‹ Sir Wilfrid Laurier, Premier Ministre du CanadaChapitre 23 sur 38 · I. Député de Uiclielieu · texte numérisé non relu

I. Député de Uiclielieu

pour récompense et remerciement l'entière confiance, la plus profonde estime et Tadmiration la plus sincère de tous les véritables patriotes du pays. »

Lorsque sonnera pour la « Puissance du Canada » l'heure propice de l'indépendance, lorsque, par un coup de baguette du Destin, une volonté de plus pèsera dans la balance internationale, indéniablement la nation canadienne s'estimera heureuse de posséder un homme de cette haute valeur, apte à faire prévaloir ses droits et à dirig-er la défense de sa sécurité extérieure.

Quels que soient les événements futurs, la nation canadienne est appelée à développer avec le temps, trame nécessaire des grands efforts et des longues patiences, son immense champ d'activité. L'œuvre, soigneusement étayée et méthodiquement conduite, ne risque pas d'être compromise, car ses membres sont gens de volonté et d'action calculée; l'intelligence et l'activité ne leur font pas défaut; dédaigneux des stériles exaltations chauvines, ils repoussent les utopies dangereuses qui les écