus puissantes en 1828, par suite du temps écoulé.

des difficultés croissantes dans l’administration du gouvernement de l’Irlande et de la situation plus élevée que j’occupais dans la chambre des Communes.

Je lui dis qu’étant en minorité dans la chambre des Communes sur la question qui, plus que toute autre, pesait sur la condition et l’avenir de l’Irlande, je ne pouvais, en obéissant à mes propres sentiments et en servant les intérêts publics, remplir les doubles fonctions de chef de la chambre des Communes et de ministre de l’intérieur, et qu’en conséquence, je comptais me retirer bientôt des affaires. J’exprimai en même temps mon profond espoir que, dans la discussion qui allait avoir lieu dans la chambre des Lords, le duc de Wellington pourrait, sans manquer à ce qu’il croirait son devoir, se ménager une position qui ne l’empêcherait pas, lui qui était moins engagé que moi dans cette question, de prendre, durant l’intervalle entre les sessions, l’état de l’Irlande en considération, dans le but d’arranger l’affaire des catholiques. Les sentiments du duc de Wellington étaient d’accord avec les miens, quant aux embarras que devait faire naître la diversité des opinions dans le cabinet, et quant à la nécessité d’examiner sérieusement l’état de l' Irlande.

Je raconterai plus loin en détail les communications qui eurent lieu, peu de temps après cette époque, entre le duc de Wellington et moi.

Le duc de Wellington et le chancelier (lord Lyndhurst) prirent part au débat, et, quoiqu’ils ne se joignissent pas à la résolution proposée par lord Lansdowne (qui fut rejetée à une majorité de M voix), on peut juger, d’après les observations faites par lord Lansdowne dans son discours à la fin de la discussion, de la teneur générale du débat, des discours des deux nobles lords en particulier et des conclusions qu’on en tira. Lord Lansdowne dit : « Mvlords,

392 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEI. je ne retiendrai pas longuement l’attention de vos seigneuries. Ce qui s’est passé durant le cours de ce débat a contribué à m’encourager dans mes vues sur cette question. J’ai d’abord reçu de l’encouragement du ton de toute la discussion; j’ai aussi reçu de l’encouragement nonseulement de ceux qui soutiennent la proposition, mais même des arguments que me fournissent les adversaires de cette cause; j’ai reçu enfin de l'encouragement même des insinuations, des précautions et des hésitations qui sont parties du banc des évêques; et par-dessus tout, j’ai reçu de l’encouragement de l’aveu important fait par le noble lord chancelier qu’il voyait là une grande difficulté, ' à laquelle il ne voyait pour le moment nulle issue. Cet aveu a été confirmé par le noble duc; ainsi on ne peut nier que la question des catholiques n’ait réduit ce pays à une situation très-difficile. Ce fait ayant été admis par deux nobles lords si haut placés dans la confiance du souverain, la conséquence presque inévitable, c’est qu’ils ont l’intention de s'occuper de cette question dans le but de la régler définitivement. »

Lord Lansdowne ajouta aussi : « Je crois donc que le noble lord chancelier et le noble duc doivent avoir les intentions que je leur attribue, puisque nul ne sait mieux qu’eux le danger qu’il y a à faire naître des espérances qu’on ne saurait réaliser. »

Correspondance entre le duc de Wellington et sir Robert Peel sur la position à prendre dans la question de l’émancipation des catholiques.

(Pages S 77-202. )

J’interromps la série de la correspondance sur les affaires d’Irlande pour en revenir à ce qui se passa vers cette époque entre le duc de Wellington et moi.

A la fin de la session de 1828, il devint indispensable pour moi de prendre un parti quant à la marche que je voulais suivre. Tous les faits et documents qui pouvaient exercer quelque influence sur ma décison ont déjà été passés en revue.

J’étais libre de rester aux affaires, ou de me retirer, tout en persistant, dans l’un ou l’autre cas, à résister à la concession. Il y avait peu de motifs de douter (puisque le roi était opposé à des concessions, et qu’une majorité bien positive s’ÿ opposait dans la chambre des Lords), que, malgré le vote récent de la chambre des Communes en faveur de ces concessions, la résistance ne prévalût pendant quelque temps encore.

En prévalant, la résistance empêchait le règlement définitif de la question des catholiques ; mais l’état des choses restait toujours aussi triste; un cabinet divisé, un Parlement divisé, les partis politiques si également partagés qu’il ne pouvoir y avoir aucune mesure décisive, soit dans le sens des concessions , soit dans le sens d’un déploiement vigoureux de l’autorité.

Je considérai mûrement et avec anxiété tous les points

391 FRAGMENTS DU MEMOIRE DE SIK R. PEEL qui méritaient considération, et je pris une décision dictée par mon devoir comme homme public, et qui, je puis bien le dire en toute vérité, était complètement opposée à celle que m’auraient dictée mes intérêts personnels ou mes sentiments privés.

Mon intention était de quitter les affaires; mais je résolus de ne pas me retirer sans déclarer d’abord que les intérêts publics exigeaient qu’on renonçât aux principes qui avaient régi jusqu’à ce jour le gouvernement alors en vigueur et celui qui l’avait précédé ; qu’il fallait que la question catholique cessât d’être une question ouverte, et que la condition politique et sociale de l’Irlande fût prise en considération par le cabinet, comme on le faisait pour toute question d'une grande importance, avec la même liberté de donner un avis au souverain sur la question.

Je résolus aussi de constater mon opinion arrêtée, qu’il y avait moins d’inconvénient et moins de danger à prendre en considération la question des catholiques dans le but de la régler définitivement, qu’à refuser toujours de la régler, et de donner pleine assurance qu’aprês ma sortie des affaires j’agirais, comme homme privé, d’après l’opinion que je venais d’énoncer. On jugera mieux des motifs qui m’amenèrent à donner ce conseil et à prendre cette résolution , en prenant connaissance des lettres confidentielles et parfaitement franches qui s’échangèrent alors entre le duc de Wellington et moi, que par tout ce que je pourrais dire à leur justification.

Je quittai Londres pour me rendre à Brighton très-peu de temps après la clôture de la session de 1828, étant d’abord convenu avec le duc de Wellington qu’il m’enverrait un mémoire sur scs vues quant à l’état de l’Irlande et à la question des catholiques, et que je lui répondrais au long à ce sujet.

SUR L'ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES (1823:. 395 Le 0 août le duc de Wellington m’écrivit la lettre 1 suivante :

Le due de Wellington à M. Peel.

Londres, 9 août 4828.

« Mon cher Peel,

a Je vous envoie aujourd’hui le mémoire que j’ai remis au roi sur l’état de l’Irlande, la lettre que je lui ai écrite en même temps, sa réponse, un mémoire que j’ai rédigé depuis sur la question des catholiques et une lettre que j’ai écrite hier au lord chancelier. Je dois le revoir dans l’après-midi, et je vous écrirai une ligne avant le départ du courrier : j’espère avoir lundi de vos nouvelles.

« Je filerai soit alors, soit ce soir avec le lord chancelier, un jour oii nous puissions nous voir pour causer à ce sujet avant que j’aie d’autres communications avec le roi.

« Croyez-moi toujours bien sincèrement tout à vous.

« W ELLINGTON.

« J’ai vu le lord chancelier, qui croit que cet arrangement pourrait réussir si les catholiques romains ne font pas d’objection religieuse aux licences.

a II croit cependant qu’il faudrait limiter le nombre des places'aussi bien que le nombre des sièges dans le Parlement, et voter la loi pour sept ans, afin de la réviser ensuite. Nous pourrions excepter le lord chancelier d’Angleterre, le lord lieutenant d’Irlande, le premier lord de la trésorerie, comme en possession de patronages ecclésiastiques, mais personne autre.

« Le chancelier et moi, nous allons mardi à Windsor. Nous désignerons ensuite un jour pour nous voir. En attendant écrivez-moi. »

Je renvoyai au duc de Wellington les papiers qui ac-

396 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. l’EEL compagnaient la lettre ci-dessus, sans en prendre copie. Le 1 1 août , j’écrivis au duc la lettre suivante :

M. Peel au duc de Wellington.

Brighton, 1 1 août 1828.

o Mon cher duc de Wellington,

« J’ai lu avec la plus grande attention les papiers que j'ai reçus hier de vous, et qui consistaient, indépendamment des lettres particulières, t° en une proposition faite au roi de faire prendre en considération par son gouvernement l’étal de l’Irlande dans le but de régler la question des catholiques, et 2“ un aperçu du plan pour le règlement de cette question, que vous avez communiqué au lord chancelier.

o Je vous dirai sans la moindre réserve mon avis sur toute la question. U sera nécessairement écrit fort à la hâte (puisque je vous réponds par le retour du courrier), mais je n’ai nul désir, dans mes communications avec vous, de peser mes expressions ou de vous cacher tout ce qui me vient à l’esprit.

a J’ai constamment fait opposition à ce qu’on appelle l’émancipation des catholiques, et j’ai fondé mon opposition sur des motifs élevés et qui n’admettaient nul compromis.

a Je voudrais pouvoir dire que mon avis sur cette question a grandement changé, et que je crois possible de faire aux catholiques romains d’amples concessions , exemptes des dangers que je redoutais alors et capables de produire tous les avantages qu’en attendent leurs partisans.

« Mais, quelle que soit mon opinion à ce sujet, je ne puis nier que l’état de l’Irlande, dans les circonstances actuelles, ne soit loin d’ètre satisfaisant, qu'il ne devienne nécessaire de choisir entre différentes sortes et différents degrés de mal, de comparer le danger qui résulte actuellement de l’union et

SUR L’ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES (18*9). 397 de l’organisation du corps des catholiques romains, et de l’agitation incessante de l’Irlande, au danger qu’on redoute dans l’avenir pour la constitution et la religion du pays ; enfin de se demander s’il ne vaut pas mieux courir tous les risques que peut amener la concession que de se soumettre à la continuation, ou plutôt à l’aggravation certaine des maux aujourd’hui existants.

a Quelque avis qu’on ait sur la question des catholiques, on est forcé d’admettre qu’il faut faire, dans la condition présente de l’Irlande, ce choix extrême et embarrassant, et que les avis des protestants se balancent à peu près également sur cette question, la plus importante de celles qui se rapportent à l’Irlande.

a Nous ne pouvons éluder la discussion de cette question, et nous ne pouvons la discuter sans nous trouver en minorité dans l’une des branches de la législature.

a En 1827 il y avait dans la chambre des Communes une majorité de quatre voix contre les concessions ; en 1828 il y a eu une majorité de six voix en leur faveur.

a Certainement nulle autre cause que le progrès libre de l’opinion n’a efîectué ce changement. Dans la chambre des Communes, le nombre des membres favorables à la mesure va croissant. Ijl chambre des Communes du dernier parlement et la chambre des Communes de notre parlement se sont l’une et l’autre prononcées en faveur du principe de la concession. La majorité de la chambre des Lords, qui s’est déclarée contre la mesure, est loin d’être satisfaisante, si on considère la composition de cette majorité; mais fût-elle encore beaucoup plus nombreuse , ce serait un danger extrême qu’une division permanente des deux branches de la législature sur une semblable question, et ce seraient les partis en faveur desquels la chambre des Communes se serait prononcée qui acquerraient, dans cette lutte prolongée, une force dangereuse.

« Quel que puisse être le résultat définitif des concessions, il y aura toujours, à tenter sincèrement et honnêtement de

régler cette question sur des principes équitables, un avantage qu’il serait difficile d’estimer trop dans l'étal actuel des choses.

« Les protestants seraient uniB, non pas au premier moment, car le parti opposé à la concession serait probablement en tous cas un puissant parti. Mais si les concessions apaisaient l’Irlande et produisaient les résultats que prédisent leurs partisans, ce parti leur donnerait graduellement et bientôt son assentiment. Si les catholiques romains repoussaient des concessions faites sur des bases équitables, ou s’ils en abusaient, si enfin ils se mettaient clairement et positivement dans leur tort, alors les protestants de toutes nuances s’uniraient en un seul corps ferme et com- |iacte, et ils finiraient par vaincre toutes les résistances.

a L’état présent des affaires en Irlande est tel, le danger est si menaçant, que c’est un point d’une haute importance que de poser les fondements d’une union et d’une coopération cordiale entre les protestants de ce royaume, à supposer qn’on ne puisse réussir à établir une union plus générale et plus désirable encore parmi toutes les classes des sujets de Sa Majesté.

« Je viens de^iarlcr sans réserve de la première et de la plus grande question, de la nécessité de prendre sérieusement en considération , dans le but de la régler définitivement, cette affaire depuis si longtemps agitée. Je vous ai prouvé, j’en ai la confiance, que nulle fausse délicatesse fondée sur mes déclarations antérieures, nulle crainte de m’entendre reprocher mon manque de constance, ne sauraient m’empêcher de prendre le parti que pourraient m’imposer le danger présent ou un nouvel état de choses. Je suis prêt, et sans songer au sacrifice, à soutenir l’opinion que je donne maintenant d’une façon positive, c’est qu’il y a moins de danger à faire un effort décidé pour régler la question catholique qu’à la laisser ouverte comme on a fait jusqu’ici, le gouvernement n’ayant point pris de parti à ce sujet et par suite de cette indécision se trouvant paralysé dans bien des

occasions qui exigeraient de la promptitude et de l’énergie dans l’action.

« Je dois en même temps déclarer mon opinion trèsarrêtée que ce ne serait pas un moyen d'arriver à un règlement satisfaisant de cette question , que de me confier le soin de la défendre dans la chambre des Communes.

a Je mets hors de cause tout sentiment personnel. C’est, ou cela devrait être, une considération très-secondaire dans les affaires de cette importance, et je donne la meilleure preuve possible du peu d’égard que j’ai pour mes sentiments personnels , en annonçant que je suis prêt à me vouer à soutenir le principe de concessions largement dispensées, et à faire les plus grands efforts pour arriver à un arrangement définitif.

« Mais mon appui sera plus utile si je le prête étant hors des affaires, avec la cordialité que je mettrai à mon concours.

< Toute l’autorité que je pourrai employer pour chercher à réconcilier les protestants à cette mesure, augmentera si je me retire.

a J’ai été trop engagé dans cette question, j’ai exprimé des opinions trop positives, j’ai montré trop de méfiance envers les catholiques romains, trop de crainte quant aux conséquences immédiates ou futures d’une concession faite à leurs demandes, pour qu’il soit avantageux au service du roi que je sois l’homme chargé de mettre en avant cette mesure. Peut-être est-il sage de refuser toute négociation ou toute consultation avec les catholiques romains ; mais plus vous pourrez vous les concilier par la manière dont vous proposerez cette mesure, et mieux vaudra ; plus vous pourrez faire naître de bon vouloir et de satisfaction, et plus vous aurez de chances de faire durer à toujours les mesures que vous adopterez.

a Soit que vous preniez le parti de faire des concessions aux catholiques romains ou de donner de plus grandes sécurités aux protestants, les catholiques romains regarderont d’un œil bien différent ces mesures si elles sont pro-

400 FRAGMENTS DU MEMOIRE DE SIR R. PEEL posées par un homme qui, comme moi, leur a toujours fait une opposition si décidée, ou bien par un membre moins opposé que moi à toute concession.

a On pourrait dire d’un autre côté que si les mesures étaient proposées par moi, les protestants seraient plusdisposés à adopter la concession. Mais nous obtiendrions peut-être encore plus cet avantage si je déclarais explicitement mon avis en étant hors des affaires, comme simple membre du Parlcment,et en coopérant avec zèle à la tentative faite pour régler la question.

« Il faut aussi se rappeler l’état des partis dans le Parlement. Le gouvernement devra prendre toutes les précautions possibles pour que les mesures de redressement qui seront proposées ne soient pas seulement décidées par des majorités, mais qu’elles aient en leur faveur, autant que faire se pourra, le sentiment décidé et non équivoque du Parlement.

a II faut donc s’occuper du caractère et de la constitution de la majorité qui fera passer ces mesures.

« Vous trouverez, chez beaucoup des meilleurs amis du gouvernement, un assentiment qu’ils ne donneront qu’à regret, chez quelques-uns peut-être une opposition décidée.

« U vous faudra chercher votre principal soutien chez ceux qui, s’ils ne fout pas habituellement opposition au gouvernement, ne lui sont du moins attachés par aucun lien, et peut-être ne sont pas même favorablement disposés envers lui. Pouvez-vous compter sur eux pour vous donner, en faveur de cette mesure, une active coopération ?

a Sans nul doute ils s’associeront au principe delà mesure. Ils vous aideront à établir l’égalité des privilèges politiques ; mais il y aura beaucoup de détails qui seront presque aussi importants que le principe; par exemple il y aura les garanties (quelles qu’elles soient) à assurer aux intérêts protestants, et il sera de la plus grande importance de les faire passer avec l’assentiment général, et à une majorité imposante.

a Si elles passent autrement, on aura jeté des semences de mécontentement et d’agitation pour l’avenir.

« Réfléchissez sérieusement à tout cela. Si on s’occupe de cette question, il n’y a évidemment d’autre alternative sûre que de la régler.

a 11 faut mettre de côté toute considération d’intérêts individuels et de sentiments privés. Sentant vivement, comme je le fais, ce qui est désirable pour faire réussir cette mesure, je vous affranchis de toute difficulté quant à moi personnellement.

« Non-seulement je consens à ne me retirer qu’au moment qui paraîtra le plus favorable ; non-seulement je vous promets que, hors des affaires (quels que soient les sacrifices publics ou particuliers que je prévois), je vous donnerai ma cordiale coopération pour le reglement de cette question, et que je soutiendrai cordialement votre gouvernement; mais j’ajoute à cela mon opinion, bien décidée et bien positive, qu’il serait plus utile, pour arriver à régler cette question d’une manière satisfaisante, de confier à d’autres mains que les miennes le soin d'introduire la mesure dans la chambre des Communes et de la suivre dans son cours.

« Je suis, mon cher duc de Wellington, toujours bien fidèlement tout à vous.

« Robert Peel. »

Vingt ans se sont écoulés depuis que cette lettre a été écrite. En la lisant aujourd’hui , mon cœur et ma conscience rendent témoignage, au dedans de moi , de la parfaite sincérité des conseils que je donnais alors et des déclarations que je faisais; ils rendent également témoignage que cette lettre avait été écrite dans la prévision des peines auxquelles m’exposerait la marche que je comptais suivre, de la rage des partis, démon échec à l’université d’Oxford, de l’éloignement d’amis personnels, de l’interruption dans les rapports de famille.

Quant à d’autres peines, telles que la perte de mes

40î FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEL emplois et de la faveur royale, je ne condescendrais pas à en faire mention si ce n’étaient pas les plus douloureuses aux yeux de ceux dont l’esprit bas et vulgaire ne saurait apprécier des motifs plus élevés de conduite politique.

Mon jugement peut être erroné. Il ne peut être impartial; trop grand est l’intérêt que je porte au résultat de cette politique, en ce qui concerne du moins ma renommée à venir; cependant je ne me trompe sûrement pas en croyant que, lorsqu’on aura examiné avec calme et sans passion les circonstances diverses sur lesquelles se fonda ma décision , quand on aura réfléchi à l’état des partis politiques, aux discussions récentes du Parlement, au résultat de l’élection de Clare et aux perspectives qu’elle ouvrait, aux représentations pressantes et énergiques du gouvernement de l’Irlande, au danger toujours croissant d’avis opposés dans le cabinet et de décisions contradictoires dans les deux chambres du Parlement, à la nécessité d’établir en Irlande un système de police très-énergique, à l’impossibilité, lors même que cela aurait pu être sage, de faire de cette police un corps coercitif, sûrement quand on aura réfléchi à tout cela, je n’ai pas tort de croire qu’on ne m’accusera pas plus tard d’avoir inutilement et avec précipitation , et encore moins d’avoir traîtreusement et malhonnêtement conseillé de tenter de régler cette question si longtemps pendante, et qui avait pendant tant d’années empêché la coopération cordiale des hommes politiques, et fait de l’Irlande une arène pour les luttes politiques les plus acharnées, renouvelées chaque année sans que la couronne eût le moyen d’interposer son autorité.

Le mémoire suivant, que j’avais joint à ma lettre du Il août, est un commentaire de celui que m’avait fait parvenir le duc, et que je lui avais renvoyé.

Le duc a sans nul doute conservé son mémoire : on pourra juger de la nature des suggestions qu'il contenait par les réponses que j’y fis.

Mémoire de M. Peel.

(Particulier et trè9-confidentie].)

11 août 1828.

a S’il est une fois résolu que le gouvernement doit tenter un effort pour régler la question catholique, on ne peut, je crois, avoir qu’un avis j c’est qu’autant que possible, il faut la régler complètement.

« Des concessions partielles n’auraient aucune utilité : elles donneraient aux catholiques romains du pouvoir sans leur donner satisfaction. Si on se décide à se relâcher sur le système actuel d’exclusion, il faut en même temps envisager la question dans tous ses détails et se préparer à la discuter et à la régler sur tous les points.

« Mais chaque point de cette question demande l’examen le plus sérieux, et je désapprouverais fortement qu’on prît une décision positive sur un seul point, sans avoir fait les recherches les plus minutieuses et sans y avoir mûrement réfléchi.

« S’il est une fois reconnu que le gouvernement du roi veut tenter de régler celte question sur des bases larges et justes, il n’y aura nulle nécessité de prendre, sur les points de détail, une décision immédiate et irrévocable.

« Les trois grands points qui devront d’abord être pris en considération sont ceux-ci :

« 1° Le pied sur lequel seront placés les catholiques romains quant à la jouissance des privilèges politiques.

« 2» Quel arrangement fera-t.-on par rapport au droit électoral en Irlande?

« 3° Quels seront à l’avenir les rapports de la religion catholique romaine avec l’État?

a Sur ces trois questions si importantes, la dernière est celle qui entraîne de beaucoup les plus grandes difficultés.

a Je les examinerai l’une après l’autre dans l’ordre où je les ai placées.

« Ma réponse à la première demande, — quelle sera la condition des catholiques romains quant aux privilèges politiques? — est fort courte. Je réponds immédiatement : l’égalité, l’égale capacité entre tous les citoyens de jouir des emplois et des distinctions de l'Etat.

« Je ne prétends pas qu’il ne doive y avoir quelques exceptions quant à des emplois particuliers, mais je crois que le principe dirigeant doit être l’égalité des droits politiques.

« En vous écartant de ce principe, vous ne gagneriez rien sous le rapport de la sécurité ; vous perdriez l’avantage et la bonne grâce d’avoir cédé, et vous enlèveriez à votre règlement de la question le caractère de la durée pour l’avenir. A l'heure qu’il est, les catholiques romains d’Irlande peuvent être appelés à presque tous les emplois, à l’exception des emplois judiciaires et des positions élevées dans le gouvernement.

« Si vous leur ouvrez la porte à ces emplois, où vous arrêterez-vous? Vous ne fonderez vos combinaisons sur aucun principe clair, et ce sera un mal funeste.

« Lorsque vous aurez abandonné le système actuel qui exclut légalement les catholiques, ce sera à la couronne et à ses conseillers de veiller à ce que leur influence et leur pouvoir ne deviennent pas excessifs, en tant du moins que les emplois civils donnent du pouvoir et de l’influence.

« Ixis catholiques romains pourront être appelés à remplir tous les emplois, mais ils n’y auront pas de droit ; peu importe qu’ils puissent remplir telle ou telle place ; si la couronne et le gouvernement étaient disposés à les favoriser oufre mesure, leur exclusion de cinq ou six emplois servirait de peu , tandis qu’on pourrait les appeler à cinquante ou soixante fonctions munies de privilèges dont ils pourraient grandement abuser.

« Dans l’état présent des affaires, nul arrangement ne serait définitif tant que les catholiques romains seraient exclus du Parlement.

« Il serait évidemment peu sage de les admettre au Parlement et de les exclure des faveurs de la couronne.

« Il y a cependant une question qui se rattache à cette portion du sujet, et qui mérite une sérieuse considération.

a Limitera-t-on le nombre des catholiques romains qui pourront siéger en même temps au Parlement, ou bien restreindra-t-on, comme on l’a déjà proposé, le droit des membres catholiques romains pris individuellement, quant au vote sur certaines questions relatives à l’iîglise établie?

« Je ne crois pas qu’on porte atteinte au grand principe de l’égalité des privilèges politiques en limitant le nombre des catholiques romains qui pourraient siéger en même temps au Parlement.

« Vous limitez le nombre des membres siégeant pour l’Écosse et pour l’Irlande j vous avez le droit de limiter le nombre de ceux qui représentent une classe particulière d’individus, si vous y voyez une nécessité suffisante.

a Je crois, que, des deux propositions ci-dessus énoncées, la limitation du nombre est beaucoup moins sujette à objection que l’autre qui enchaînerait ou plutôt qui enlèverait à un membre du Parlement l’exercice de son droit sur des questions mal définies.

a Quant à la chambre des Lords, en aucun cas il ne serait probablement nécessaire de limiter le nombre. Vous savez le nombre actuel des pairs catholiques romains.

a Les conversions à la foi catholique romaine ne sont pas fort à craindre, et la couronne peut en empêcher l’accroissement en refusant de créer un pair catholique romain.

« Mais, dans la chambre des Communes, vous pourriez avoir, et vous auriez promptement, selon moi, un nombre très-considérable de membres catholiques romains. Si même après les concessions faites aux catholiques romains, l’esprit de parti continuait, s’il existait encore, comme je le crois

406 FRAGMENTS DU MEMOIRE DE SIR R. PEEL probable, des intérêts et des vues séparées, vous pourriez régler comme vous voudriez la franchise électorale; vous auriez toujours, soyez en certain, une grande quantité de membres catholiques romains.

« Vous pourriez enlever la faculté de voter à la classe la plus inférieure de chaque comté ; mais dans une grande partie de l’Irlande, quelle que soit la loi électorale, la majorité des électeurs se composera toujours de catholiques romains.

« Si vous enlevez la faculté de voter aux électeurs pauvres, vous augmenterez l'influence de la classe qui vient apres la leur, classe peut-être un peu plus indépendante des prêtres, mais aussi plus indépendante des propriétaires.

a 11 faut aussi sc rappeler ce qu’on oublie souvent en calculant quel serait le nombre probable des membres catholiques romains; c’est que, outre les comtés irlandais et les b vurgs irlandais, d’autres endroits pourront nommer au Parlement des catholiques romains.

« Pourquoi le duc de Norfolk n'aurait-il pas une aussi grande influence sur les bourgs que lord Darlington ou lord llertford ?

« Je crois très-probable qu’un pair ou un membre des communes catholique romain très-riche aurait de plus puissants motifs qu’un protestant pour chercher à augmenter une telle influence.

« Un parti qui lutte pour avancer, pour obtenir l’égalité non-seulement dans les privilèges, mais dans le pouvoir, est plus actif qu’un parti qui les possède ; et l’état actuel de la franchise électorale en Angleterre amènerait dans les bourgs d’Angleterre l’élection d’un nombre de catholiques romains trop considérable, eu égard à leur fortune, à leur influence, ou à leur nombre relatif.

« D’un autre côté, on pourrait dire qu’on ne prend aucune précaution contre l’élection d’un nombre trop considérable de presbytériens ou de dissidents de toute sorte ; qu’une coalition de membres catholiques romains, faite dans le but de servir les intérêts catholiques romains, serait

repoussée par une coalition opposée beaucoup plus puissante, et que la couronne pourrait exercer sur les catholiques romains, en vue de leur interdire toute coalition dangereuse, l’influence qu’elle exerce sur d’autres individus et d’autres .partis.

« Cependant la limitation du nombre des membres catholiques pourrait être très-utile en ce qu’elle donnerait des garanties suflisantes au sentiment protestant; et toute garantie compatible avec le grand point du règlement définitif de cette question doit être regardée favorablement, parce qu’elle atténuerait l’inquiétude et les craintes des protestants.

« A ce point de vue, il ne faut rejeter légèrement aucune des garanties offertes par les partisans des prétentions des catholiques romains.

a Dans son mémoire, le duc de Wellington propose, en ce qui concerne le Parlement, la suspension annuelle des lois qui excluent du Parlement les catholiques romains.

« Ne serait-il pas très-difficile, au point de vue constitutionnel, de donnera un membre du Parlement, par un règlement exprès, la mesure exacte de la durée de son siège, mesure qui serait autre que celle qui est en vigueur, c’est-àdire la durée d’un Parlement?

o II faut prendre grand soin de ne pas embarrasser la question de difficultés constitutionnelles qui n’y auraient pas naturellement trait.

« La révision des serments est un point important, mais cependant d’une importance secondaire. Les serments actuellement prononcés contiennent des déclarations dont on pourrait probablement se dispenser, et impliquent des soupçons contre lesquels, s’ils étaient fondés, ces mêmes serments ne fourniraient que des garanties fort imparfaites.

« Il y aurait peu d’avantage à exiger, de ceux que vous êtes disposés à admettre à l’égalité des privilèges politiques, la déclaration que le pape ne peut ni excommunier ou déposer un roi, ni les relever eux-mêmes de l’obligation d’un serment solennel.

a On pourrait peut-être substituer, aux serments qu’on exige en ce moment, quelque déclaration plus convenable, et en même temps plus courte.

« Secondement : en ce qui touche la franchise électorale.

« Le mémoire du duc de Wellington propose qu’on n’admette au vote que les électeurs qui payent annuellement pour les charges locales, quelles qu'elles soient, une somme de cinq livres sterling.

a Le principe est très-bon, mais on ne devrait le mettre en pratique qu’après s’être soigneusement assuré de l'effet que cela produirait dans différents comtés de l’Irlande.

« Je ne doute pas qu'il ne soit absolument nécessaire d’établir un critérium de la propriété. 11 ne suffit pas d’enlever le droit de voter au possesseur d’un bien de 40 shellings de revenu, grevé d’une rente viagère de même valeur, si on laisse le droit de voter au possesseur du l’usufruit.

« Cela formerait bientôt un corps de possesseurs d’un usufruit de 40 shellings aussi sujets à objection que les électeurs actuels.

a Ce qui rendrait difficile de prendre, comme qualification électorale, la somme des contributions aux charges locales, c’est qu’en agissant ainsi on n’aurait qu’un étattrès-incertain et très-imparfait de la propriété en Irlande.

« L’évaluation des biens fonds sur lesquels on règle les charges locales e3t d’ancienne date, et la conséquence est une distribution très-inégale du fardeau. Ainsi, dans un comté ou dans une portion d’un comté, un homme très-peu riche paye peut-être cinq livres pour l’impôt du comté, tandis que dans un autre comté, ou dans une autre portion du même comté, une personne beaucoup plus riche sera peut-être exclue du droit de voler, parce qu’elle n’aura pas été taxée à une valeur assez élevée.

« II y aurait une autre difficulté. Un comté dont les dépenses seraient soigneusement gouvernées aurait en proportion moins d’électeurs qu’un autre comté négligent et prodigue dans l’application des impôts : l’effet de l’économie

et de la diminution des dépenses serait donc d'enlever au comté quelques-uns de ses électeurs.

« Je crois que cinq livres sterling seraient une somme beaucoup trop élevée à prendre comme taux du droit de voter; mais il serait très-difficile de fixer une somme déterminée avant d'avoir soigneusement recherché quel serait l’effet pratique d’une telle mesure dans les différents comtés.

« Troisièmement : Les règlements à établir en ce qui touche les rapports de la religion catholique romaine avec l'État.

a J’ai déjà fait remarquer, et je répète ici, que c’est là la grande difficulté, et qu’il faut l’examiner soigneusement comme préliminaire de tous les autres points de celte question.

« Il faut d’abord se demander s’il vaut mieux laisser la religion catholique sur le pied où elle est actuellement, tolérée, mais non pas encouragée par l’État, ou bien lui donner un établissement partiel et le degré de sanction et d’autorité qu’on lui donnerait inévitablement en faisant payer ses ministres par l’État.

« En ce qui concerne les catholiques romains, vous êtes, je crois, parfaitement libres de laisser la religion catholique romaine dans l’état où vous la trouvez, Peut-être serait-il d’une bonne politique d’agir autrement, mais si vous ne le faites pas, on n’aura pas le droit de se plaindre.

« Les sujets du roi qui n’appartiennent pas à la religion établie peuvent avoir des droits très-sérieux à l’égalité des privilèges politiques, mais ils ne peuvent avoir la prétention que les ministres de leur religion soient payés par l’État.

a L’admission d’une telle prétention des catholiques romains amènerait de semblables prétentions chez les dissidents de ce pays qui contribuent de la môme façon au soutien de leur propre croyance, et aussi à celui de la religion établie ; et lors môme que vous refuseriez de reconnaître le droit, il faudrait mûrement peser les conséquences qu’aurait un tel précédent.

« Si vous donnez 300,000 livres sterling par an pour le soutien du clergé catholique romain en Irlande, les dissidents protestants d’Angleterre ne se plaindront-ils pas d’être obligés de contribuer au soutien de deux Églises, à moins que vous ne preniez aussi en considération la situation de leur propre Église ?

« Ne rencontrerez-vous pas, parmi les classes religieuses de la communauté, une profonde répugnance h contribuer en aucune manière à la propagation ou au soutien des doctrines de l’Église de Home, répugnance basée sur des motifs plus élevés que le déplaisir de payer un impôt ? Le nom même de notre foi vient d'une protestation contre ces doctrines, et il faut avoir le plus grand soin d’empêcher une ébullition de l'esprit religieux, plus difficile à combattre que des préjugés ou des craintes politiques.

a Dans cette question tout est plein de diflicuités; je ne veux pas dire de diflicuités insurmontables, mais je m’y attache pour prouver la nécessité absolue d’un examen sérieux et approfondi.

« Si l'État s’engage à payer les prêtres catholiques romains, leur permettrez-vous, ou non, de recevoir de leurs paroissiens des redevances, des offrandes à Pâques, etc., etc. ?

a Pourrez-vous effectivement les empêcher de recevoir de tels payements, eu égard à l’influence qu’ils possèdent?

a S’il reçoivent, outre leur traitement fixe, de telsdons, leur condition ne sera-t-elle pas meilleure que celle du ministre de l’Église établie dans un grand nombre de paroisses en Irlande ?

« A supposer même que vous les empêchiez effectivement de recevoir de tels payements, il faudra donc faire déclarer par la loi que l’Église catholique romaine d’Irlande célébrera gratuitement ses cérémonies, le baptême, le mariage, etc., etc.

a 11 ne faut pas oublier quel effet cela pourra avoir parmi les classes inférieures protestantes, et dans les cas de mariage mixte entre protestants et catholiques. l,e non-payement des

St'R L'ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES (1829). 411

honoraires pourrait être un très-puissant stimulant à la conversion d’un paysan.

« Et même en admettant qu’il y a, au payement des prêtres catholiques romains, d’assez grands avantages politiques pour qu’il faille surmonter toutes les difficultés ci-dessus mentionnées, je crois qu’il faudrait prendre une mesure beaucoup plus étendue que le simple don fait par la couronne d’une licence pour officier.

a Je fais allusion à la proposition énoncée par le duc de Wellington dans son mémoire.

a Je crois que le simple don d'une licence dégénérerait bientôt en une forme, en un pouvoir nominal qu’on n’exereerait jamais, qui ne donnerait à la couronne nul contrôle réel, mais qui transmettrait à la personne munie d’une licence la sanction et l’autorité venant de la couronne.

« Refuserait-on jamais une licence, excepté dans un cas notoire d’indignité?

« Si le Parlement votait annuellement une somme de 300,000 livres pour le soutien du clergé catholique romain, et que le gouvernement appliquât cette somme au payement des ministres de l'Église romaine d’Irlande, en leur accordant une licence pour l’accomplissement de leurs fonctions spirituelles, un tel arrangement ne serait-il pas en réalité, sans être une mesure positive, l’abolition virtuelle et complète, sinon le rappel, des lois qui défendent les rapports avec Rome ?

« Une partie de la somme votée devra probablement être employée au payement des prélats catholiques romains ; sinon, quelle sera l’utilité de cet arrangement ?

a Si on en dispose ainsi, l’Etat peut-il afTecter d’ignorer que l’évêque qu’il paye a reçu du siège pontifical le droit d’être évêque?

a Le mode de nomination et toutes les particularités qui s’y rattachent se trouvent en détail dans les témoignages rendus par les prélats catholiques romains devant les comités du Parlement.

« Si, munis de ces renseignements, vous payez ces prélats sans demander d’autres informations , ou sans suggérer d’autres règlements , pourrez-vous ensuite remettre en vigueur, avec loyauté, dans quelque cas que ce puisse être, les pénalités oubliées du statut de Prœmunire ? Il me semble qu’en accordant aux prélats et aux prêtres catholiques romains des licences pour l’exercice de leurs fonctions spirituelles, et en tirant en même temps leur salaire du trésor public, la couronne reconnaîtrait de l’autorité du siège pontilieal tout ce qui est nécessaire à l’exercice de ces fonctions.

« Ce que nous accordons, nous l'accordons en notant, sur les registres du Parlement, qu’il y a des rapports constants entre l'Eglise d’Irlande et le siège de Rome.

« Je ne chercherai pas à savoir s’il y aurait quelque avantage important à inspecter et à régler ces rapports; tout ce que je dis à présent, c’est que je doute qu’en les inspectant et en les régularisant on reconnût plus complètement l’autorité du siège pontifical qu’en chargeant la couronne d’accorder des licences et de payer des prêtres.

« Je conclus ce mémoire en faisant remarquer que je l’a» écrit très-rapidement, et que je l’ai fait plutôt pour poser des questions à peser et à examiner à fond, que pour exprimer des opinions très-décidées sur les points auxquels j’ai fait allusion.

a Robert Peel. »

Brigbton, H août 1828.

Le duc de Wellington m’accusa réception de ce mémoire dans la lettre suivante :

Le duc de Wellington à M. Peel.

Londres, 13 août 1828.

a Mon cher Peel,

o Je n’ai pas répondu hier à votre lettre sur la question

des catholiques romains, jjarce que j’ai été obligé d’aller de bonne heure à Windsor, et que je voulais communiquer ce que vous m’écriviez au lord chancelier, que je devais rencontrer au château.

« Je n’ai pas la prétention de discuter ici les différents points que vous traitez dans votre lettre et dans le mémoire, mais je compte le faire quand j’aurai plus de loisir.

« En attendant, je vous dirai que je n’ai communiqué vos papiers qu’au chancelier -, Goulburn n’est pas ici, et je ne lui avais pas montré mes lettres, ni fait plus que de mentionner simplement la chose devant lui.

« J’ai dit au roi que cela n’irait pas plus loin que vous et le lord chancelier pour le moment.

a Je n’ai pas dit au roi ce que vous pensez, ni rien de plus que ce qui est contenu dans le premier paquet.

o Le lord chancelier doit siéger à la cour de chancellerie jusqu'au \ 9 ou 20, et il ne lui sera commode de discuter avec nous cette question que quelques jours après.

a On me conseille d’aller passer quelque temps à Clieltenham; si cela ne vous dérange pas, je fixerai un jour dans la première semaine de septembre, pour que nous nous réunissions, le lord chancelier, vous et moi.

« Toujours, mon cher Peel, etc., etc.,

« Wellington. »

Je baissai au duc de Wellington le soin de décider quelle serait la manière et l’époque préférables pour donner communication au roi et aux membres du gouvernement de la question sur laquelle roulait notre correspondance récente.

Je le fis non-seulement à cause des égards que je devais au duc comme chef du gouvernement, mais à cause de la confiance illimitée que j’avais dans son intégrité et dans sa discrétion.

Sur les débats dans l’intérieur du cabinet et entre le roi

George l Y et le cabinet pour l'émancipation des catholiques.

(Pages 268-810.)

Je reviens maintenant sur la position du gouvernement dans la question catholique et sur mes rapports avec le duc de Wellington à ce sujet.

J’ai déjà fait remarquer que j’avais complètement remis au jugement du duc de Wellington le choix du moment oit les communications nécessaires devraient être faites au roi, aux membres du gouvernement, et aux pairs du Parlement, tant laïques qu’ecclésiastiques, avec lesquels il paraîtrait convenable d’entrer préalablement en explication.

A la fin de 1828, il y avait peu ou point de progrès dans la situation; les difficultés contre lesquelles le duc de Wellington avait à lutter n’étaient pas encore écartées.

Plusieurs événements de nature à augmenter ces difficultés s’étaient passé*s dans le cours de l’année.

Au mois de mai s’était accomplie la retraite de M. Hus- Kisson et des amis qui marchaient avec lui.

Au mois d’août la charge de grand-amiral avait été enlevée au duc de Clarence (l’héritier présomptif du trône).

Les circonstances qui amenèrent cette destitution sont expliquées dans la lettre suivante du duc de Wellington, en date du 1 3 août :

Le duc de Wellington à M. Peel.

« Mon cher PccI,

43 août 1828.

o Je vous renvoie votre correspondance avec le duc de Clarence, en y joignant la mienne au sujet de sa récente croisière, qui a abouti à sa démission de la charge de lord grand amiral.

« Après avoir écrit au roi, le premier courant, une lettre conforme à ce qui avait été convenu dans le cabinet, j’avais l’intention de ne plus revenir sur ce qui s’était passé, à moins que, par sa conduite, le duc ne nous obligeât à reprendre connaissance de cette affaire, au moment de son arrivée à Londres.

« Il vint à Londres le 7, et se conduisit très-grossièrement envers Cockburn ; en un mot il le mit complètement de côté, envoyant ses ordres au conseil par l’intermédiaire de sir Edouard Owen. Je vis Cockburn et Croker dans l’après-midi, et le lendemain matin tous deux déclarèrent que la machine ne pouvait plus marcher.

« En conséquence je consultai le cabinet le 8, et, avec son assentiment, j’écrivis au duc la lettre du 8, ayant appris qu’il avait quitté Londres avant que j’eusse passé chez lui.

« La correspondance expliquera le reste. Je l’envoyai à mesurcau roi, et je reçusdimanche la dernière lettre du roi; je l’expédiai au duc, à Bushy; il me répondit immédiatement, et écrivit au lord chancelier pour lui dire qu’ayant donné sa démission, l’entrevue avec sa seigneurie fixée pour le lendemain n’aurait pas lieu.

u II était parfaitement clair que le duc s’était mépris sur le sens de la lettre du roi, qui lui donnait l’alternative ou d’obéir à la loi ou de se démettre de sa charge. Ayant vu le roi hier, j’ai engagé Sa Majesté à expliquer le sens de sa lettre au duc.

« Le roi donna cette explication en présence du lord

chancelier et pressa le duc de ne pas prendre le parti de refuser d’obéir à la loi. C’est alors que la vérité se lit jour: Son Altesse Royale ne voulait rester en fonction que si sir George Cockburn était renvoyé.

« Son Altesse Royale répéta plus tard la même chose au chancelier. 11 dit qu’il ferait tout ce qu’on désirait , qu’il n’avait nulle raison de se plaindre de moi ni du roi, mais que, quant à sir George Cockburn, il avait à se plaindre de lui, et qu’il devait être renvoyé.

« Je parlai au roi après le dîner, et j’expliquai à Sa Majesté que Son Altesse Royale avait maintenant placé la question sur son vrai terrain, mais que je devais déclarer à Sa Majesté qu’il n'était pas possible de destituer un gentleman qui avait fait son devoir, sans autre motif que sa remontrance contre une violation de la loi commise par le duc.

« Son Altesse Royale n’est donc plus en fonction. Nous devons aviser aux arrangements h prendre en conséquence, et cela sans perdre de temps.

« Selon moi, il faut mettre lord Melville à l’amirauté et lord Ellcnborough au bureau du contrôle. Je voudrais qu’il conservât le sceau privé, désirant, pour des raisons que je développerai dans une autre lettre, garder cette charge à la disposition du gouvernement jusqu’à une époque plus avancée de l’année.

« Tout à vous, etc.,

a Wellington. »

Le projet du duc de Wellington à l’égard du sceau privé, projet dont il est question dans le dernier paragraphe de la lettre ci-dessus, était de garder cette charge en réserve, afin qu’elle fût disponible dans le cas où je sortirais des affaires. Il pensait que cela pourrait faciliter les nouvelles combinaisons qui deviendraient alors nécessaires.

En m’écrivant, le 16 août, le duc de Wellington me disait :

Le duc de Wellington à M. Peel.

16 août 1828.

« Je suis tout à fait d’accord avec vous sur la démission du duc de Clarence : je la regarde comme très-fâcheuse. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour éviter ce résultat, tout, sauf de sacrifier Cockburn. Je savais le désir du roi que le duc de Clarence restât en fonction, et j’espérais qu’il le déciderait à reprendre sa démission. »

Revenant dans la même lettre sur le sceau privé, le duc me disait :

« J’ai l’intention de ne point pourvoir à la charge de lord du sceau privé, parce que je suis dans la nécessité de me prémunir contre des malheurs futurs.

« Je ne vous regarde comme engagé à rien ; mais je ne puis pas ne pas songer au cas très-possible où vous vous trouveriez obligé de nous abandonner à nous-mêmes. Dans ce cas, il me faut pouvoir disposer de tous les moyens possibles de faire marcher le gouvernement du roi, et si je le pouvais, je laisserais subsister encore d’autres vacances.

o Tout à vous, etc.,

« Wkllim.ton. »

Une difficulté nouvelle vint se joindre à celle qu’avaient produite la séparation de M. Huskisson et de ses amis et la cessation de nos rapports officiels avec le duc de Clarence ; à la fin de l’année, il devint nécessaire d’annoncer à lordAnglesey qu’il était de notre devoir de conseiller au roi de placer en d’autres mains le gouvernement de l’Irlande.

tlH FRAGMENTS ÜU MEMOIRE DE SIR R. PEEI.

Comme les circonstances qui nous contraignirent à présenter au roi cet avis sont rapportées en détail dans les discours prononcés le \ mai 1829 dans la chambre des Lords par lord Anglesey et le duc de Wellington, et comme, dans le cours de la discussion , la correspondance à ce sujet entre le duc et lord Anglesey a été lue et reste annexée au procès-verbal , je me dispense de m’étendre plus au long sur cette question.

Lord Anglesey ayant été rappelé, le duc de Wellington proposait lord Bathurst, l’un de nos collègues, de se charger de la lieutenance d’Irlande.

La lettre suivante du duc de Wellington annonce l’insuccès de cette proposition , et montre la difficulté qu’il y avait à pourvoir convenablement au gouvernement de l’Irlande, dans l'etat de division où étaient les opinions sur la question catholique. Elle montre aussi qu’à la lin de 1 828, rien n’avait été définitivement conclu sur la question catholique et la position que prendrait le gouvernement dans cette question.

Le dur de Wellington ù M. Peel.

30 décembre 182».

« Mon cher l’ecl,

« J’ai des nouvelles de lord Bathurst en réponse à ma lettre sur la lieutenance d'Irlande. 11 refuse positivement.

« Tout est dans la question catholique. Si nous en venons à céder, nous trouverons ce qu’il nous faut ; si nous prenons le parti contraire, j’ai bien peur qu’il ne nous soit diflicile de trouver quelqu’un avec qui lord Francis consente à rester.

« Lord Bathurst pense que lord ne nous serait pas fort utile.

o Croyez-moi, etc.,

« Wellington. »

Dans tous les cas où nous avions été amenés à renoncer aux serv ices ofticiels de tant de personnes éminentes ou distinguées, je m’étais trouvé entièrement et cordialement d’accord avec le duc de Wellington sur la nécessité de ces séparations.

Hais comme, à une seule exception près, ces hommes auraient concouru avec zèle a nos etlorts pour regler la question catholique, la perte de leur appui dans un moment si critique était particulièrement malheureuse.

La principale dil'ticullé c’était le roi. Au commencement de janvier 1829, Sa Majesté n’avait point encore donné son consentement a ce que les affaires d’Irlande dans leur ensemble, y compris la question catholique, fussent prises en considération par ses serviteurs contidentiels. Dans ses entrevues avec le duc de Wellington, dans le cours de l'automne, le roi avait manifesté beaucoup d’inquietude et d’irrilalion, et n’avait montré jusque-là aucune disposition à se relâcher de l'opposition qu’il avait faite (au moins dans les dernières aiuieesi à ce que son gouvernement s’occupât des prétentions des catholiques romains.

Un retrouve, dans la Vie de lord Eldon par M. Twiss, le récit des conversations qui eurent lieu entre le roi et lord Eldon eu mars et avril 1829. Le roi s'y exprime avec force sur ce sujet, et il déclaré qu’il ne s’était décide qu’avec lieaucoup de peine et une grande répugnance à suivre l’avis que lui avaient donné ses ministres.

D’après lord Eldon, Sa Majesté aurait dit a qu’Elle était bien tourmentée, bien malheureuse, que sa situation était terrible, que si Elle donnait son consentement au bill sur l’émancipation des catholiques romains, Elle irait aux eaux sur le continent et de là dans le Hanovre ; qu’Elle ne

Die

■130 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR K. PEEL remettrait plus les pieds en Angleterre, et que ses sujets pourraient trouver un roi catholique dans le duc de Clarence. »

En rapportant la conversation de quatre heures qu’il eut avec le roi le 28 mars, lord Eldon s’exprime ainsi :

« Sa Majesté employa presque tout son temps à exposer ce qui, d’après Elle, s’était passé lorsque M. Canning devint ministre; Elle affirma positivement que M. Canning n’avait jamais voulu, qu’il s’était engagé à ne jamais vouloir permettre que le repos du roi fût troublé par la question catholique. Elle blâma tous les ministres qui s'étaient retirés lors de la nomination de Canning, et dit en substance que c’était leur retraite, et non Elle, qui avait fait Canning ministre. »

Il doit y avoir eu, sans nul doute, quelque méprise dans l’esprit du roi sur l’engagement ou les intentions de M. Canning au sujet de la question catholique. Je me crois certain que M. Canning n’aurait pas accepté le pouvoir, au prix d’engagements ou d’assurances qui auraient eu pour effet de le placer, lui et son gouvernement, à propos de la question catholique et dans ses rapports avec George IV, dans la situation où s’étaient trouvés certains de ses prédécesseurs à l’égard de George III.

Quoi qu’il en soit, on croyait assez généralement qu’en appelant M. Canning au poste de premier ministre , Sa Majesté avait donné, à l’archevêque de Canlorbéry et à d’autres évêques, l’assurance que ses opinions personnelles sur la question catholique étaient celles de son père, et qu’Elle était déterminée à résister jusqu’à la dernière extrémité au rappel des lois sur les incapacités politiques.

Dans tous les entretiens que j’ai eus avec Sa Majesté à ce sujet, sa détermination de maintenir ces lois a toujours été exprimée avec la plus grande force.

Dans une lettre que je reçus de Sa Majesté, en 18*24, Elle s’exprimait ainsi :

Le roi à M. Peel.

(Extrait.)

19 novembre 182t.

« Les sentiments du roi sur l’émancipation des catholiques sont ceux de son vénéré et excellent père. Le roi ne pourra et ne voudra jamais s’cn départir. »

Toutes les déclarations postérieures du roi furent dans le même sens. Les événements qui se passaient en Irlande, l’agitation systématique et la conduite peu mesurée de certains chefs catholiques , les discours violents et injurieux de certains autres, les actes de l’association qui usurpait les fonctions du gouvernement, le manque d’énergie et l’inertie que le roi reprochait au pouvoir exécutif de l’Irlande, ce furent là autant de causes qui irritèrent Sa Majesté et augmentèrent de plus en plus sa répugnance à revenir sur sa résolution bien déclarée de maintenir intacte la loi existante.

Au commencement de juin 1829,1e duc de Wellington eut une entrevue avec l’archevêque de Cantorbéry, l’évêque de Londres et l’évêque de Durham. Il rechercha cette entrevue dans l’intention de mettre sous leurs yeux l’état des affaires d’Irlande, et dans l’espoir de les convaincre que les intérêts publics, surtout les intérêts qui devaient le plus éveiller leur sollicitude, exigeaient le règlement de la question catholique, et l’adoption d’autres mesures législatives qu’il serait vain de tenter sans ce règlement préalable. Si l’on avait pu trouver ces hautes autorités ecclésiastiques disposées à prendre favorablement en considération cette proposition, ou seulement à ad-

«2 FRAGMENTS DU MEMOIRE DE SIK R. PEEI.

mettre la nécessité qu’un cabinet bien uni délibérât à fond sur la condition générale de l’Irlande, ce seul fait aurait sans doute exercé une grande influence sur l’esprit du roi, et aurait probablement écarté l’un des plus grands obstacles à une concession de la part de S;> Majesté.

Mais dans l’entrevue à laquelle je fais allusion, ou dans une seconde entrevue qui suivit immédiatement la première , l’archevêque de Cantorbéry et les évêques de Londres et de Durham informèrent le duc de Wellington qu’ils ne pouvaient donner leur sanction à la conduite qu’on se proposait de tenir, et qu’il était de leur devoir de s’opposer fortement à ce que les incapacités des catholiques fussent levées.

La lettre suivante de l’évêque d’Oxford fut écrite après une visite à l’archevêque de Cantorbéry :

L'évéqut d' Oxford à M. Perl.

(Particulière.)

Thorjie Lee, 1er janvier 4829.

« Mon cher Peel,

« Je n’ai que le temps de vous dire que je reviens à l’instant d’Addinglon, et que le duc a rapporté fort exactement les sentiments des trois évêques.

« Ils sont fermement hostiles aux concessions, et n’y consentiront sous aucune forme. Je regarde donc cette aflairc comme réglée.

« Nous avons très-peu parlé du coté politique de la question, et il n’a pas été dit un mot sur votre situation personnelle.

« Si vous désirez me voir, faites-Ie moi savoir. Eu attendant il me faut prendre quelque temps pour réfléchir.

« Bien à vous,

Je commençai à craindre que les difficultés ne fussent insurmontables.

Nous avions l’opinion déclarée du roi, l’opinion déclarée de la chambre des Lords, l’opinion déclarée de l’Église, et toutes ces opinions étaient contraires aux mesures dont nous étions disposés à recommander l'adoption.

Ce que je craignais par-dessus tout, c’était que le roi , apprenant le résultat de la conférence du duc avec les évêques, ne fit une déclaration publique et formelle de la résolution où il était de maintenir les lois d’exclusion, comme une affaire de conscience et un devoir religieux, et qu’il ne prit ainsi, sur la question catholique, une position analogue à celle de son père, position qu'il deviendrait presque impossible à Sa Majesté d’abandonner plus tard , quelles que fussent les nécessités de la situation.

Jusque-là je m’étais bercé de l’espoir que le duc de Wellington serait en état de surmonter les difficultés qui s’opposaient à son entreprise, et qu’il me serait permis de sortir du pouvoir et de prêter, dans le Parlement, en qualité de simple, membre, tout mon appui aux mesures projetées. Je m’étais proposé de sortir du pouvoir, par suite de l’opinion sincère que le sacrifice de mes fonctions rendrait ma coopération à l’œuvre du duc de Wellington plus efficace, bien plus que par tout autre motif. Tout ce qui s’était passé depuis ma lettre au duc, du 11 août 1828, m’avait confirmé dans l’impression que l’état de l’Irlande dans son ensemble devait être examiné par le cabinet, et que la question catholique devait être réglée sans plus de délai. Je me sentais par-dessus tout convaincu de ceci : tout obstacle insurmontable opposé brusquement à ce règlement, toute déclaration publique de

1Ü FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR H. PEEL la part du souverain indiquant une hostilité avouée, serait nuisible au bien public, et pourrait anéantir l’espoir de régler dans l’avenir, au moins d'une façon pacifique, la question qui s’était élevée entre la Grande-Bretagne et l’Irlande. Dans mes rapports journaliers avec le duc de Wellington, il m’était impossible de ne pas m’apercevoir qu’il commençait à désespérer du succès. Son constant désir avait été d’avoir égard à mon vœu de sortir du pouvoir, et de profiter de l'offre que je lui avais faite de ma coopération zélée et sincère comme simple particulier. 11 savait que ce qu’il pouvait y avoir de plus pénible pour moi , en me démettant de mes fonctions, c’était de me séparer de lui dans un moment dé difficulté sérieuse. A partir de l’instant où il était devenu le chef du gouvernement, il ne s’était pas écoulé un jour sans que des communications verbales ou écrites de la nature la plus intime n’eussent été échangées entre nous; il ne s’était pas élevé une question (et ma correspondance en fait foi) sur laquelle le concours d’opinion le plus completel le plus cordial ne se fût établi entre nous.

Le moment approchait où, à cause de la réunion prochaine du Parlement, il deviendrait nécessaire d’adresser au roi une proposition formelle au sujet de la position de son gouvernement et de l’examen de l’état de l’Irlande. J’étais fermement convaincu que, si le duc de Wellington ne parvenait pas à se procurer le consentement du roi à la proposition qui devait être ainsi soumise à Sa Majesté, aucun homme public ne réussirait à se procurer cette adhésion et à triompher de l’opposition à laquelle il fallait s’attendre de la part de la chambre des lords. Peut-être certaines personnes ont-elles pensé que la haute considération dont jouissait lord Grey, sa grande habileté et sa grande expérience politique lui auraient permis de sur-

SUK L'ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES (I8î9j. 425 monter ces diverses difficultés. Ajoutez à tant de qualités qui le rendaient si propre à ce rôle, que lord Grey avait l’avantage d’avoir été l’avocat ardent et constant des catholiques romains, d’étre resté étranger aux administrations de M. Canning et de lord Ripon, et d’avoir des droits à l’estime et au respect de tous les partis, sans être enchaîné à aucun. Néanmoins j’avais les plus fortes raisons de croire que lord Grey n’aurait pas réussi dans une entreprise qui, dans le cas de son avènement supposé aux affaires, aurait été abandonnée comme désespérée par le duc de Wellington , et cela par le motif que le souverain n’aurait pas consenti à adopter l’avis de ses serviteurs au sujet de l’examen de la question catholique.

J’étais convaincu que la question catholique devait être réglée sans délai ; j’étais résolu à ne rien faire qui pût en entraver ou en retarder le règlement; j’étais plein d’attachement pour le duc de Wellington et d’admiration pour la droiture de ses intentions et de sa conduite comme premier ministre ; je portais le plus vif intérêt au succès d’une entreprise dans laquelle il s’était engagé par les motifs les plus purs et au nom d'un devoir public. Je me déterminai donc à ne pas insister sur ma sortie des affaires, et à offrir volontairement au duc ma coopération officielle, s’il la regardait comme indispensable. Par bonté et par égard pour moi , il s’était fait un scrupule de la réclamer.

Le 12 janvier 1829, j’adressai au duc la lettre suivante: — Je retrouve la note ci-dessous sur le revers de la copie que j’en conserve : o Quand j’écrivis cette lettre, l’archevêque de Cantorbéry, l’évêque de Londres et l’évêque de Durham venaient d’avoir une entrevue avec le duc de Wellington, au sujet des mesures proposées pour le règlement de la question catholique, et de lui déclarer qu’ils

croyaient de leur devoir de combattre fermement le plan proposé d’émancipation. »

M. Peel au duc de Wellington.

(Particulière et confidentielle.)

Whiteliall , t S janvier tSîît.

u Mon cher duc de Wellington,

« Malgré les entretiens journaliers et intimes que j’ai eus avec vous au sujet de l’état de l’Irlande et de la position du gouvernement dans la question catholique, j’ai cru qu’il était convenable de mettre sur le papier les vues générales que j’ai eu l’occasion d’exprimer sur des matières aussi importantes.

« J’ai encore le sentiment que la conclusion à laquelle j’arrive dans le mémoire ci-joint devrait être suivie de ma retraite.

« De toutes les démarches entre lesquelles je puis avoir à choisir, ma retraite est non-seulement la seule qui puisse me donner satisfaction, mais elle me paraît encorê la plus propre à faciliter le réglement de la question catholique par une administration à la tète de laquelle vous vous trouveriez; car je ne me retirerais que pour donner le plus chaleuieux appui à tout gouvernement dont vous seriez le chef, et pour faire une déclaration explicite des opinions que je mets par écrit.

« Si je devais sortir des affaires pour résister aces mesures, ou pour encourager la résistance d’autrui, je conçois que, dans l’état d’excitation où est le pays, ma retraite pourrait' produire de sérieux embarras; mais je n’ai pas besoin de vous assurer que ma conduite en dehors des a flaires serait tout l’opposé de cela. Je réitère donc la proposition que je vous ai faite, au mois d’août dernier, relativement à ma retraite.

« Vous tiendrez compte de ma situation particulière, situation dans laquelle nul autre que inoi ne se trouve. Si je res-

SUR L'ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES fl»M . 497

tais au pouvoir j’aurais peut-être, ou, pour mieux dire, j’aurais probablement à faire passer dans la chambre des Communes une mesure à laquelle j’ai toujours été opposé.

« Mettant de cflté toutes les considérations personnelles étrangères à la question, serais-je, dans mes rapports, soit avec ceux qui ont combattu, soit avec ceux qui ont approuvé cette mesure, dans une position qui permit de me confier avec avantage la défense d’un accommodement quelconque sur la question catholique?

<* Je me crois obligé de vous dire que, dans mon opinion, je ne serais point dans une belle position.

« Mais je ne veux carder aucune réserve avec vous ; je connais toutes les difficultés de votre situation ; je sais combien ces difficultés ont été récemment augmentées, tant parles communications qui ont eu lieu avec les évêques que par le rappel nécessaire de lord Anelesev.

« Vous rendrez justice aux motifs de la déclaration que je vais faire, et vous n’en profiterez qu’en cas d’absolue nécessité.

« Si après les communications que vous pourrez avoir avec le roi ou avec ceux qu’il vous semblera nécessaire de consulter, ma retraite vous paraissait un obstacle insurmontable à l’adoption de la conduite que je crois, à tout prendre, la moins sujette à objection, eu égard aux circonstances du temps, vous pourriez disposer de mes services en quelque qualité que ce ffit.

« Croyez-moi, etc.,

« Robert Peel. »

Celte lettre était accompagnée d’un mémoire que j’envoyai au duc de Wellington, dans le but de résumer officiellement et par écrit mes idées, et dans l’espoir de seconder le duc dans ses efforts pour amener le roi à autoriser ses serviteurs confidentiels à prendre en considération immédiatement, sans restriction ni exception, la situation générale de l’Irlande.

Mémoire de M. Peel.

12 janvier 1829.

« Je crois le moment venu où le gouvernement de Sa Majesté doit être constitue de façon à lui permettre de délibérer, sur l'état de l’Irlande et sur tout ce qui s’y rapporte, d’après les mêmes principes que sur toute autre question de politique nationale.

u Je crois que la question catholique romaine ne peut plus lester ce qu’on est convenu d’appeler une question ouverte, et que les serviteurs de Sa Majesté doivent adopter collectivement, à ce sujet, une politique arrêtée.

« Le pays ne peut rester ainsi livré à lui-même sur la question catholique romaine ; les ministres du roi ne peuvent garder plus longtemps la neutralité au milieu de semblables débats et s’abstenir d'exprimer une opinion commune sur un tel sujet, sans que l’honneur du gouvernement, l’exercice de son autorité en Irlande et les intérêts permanents de l’établissement protestant ne soient gravement compromis.

« L’expérience doit nous avoir convaincus qu’en Irlande, ni un gouvernement divisé, ni un gouvernement uni d’opinion, mais dirigé en Angleterre par un gouvernement divisé, ne peut faire exécuter les lois avec cette vigueur et cette autorité que réclame l’étal actuel des affaires d’Irlande.

a En ce qui touche aux débats du Parlement, je regarde la situation actuelle de l’administration comme n’étant pas tenable.

a A supposer qu’elle conserve l'attitude qu’elle a prise dans cette affaire, elle devra nécessairement choisir, au moment de la réunion du Parlement, entre l’une de ces deux conduites :

« Elle devra, ou rester dans l’inaction au sujet des affaires d’Irlande, ou proposer des mesures de répression, sans faire espérer aucune concession.

n Rester complètement inactif, ne rien proposer, n’expri-

Sl'R I/F.MANCIPATION DES CATHOLIQUES (1829). 4211 mer aucune opinion au sujet de l’Irlande, cela est entièrement impossible.

« L’autre conduite est-elle praticable? Peut-on imposer de nouveaux freins, exiger, au nom du gouvernement, une extension de pouvoir , en faisant l’aveu qu’on n’a rien autre en vue ?

« Je ne veux pas examiner si le gouvernement, constitué tel qu’il l’est aujourd’hui, consentirait à l’adoption de cette conduite, parce que je crois qu’il est presque hors de doute quelle serait suivie d’insuccès, et que le résultat de l’insuccès deviendrait funeste au delà de toute expression.

« Un seul fait suffit à prouver la probabilité de l’insuccès: dans la dernière session du Parlement , la chambre des (Communes a décidé, par une majorité de six voix, .que la question catholique devait être prise en considération, et qu’il était nécessaire qu’un accommodement intervînt.

« Kst-il probable que des mesures uniquement coercitives puissent traverser les diverses épreuves qu’elles ont à subir, en présence d’une majorité qui s’est déjà décidée en faveur d'une autre marche et d’un autre principe?

« Il est vrai qu’en 1 825 la chambre des Communes a voté le bill qui avait pour but la suppression de l’association catholique romaine ; mais dans le cours de la même session, ce bill fut suivi d’un autre bill, voté aussi par la chambre des Communes, qui levait toutes les incapacités politiques des catholiques romains.

« J’en reviens donc à ma première conclusion qui, je le crois, doit être celle de tout le monde : les choses ne peuvent rester comme elles sont ; la position du gouvernement, au sujet de la question catholique et de l’Irlande, doit être changée.

« Quelle marche suivra-t-on à la place de celle dont l’abandon est proposé?

« Je réponds, en premier lieu, que le gouvernement doit être constitué de façon à pouvoir exprimer une opinion collective quelconque sur les affaires d’Irlande et les questions qui s’y rattachent.

43U FKMiMKNTS DU MKMOIKK IIEISIK 1t. PEE LJ

a Je dis, de plus, que je ue toi» aucun avantage à la lorinalion d'un gouvernement qui ne s’appuierait, pour combattre les préleulious des catholiques, que sur des raisons de convenance et d’opportunité, ou qui accorderait aux catholiques rotuaius quelques privilèges additionnels, sans entrer dans l'examen des autres questuius qui se lient naturellement à la discussion de la question principale.

u Plus je réllechis sur ce sujet, plus je suis convaincu de ceci : le gouvernement, quel qu’il soit, doit choisir entre deux conduites: il doit, ou opposer une résistance absolue et unanime a la concession de nouveaux privilèges aux catholiques romains, ou prendre sans délai eu considération l étal général de l'Irlande et chercher à opérer un accommodement satisfaisant, embrassant tous les points qui sont 1 enfermés dans ce qu'on appelle la question catholique.

« Si Cou admet que telles soûl bien les alternatives, il reste à rechercher quelle est celle des deux dont l’adoption est la plus praticable et la plus opportune.

u l’eut-on adopter la première? l’eut-on former un gouvernement au nom du principe de la résistance absolue ? Peut-on 1e composer d'hommes ayant assez d’habileté et d’expérience de la vie publique pour remplir avec honneur les hautes charges de l’Ltal? l’eut-oii disposer, dans la chambre des Communes, d’une majorité sullisanle pour le reudre capable de maintenir le principe sur lequel il se sera fondé et d’expédier les affaires publiques?

a Personne ne peut mer, je crois, que, si un gouvernement semblable venait à se dissoudre brusquement, on à se montrer incapable d’expedier les allaites, par suite de sa faiblesse dans la chambre des Communes, sou insuccès aurait les conséquences les plus funestes, et grossirait les ditli — cultes que présente la question catholique. 11 rendrait inévitable le reglement de celle question dans le sens des concessions, et il diminuerait probablement les chances d un reglement heureux et satisfaisant.

« Personne ne peut donc honnêtement conseiller la lor-

SUR LÉ.M A.VCIPATION DES CATHOLIQUES (1829). 431 million d’un gouvernement exclusivement protestant, à moins de croire que ce gouvernement ne soit en état de se maintenir sur son terrain et de diriger avec honneur et succès l’administration générale du pays.

« L’état actuel de la chambre des Communes me parait, à lui seul, un obstacle insurmontable au succès d’une telle expérience.

« Il peut être fort utile de jeter un regard en arrière sur les délibérations de la chambre des Communes au sujet de la question catholique.

« Depuis 1X07 il y a eu cinq Parlements. Des élections générales ont eu lieu en effet en 1807, en 1812, en 1818, en 1820 et en 1826. Pendant la durée de chacun de ces Parlements, à une seule exception près, la chambre des Communes s’est prononcée en faveur de l’examen de la question catholique.

« C’est la chambre des Communes élue en 1818 qui a fait exception; mais la chambre n’a rejeté la prise en considération qu’à une majorité de deux voix, les votes s’étant ainsi répartis :

« 2*1.1 voix contre la prise en considération,

« 211 pour.

« Pendant la période à laquelle je fais allusion, il y a eu, sans aucun doute, diverses décisions contraires à un examen de la question; mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cours des quatre ou cinq derniers Parlements, la chambre s’est prononcée, d’une façon ou d’une autre, en faveur des tentatives faites pour régler cette question.

a La chambre des Communes élue en 1820 (qui â précédé immédiatement celle qui siège aujourd’hui) a envoyé deux fois à la chambre des Lords des bills qui levaient les incapacités politiques dont sont frappés les catholiques romains.

« La chambre des Communes actuelle s’est décidée eu 1827 contre la question par une majorité de quatre voix (270 contre 272) ; mais dans la dernière session du Parlement,

I3ï FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEL clic s’est décidée en faveur de la question par une majorité de 272 contre 260. Rien ne m’indique que des changements qui puissent moditier cette proportion se soient accomplis dans la chambic des Communes ; et je ne conçois pas comment un gouvernement, formé au nom d’un principe en opposition avec l’opinion de 272 membres de la chambre des Communes , pourrait administrer les affaires publiques avec vigueur et succès.

« On dira peut-être : « Prononcez la dissolution du Parlement; » mais une dissolution immédiate est impossible. I.es subsides de l’année ne sont pas encore votés; il serait inévitable de faire l'épreuve de ses forces, et une semblable épreuve déciderait sans doute du sort du gouvernement.

« Et, à supposer même qu’une dissolution pût avoir lieu, l’étal de la représentation de l’Irlande et l'effet d’une élection générale dans ce pays demanderaient une sérieuse attention.

« Dans le cours de la dernière session, 93 membres irlandais ont voté sur la question catholique :

« 61 membres se sont prononcés en faveur de la question,

« 32 contre.

« Sur les fi i membres pour les comtés irlandais, 61 ont voté :

« -43 pour,

a 16 contre.

« Nous pouvons regretter l’existence d’une semblable prépondérance dans la représentation irlandaise, mais dans le cas en question, quelpourraitêtre le remède? I.e corps électoral irlandais restant ce qu'il est aujourd’hui , quel effet produiraient, sur la représentation irlandaise, la formation d’un gouvernement exclusivement protestant et la dissolution du parlement?

« J’admets que le corps électoral resterait ce qu’il est aujourd’hui : car je ne crois pas qu’il fût possible de modifier, avant la dissolution du parlement, le système électoral de

l'Irlande, dans le cas supposé où Ton se déciderait à la formation d’un gouvernement exclusivement protestant.

u L’effet de cette formation serait, j’en ai bien peur, celui-ci : l’agitation des esprits ferait des progrès en Irlande; l’influence des prêtres sur les francs tenanciers à quarante shellings serait accrue ; les membres qui représentent la cause protestante et les avocats modérés et raisonnables des catholiques romains seraient de plus en plus exclus; les élections se feraient au profit de personnes qui n'auraient aucun lien avec l’aristocratie ou les grands propriétaires, qui ne les représenteraient pas, et qui seraient choisies uniquement à cause de leur dévouement exagéré aux intérêts catholiques romains.

« Je ne puis exprimer trop fermement l’avis que, quand même une dissolution devrait fortifier notablement le gouvernement protestant , par suite des élections de la Grande- Bretagne, cette circonstance ne serait qu’une compensation insuffisante du mal que causerait une représentation irlandaise composée comme je l’ai supposé. Vous pourriez bien, dans certaines occasions importantes, écraser cette représentation par une majorité dans le Parlement ; mais, sachcz-lc bien, un mal intolérable subsisterait.

a Le gouvernement local de l’Irlande serait affaibli d'une façon très-sensible par l’opposition qu’il rencontrerait constamment de la part d'une immense majorité du corps électoral et du corps représentatif de ce pays.

a Les délibérations du Parlement seraient sans cesse troublées par l’entrée dans la chambre des Communes de cinquante ou soixante membres dont la seule chance pour conserver leur influence serait de venir assidûment à la chambre et d'entraver l’expédition des affaires publiques par une opposition violente et vexatoire.

« La rupture de tout lien entre le corps électoral de l’Irlande et l’aristocratie naturelle du pays serait, à elle seule, un mal grand et peut-être irréparable.

a Pour toutes ces raisons, et croyant fermement que la

tentative de former un gouvernement exclusivement protestant, au nom d’un principe qui nécessiterait la dissolution du gouvernement actuel, serait en déünitive nuisible, surtout à la cause protestante, je ne puis conseiller de faire une semblable tentative.

a le suis donc amené par le cours naturel de mon raisonnement aux conclusions suivantes :

u Le moment est venu où la question catholique ne peut plus rester une question ouverte.

« l,e gouvernement de ce pays, dans quelques mains qu’il se trouve placé, doit adopter une politique arrêtée sur cette question et sur les affaires d’Irlande en général.

a Le gouvernement («ut choisir entre deux conduites : ou la résistance absolue à toute concession , résistance basée sur des raisons permanentes, ou l’examen approfondi de l’état général de l’Irlande, y compris toutes les questions qui s’v rattachent.

o J’ai dit la raison pour laquelle je regarde le premier de ces plans de conduite comme impraticable.

« Je n’hésite donc point à exprimer mon avis en faveur du second, qui me semble, eu égard aux circonstances du temps, présenter le moins de difficulté et de danger.

« J'ai insisté surtout, jusqu’ici, dans ce mémoire, sur l’état de la chambre des Communes au sujet de la question catholique, et sur les difficultés qu’il présente au gouvernement.

a Je ne nie point d’ailleurs que d’autres considérations m’amènent encore à penser qu’il faut tenter de régler cette question.

« Je n’ai pas la prétention de jeter des lumières nouvelles sur cette matière, et je pèse à leur juste valeur les arguments puissants par lesquels on combat toute concession. Mais les inconvénients pratiques de la situation actuelle sont trèsgrands, et je crains qu’ils n’augmentent de jour en jour, de favonù nuire à la cause que je veux soutenir.

« Premièrement. — La division prolongée des deux

brandies de la législature sur une grande question constitutionnelle est un grand mal.

a Secondement. — Le pouvoir des catholiques romains s’est accru d’une façon exagérée par les décisions répétées de la chambre des Communes en leur faveur. Sur beaucoup de points qui touchent à la religion catholique romaine et à la conduite des catholiques romains en Irlande, l'opinion protestante resterait unie sans les débats qui s’élèvent sur les incapacités politiques.

a Troisièmement. — Dans le cours de l’automne dernier, sur 30,000 hommes environ d’infanterie régulière employés dans le Royaume-Uni, il a fallu, pour maintenir la tranquillité en Irlande, en l'assembler 25,000, soit en Irlande, soit sur les côtes d’Angleterre, et le pays était en paix avec le monde entier.

u Quatrièmement. — Bien que le résultat d’un soulèvement ne m’inspire aucune inquiétude, bien que je sois convaincu qu’on pourrait le comprimer immédiatement, je crois cependant que, dans l’état de division où se trouvent le gouvernement et les deux chambres du Parlement sur la question catholique, la nécessité de se tenir sans cesse préparé pour le combat est un mal plus grand encore que ne le serait le combat môme.

« Cinquièmement. — L’état d’excitation politique dans lequel se trouve l’Irlande rendra bientôt l’administration de la justice impossible, dans tous les cas où des questions politiques ou religieuses seront enjeu. Le jury cessera d’ôtreune garantie de justice et de sécurité, surtout dans les cas où le gouvernement sera partie.

a Ce sont là des maux pratiques et croissants auxquels je ne vois point de remède, si l’éiat actuel des choses se prolonge , et la pression est si grande aujourd’hui qu’elle juslitie pleinement, selon moi , le recours à d’autres mesures.

« L’avis que je donne à Sa Majesté est donc celui-ci : ne point céder avec précipitation ou imprudence aux prétentions des catholiques romains , mais commencer par écarter les

4.16 FRAGMENTS 1)1' MÉMOIRE DE SIR R. PEEI. obstacles qui s’opposent à la prise en considération de la question catholique par le cabinet; autoriser les serviteurs confidentiels du roi à l’examiner sous toutes ses faces, d’après les mômes principes que toute autre grande question politique, dans l’espoir qu’un plan d’accommodement pourra être proposé, sous la responsabilité et avec l’autorité d’un gouvernement pouvant compter sur l’appui d’une grande partie du Parlement, et jeter dans la balance le poids de l’opinion protestante, en lui inspirant la conviction que l’accommodement proposé est équitable en ce qui concerne les catholiques romains, sans être dangereux pour l’établissement protestant.

a Robert Peel. »

La pièce ci-dessus fut communiquée au roi par le duc de Wellington. Le 17 janvier, le duc de Wellington vint me voir à Whitehall-Gardens, et me remit la lettre suivante :

Le duc de Wellington ù M. Peel.

Londres, 17 janvier 1829.

« Mon cher Peel,

« Je partage complètement les opinions et les sentiments contenus dans la pièce sur l’état de l’Irlande que, d’après votre désir, j’ai communiquée au roi ; et je crois, comme vous, que la seule chance que nous ayons de surmonter les diflicullés dans lesquelles le pays se trouve placé, c’est d’examiner en cabinet la situation générale de l’Irlande, et de proposer au Parlement les mesures qui pourront être le résultat de cet examen.

a Vous avez été instruit de ce qui s’est passé à ce sujet entre le roi et moi, et entre un certain nombre d’évèques et moi, et vous devez reconnaître les difficultés dont nous serons entourés en entrant dans celte voie.

« Je vous déclare franchement que je ne vois pas la moindre chance de surmonter ces difficultés si vous ne restez pas en place. Quand même je pourrais obtenir du roi son consentement à entrer dans la voie qui semblera probablement la plus sage (et il est presque certain que je ne l'obtiendrais pas si je perdais votre concours officiel), les difficultés dans le Parlement seraient décuplées par suite de votre séparation, et l’efficacité des moyens propres à les surmonter serait diminuée en proportion.

« Je vous supplie donc d’examiner de nouveau celte affaire, et de nous donner, à nous et au pays, l’appui de vos conseils dans cette crise si importante et si difficile.

« Croyez-moi , etc.,

« Wellington. »

Je retrouve sur cette lettre une note écrite à la même époque, et que je transcris ici :

« Le duc de Wellington m’apporta cette lettre le 47 janvier ; je la lus en sa présence, et je lui déclarai immédiatement que je n’insistais plus sur mon désir de me retirer des affaires, et que je resterais en foncti on, afin de proposer (avec le consentement du roi) les mesures projetées par le gouvernement pour le règlement de la question catholique.

Immédiatement après avoir pris cette décision, je me rendis à une réunion du cabinet, et j’annonçai ma détermination à mes collègues.

Je reçus les lettres suivantes de lord Ellenborough et de lord Bathurst,qui avaient jusque-là différé sur la question catholique.

Lord Kllenborough à M. Perl.

' Particulier.-.;

Connaughl Place, <9 janvier <859.

« Mon cher M. Peel,

« Je ne puis résister au désir de vous dire corallien j’admire votre conduite d’aujourd'hui. Autant qu’il m’est permis d’en juger, vous avez adopté une ligne de conduite inspirée par une sagesse vraiment digne d’un homme d'État; mais ce dont je suis bien certain, c’est que vous avez agi noblement envers le gouvernement, et qu’aucun de ses membres ne pourra jamais l’oublier

« Croyez-moi, etc.,

« Ellenboroügh. »

Après quelques observations sur l’état des franchises électorales en Irlande, lord Bathurst termine ainsi sa lettre :

Lord Bathurst à M. Peel.

Elirait.!

50 jmvier 1859.

« Pardonnez-moi de ne pouvoir terminer cette lettre sans vous dire sincèrement ce que je pense de la conduite que vous avez suivie dans une affaire pour vous si pénible.

« Jamais les principes d’un honnête homme ne sont mis à une plus rude épreuve que lorsqu’il peut à la fois se mettre à l’aise et susciter en sa faveur les acclamations populaires, en quittant le champ de bataille, au lieu d’y rester fermement jusqu’à l’accomplissement consciencieux de ses devoirs.

a Bien à vous ,

a Bathurst. »

A la pièce renfermée dans ma lettre au duc de Wellington, du 12 janvier, et ci-dessus insérée, se trouvait jointe une note rédigée à la même époque, et que je transcris ici :

frôle sur le Mémoire de M. Perl

du 12 janvier 1829.

u La pièce dont ceci est une copie fut communiquée au roi par le duc de Wellington. Le lendemain, ceux des ministres de S. M, qui avaient toujours voté contre les prétentions catholiques eurent chacun une entrevue séparée avec S. M., et exprimèrent des opinions conformes en général à celles qui sont exprimées dans cette pièce,

« Les ministres étaient :

I je duc de Wellington. M. (kmlburn.

Le chancelier. M. Herries.

Lord Bathurst. M. Peel.

u Après cette entrevue, le roi déclara qu'il consentait à ce que le cabinet prit en considération, dans son ensemble, la situation de l’Irlande, et à ce qu’il communiquât scs vues à S. M. Par ce consentement, S. M. ne s’engageait point à adopter les vues de son gouvernement, quand même le cabinet tout entier tomberait d’accord sur la conduite à suivre.

« Robert ,Pkel. b

« Je crains, d’après le billet suivant de lord Bathurst, que S. M. ne se soit pas laissé convaincre par les raisons que j’avais soumises à son examen.

Lord halhursl à M. Peel.

Council office, t7 janvier 1829.

« Mon cher Peel,

« Je vous remercie d’avoir eu la honte de m’envoyer la pièce que vous avez envoyée au roi et dont S. M. nia parlé.

a Le roi semble admettre que c’est un bon exposé de la question, je dirais un exposé concluant, si mon gracieux maître n’avait affirmé le contraire.

« Bien à vous ,

a Bathuhst. »

Nous reçûmes de S. M. l’autorisation nécessaire pour que le cabinet pût prendre en considération l’état de l’Ir- 1 ande dans son ensemble, et présenter à S. M. un avis à ce sujet. Aucun membre du cabinet ne s’opposa au changement du principe qui avait servi de base à la formation de l’administration, savoir le principe que la question catholique était une question libre.

Nous étions arrivés au 17 janvier. Le Parlement fut convoqué pour le 6 février. Il était absolument nécessaire que le discours du trône contint une indication générale des intentions du roi et de son gouvernement à l’égard de l’Irlande et des questions irlandaises. Il fallait consacrer le peu de temps qui nous restait aux objets importants que nous avions à atteindre sans délai : la préparation des diverses mesures pour la suppression de l’association catholique romaine, le rappel des lois sur les incapacités, le règlement des franchises électorales.

L’opinion collective du gouvernement sur les détails de ces mesures restait encore à prendre, et le roi avait encore à signifier son consentement à la proposition de ces mesures en Parlement, avec sanction de la couronne. Il avait été bien entendu que le consentement donné jusque-là n’avait eu d’autre but que d’autoriser le cabinet à soumettre au roi son avis sur les questions relatives à l’Irlande, S. M. ne s’était engagée en rien à l’adoption de cet avis.

Comme le devoir de soumettre à la chambre des Coiu-

inuues, en qualité d’organe du gouvernement, les diverses mesures proposées, et de diriger la discussion à ce sujet dans cette chambre du Parlement, devait retomber sur moi , de l’aveu et sur le désir du duc de Wellington, je les avais soumises à l’attention du cabinet, dans un mémoire qui traitait séparément chaque point. V ,

Voici le mémoire dans lequel se trouvaient traités le sujet d’une façon générale, et en particulier la question du rappel des incapacités politiques.

Mémoire de M. Peel.

17 janvier 1829.

« Les trois points principaux que le cabinet aura à examiner, à propos de ce que l’on est convenu d’appeler la question catholique, sont les suivants :

« 4° La mesure dans laquelle on supprimera les incapacités politiques et la manière de les supprimer ;

« 2° Le règlement des franchises électorales et les restrictions à y apporter ;

« 3° Les rapports futurs de la- religion catholique romaine avec l’État.

« Je comprends dans ce dernier chapitre toutes les questions relatives aux rapports avec le siège de Rome, à l’exercice de l’autorité ecclésiastique, à la collation des charges spirituelles, soit de prélature, soit de simple prêtrise, et au contrôle à exercer sur cette collation.

« Ce mémoire a bien plutôt pour objet de donner matière aux réflexions attentives du cabinet que d’exposer une opinion arrêtée sur des mesures de détail. Il pourra m’arriver d’exprimer un avis ; mais je me réserve toujours le droit de l’examiner de nouveau.

« Dans cette partie du mémoire, je me borne à m’occuper de la première des trois questions : la mesure dans laquelle

ou supprimera les incapacités politiques et les meilleurs moyens d’accomplir cette suppression.

u 11 est notoire que la condition des catholiques en Angleterre diffère beaucoup, en ce qui touche aux privilèges politiques, de la condition des catholiques romains irlandais ; mais je regarde comme incontestable que toute concession faite aux Irlandais doit être étendue aux Anglais, et qu’ils doivent être placés sur un pied d’égalité.

« Le principe de la loi sur les catholiques romains d’Écosse diffère du principe appliqué aux catholiques romains d'Angleterre et d'Irlande.

« I^es derniers sont privés de la capacité politique à raison de leur refus de prêter certains serments, et seulement à raison de ce refus. En Écosse, c’est en vertu d’une exclusion directe que certains privilèges ne peuvent être exercés par les catholiques romains. Ils sont privés de la capacité politique comme catholiques, non par voie de conséquence et pour avoir refusé de prêter certains serments.

« Quant au droit de siéger dans le Parlement, l’exclusion des catholiques romains écossais est directe et positive; elle fait partie de l’acte d'union entre l’Angleterre et l’Écosse.

a Mais il est peut-être convenable de réserver à cette partie de la question un examen séparé. Selon moi, il n’y a pas de distinction à établir au sujet des catholiques romains écossais. L’acte d’union avec l’Écosse ne doit opposer aucune barrière à leur participation aux privilèges, quels qu’ils soient, qui pourraient être accordés aux catholiques romains des autres parties de l’empire.

a Quant à la mesure dans laquelle on doit supprimer les incapacités politiques, mon impression est qu’il n'y a point de milieu entra le règlement établi par l’acte irlandais de 1793 et le rappel général des incapacités politiques. Je n’entends pas soutenir qu’on ne doive faire exception pour aucune ciiarge, ni qu’aucune restriction ne doive être apportée à l'exercice de certaines fonctions dépendant de certaines

charges ; mais je crois que le grand principe auquel il faut s’attacher, c’est celui de l’égalité des privilèges politiques; cela doit être la règle, et les exceptions doivent se fonder suides raisons spéciales.

a Le rappel des incapacités conférera des pouvoirs ou du moins la faculté d’exercer des pouvoirs dérivant de deux sources diverses et peut-être opposées, la couronne d’une part, te corps électoral de l’autre.

« I,es fonctions au service de la couronne doivent dépendre principalement de la couronne ; mais les fonctions électives et le droit de siéger dans le Parlement dépendent, non de la volonté de la couronne, mais de la volonté d’une partie du peuple.

a Exclure les catholiques des fonctions électives ou du Parlement, ce serait, au moins en ce qui touche l’Irlande, laisser incomplet le règlement de la question.

s Si vous supprimez ces exclusions, si vous rendez ainsi accessible à tous ce genre de pouvoir que confère le peuple, ou toute autre autorité indépendante de la couronne, sera-t-il opportun de limiter les prérogatives de la couronne en restreignant la capacité des catholiques romains, alors qu’il s’agira du genre de faveurs, de distinctions ou de pouvoirs que la couronne peut conférer ?

« Ne serait-il pas dangereux pour l’État que la couronne ne pût ni employer ceux auxquels la faveur populaire aurait conféré une autorité réelle, ni exercer de l’influence sur eux? Ne serait-ce pas intervertir l’ordre constitutionnnel que de faire du peuple la source de l’honneur et du pouvoir, et de la couronne l’obstacle à y parvenir?

« Il peut cependant être convenable de faire à la règle de la complète admissibilité aux fonctions publiques les exceptions contenues dans les bills présentés par M. Grattan, M. Plunkett et sir Francis Burdett.

« Les fonctions exceptées étaient celles-ci :

« Toutes les fonctions dans l’Église établie;

a Les fonctions dans les cours ecclésiastiques de justice:

« IjCs fonctions dans les universités ou les écoles dont la fondation a un caractère ecclésiastique ;

« I^es fonctions de lord chancelier d’Angleterre et d’Irlande, et de lord-lieutenant d’Irlande.

« Les catholiques romains devaient en outre rester privés du droit de présentation aux bénéfices; et si un catholique romain venait à être revêtu d’une charge conférant le droit de présentation à des bénéfices ecclésiastiques, le roi devait pouvoir désigner un commissaire protestant chargé d’exercer temporairement le droit de présentation.

o Sauf les exceptions ci-dcssus indiquées, ou d’autres basées sur le même principe, la suppression des incapacités politiques doit être, selon moi, générale et complète.

« Seconde partie. — De la façon de relever les catholiques romains des incapacités dont ils sont aujourd’hui frappés.

« L’obstacle qui s’oppose à l’admission des catholiques romains d’Angleterre et d’Irlande dans le Parlement, et à leur nomination à certaines hautes charges politiques, c’est le serment de suprématie et la déclaration contre la doctrine de la transsubstantiation.

a La déclaration contre la doctrine de la transsubstantiation doit, je crois, être supprimée d’une façon absolue, sauf pour le roi ou la reine, qui devront continuer à la prononcer avant leur couronnement.

a Sous tous les rapports, il est infiniment préférable de décréter nettement que certaines charges ne peuvent être remplies par des catholiques romains , que de conserver la déclaration contre la transsubstantiation, dans le but de les en exclure.

« Le second obstacle, c’est, avons-nous dit, le serment de suprématie. Je voudrais qu'on pi’it conserver ce serment avec sa forme actuelle, et qu’on piit amener les catholiques romains à le prêter avec le sens qu’on s’est proposé, je crois, de lui donner à l’origine.

« Le bill présenté par M. Plunkell, en 1821, proposait de maintenir sans la moindre altération le serinent actuel de

suprématie , et de contraindre le catholique romain à le prêter, comme une condition de son entrée en fonctions. I>e bill contenait une interprétation législative du serment, en vertu de laquelle ceux qui le prêteraient seraient censés ne s’engager à rien d’autre que ceci : « Ne reconnaître à aucun prince étranger, quel qu’il fût, la moindre juridiction temporelle ou spirituelle qui pût entrer en conflit avec leur allégeance et leurs devoirs de fidèles sujets. »

a Mais le bill fut plus tard modifié sous ce rapport , et l’on proposa pour les catholiques romains un serment différent du serment actuel de suprématie.

« L'interprétation législative fut abandonnée, et le catholique romain fut appelé à prêter un serment par lequel il déniait en propres termes à tout prince étranger toute supériorité ecclésiastique ou spirituelle qui pût entrer en conflit avec l’allégeance due au roi.

a J’ai déjà fait remarquer que je désirais qu’il fût possible de conserver le sermentactuel, et de le faire prêter aussi bien aux catholiques qu’aux protestants; mais, en même temps, je crois qu’une modification du serment serait préférable à une interprétation législative.

a Je doute qu’on puisse trouver un expédient donnant moins matière à objection que celui que je vais suggérer : a Supprimez la déclaration contre la transsubstantiation et contre le culte de la vierge Marie.

« Laissez subsister le serment de suprématie qui est d’une grande antiquité, et faites-le prêter, dans sa forme actuelle, à tous les protestants et aux catholiques romains qui y consentiront.

« Conservez le serment d’allégeance, et (au moins pour le moment) le serment d’abjuration ; et faites-les prêter par les catholiques et par les protestants.

a 11 reste à rechercher quel serment d’allégeance politique sera administré aux catholiques romains.

« Je soumets à l’attention du cabinet une formule doDt le caractère est purement politique, mais qui obligera les en-

tholiques romains à abjurer loua principes ou opinions dangereux pour l’État. »

Noie sur le Mémoire ci-dessus.

« La formule de serment dont je proposai l’adoption avait été composée d’apres les serments piétés par les catholiques romains, en vertu des actes de 1781, 1782, 1791 et 1793. Elle se retrouve dans le bill d’émancipation des catholiques romains.

« La dernière feuille de ce mémoire fut emportée par le solliciteur général, dans l’intention de copier la formule de serment qui s'y trouvait. Cette feuille ne m’a point été rendue; mais elle ne renfermait que la formule du serment pour les' catholiques romains, telle qu’elle est contenue dans le bill d’émancipation.

« 34 mars 4829. »

Note sur le Mémoire ci-dessus.

a Je portai ce mémoire à la chambre du conseil, au commencement des discussions dans le sein du cabinet sur la question catholique romaine , et je le lus au cabinet comme l’expression de mon avis sur le principe général des mesures qu’il faudrait adopter pour le règlement de la question catholique. — II. P. »

J’engageai le cabinet à ne point s’exposer à faire échouer les deux grandes mesures (la suppression des incapacités poli tiques et le règlement des droits électoraux), en tentant trop de choses à la fois, et en adjoignant à ces deux bills les mesures ayant pour but de définir les rapports de l’Église catholique romaine et de l’État, et de pourvoir à l’entretien des ministres de cette religion.

Ce n’est pas que je n’eusse le sentiment de la grande importance de ces dernières mesures. En principe, je n’avais aucune objection à y faire; mais il y avait, selon moi. grand danger de faire tout manquer si à une opposition plutôt politique que religieuse, telle que celle dont nous étions menacés, venait s’ajouter une opposition purement religieuse au sujet de la dotation de la foi catholique romaine.

Tout ajournement de la solution au delà du terme imposé par les besoins d’une discussion loyale et complète était grandement à craindre et à éviter, et les demandes d’ajournement seraient devenues irrésistibles si nous avions présenté simultanément à l’examen du Parlement des mesures aussi importantes et aussi connexes que la suppression de l’association, le rappel des incapacités politiques, le règlement de la franchise électorale, les mesures ayant pour but de doter le clergé catholique, de pourvoir à cette dotation, et de définir les conditions auxquelles elle serait accordée.

Même parmi ceux qui étaient d’accord sur le but principal que nous avions à poursuivre (l’établissement de l égalité politique entre les protestants et les catholiques romains), une grande diversité d’opinion s’élevait au sujet de la marche à suivre pour atteindre ce but, et de l’avantage que pouvait offrir soit la réunion, soit la disjonction de la question principale et des questions subsidiaires.

Les uns regardaient la suppression préalable de l'association catholique comme un vain étalage de vigueur; d’autres nous blâmaient d’avoir enlevé des positions de confiance aux agitateurs irlandais, de les avoir poursuivis, d’avoir évité tout concert amical et tout rapport avec le parti catholique romain, et d’avoir refusé à M. O'Conneli le bénéfice de sa récente élection dans le comté de Clare.

D'autres pensaient que l'établissement des rapports avec l'Église de Rome, ou du moins la dotation des ministres de cette Église, aurait dû être présentée par nous, sinon

comme une condition, du moins comme un corollaire

naturel de l’émancipation, corollaire auquel le gouvernement attachait une importance égale à celle de la question principale. Il serait inutile aujourd’hui de discuter la valeur de ces objections diverses adressées à la conduite que nous suivîmes.

Je revendique ma pleine part de responsabilité dans toute erreur de ce genre, soit d'omission, soit de commission. Mais avant de prononcer un jugement trop sévère sur de telles erreurs, il faut peser les grandes difficultés avec lesquelles nous avions à lutter pour atteindre le but principal. Nous allions nous exposer à perdre la confiance et à essuyer l'hostilité d’une portion notable de notre propre parti.

Nous n’avions aucun droit à la confiance ou au bon vouloir du parti catholique romain. Dans la dernière discussion, la chambre des Communes n'avait adhéré au principe de la concession qu’à la faible majorité de 27fi contre 272. Ce principe avait été rejeté par la chambre des Lords à une majorité de \K voix. Le roi, l'Église, probablement même la majorité du peuple de la Grande- Bretagne, étaient hostiles à une concession. Ce ne fut pas, comme on nous en a accusés, par un motif de basse jalousie ou de rancune personnelle que nous primes le parti de refuser à M. 0’ Connell le droit de siéger pour le comté de Clare, en vertu d'une élection antérieure au vote du bill d'émancipation. Ce ne fut pas pour n’avoir pas compris l’importance qu’il y avait à établir quelque rapport et quelque lien entre le clergé catholique romain et l'État que nous en vînmes à la résolution d'écarter de notre plan

sur l’émancipation des catholiques (i829). m

toute mesure ayant pour but de pourvoir à son entretien. Le refus dans le premier cas, l’omission dans le second furent des actes calculés, accomplis avec l’opinion sincère qu’à des degrés divers et pour diverses raisons, ces deux refus étaient nécessaires au succès final de l'entreprise.

Je reviens au récit des événements, dans l’ordre où ils s’accomplirent.

Le projet de discours du trône fut rédigé, puis soumis au roi, comme cela devait être. Dans la portion du discours qui avait rapport à l’Irlande et à la question catholique, le roi s’exprimait ainsi :

Discours du trône, 1829.

(Extrait.)

« L’état de l’Irlande a été l’objet constant de la sollicitude de S. M.

« S. M. déplore l’existence, dans cette partie du Royaume- Uni, d’une association dangereuse pour le bien public, incompatible avec l’esprit de la constitution, qui entretient la discorde et le mauvais vouloir parmi les sujets de S. M., et qui, si on la laissait subsister, finirait par opposer un obstacle insurmontable à tous les efforts pour améliorer d’une façon permanente la condition de l’Irlande.

« S. M. se repose avec confiance sur la sagesse et l’appui de son Parlement, et S. M. se sent assurée que vous lui confierez les pouvoirs nécessaires au maintien de la juste autorité de S. M.

« S. M. vous recommande, lorsque ce but essentiel sera atteint, de prendre attentivement en considération l’état de l’Irlande dans son ensemble, et de réviser les lois qui imposent des incapacités politiques aux sujets catholiques romains de S. M.

« Vous examinerez si la suppression de ces incapacités est

compatible avec la sécurité entière et permanente de nos

établissements dans l'Église et dans l'État, avec le maintien de la religion réformée établie par la loi, et avec les privilèges des évêques et du clergé de ce royaume et des églises confiées à leurs soins.

« 11 est des institutions qui doivent toujours être regardées comme sacrées dans ce royaume protestant. C’est le devoir et la ferme intention de S. M. de les défendre de toute violation.

« S. M. vous recommande instamment d’entrer dans l’examen de cet important sujet, qui intéresse les sentiments les plus chers de son peuple ainsi que la tranquillité et la concorde du Royaume-Uni, avec le calme et la modération qui peuvent seuls assurer l’heureux succès de vos délibérations. »

Le roi ne donna qu’avec répugnance son assentiment à cette communication de la couronne au Parlement. Bien qu’elle fût rédigée dans le style des discours du tréne, avec toute la réserve et la prudence requises, personne ne put se méprendre sur la portée des expressions. On en tira avec raison l’induction que le gouvernement voulait faire un effort décisif pour régler la question catholique.

Sur la démission et f échec de sir Robert Peel comme représentant de l’université d'Oxford, dans la chambre des Communes.

(Pages 3t 0-311.)

Quand je pris la résolution de conseiller et d’appuyer de toutes mes forces le règlement de cette question, je pris

Sl'K L'ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES (18m «gjl en même temps lu résolution de renoncer, non-seulement à ma position oflicielle, mais aussi à mon siège dans le Parlement, comme représentant de l’université d’Oxford.

Je pensais que prouver d’une façon aussi positive qu'en changeant de conduite je n’avais pu avoir en vue aucun but personnel ou politique, ce serait augmenter mon influence et mon autorité, au moins dans la question particulière qu’il s’agissait de régler.

J’ai expliqué les raisons pour lesquelles je consentis à renoncer à mon intention, au sujet de ma sortie des affaires. Ces raisons n’étaient point applicables lorsqu’il s'agissait de mon siège dans le Parlement, comme représentant de l’Université d’Oxford, et je me déterminai à le déclarer vacant, dès que je serais libre d’annoncer publiquement ma décision à l’égard de 1a question catholique. 11 y avait des indices non douteux que, même avant les événements de l’automne 1 S28, l’opposition à lu politique de concession tendait, dans l'Université, à devenir de moins eu moins décidée. Dans la lettre ci-jointe, écrite en mars 1828, l’évêque d'Oxford parle de la résistance opposée par un nombre croissant de membres de l’Université à la pétition contre les concessions.

L'évêque d'Oxford à M. Peel.

Chrisl-Church, 13 mars 4828.

« Mon cher Peel,

« Les symptômes du temps deviennent de plus en plus manifestes. Aujourd'hui l’opposition éprouvée par la pétition sur les catholiques romains a été beaucoup plus forte que tout ce que nous avions vu jusqu’ici. Nous l’avons emporté cependant, 63 protestants contre 32 catholiques; mais ce qui rend le progrès de nos adversaires remarquable, c’est bien plus

encore leur qualité que leur nombre. L/opposition ne s’était recrutée jusqu’ici que parmi les maîtres ès arts. Aujourd’hui plusieurs des docteurs et des chefs de collèges se sont joints à nos adversaires. »

Je ne pouvais cependant douter que le sentiment du corps académique, dans son ensemble, ne fût hostile à toute concession. Je ne nie point qu’en renonçant à mon siège, j’agissais plutôt sous l’impression de sentiments privés que par suite d’un examen impartial des rapports constitutionnels entre un représentant et ses commettants. Je ne veux pas défendre la résolution que je pris alors en invoquant le caractère particulier du corps académique ou la nature spéciale du mandat confié à ses représentants, et j’ai encore bien moins la prétention de soutenir que mon exemple doive servir de règle à ceux qui pourront se trouver comme moi placés dans la pénible alternative ou d’étouffer la voix de leur propre conscience, ou d'agir en opposition avec les opiniohs et de tromper l’espérance de leurs commettants. Je me borne à dire que ma position était fort délicate, que j’avais de pénibles et nombreux sacrifices à faire, et qu’ils auraient été rendus encore bien plus lourds si l’on avait pu dire de moi avec vérité que j’exerçais une autorité empruntée à la confiance de l’Université, au profit de mesures qui, dans son opinion bien arrêtée, devaient être préjudiciables à ses propres intérêts et à ceux de l’Église.

Sous l’empire de ces sentiments, la veille de la réunion du Parlement, j’adressai la lettre suivante au vice-chancelier d’Oxford. .

M. Pecl au vice -chancelier d’Oxford.

Whitehall, i février 1829.

« Mon cher Monsieur,

« Je saisis la première occasion dont je puisse proliter pour vous adresserune communication qui m’est extrêmement pénible.

« J’ai cru qu’en ma qualité de conseiller responsaiile du roi, il était de mon devoir d’exprimer humblement à S. M., de concert avec tous mes collègues, l’avis que le temps est venu pour les serviteurs de S. M. d’adopter collectivement une politique arrêtée à l’égard de l’état de l’Irlande et des divers sujets concernant la tranquillité de ce pays, et qui sont renfermés dans ce qu’on appelle la question catholique.

« Après avoir bien pesé la situation actuelle des affaires et les perspectives de l’avenir, l’expression répétée de l’opinion de la majorité de la chambre des Communes, les difficultés qui, dans l’état actuel de l’Irlande, doivent naître d’une division prolongée dans les conseils du roi et d’un désacord entre les deux chambres du Parlement, il a paru au gouvernement de S. M. que, dans les circonstances actuelles, il y avait moins d’inconvénient et de danger à tenter le règlement de la question catholique qu’à adopter toute autre ligne de conduite.

« En présentant mon avis à S. M,, comme l’un de scs serviteurs confidentiels et responsables, j’ai dû écarter toute considération étrangère aux intérêts et aux besoins du pays.

« Mais, immédiatement après avoir rempli ce devoir envers S. M., j ’ai commencé à réfléchir sur la situation dans laquelle je me trouve à l’égard de l’université d’Oxford.

« Je ne puis douter que la résistance que j’ai opposée jusqu’ici aux prétentions des catholiques n’ait été un de mes

principaux litres à la conlianrc cl b l'appui d’un grand nombre de mes commettants; et, bien que je ne renonce aujourd’hui à une résistance prolongée que par la conviction qu’elle serait non-seulement inutile mais préjudiciable aux intérêts que j’ai mission de défendre, je me regarde cependant comme obligé à déposer immédiatement, entre les mains de l’université, le mandat qu’elle m’a confié.

a Je prends la liberté de vous demander de vouloir bien communiquer cette lettre à ceux des principaux membres de l’université avec lesquels il vous paraîtra convenable de vous concerter, et je vous prie de délibérer avec eux sur l’époque à laquelle il peut convenir à l’université que mon siège dans le Parlement devienne vacant.

« Je me réglerai sur les suggestions que vous me ferez l’honneur de m’adresser à ce sujet, pour obtenir de la couronne ma nomination à quelque emploi nominal qui rende mon siège vacant.

« Par ce pénible sacrifice, par l’abandon d’une distinction que j’ai toujours estimée plus haut que tout autre objet d’ambition, je donnerai au moins la preuve positive que je n’ai adopté qu’après mûre délibération la conduite que je veux suivre, et que je ne me suis laissé influencer dans toute cette affaire que par le sentiment impérieux d’un devoir public.

a Mes rapports actuels avec l’université vont doue cesser; mais croyez bien que, jusqu’à ma dernière heure, je me souviendrai de la confiance dont vous m’avez honoré, de la bonté et de l'indulgence avec lesquelles vous m’avez toujours traité, et que, malgré la dissolution du lien qui m’attachait plus particulièrement au service de l’université et de l’Églisu d’Angleterre, je me proposerai toujours pour but de défendre avec zèle leurs privilèges et leurs intérêts.

« J’ai l’honneur d’être, mon cher Monsieur, avec les plus grands sentiments d’estime et de respect, votre très-fidèle serviteur,

a Hobkrt Perl. »

Diaitized

SUR L'EMANCIPATION DES CATHOLIQUES tJIHS9). 455

Je transmis une copie de cette lettre au chancelier de l’université (lord Grenvillet et au doyen de Christ-Church, le chef du collège dont j’étais membre.

Je donnerai ici la correspondance et les communications successives qui furent échangées à ce sujet. Elles expliquent complètement les circonstances qui m’amenèrent, après avoir renoncé à mon siège, à être présenté comme candidat pour l’université. En ajoutant ces documents personnels à tant d’autres documents qui sont d’un grand intérêt public, je ne crois point devoir m’en excuser. Je n’écris pas une histoire; ces mémoires ont avant tout un caractère personnel.

Je les écris dans 1’espoir de défendre ma mémoire contre les imputations injustes qui pourront s’élever contre moi, lorsque je n’aurai plus d’autre défenseur que ces documents originaux qui sont le tableau contemporain et fidèle, non-seulement des actes, mais aussi des pensées les plus secrètes des hommes publics.

J’ai vécu dans la vie publique pendant une période de près de quarante ans. Presque tout ce temps, je l’ai passé au service de la couronne. Ce n’est pas à moi de prétendre à d’autre mérite que l’assiduité et la droiture. Si l’on veut bien m’accorder au moins celui-là, je ne demande en échange qu’une seule chose, c’est qu’avant de me calomnier après ma mort, comme on l’a fait de mon vivant, on examine avec impartialité les documents nécessaires pour se former un juste jugement. J’espère donc qu’on voudra bien me pardonner d’avoir inséré dans ces mémoires des fragments de correspondance qui pourront sembler avoir trait à ma situation personnelle à l’égard de l’université, plutôt qu’à des sujets d'une importance nationale.

Je publie ci-dessous les lettres que je reçus du vicechancelier, avec mes réponses, et les lettres du doyen de

4*i FHAGMENTS DU MKM01KE DE SIK K. PEKL Christ-Church (le D1 Gaisford 1 ) et de lord Grenville, en réponse à celles que je leur avais adressées.

Le vice- chancelier d’Oxford à M. P tel.

Exeler-College, 5 février 1829.

« Mon cher Monsieur,

« J’ai eu l’honneur de recevoir votre lettre par le courrier de ce matin. D’après le sens général de cette lettre, j’ai cru devoir la soumettre au comité des chefs de collège et des procteurs. Il a été convenu avec eux qu’elle serait lue à l’assemblée de l’université (Convocation), dès que l'on aurait pris son avis au sujet des pétitions proposées aujourd’hui contre toute concession nouvelle aux catholiques romains.

« J’espère que vous approuverez cette façon deprocéder, car il ne parait y avoir nul doute dans votre esprit à l’éganl de la résolution que vous avez prise, et toute votre lettre est de nature à rehausser la valeur qu’on attachait universellement aux rapports qui ont si longtemps existé entre vous et nous.

« J’aurai sans doute prochainement l’occasion de vous communiquer notre opinion sur la question que vous avez bien voulu remettre à notre jugement, le choix de l’époque à laquelle vous rendrez vacant votre siège dans le Parlement. Dans tous les cas, ce fait ne pourra que nous causer les plus grands regrets.

« I>es pétitions ont été votées à la majorité de 164 voix contre 48 ; je les envoie par un messager spécial, l’une à lord Grenville, l’autre à vous-même. J’ai senti profondément, j’en conviens, combien c’est une affaire délicate que de placer, dans les circonstances actuelles, l’une de ces pétitions sous votre patronage ; mais j’ai des raisons de craindre que votre

1 Sic. C’est par erreur; M. l’eel a voulu dire le Dr Smith, prédécesseur du Dr Gaisford.

SUR L’EMANCIPATION DES CATHOLIQUES (18»)}. 457 collègue M. Estcourt ne soit en ce moment retenu à la campagne par des chagrins domestiques qui l’empêcheront peut-être de siéger au début de la présente session.

« J’ai l’honneur, etc.,

« J. C. Jones, V. C. »

Le vice-chancelier d' Oxford à M. Peel-

Exeler-College, S février 1829.

a Mon cher Monsieur,

u 11 est de mon devoir officiel de vous transmettre uuc pétition à la chambre des Communes, au sujet des prétentions des catholiques, pétition proposée et votée aujourd’hui en assemblée de l'université par une majorité de I (U voix contre -48.

« En prenant la liberté de déposer celte pétition entre vos mains, je ne xous adresscaucune excuse nouvelle, vous ayant déjà donné des explications à ce sujet, dans ma réponse à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire par le courrier de ce matin. Cette réponse devancera sans doute le document même qui sera remis par un messager chargé du porter en même temps à lord Grenville une pétition semblable adressée à la chambre des Lords.

« J’ai l’honneur, etc.,

« J. C. Jones, V.-C. b

Le vice-chancelier d’Oxford à M. Peel.

Exeler-College, 6 février 1829.

u Mon cher Monsieur,

« Les chefs de collège et les procteurs m’ont semblé les seuls conseillers auxquels on put déférer votre communication

sans s'exposer aux imputations les plus désagréables. Dans la réunion du comité qui a eu lieu hier, il a été résolu que votre lettre serait lue dans l’assemblée de l’université qui allait se réunir, et que nous prendrions ce matin en considération l’offre si généreuse que vous nous avez adressée de remettre à notre décision le choix du moment où il conviendrait le mieux à l’université que votre siège dans le Parlement devint vacant.

« Au nom du comité, je suis autorisé à vous demander de consulter vos propres convenances à cet égard, et à vous exprimer l’espoir que vous aurez seulement la bonté de faire connaître, en temps opportun, à l’université, le moment qu’il vous paraîtra convenable de fixer pour cette vacance.

b Je suis, en outre, chargé de vous répéter à cette occasion l’expression de notre regret profond et sincère qu’il se soit produit des circonstances de nature à rendre une telle détermination nécessaire ou convenable. Quelque atteinte qu’elle puisse porter à nos intérêts, quelque pénible qu’elle nous soit, nous ne pouvons nous empêcher de la regarder comme un sacrifice honorable inspiré par un sentiment élevé du devoir et un esprit d'indépendance plein de dignité.

« J’ai l’honneur, etc.,

« J. C. Joues, V.-C. »

M. Peel au vice-chancelier d'Oxford.

Whitehall, 7 février 4829.

a Mon cher Monsieur,

« C’est pour moi une grande consolation d’avoir reçu par vous l'assurance que les motifs de ma récente détermination sont appréciés avec justice par ceux avec lesquels vous êtes entré en conférence. Renoncer au mandat que l’université m’a conGé, c’est le plus grand, et ce n’est pas le seul sacrifice qui me soit imposé par le sentiment d’un devoir public.

« Lundi, ou, au plus tard, dans les premiers jours de la semaine prochaine, j’espère pouvoir vous indiquer l’époque à laquelle je demanderai les fonctions nominales d’intendant des Chiltern Hundreds, dans le but de rendre vacant mon siège dans le Parlement; et je ne manquerai point de fixer cette époque de façon à pouvoir satisfaire votre désir d’ètre averti en temps opportun.

a J’ai, etc.,

« Robert Pkkl. »

M. Peel au vice-chancelier d’Oxford.

Whitehall, 7 février 1829.

« Mon cher Monsieur,

« J’ai eu l’honneur de recevoir la pétition de l’université au sujet des prétentions des catholiques romains.

. « Je suis très-sensible à l’attention délicate qu’on a eue de me confier celte pétition. Je saisirai la plus prochaine occasion de la présenter à la chambre des Communes et de rendre justice, autant qu’il est en mon pouvoir, aux intentions et aux sentiments de ceux qui en ont pris l’initiative.

« J’ai, etc.,

a Robert Peel. »

Le doyen de Christ-Church à M. Peel.

Cbrisl-Church, 5 février 1 829.

« Mon cher Monsieur,

o Ce matin, immédiatement après avoir reçu votre lettre, je me suis rendu chez le vice-chancelier. II n’a point paru convenable qu’il prit conseil d’un corps moins nombreux que celui des chefs de collège : il les a donc réunis dans l’après-midi, et leur a lu votre lettre.

« On a exprime de grands regrets an sujet de votre détermination. Il a été convenu que, demain, elle serait prise en considération, et que réponse vous serait faite à l’égard du moment, etc.

« Depuis la réunion de l’assemblée de l’université, j’ai été si pressé que j’ai à peine eu le temps de faire plus que de vous supplier de ne point vous démettre de votre siège tant que les mesures proposées n’auront point été exposées en entier dans le Parlement. La vérité est que votre démission entraînerait les conséquences les plus fâcheuses.

« Plusieurs personnes ont afiirmé que vous seriez réélu.

o Votre lettre a été lue en assemblée de l’université, les chefs de collège ayant décidé que vos intentions ne pouvaient être communiquées à vos commettants d’unefaçon plus convenable. Les votes sur la pétition se sont ainsi répartis: 164 contre 48.

« Le vice-chancelier vous écrira de nouveau demain ; j’cti ferai autant, cl j’espère avoir un peu plus de loisir qu’aujourd’hui.

« Croyez-moi, etc.,

« S. Smith, o

Lord Grenville à M. Peel.

Dropmore, 6 février 1829.

« Cher Monsieur,

c Je ne puis qu 'être très-touché de l’attention flatteuse et aimable que vous avez eue de m’écrire. Je viens de recevoir votre lettre avec les documents qui s’y rapportent.

« Je ne pourrais convenablement anticiper sur la décision de l’université au sujet de votre détermination. Le choix de ses représentants et la persévérance dans ces choix sont les matières sur lesquelles il m’appartient le moins d’exprimer un avis; mais il ne peut y avoir la moindre inconvenance de ma parla vous dire que toute circonstance, quelle qu’elle puisse être d’ailleurs, qui pourrait avoir pour résultat de

nous priver d; services si précieux à tant de titres, serait, au moins pour cette raison, regardée par moi comme profondément regrettable.

« J’ai l’honneur, etc.

« Grkkvillb. b

J’ai déjà dit que, de tous mes amis à l’université d’Oxford, celui avec lequel j’avais conservé les rapports les plus intimes, après avoir quitté l’université, c’était Charles Lloyd, l’évêque d’Oxford. Ma correspondance avec lui et avec d’autres amis dévoués expliquera les circonstances qui m’amenèrent à entrer sans succès dans une lutte avec sir Robert Inglis pour la représentation de l’université.

Rien n’était plus éloigné de mon désir que de m’engager dans cette lutte; mais si j’avais positivement interdit un appel indépendant et spontané, en ma faveur, au jugement de l’université, j’aurais pu avoir l’air de douter de la rectitude de ma conduite, et de reculer sur le seuil même des difficultés que j’avais à affronter.

Les lettres suivantes parleront par elles-mêmes et me dispenseront de tout commentaire.

L’évêque d’Oxford à M. P tel.

Pulteney Hôtel, 5 février 18Î9.

« Mon cher Peel,

a J’arrive à l’instant d’Oxford. J’ai reçu votre lettre avant de partir de chez moi. Rien de mieux; la conduite adoptée est parfaite. Je ne pouvais être bon à rien à Oxford, n’ayant point voix parmi les chefs de collège; je suis donc parti; car je suis dans une anxiété au moins égale à la vôtre. Demain,

j’aurai un rapport détaillé sur tout ce qui aura été fait au sujet de votre lettre et de notre pétition.

« Toujours à vous, o C. O. »

L’évêque d'Oxford à M. Peel.

8 février <829.

« Mon cher Peel,

a Avant mon arrivée ici, le doyen avait déjà arrangé toutes choses au sujet de votre lettre et de l'embarras dans lequel il s’était mis; il fit appeler les censeurs vendredi matin, et leur dit qu’il était très-fâché de trouver parmi ses papiers une copie de votre lettre qui avait été évidemment envoyée par la poste de mercredi. Il me dit que, pendant toute la journée du jeudi, il avait été si tourmenté qu’il ne savait réellement plus ce qu’il faisait.

« J’ai vu aujourd’hui Gaisford, liâmes, Marsham, et le doyen. Hier soir, j’ai vu Short. Short est très-nettement en faveur d’une réélection, mais il est ultra-libéral de principe. Cependant Marsham est aussi nettement que lui d'avis que l’université serait déshonorée si elle ne vous réélisait point ; ses principes sont bons et son jugement sain. Le prévôt de Worccster , le Dr Landon, chef d’un vieux collège tory, a dit au doyen, après l'assemblée générale de jeudi : « Eh bien , Monsieur le doyen, je suppose que vous allez le porter de nouveau, et cela immédiatement. » Short et Marsham sont tous deux venus séparément chez moi dans le même but, celui de savoir si vous auriez quelque objection à être réélu. J’ai parlé avec beaucoup de prudence à Short, et je lui ai dit que je ne pouvais réellement prendre sur moi de rien dire à cet égard. Il m'a demandé si vous repousseriez l’élection, dans le cas où vous seriez réélu. Je lui ai répondu que je n’avais aucune raison de la croire. J’ai parlé plus ou-

vertement et plus confidentiellement à Marsham.Je lui ai dit que ma principale raison de conserver encore quelques doutes, c’était la crainte que la plus petite atteinte ne fût portée à votre réputation si vous étiez réélu. Il s’est mis alors à rire et m’a dit que c’était du donquichottisme exagéré, qu’après avoir fait loyalement appel à vos électeurs, vous seriez évidemment le vrai représentant de l’université. Il dit que, sans aucun doute, tous les gradués en droit seront pour vous. Le doyen dit que, si les censeurs se décident en votre faveur, il vous proposera.

« Le doyen m’a demandé hier quand je pensais que vous rendriez votre siège vacant. Je lui ai dit que ce serait probablement d’ici à quinze jours. Il a paru trouver que cela serait très-convenable. Vous pouvez écrire au vice-chancelier, par le courrier de demain, une lettre très-courte et très-polie.

« A moins que vous ne me disiez positivement que vous ne voulez pas être réélu, je laisserai vos amis se conduire à leur guise. Je crois que vous auriez à entrer en lutte avec l’avocat général. Il n’est pas douteux que quelques personnes pensent à lui. Si vous étiez tout à fait certain d’être réélu, je ne puis m’empêcher de croire qu’une décision de l’université en votre faveur serait une manifestation très-importante à l’appui de la politique que vous avez adoptée. Mais il m’est maintenant très-diflicilede découvrir quels sontles vraissentiinents de l’université.

« Je vous prie de m’envoyer les clauses de garantie contre les catholiques aussitôt que possible; faites-les-moi parvenir une à une, à mesure que vous les rédigerez. Comment assurerez-vous l’exécution de la clause en vertu de laquelle personne ne pourra exercer des fonctions épiscopales saus l’autorisation du roi, s’ils se refusent à accepter votre bill, comme ils l’ont fait lors du bill de M. Grattan?

« Hcndez-moi aussi compte de vos progrès dans la chambre des Lords.

« On m’a dit hier que le roi s’était borné à permettre qu’on fit mention du sujet dans le discours, mais qu’il ne se

m FRAOMKNTS DU MÉMOIRE DE SIR K. PERI.

regardait pas comme engagé à ne point opposer son veto à la mesure, même dans le cas où le bill serait adopté par les deux chambres. Cela est certainement impossible.

« Tenez-moi au courant de tout ce qui tend à alléger vos difficultés et II rendre la lutte moins pénible pour vous.

« Bien affectueusement tout à vous, mon cher Peel ,

M. Peel à révéque d’Oxford.

Whitehall, tt février 1829 '.

« Mon cher Lloyd,

« Vous avez sans doute reçu ma lettre d’hier. Je me suis déterminé à donner hier soir un spécimen de l'état de l’Irlande , et je demande à tout honnête homme s’il croit qu’il est compatible avec les intérêts de l’empire, et surtout avec les intérêts de l'Église établie d’Irlande , qu’un tel état de choses continue, et que nul effort ne soit fait pour y apporter un remède efficace ou pour produire un changement quelconque.

« Il vaudrait certainement beaucoup mieux pour Christ- Church prendre un candidat dont il put assurer l’élection que de courir des risques en me proposant.

s le vous dis tout simplement ce que je ne pourrais dire à aucun autre : au fond, je me soucie très-peu de tout cela.

a Je ne ferai rien qui puisse paraître le moins du monde irrespectueux pour l’université , et même pour les violents adversaires ou, pour mieux dire, les ennemis que j’ai dans son sein.

« Je puis m’arranger de façon à me rendre inhabile à être réélu. Je puis renoncer à mon siège vendredi , et me

' Le 10 février j'avais proposé le bill pour la suppression de l’Association catholique romaine en Irlande.

faire envoyer au Parlement par quelque petit bourg le lendemain ou lundi; alors je deviendrai inéligible à Oxford.

a Au nom du ciel, ne faites rien, directement ou indirecment, qui puisse indiquer un souhait de ma part d’être réélu ; je ne le souhaite pas, et je crois qu’une lutte prolongée, fût-elle même suivie de succès, pourrait devenir trèsembarrassante et très-pénible pour moi.

« Je suis opposé à ma nomination ; mais en même temps il me répugnerait de dire : « Je refuserai l’élection, o a je renoncerai à mon siège si je suis réélu, » ou toute autre parole de ce genre qui pourrait paraître maussade, peu gracieuse ou peu respectueuse.

a Que Christ-Church suive la marche la plus propre à assurer sa juste influence dans l’université. Plus je pense à ce sujet, plus je suis opposé à l’élection et surtout à la lutte.

a Toujours, etc.,

# Robert Perl, b

M Peel à l’évéque <f Oxford.

(Tfè»-confldentielle.)

Whitehall, 13 février 1829.

o Mon cher Lloyd,

n Je ne puis m’empêcher de croire que, de beaucoup, la meilleure marche à suivre, c’est de ne faire aucune déclaration au sujet des affaires de l’université.

« Mon intention est de renoncer absolument à mon siège. J’ai écrit au vice-chancelier pour lui dire que je compte y renoncer vendredi prochain, le 20 courant. ,

« 11 m’a répondu qu’il avait soumis ma lettre à l’assemblée générale, qu’elle avait acquiescé à ma démission pour le jour indiqué, mais qu’elle désirait que l'ordonnance de convocation ne fût pas rendue immédiatement , afin que l’élection n’eût pas lieu au moment des assises.

« Je n’ai point à m’occuper de l'ordonnance de convoca-

tion, ni des motifs qui font préférer un moment à un autre. Je n’exprime aucun avis à ce sujet, et je ne puis intervenir eu rien dans tout ceci.

a Je compte, quoi qu’il arrive, rendre mon siège vacant vendredi matin. L’expédition des affaires publiques exige que je sois sans délai renvoyé au Parlement ; j’ai pris mes précautions dans ce but.

a Pourquoi ferais-je ou dirais-je rien de plus, sinon pour exprimer, soit le désir d’ètre réélu, soit l’intention de mè refuser en tous cas à une réélection?

a Que l’université suive la marche qui lui conviendra; moi, je suivrai la mienne, restant loyalement passif en tout ce qui touche à sa conduite, ne faisant rien pour l’influencer, et me bornant à hâter mon élection ailleurs. Si je suis élu, je cesserai d’ètre éligible à Oxford.

a Vous trouverex ci-joint une lettre pour Marsham. Lisezla et voyez s’il vous parait convenable de la lui remettre. A distance, il est difficile de se former un avis, surtout lorsque les circonstances changent de jour en jour.

« Toujours, etc.,

« Hobert Peel. »

L’évêque d'Oxford à 31. Peel.

Christ-Church, 14 février 1829.

« Mon cher Peel ,

a J’ai envoyé votre lettre à Marsham. Il a proposé au comité de la lui soumettre. Si j’ai bien compris, le comité a refusé d’en prendre connaissance, disant qu’il agissait sous sa propre responsabilité, et sans entrer en communication avec M. Peel, auquel on ne pouvait permettre d’intervenir dans une élection universitaire. Je n’ai dit à personne que j’avais reçu une lettre de vous aujourd'hui. Je les laisserai agir comme ils l’entendront, bien que je ne voie pas comment, avec votre plan, tout ceci peut finir, à moins que, avant

vendredi prochain, il ne se forme une majorité assez foi te pour leur permettre de vous annoncer que votre élection est assurée.

« Je vous envoie une lettre de M. Lyall, archidiacre de Colchester, homme très-capable et très high church . Lisez-la avec attention.

o D'après ce qui me revient, les membres de l’assemblée de l’université sont au nombre de 160; je pense que tous ceux qui sont contre vous ont signé le document que je vous ai envoyé hier soir. Les autres sont ou pour vous , ou sans parti pris contre vous.

« Toujours à vous,

M. Peel au vice-chancelier d'Oxford.

Wbitehall, (0 février 1829.

o Mon cher Monsieur,

« Je compte demander les fonctions d’intendant des Chiltern Hundreih le vendredi 20 février. On pourra ce jour-là provoquer dans la chambre des Communes l’ordonnance de convocation pour l’université.

« J’indique un jour assez éloigné afin de pouvoir vous avertir un peu à l’avance.

b Si vous aviez quelque raison de préférer que la vacance se produisit plus tôt, je m’empresserais de complaire à votre désir.

« J’ai l’honneur, etc.,

a Robert Peel. »

Le vice-chancelier d’Oxford à M. Peel.

Exeter-College, 11 février 1829.

« Mon cher Monsieur,

« La proposition contenue dans la lettre que vous m’avez

fait l'honneur de m’adresser par le courrier de ce matin acté reçue par le comité des chefs de collèges, auquel je l’ai immédiatement communiquée, arec toute la déférence qui lui était due.

« On ne pense pas qu’il soit désirable que vous acceptiez plus tôt que vous ne l’avez indiqué les Chillem Hundreds; et comme la motion à faire dans la chambre des Communes pourobtenirune nouvelle ordonnance de convocation est une mesure parfaitement distincte, nous attachons un grand prix à ce qu'elle ne soit pas rendue de façon à confondre l’époque de l’élection avec celle de nos assises, qui se tiennent habituellement dans la première semaine de mars.

a J’ai l’honneur, etc.,

« J. C. Jonks, V.-C. D

Le recteur de Merton à M. Peel.

Merton-College, 12 février 1829. o Mon cher Peel,

« Plusieurs membres de l’assemblée générale, cinq chefs de collèges, deux chefs de Halls, les procteurs et quelques autres personnes très-respectables, se sont réunis aujourd’hui à Oxford dans le but d’amener votre réélection, et nous nous proposons de faire les démarches nécessaires pour atteindre ce but. Ce n’est pas de Christ-Church qu’est partie cette mesure ; mais nous avons demandé et trouvé dans ce collège un grand nombre d’adhérents.

« Je ne vous écris que pour vous instruire de ces circonstances, au su de plusieurs des conspirateurs, et je ne vous demande aucune réponse.

« Croyez-moi, etc., a Robert Marsham. »

M. P tel au rtc leur de Mer Ion.

Whitehall, 13 février t 829.

« Mon cher Marsham,

a II me faut bien désobéir à vos injonctions, quand même ce ne serait que pour vous dire combien je suis sensible au sentiment aimable et généreux qui vous a inspiré cette communication.

« La seule réponse que je puisse adresser à votre lettre, c’est de vous déclarer explicitement la conduite que j’ai adoptée et dont je ne puis me départir.

a J’ai écrit au vice-chancelier pour lui proposer d’accepter les Chiltem Hnndreds vendredi prochain, 20 courant. 11 m’a répondu qu’il n’avait aucune objection à ce que la vacance se produisit ce jour-là, mais qu’il espérait que les lettres de convocation ne seraient pas immédiatement demandées, afin que l’époque de la nouvelle élection ne se confondît point avec celle des assises.

a II n’y a aucun lien entre cette affaire et mon acceptation des ChiÜern Hundreds. Vendredi matin, je les accepterai ; et je crois qu’il ne serait pas convenable de faire la moindre démarche au sujet de l’ordonnance de convocation sans s’étre préalablement entendu avec le vice-chancelier et avoir obtenu son plein consentement.

« C’est la seule opinion que je me permette d’exprimer sur l’avenir.

a Je ne puis lire la liste de ceux qui pensent que je n’ai rien fait pour perdre l’estime de l’université sans me sentir fier de leur bonne opinion. D’un autre côté , je ne puis entendre les objections qu’on adresse à ma réélection sans reconnaître qu’elles sont inspirées par des motifs naturels, justifiables et honorables.

a Un sentiment domine mon esprit : je regretterais profondément de devenir la source de dissensions dans l’univer-

470 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEL silé, et l’occasion d’un antagonisme entre deux classes du corps électoral.

a Une défaite ne pourrait m’être aussi pénible qu’un triomphe empoisonné par de telles réflexions.

a J’ai devant moi une conduite bien simple à suivre, et qui m’épargnera et le triomphe et la défaite. Vendredi prochain, en vertu de la déclaration que j’ai faite au vice-chancelier, je dois renoncer à mon siège ; et il est absolument nécessaire que je reprenne immédiatement ma place dans la chambre des Communes.

o 11 ne convient pas à l’université que la lutte s’engage pendant les assises. Il importe à l’expédition des affaires publiques que je sois immédiatement élu.

« Qu’on me laisse donc élire ailleurs, et qu’on provoque l’ordonnance de convocation, en se conformant au désir positif du vice-chancelier , au nom de raisons autres et suffisantes, alors que, n’étant plus éligible, ma personne ne sera plus en question.

« Je suis, etc., a Robert Peel. d

M. Femon à M. Peel.

Grave, East Retford, tï février 1 829.

« Mon cher Monsieur,

a Comme l’un de vos électeurs, je me permets de venir abuser d'un temps précieux, pour vous soumettre en peu de mots, mais avec force, une idée qui, bien qu’elle ait pu vous être présentée par d’autres, ne saurait être trop rappelée à votre attention.

« J’honore et j’approuve votre démission. Je crois qu’eu la donnant vous avez fait le sacrifice de ce qui vous est le plus précieux apres l’honneur ; et il serait cependant impossible de découvrir dans les termes dont vous vous êtes servi la moindre

•coquetterie, le moindre soupir de regret, le moindre regard en arrière. Vous avez rempli vos devoirs envers vos commettants et envers votre pays; il reste à ceux qui le pensent à remplir leurs devoirs envers vous.

« Je ne sais si l’étiquette vous permettrait , au moment à vous renoncez à votre siège, de vous montrer disposé à nous servir encore; mais moi qui jusqu’ici me suis senti heureux et fier de vous avoir pour représentant, moi qui aurais joui d’une satisfaction complète sans votre opposition malheureuse, bien que modérée, au règlement de la question catholique, je me regarderais comme injustement lésé si l’on m’enlevait l’occasion de choisir un membre qui a droit à mon entière admiration et à mon suffrage.

a J’ai des raisons de croire que j’exprime les sentiments ■d’un grand nombre de personnes, et je me permets d’ajouter que ma position me donnerait une influence considérable sur le clergé de ce diocèse. Je ne puis souscrire à la doctrine que les membres résidents de l’université ont le droit de se réunir dans leurs cellules et de dicter subrepticement leur choix au •corps universitaire. Je ne croyais pas avoir à me mêler jamais des affaires politiques d’Oxford ; mais, convaincu que je suis qu’on ne peut vous enlever le soin de défendre scs intérêts et ceux de l'Église établie, sans détriment et sans déshonneur pour nous, je vous supplie d’autoriser vos amis à vous proposer de nouveau, et j’offre ma coopération zélée à tous leurs ■efforts. Je vous prie de ne point vous donner la peine de répondre à cette lettre, à moins que mes services ne puissent vous être bons à quelque chose.

a Quoi que puisse dire notre lord-lieutenant, sous l’inspiration des titulaires de ses bénéfices, j’aflirme qu’il y a dans ce comté apathie complète au sujet de la question catholique.

« Toujours fidèlement à vous,

« Granville V.Vernon. »

M. Peel à M. Vemon.

Whitcliall, 13 février 1829.

a Mon cher Monsieur,

« Votre lettre m’a infiniment flatté, et je me vois forcé de vous y répondre en hâte.

« J’ai pris la résolution de rester parfaitement étranger à tout ce qui concerne l’élection future à Oxford et de n’exprimer ni souhait ni avis d’aucun genre à ce sujet.

# J’ai l’intention de renoncer à mon siège, vendredi prochain 20 courant, et j’ai assuré mon élection ailleurs.

a Ce que je vous dis aujourd’hui, c’est exactement ce que j’ai dit à l’évêque d’Oxford, et vous me répondre*, j’en ai peur, que cela équivaut à rien.

u Le fait est que je désire n’exercer d’influence sur l’université ni par mes paroles ni par mes actes ; je veui la laisser décider elle-même quelle est la marche qu’il lui convient le mieux d’adopter.

a Toujours, etc., p « Robert Peel. b

M. Berens à M. Peel.

<9, Queen Street, May Fair (jeudi soir), 12 février 1829. a Mon cher Peel,

« Vous m’excuserez, j’en suis sûr, de venir vous déranger en ce moment. Mais on fait circuler le bruit, sans fondement, je l’espère, que vous avez maintenant des objections personnelles à représenter l’université d’Oxford. Je tiens beaucoup à pouvoir les contredire d’après la meilleure autorité, et j’espère, en même temps, que vous permettrez à vos amis de s’employer à votre réélection. Je suis plein de confiance dans le résultat; mais il ne faut pas tarder à s’en occuper. Ces

deux derniers jours, j'ai vu à Londres plusieurs membres de l’assemblée de l’université, et, à une seule exception près, ils se sont exprimés comme ils le devaient. Je serais très-heureux si vous pouviez m'envoyer une réponse demain avant deux heures, momentoù je partirai pour Oxford.

« A vous bien sincèrement, a B. Berens. »

M. Peel à M. Berens.

Whitehall, 13 février 1829.

a Mon cher Berens,

« Je vous dirai exactement ce que je viens de dire à Henley Eden, qui me quitte à l’instant.

« Mon intention bien arrêtée est de renoncera mon siège. J ’ai fait savoir au vice-chancelier le jour où je demanderai les Chiltern Hundreds. Ce sera d’aujourd’hui en huit. Je ne puis me départir de cette résolution, et j’ai déjà fait les démarches nécessaires pour assurer mon élection ailleurs.

a Le vice-chancelier m’a informé qu’il serait désagréable à l’université que l'époque de la nouvelle élection coïncidât avec celle des assises, et, pour cette raison, il désire que l’ordonnance de convocation pour Oxlord ne soit pas rendue immédiatement après mon acceptation du Chiltern Hundreds.

« J'ai dit à Eden que je ne me sentais pas libre de dire un mot au sujet d'une réélection à Oxford. Mon plan de conduite est très-net : renoncer à mon siège, le faire le jour indiqué au vice-chancelier, vendredi prochain, et m’occuper, dans l’intérêt des affaires publiques, de retrouver le plus tôt possible une place dans la chambre des Communes.

a Toujours, etc.,

u Robert Peel. »

Lord Bathunt à M. P tel.

Cumberland Street, 14 février 1829.

« Mon cher Monsieur Pecl,

a Pardonnez-moi de vous supplier de ne pas penser à refuser l’autorisation de mettre votre nom en avant pour la représentation de l'université, dans le cas où une demande convenable vous serait adressée à cet effet.

« Vous pouvez y compter : votre refus serait interprété à mal, et arrêterait le mouvement de chaleureux intérêt qu'ont provoqué, chez les hommes de tous les partis, les attaques dont vous avez été l’objet.

« Si l’on s’adressait à vous, vous répondriez probablement, quelque respectables que fussent d’ailleurs les signataires de la demande, que vous devez décliner leur invitation, à moins que votre propre collège n’exprime aussi le souhait de vous voir réélu. Ceci prouverait assez que vous n’êtespas impatient d’êlre réélu, et ce serait, je crois, conforme aux usages de l’université. Mais je ne m’inquiète point de la manière dont l’affaire sera conduite; seulement gardez-vous d’agir de façon à vous exposer au fo proche d’avoir fait preuve d’un mauvais caractère, ou au soupçon d’avoir eu des craintes sur votre succès.

a A vous bien sincèrement, a Bathirst. o

La lutte se termina en faveur de mon adversaire. Les votes se répartirent ainsi :

Sir Robert Inglis 7S5

M. Pcel 609

Majorité. . . H6

Je retrouve cette note qui rend compte de la qualité de la minorité qui me donna son appui.

« M. Peel réunit 146 voix de moins que sir Robert Inglis; mais il eut en sa Faveur deux fois plus de first class men, 14 professeurs sur 20, et 24 lauréats sur 28 (les 24 lauréats avaient eu entre eux 36 prix ! ).

« Parmi les électeurs de Clirist-Church (le collège des deux candidats), M. Peel eut en sa faveur 39 fini class men ; son adversaire n'en eut que 8. Il eut aussi tous les nobles qui volèrent; 4 doyens sur 5, et 333 ecclésiastiques. Le bel argument en faveur du cri : « Point de papisme !» et « Des défenseurs pour l’Église en danger ! »

Ayant appris le résultat probable de la lutte, j’écrivis la lettre suivante au recteur du collège de Merton, et j’en reçus la réponse ci-dessous :

M. Peel au recteur de Merton.

Whitehall, 28 février 1829.

o Mon cher Marsham,

« Je ne connais point encore le résultat définitif du scrutin; mais j’écris sous l’impression que l’élection se décidera en faveur de sir Robert Inglis, à une grande majorité.

« Je puis vous assurer le plus sincèrement du monde que je ne regrette pas du tout la conduite qui a été tenue.

« J’ai été charmé, au delà de toute expression, du généreux enthousiasme et des efforts ardents de mes amis. Je suis lier de l’appui que j’ai reçu d’une si grande proportion des hommes éminents de l’université, au milieu de circonstances extraordinairement difficiles et d’une singulière excitation des esprits. Je trouve une consolation complète de ma défaite dans la conviction inébranlable que je l’ai subie pour avoir accompli un devoir public, et pour avoir fait passer les intérêts réels du pays, de l’Église et de l’université, avant tout but particulier et toute préoccupation personnelle.

« Je vous prie d’exprimer mes remercîments les plus

47(i FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PF.EL

chaleureux aux membre» du comité d’Oxford qui ont agi de concert avec vous, et de les assurer que, selon moi, ils ont eu parfaitement raison de donner, à une minorité aussi importante que celle qui a voté pour moi, l’occasion de manifester ses sentiments, et que, bien que je les aie perdus comme commettants , j’ai le profond désir de pouvoir les regarder comme des amis personnels et dévoués.

« Toujours, etc.

« Robert Peel. b

Le recteur de Merton à M. Peel.

Merton-College, 2 mars t829.

n Mon cher Peel ,

« J’ai communiqué ce matin votre lettre à vos amis du comité d’Oxford, et je suis chargé par eux de vous dire qu’elle a causé une satisfaction universelle.

« Il est superflu de vous dire qu’en mettant votre nom en avant, nous avons eu pour but de soutenir la réputation de l’université, qui nous paraissait devoir être compromise dans l’estime du monde si vo6 droits et vos services passaient inaperçus.

« L’assurance donnée par vous que vous ne regretter point la marche que nous avons suivie a éloigné tous les doutes venus à notre esprit au sujet de la convenance de cette conduite ; et nous partageons votre joie à la pensée qu’une si forte proportion des hommes éminents de l’université s’est jointe à nous pour nous soutenir dans notre entreprise. Nous sommes heureux d’avoir saisi l’occasion de faire connaître un tel fait, et d’avoir tenté votre réélection , bien que nous regrettions sincèrement de n’avoir pas réussi.

« Croyez-moi, etc.,

« Robert Marsham. »

La lettre à lord Granville Somerset, président de mon comité électoral, exprimait mes chaleureux remerdments de la façon admirable dont il avait rempli ses devoirs en cette qualité. Elle contenait un bon de 99 livres sterling, qui (et je le dis à l’honneur du corps électoral) suffirent à couvrir les dépenses faites à la charge du candidat dans tout le cours d’une lutte difficile.

M. Peel à lord Granville Somerset.

Wbitehall , 30 mars 4 829.

« Mon cher lord Granville,

a Je joins à cette lettre le montant de ce que je dois à l’occasion des dépenses faites pour I élection d’Oxford.

a Je ne pourrai jamais me libérer de tout ce que je vous dois pour votre zèle, voire amitié, et tous les sacrifices personnels de temps et de plaisirs que vous m’avez faits.

a Toujours, etc.,

« Robert Peel. b

Entretiens du cabinet avec le roi George IV relativement à l’émancipation des catholiques, et dernières réflexions de sir Robert Peel sur sa conduite dans cette circonstance.

(Pages 312-366.)

Je pris possession de mon siège dans la chambre des Communes, le mardi 3 mars. Les délibérations du cabinet

478 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEL avaient continué jusqu’alors, et nous étions tombés d'accord, avec une unanimité parfaite, sur les traits généraux et même sur le détail des diverses mesures que nous comptions proposer ail Parlement. Nous agissions sous l’impression que noire conduite avait reçu l’adhésion du roi , adhésion complète, bien que donnée il contre-cœur. J’étais très-préoccupé qu’aucun retard inutile ne fût apporté dans cette affaire; le 3 mars, je donnai donc avis à la chambre des Communes que j’appellerais, le jeudi 5, son attention sur la portion du discours du trône relative à l’état de l’Irlande, et sur la suppression des incapacités politiques dont les catholiques romains étaient frappés.

Des événements tout à fait imprévus se passèrent dans l’intervalle, et l’on put croire un instant qu’ils opposeraient une barrière insurmontable au succès des mesures qui venaient d’étre annoncées.

Le mardi soir, 3 mars, le roi donna l’ordre au duc de Wellington, au lord chancelier et à moi de nous rendre auprès de S. M. à Windsor, le lendemain matin de bonne heure. Nous partîmes en conséquence, et, à notre arrivée, nous fûmes introduits auprès du roi , qui nous reçut avec sa bonté et sa cordialité accoutumées.

Il avait l’air grave, et il était évidemment tourmenté et inquiet.

S. M. nous dit que nous avions bien vu combien elle avait eu de peine à consentir à la proposition que son cabinet lui présentât un avis collectif sur la question catholique, et combien surtout elle avait été chagrinée de sentir qu’elle n’avait point d’autre alternative que d’accepter l’avis qui lui était offert.

S. M. ajouta qu’au moment où la question allait être soumise au Parlement, elle désirait avoir une conférence personnelle avec ceux de ses ministres qu’elle avait

appelés auprès d’elle, et qu’elle devait regarder comme particulièrement responsables de l’avis qui lui avait été présenté. Le roi dit qu’il désirai! recevoir de nous des explications plus complètes et plus détaillées sur la façon dont nous nous proposions d’atteindre le but que nous avions en vue.

A la demande de S. M., étant sans doute plus familier que d’autres avec les détails de la mesure que j’avais à soumettre le lendemain à la chambre des Communes , je me mis à les expliquer au roi. Je fis remarquer à S. M. que le principal obstacle à la participation complète des sujets catholiques romains du roi à la jouissance des privilèges politiques, c’était l’obligation qui leur était imposée de prononcer la déclaration contre la doctrine de la transubstan dation, et de prêter le serment de suprématie, pour pouvoir jouir desdits privilèges; que nous nous proposions de supprimer définitivement la déclaration contre la transsubstantiation, et de modifier, pour les catholiques romains, la partie du serment de suprématie qui a rapport à la supériorité et à la juridiction spirituelle et ecclésiastique du pape.

A cette allusion au serment de suprématie, le roi parut très-surpris et dit avec précipitation et sérieux : « Quoi ? mais vous ne songez pas certainement à toucher à l’antique serment de suprématie? » 11 fit appel à tous ses ministres sur ce point. Nous expliquâmes à S. M. que ce que nous proposions, c’était que tous ses sujets, les catholiques romains seuls exceptés, continuassent à prêter le serment dans sa forme actuelle, et que les catholiques romains fussent contraints de déclarer sous serment qu’ils ne reconnaissaient à nul prince ou prélat étranger la moindre juridiction, la moindre prééminence temporelle ou politique, directe ou indirecte dans ce royaume. Nous ajou-

tàmes que si les catholiques, avant d’être admis dans les fonctions publiques ou dans le Parlement, avaient encore à déclarer qu’ils ne reconnaissent, de fait et de droit, à aucun prélat la moindre juridiction, la moindre prééminence, le moindre pouvoir spirituel et ecclésiastique, dans ce royaume, ce serait réduire à néant l’émancipation proposée, et laisser subsister un empêchement dirimant à la jouissance des privilèges politiques.

Le roi répondit que c’était fort possible, mais qu’il ne pouvait consentir au moindre changement dans l’antique serment de suprématie; il était très-fâché qu’il y eût eu malentendu sur un point aussi essentiel ; il ne nous rendait point responsables de ce malentendu il n’entendait point insinuer que, dans les explications qui lui avaient été données par écrit, il y eût eu la moindre dissimulation ou la moindre réserve sur ce point : mais il était de fait qu’en donnant sa sanction à nos projets, il s’était mépris sur un fait particulier, le plus important de tous, le changement dans le serment de suprématie; il se croyait certain que nous serions, comme lui, d’avis qu’un consentement ainsi donné ne pouvait lier le souverain, et que S. M. n’avait d’autre alternative que de revenir sur son consentement, lorsque ce consentement avait été donné par erreur à une mesure que de bonne foi il trouvait en désaccord avec son jugement et sa conscience.

En réponse à cet appel, nous dîmes que, malgré notre profond regret qu’un malentendu eût pu se produire sur une affaire aussi importante, nous donnions notre plein assentiment à l’opinion du roi, qu’un consentement donné par méprise à des mesures publiques d’une grande importance ne pouvait lier S. M. Peu après S. M. reprit : « Mais après cette expression de mes sentiments, quelle conduite comptez- vous tenir comme ministres? » H

fit remarquer qu’une communication avait été annoncée à la chambre des Communes pour le jour suivant ; puis se tournant vers moi, qui étais chargé de faire cette communication : « Eh bien ! monsieur Peel,dites-moi quelle conduite vous vous proposez de tenir demain ?» Je répondis que, malgré toute ma déférence et mon respect pour S. M., je ne pouvais avoir un instant d’hésitation sur la conduite à tenir; que le discours de la couronne avait confirmé l’attente universelle où l’on était que le gouvernement se préparait à proposer des mesures pour affranchir les catholiques romains de toute incapacité politique; que je venais de renoncer à mon siège, comme représentant d’Oxford, d’après la supposition qu’une mesure de ce genre serait proposée ; que le consentement de la chambre des Communes au bill pour la suppression de l’association catholique romaine avait eie donné, sinon sur l’assurance expresse, du moins avec l’opinion fondée que les mesures de coercition seraient suivies du redressement des griefs; que je devais donc supplier S. M. d’accepter immédiatement ma démission, et de me permettre d’informer le lendemain la chambre des Communes que des obstacles imprévus, dont la nature serait plus tard expliquée, empêchaient les serviteurs du roi de proposer au Parlement les mesures annoncées, que je n’étais plus dépositaire des sceaux du département de l’intérieur, et qu’il était de mon pénible devoir de retirer l’avis donné en mon nom.

Le roi adressa la même question au duc de Wellington. Celui-ci répondit qu’il demandait à S. M. la permission de sortir des affaires, et d’adresser à la chambre des Lords une communication semblable à celle que je désirais faire à la chambre des Communes.

Le chancelier donna son plein assentiment ii la conduite

que le duc de Wellington et moi nous nous proposions de tenir.

S. M. eut la bonté d’exprimer le regret profond que le soin de notre honneur et le sentiment de nos devoirs publics ne nous permissent plus de rester à son serv ice. S. M. nous dit de plus que notre détermination ne pouvait la surprendre, et qu’elle ne saurait nous blâmer d’en être venus à cette conclusion.

Notre entrevue avec le roi dura cinq longues heures; la conversation ne languit pas un instant; mais j’ai rapporté en substance tout ce qui fut échangé d’important. A la tin de l’entretien, le roi prit congé de nous avec beaucoup de calme et de bonté, nous embrassa tous sur les deux joues, et accepta notre démission avec l’expression réitérée du regret sincère que lui faisait éprouver la nécessité où nous nous trouvions de renoncer à son service.

Les passages suivants, relatifs à cette entrevue, sont extraits d’une note laissée par lord Eldon sur la conversation qu’il eut avec S. M., peu de semaines après notre conférence avec le roi. Lord Eldon vit le roi le 28 mars et le 9 avril. Dans le récit de la première conversation se trouve le passage suivant :

A oie de lord Eldon .

« Le roi se plaignit de n’avoir jamais vu les bills, etc., etc., de s’ètre trouvé dans la situation d’une personne à laquelle on appuie un pistolet chargé sur la poitrine, de n’avoir eu aucune porte de retraite, d'avoir été menacé par ses ministres de leur démission si l’on ne poursuivait pas l’adoption des mesures. (Autant qu’il m’en souvint, il le répéta deux fois dans l’entretien.) Il avait fini par leur dire: a Allez de l’avant, » ne sachant plus comment sortir de la situation oii il se trouvait; dans l’une des conférences, menacé de la

démission de ses ministres, il s’était laissé entraîner à un * consentement de cette nature, à la suite de ce qui s’était passé entre eux et lui; l’entretien et la conversation l’avaient mis dans un tel état, qu'il ne savait plus où il en était quand, après plusieurs heures, il avait fini par leur dire : a Allez de l’avant. » (Voyez, p. 510, vol. vu des Pies des Chanceliers, par lord Campbell.)

En parlant de sa seconde conversation avec le roi, lord Eldon ajoute :

« Ceci amena le roi à me reparler de son consentement. Dans l’entrevue précédente, il avait raconté qu’après deux longues conversations avec ses ministres, ou du moins avec ceux qu’il avait appelés, il avait fini par leur dire : a Allez de l’avant, » et que dans la seconde de ces deux conférences, épuisé de fatigue , las d'une conversation qui avait duré plusieurs heures, il avait fini par leur dire : « Allez de l’avant. »

Il produisit alors deux pièces qu’il prétendit être les copies de ce qu’il leur avait écrit. Il y donnait son consentement à ce qu’on poursuivit l’adoption du bill, mais en les lisant, il ajoutait des expressions très-fortes sur le chagrin et le mal que lui causait toute cette affaire. » — {Vies des Chanceliers, par lord Campbell, vol. vu, p. 512.)

Lord Eldon doit avoir mal compris le récit qu’il reçut du roi sur notre entrevue avec S. M. En premier lieu, il n’y eut qu’une entrevue, celle que j’ai racontée. Il n’y eut, dis-je, entre S. M. et certains de ses ministres, qu’une entrevue dans laquelle il ait été question de leur démission. En second lieu, S. M. ne nous donna point, à la fin de l’entrevue, l’autorisation « d’aller de l’avant; »

S. M. accepta de chacun de nous l’offre de sa démission , et nous retournâmes à Londres dans la pleine convic-

484 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEE tion que le gouvernement était dissous, ou du moins que, pour notre propre compte, nous n’étions plus au service de la couronne. A notre retour à Londres, nous nous joignîmes à nos collègues qui s’étaient réunis (chez lord Bathurst, je crois) à un dîner de cabinet, et nous leur annonçâmes, à leur grand étonnement, que nous avions cessé de faire partie du gouvernement.

Cependant un changement soudain s’opéra dans les intentions du roi. Le soir du 4 mars, à une heure assez avancée, le roi écrivit une lettre au duc de Wellington, pour l’informer que S. M. s’attendait à de telles difficultés, si l’on cherchait à former une nouvelle administration, qu’elle ne pouvait se passer de nos services; elle devait donc nous demander de retirer notre démission, et nous étions libres de poursuivre l’adoption des mesures annoncées aü Parlement.

Le duc de Wellington m’envoya immédiatement cette lettre. Je n’en gardai point copie, et c’est de mémoire que je rapporte les communications avec le roi sur ce sujet.

Ou ce fut le duc de Wellington qui me fit remarquer en m'envoyant la lettre, ou ce fut moi qui lui dis en la lui renvoyant, qu’après ce qui s’était passé le matin, la simple autorisation de poursuivre nos projets, donnée par S. M., n’était pas une garantie suffisante ; qué nous devions en référer de nouveau au roi, afin de nous assurer positivement si nous avions le droit d’annoncer au Parlement que les mesures projetées étaient proposées par nous du consentement et avec la sanction de S. M.

En conséquence, une demande à cet effet fut adressée à S. M. pendant la nuit, et nous reçûmes du roi une réponse, en vertu de laquelle nous étions pleinement autorisés à poursuivre l’adoption des mesures en question.

Dans le but d’imposer silence à toutes les chicanes qu’on

aurait pu nous adresser à ce sujet, je commençai ainsi mon discours, en appelant, le lendemain, l’attention de la chambre sur ces mesures :

« Je me love comme l’un des ministres du roi, et soutenu par la juste autorité qui appartient à ce caractère, je viens défendre l’avis donné à S. M. par un cabinet uni, etc. »

En rapportant les détails de notre entrevue avec le roi, je me suis borné au récit des faits. Je ne sais rien des circonstances qui amenèrent cette entrevue, et j’ignore si elle fut provoquée uniquement par le désir du roi et pour la satisfaction des sentiments personnels de S. M., ou parles suggestions d’autrui. Il est évident, d’après la vie imprimée de lord Eldon, que lord Eldon avait eu avec le roi des communications confidentielles, au sujet des mesures du gouvernement, avant qu’elles eussent passé par la chambre des Lords; mais il n’y a, je crois, aucune trace de communications semblables avant notre conférence du 4 mars avec le roi.

Je n’ai pus besoin de m’étendre sur les dispositions de détail contenues dans les divers bills pour la suppression de l’association catholique romaine, le rappel des incapacités politiques et le règlement de la franchise électorale en Irlande.

Les projets originaux soumis à l’examen du cabinet diffèrent très-peu des bills tels qu’ils passèrent. 11 y eut accord complet entre les membres du gouvernement sur le principe et les détails des diverses mesures.

En préparant ces projets, je reçus le précieux concours du solliciteur général (sir NicholasTindal), de M. Doherty, (solliciteur général d’Irlande), et de M. Leslie Foster, qui fut plus tard baron de l’échiquier d’Irlande.

La grande difficulté, c’était d'accompagner le redressement des griefs de mesures conçues de façon à donner satisfaction aux sentiments protestants , en prenant des précautions contre l’influence exagérée de la religion catholique romaine, et contre l’abus du nouveau pouvoir qui allait être accordé à ceux qui professaient cette foi.

Nous n’avions, pour notre compte, aucune répugnance à proposer de semblables mesures, de semblables garanties (tel était alors leur nom populaire), si l’on parvenait à en trouver de convenables. Nous sentions fort bien qu’en proposant de telles garanties nous diminuerions beaucoup la force des objections adressées à la suppression complète des incapacités politiques. Mais une grande difficulté était inhérente au sujet.

On pouvait suggérer trois classes différentes de « garanties. » La première et la principale garantie, c’était l’abolition même de toutes ces distinctions entre les protestants et les catholiques romains qui impliquaient un soupçon contre la loyauté, la fidélité et le mérite civique des catholiques romains; c’était l’acte par lequel on leur ouvrait le chemin des honneurs et du pouvoir politique, par lequel on leur enlevait tout intérêt à se livrer à des desseins hostiles et à une ambition irrégulière, par lequel on brisait toutes ces ligues dangereuses qui renaissaient sans cesse en Irlande, et qui devaient leur origine et leur force aux sympathies éveillées et fortifiées par de communs griefs.

C’était là ce qu’on aurait pu appeler une garantie morale, par opposition aux garanties légales. C’était une garantie qui avait pour raison d’être une confiance généreuse dans la loyauté des catholiques romains, et l’espoir qu’ils auraient de nouveaux motifs d’attachement pour une constitution qui ne les exclurait plus d’aucun de ses privilèges.

SUR L’ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES (18î9). 487

On aurait pu sans doute proposer, contre les abus de pouvoir des catholiques romains, d'autres garanties, des garanties imposées par la loi ; mais il fallait bien prendre garde que de telles garanties, sans avoir aucune valeur en elles-mêmes, ne fussent revêtues d’un caractère de soupçon et de méfiance propre à diminuer l’efficacité des garanties morales dont je viens de parler.

Plus j’examinai la question, plus je me sentis disposé à abandonner la pensée d’établir des garanties légales, de réduire, par exemple, à un chiffre déterminé le nombre des catholiques romains qui pourraient être admis dans le Parlement, ou de maintenir des distinctions quelconques entre les protestants et les catholiques, au sujet de la capacité d’obtenir ou d’exercer certains pouvoirs légistatifs ou officiels.

Quant à ce que j’appellerai les garanties religieuses, par opposition aux garanties purement politiques, les garanties relatives à l'exercice de la religion catholique romaine, au mode de nomination des prêtres et des prélats, au règlement des rapports avec le siège de Rome, à l’examen des bulles et rese.rits, etc., il me sembla que cette question avait été décidée le jour où nous avions résolu de ne point accompagner le redressement des griefs d’une loi de dotation en faveur des ministres de la religion catholique romaine.

Indépendamment de cette raison, les exemples du passé n’étaient pas de nature à nous encourager dans la recherche de semblables garanties religieuses.

Le veto de la couronne sur la nomination des évêques catholiques romains , le serment imposé aux personnes dans les ordres de ne concourir à la consécration d’aucun évêque ou d’aucun doyen catholique romain qui ne leur paraîtrait pas loyal et paisible dans sa conduite, la no-

488 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEL mination d'une commission chargée de l’examen des bulles, des dispenses et des autres actes de la cour de Rome, toutes les garanties, toutes les mesures de ce genre avaient provoqué, lors de leur proposition, des discussions sans mesure et sans fin, et elles avaient inspiré un grand mécontentement aux catholiques, sans augmenter, à beaucoup près dans la même proportion, la satisfaction et la confiance des protestants.

On vient de publier, dans les Mémoires et la correspondance de lord Castlereagh, une note de lord Castlereagh sur les « garanties» proposées par M. Grattan ctM. Canning.

Il fuit, je suppose, allusion à celles qui étaient contenues dans le bill d'émancipation de 1813. Lord Castlereagh parle d’un ton fort peu révérencieux du serment proposé pour les prêtres, « de ne jamais consentir à la nomination, en qualité d’évêque, d’une personne qu’ils ne pourraient regarder comme loyale et paisible dans sa conduite, et de ne jamais correspondre avec le pape que sur des matières ecclésiastiques. » « Quant il ce serment, destiné à protéger notre Église, c’est, » dit-il, a la plus grande farce que j’aie jamais lue. »

Au sujet des commissaires revêtus par le bill du pouvoir d’examiner les bulles, etc., et « d’annuler la nomination d’un évêque qui ne serait pas reconnu loyal et paisible, » lord Castlereagh, tout en exprimant l’avis qu’une a commission de laïques catholiques romains, chargés des rapports entre le gouvernement et l’Église, serait une boune institution, » adresse de nombreuses objections au mode de nomination de la commission proposée par le bill de 1813, et aux fonctions dont elle était revêtue.

Il dit que « la pensée de créer une commission laïque

ayant le pouvoir d’annuler, même après l’approbation papale, l’élection d’un évêque, est en opposition formelle avec les principes de lÉglise de Rome. »

Au sujet de l’enquête sur les bulles papales, etc., lord Castlereagh dit : « Pourquoi faire jurer le secret! Pourquoi exiger une copie des bulles, et non l’original! Pourquoi dispenser de l’examen les bulles qui seront, sous serment , déclarées n’avoir qu'un caractère purement ecclésiastique! De telles dispositions ne peuvent avoir été insérées dans lebiilque par ignorance. »

Il dit encore que toutes les clauses du bill imposant des serments sur le caractère particulier des bulles papales, des rescrits, etc., lui paraissent ne pouvoir être bonnes à rien, « car les évêques titulaires ne peuvent prêter un serment qui ne soit subordonné à celui qu’ils ont prêté au pape. Mais la clause de M. Canning ne va à rien moins qu’à enlever au gouvernement la connaissance du gouvernement de l’Eglise romaine dans les trois royaumes, et à établir par la loi, comme légale et en dehors de tout contrôle, l’autorité du pape sur l’Église catholique d’Angleterre et d’Irlande, dans toutes les affaires purement ecclésiastiques. »

Je cite ces observations d’un homme dont l’autorité est fort grande, et qui était très-favorable à l’établissement de rapports entre la religion catholique romaine et l’État, je les cite, dis-je, afin de prouver combien il est difficile de créer ces a garanties, » qu'on croyait trouver en donnant à l’État un droit de contrôle sur les nominations aux fonctions ecclésiastiques dans l’Église de Rome, et en apportant des restrictions aux relations avec le siège papal.

Si nous avions proposé des garanties de ce genre en 1829, il n’est pas douteux que nous aurions eu à lutter contre des objections analogues à celles de lord Castlereagh,

4!>0 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEEC objections protestantes d’nn cAté, objections catholiques de l’autre. Dans tous les cas, nous n’aurions pu conserver l'espoir de régler promptement une question de cette nature, et nous nous serions exposés néanmoins au juste reproche d’avoir manqué de lionne foi si nous avions ajourné indéfiniment les mesures annoncées comme des garanties, tout en recommandant l’adoption immédiate des autres mesures, celles qui devaient conférer aux catho- • liques la capacité illimitée d’exercer des pouvoirs publics.

J’ai la confiance qu’eu égard à la situation des affaires eu 1829, notre décision a été sage. Il était urgent de régler immédiatement la question politique; il était de la plus grande importance d’embarrasser le moins possible la question en y mêlant des matières sinon étrangères, du moins d’une nature si complexe et si difficile qu’elles auraient donné lieu à des controverses interminables et à de justes demandes d’ajournement.

Le 10 avril, les bills sur la suppression des incapacités politiques des catholiques romains et sur le règlement de la franchise électorale en Irlande furent l’un et l’autre lus pour la troisième fois, et passèrent dans la chambre des Lords, le second sans scrutin , le premier à une majorité de 104 pairs, y compris les procurations.

Les votes se répartirent ainsi :

Tour le bill, 213.

Contre, 109.

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Ainsi se termina la lutte parlementaire sur ces importantes mesures. Après un intervalle de vingt ans, je ne puis me reportera celte lutte sans exprimer ma reconnaissance de l’appui cordial que je reçus dans les deux chambres du Parlement , non-sculeinent de tous les hommes avec qui nos liens officiels avaient été naguère rompus.

mais même de ceux qui n’avaient jamais eu de rapports , politiques avec nous, et qu’on pouvait regarder, en se plaçant au point de vue des intérêts et des liens de parti, comme nos adversaires décidés.

Non-seulement ils donnèrent leur appui à nos mesures, mais ils s’abstinrent avec prudence de toute manifestation qui aurait pu semer des embarras sur notro route; et, en plusieurs circonstances, ils évitèrent de nous adresser des objections partielles auxquelles ils attachaient un grand prix, afin de rendre plus cordialet plus efficace l’appui par eux donné au plan dans son ensemble. Comme j’avais dù naturellement le prévoir, la conduite que je crus devoir adopter, en conseillant le règlement de la question catholique, et en me chargeant de proposer au Parlement les mesures du gouvernement, et de les faire triompher dans chambre des Communes, m’exposa au blâme de ceux qui restaient convaincus que ces mesures n’étaient point nécessaires.

Ce blâme prit les formes les plus opposées et me fut adressé aux degrés les plus divers, depuis le reproche amical et l’expression modérée d’un dissentiment consciencieux, jusqu’aux injures les plus violentes et à l’accusation d’avoir obéi aux plus bas motifs.

Je cherchai à adoucir par des explications respectueuses ceux de mes adversaires qui voulaient bien écouter mes arguments. Je ne tins aucun compte des calomnies inventées par un zèle trop ardent pour pouvoir être accessible à la raison et trop peu charitable pour croire à la possibilité d’une intention honnête.

Pour donner un spécimen de la première classe d’adversaires, je vais reproduire la correspondance que j’échangeai avec un digne et respectable prélat, le docteur Jebb, évêque de Limerick. Ma lettre en réponse à la pre-

492 FRAGMENTS DU MEMOIRE DE SIR R. REEL mière des lettres de l’évêque récapitule nécessairement certains arguments déjà donnés dans les documents qui précèdent ; mais la seconde lettre de l’évêque serait à peine intelligible sans l’insertion de celle à laquelle elle répondait. On verra que, non-seulement je ne réussis point à convaincre l’évêque deLimerick, mais que les raisons que je regardais comme les plus concluantes en ma faveur, celles qui me paraissaient le mieux démontrer la nécessité de changer notre politique, eurent pour malheureux résultat d’affermir, si c’était possible, l’évêque dans sa conviction que les concessions offraient plus de danger qu’une résistance absolue.

L'évêque de Limerick à M. Peel.

5, York Terrace, Regenl’s Park, 7 février 1829.

« Mon cher Monsieur,

« Depuis le mémorable hiver de 1821-1822, j’ai eu , à plusieurs reprises, l’honneur d’adresser à une portion du gouvernement de S. M., et par l’intermédiaire d’un ami intime, des communications qu’on a, je crois, prises en bonne part, ou que du moins, j’en suis certain, ou ne m’a jamais reprochées.

« Dans la situation actuelle, je crois qu’il est de mon devoir de déclarer que mes opinions politiques ne sont en rien changées. Mes sentiments et mes actes à l’égard de mes compatriotes catholiques romains ont toujours été empreints de bonté et de bon vouloir; mais c’est ma conviction inébranlable qu’il faut s’attendre, en Angleterre comme en Irlande, aux plus terribles conséquences politiques et ecclésiastiques si l’on accorde, dans une mesure quelconque, le pouvoir à tout ou partie du corps catholique romain.

« Les concessions peuvent suspendre pour un temps certains des maux actuels; elles n’en détruiront aucun cl elles les aggraveront tous: c’est la ma conviction bien arrêtée, et

exprimée de sang-froid. On ne peut, au prix de certaines concessions, acheter la chance d’une tranquillité temporaire, qu’avec la certitude d’accroître le trouble, de le rendre permanent, et d’amener des conséquences qu’il est impossible à la sagesse humaine de calculer et de contrôler, mais dont la génération présente pourra probablement sentir les malheureux commencements.

a Je suis un évêque irlandais; je n’ai pas le droit d’exposer mon avis au Parlement dans la présente session ; j’espère donc que vous voudrez bien me pardonner d’avoir ainsi déchargé ma conscience. Par un scrupule de délicatesse, j’ai évité avec soin d’adresser jusqu’ici directement mes communications à vous ou à vos collègues , et je me suis servi de l'obligeant et prudent intermédiaire de mon ami sir Robert Inglis. Des motifs semblables me poussent aujourd’hui à écrire directement, et je n’ai pas besoin de dire pourquoi j’ai dû renoncer à l’avantage de me concerter préalablement avec lui.

« Je ne puis finir sans vous demander la permission de vous envoyer l’expression de ma reconnaissance pour toute la bonté que vous m’avez témoignée, en particulier dans ma dernière maladie. C’est dans de semblables moments qu’on juge le mieux si le cœur d’un homme est bien placé.

« J’ai l’honneur d’être, etc.,

« John Limerick. »

M. Peel à l'évêque de Limerick.

. Wbitebzll, 8 février 1829.

<t Mon cher Lord,

« Je puis vous assurer bien sincèrement qu’aucune opinion que vous pouvez avoir à m’exprimer, qu’aucune ligne de conduite politique que vous pouvez vous sentir tenu

494 FRAGMENTS DU MÉMOIRE DE SIR R. PEpL

d’adopter, ne peut diminuer en moi le plaisir que j’ai à connaître vos sentiments, ni le respect que m’inspirent un nom sans tache et de grandes lumières.

« Je serai le dernier à me montrer surpris que des concessions aux catholiques romains vous paraissent dangereuses; mais je vous supplie d’examiner sans passion les faits que je vais rappeler à votre attention , les chances qu’il y a de pouvoir opposer une résistance permanente à toute concession, et le danger que les concessions ne nous soient imposées dans des circonstances beaucoup plus défavorables que celles d’aujourd’hui.

a En premier lieu, il y a division sur ce sujet entre la chambre des Lords et la chambre des Commuucs, et voilà seize ans qu’elle dure.

« Secondement, Pour faire marcher le gouvernement de ce pays, dans les vingt-cinq dernières années, il a été trouvé nécessaire de ne point exclure du conseil du roi des hommes tels que M. Pitt, feu lord Melville, lord Castlereagh , et M. Canning. Dans des temps de difficulté pressante, leur exclusion du gouvernement était impossible. Leur admission a introduit la désunion dans le cabinet et a tendu à faire faire des progrès aux intérêts catholiques. Leur impuissance à mettre immédiatement leurs vues en action les a rendus probablement d’autant plus décidés dans leur langage sur la nécessité d’adopter finalement ces vues.

« Troisièmement. 1,’opinion des jeunes gens qui entrent dans la vie publique et qui ont quelque chance de se distinguer est, je crois, à peine sans exception, en faveur d’un règlement de la question.

« Quatrièmement. Dans le cours des six derniers mois, l’Angleterre, étant en paix avec le monde entier, a employé les cinq sixièmes de l’infanterie du Royaume-Uni à maintenir la paix et à faire la police en Irlande. Je regarde un état de choses qui exige un tel déploiement de force militaire comme plus grave qu’une rébelliou ouverte.

a Cinquièmement, l ue union intime s’est établie entre

les laïques catholiques romains et les prêtres catholiques romains. Le résultat de cette union, c’est que la représentation des comtés de Waterford, de Monagham, de Clare et de Louth a été violemment enlevée à l’aristocratie naturelle de ces comtés ; si l’état de choses actuel se perpétue, si les partis dans le Parlement continuent à se balancer au point de se paralyser mutuellement, et de pouvoir empêcher, l’un toute concession, l’autre toute répression et tout contrôle, il faut nous résigner à voir l’Irlande envoyer au Parlement de soixante à soixante-dix radicaux , lors de la prochaine élection générale.

« Sixièmement. L’état social de l'Irlande deviendra bientôt incompatible avec le jugement par jury, dans toutes les affaires politiques. Les catholiques romains ont découvert la force que leur donnent les droits électoraux. A moins d'être prêts à substituer un nouveau système de jurisprudence criminelle au système actuel , gardons-nous de leur apprendre combien il est facile de paralyser l’actiou du gouvernement et de la loi.

« Si tel est réellement le présent état des choses, peimellez-mui de vous supplier de réfléchir à ce que serait la condition de l’Angleterre si la guerre venait à éclater.

« l'n Parlement anglais souffrirait-il un instant en Irlande un état de choses qui obligerait à appliquer la moitié de ses forces militaires à la protection, ou plutôt à la surveillance de celte partie exposée de l’empire?

« Pouvons-nous oublier, en nous reportant à l’histoire d’Irlande, ce qui s’est passé en 1782, ce qui s’est passé en I79.'l? Il est facile de blâmer les concessions faites alors, mais elles n’ont été faites que par suite de la conviction intime que, pour éviter de plus grands dangers, il était absolument nécessaire de s’y résigner.

« Mon opinion arrêtée est que, si un gouvernement uni ne prend pas en considération la situation générale de 1 Irlande et ne cherche pas à régler la question catholique, il faut se préparer à la nécessité de la régler un jour à venir.

d'une façon dangereuse pour les établissements protestants, et incompatible avec la dignité de la couronne d’Angleterre.

a Supprimez les dissidences sur les incapacités politiques, et vous verrez l’esprit protestant dix fois plus fortement uni contre le papisme qu’il ne l’est aujourd’hui.

« Pardonnez-moi de vous écrire si fort en hâte sur une matière d’une telle importance.

« Croyez-moi , etc.,

« Robert Pfel. »

L'évéque de Limerick à M. Peel.

11 février 18Ï9.

a Mon cher Monsieur,

« J’ai examiné de nouveau (car ils n’étaient pas nouveaux pour moi) les arguments contenus dans votre lettre; je l’ai fait avec tout le calme et toute l’attention dont je suis capable. Il en est résulté pour moi la conviction de plus en plus forte, si c’est possible, que les concessions présentent infiniment plus de difficulté et de danger qu’une résistance absolue.

« Notre situation est terrible; je ne saurais me le dissimuler, quand même je le voudrais. Les papistf s d’Irlande sentent leur force, cela n’est que trop vrai; mais leur force tient surtout , et ils le sentent aussi , à la faiblesse de notre gouvernement. Après une longue période de désordre, malgré la présence dans le pays d’une force militaire imposante, on n’a pris, dans ces derniers six mois de complète anarchie, aucune mesure efficace pour réprimer les agitateurs et punir une trahison pire que la révolte ouverte. Au contraire, les amis de la constitution ont été réprouvés presque comme des ennemis; ses ennemis ont été encouragés comme des amis ; humainement parlant, avec un tel système, rien ne peut nous sauver.

u Je me repose, après tout, dans la divine Providence, et

ma confiance ne pourra être ébranlée. Je crois encore que tout ira bien ; mais en même temps, pour la défense de tout ce qui est cher aux protestants anglais, je suis prêt, si cela est nécessaire, à sacrifier de bon cœur ma vie elle-même, comme tant d’autres de mon ordre l’ont fait avant moi.

« Avec les plus grands sentiments de bienveillance personnelle,

« Je suis, etc.,

« John Limrrick. »

Le corps électoral dont j’avais eu le malheur de perdre la confiance fournit de nombreux exemples d’une autre classe d’adversaires, aussi décidés que l’évêque à résister à l’émancipation, mais moins charitablement disposés envers son auteur.

Si l’on avait invoqué le brusque changement de ma politique comme preuve de mon manque de sagacité et de prévoyance, si l’on m’avait reproché de m’être attaché avec trop d’obstination à une cause désespérée, d’avoir trop longtemps permis à des engagements de parti et à une déférence excessive pour les désirs de mes commettants de l’emporter sur l’évidence chaque jour croissante d’une nécessité prochaine si telle eût été l’accusation dirigée contre moi, il me serait plus difficile d’y opposer une réfutation complète et préremptoire.

Mais c’était l’accusation contraire qu’élevaient contre moi ceux dont j’avais perdu la faveur et le bon vouloir : sans raison suffisante, par pusillanimité et pour d’indignes motifs, j’avais, selon eux, conseillé l’abandon d’une résistance dans laquelle il eut été facile autant que sage de persévérer avec vigueur.

Il appartient à d’autres de décider, après mûr examen

des preuves que j’ai données et de celles que le temps

m FRAGMENTS DU MKMOTRE DE SIR R. PEEI.

produira «ans doute, si, au moment où la politique de concession fut adoptée, les raisons en faveur de cette politique ne l’emportaient pas sur les raisons en faveur d’une résistance absolue et prolongée.

Mais il m’est permis de parler de mes motifs et de mes intentions.

La pusillanimité, le manque de courage moral , m’auraient poussé dans une voie bien différente de celle que j’ai suivie. Si j’avais été dominé par d’indignes craintes, la crainte des reproches, la crainte de la responsabilité, la crainte de luttes parlementaires, il m’eùt été facile de cacher mon opinion réelle, de m’abriter derrière le prétexte déshonnétc d’une fausse constance, et de gagner les vains applaudissements qu’on prodigue à ceux qui s’attachent inflexiblement à une 'opinion une fois exprimée, bien que des changements de circonstance en justifient et en exigent l’abandon.

Si j’avais été animé d’ambition personnelle, de cette ambition personnelle qui se contente de la direction d’un parti politique ou de la possession du pouvoir officiel, j'aurais pu encourager et partager les scrupules du souverain ; j'aurais pu faire appel aux sentiments religieux du pays et les rallier autour du trône pour le maintien de la religion protestante, et pour la protection de la conscience royale.

Les documents que je produis suffiront, je crois, à défendre ma mémoire contre l’imputation d'avoir obéi à des motifs plus indignes encore. Je puis affirmer avec vérité, et j’affirme solennellement, en présence du Dieu toutpuissant « à qui tous les cœurs sont ouverts, tous les désirs connus et à qui nul secret ne peut être caché, » qu'en conseillant et en proposant les mesures de 1829, je n’étais dominé par aucune autre crainte que la crainte des mal-

heurs publics, et que j’ai agi en verlu d’une profonde conviction que non-seulement ces mesures étaient utiles au bien général , mais qu’elles étaient devenues impérieusement nécessaires pour détourner un danger croissant et imminent qui menaçait des intérêts spécialement commis à ma garde, les intérêts de l’Église et des institutions liées à l’Église.

Il se peut que, sans m’en douter, j’aie subi l’influence de motifs moins purs et moins désintéressés, que j’aie cédé au secret plaisir d’être « un hardi pilote au milieu de la tempête; » mais ce ne fut certainement pas une ignoble ambition qui me poussa à affronter une lutte à outrance, et à me soumettre au sacrifice de tout ce qu’un homme public a de plus cher, tout, excepté l’approbation de sa conscience et l’espoir de la justice de l’avenir.

Au moment de la dissolution du Parlement par le cabinet de lord John Russell, en juillet IK17, sir Robert Peel, sorti des affaires depuis un an, et saisissant avec empressement cette occasion d’expliquer, en la résumant, toute sa conduite pendant son ministère, adressa aux électeurs de Tamworth, qu’il avait constamment représentés, la lettre suivante :

Aux électeurs du bouri/ de Tamworth.

Draylnn Slanor, 15 juillet 1817.

« Messieurs,

« Il parait très-probable que le Parlement va être immédiatement dissous.

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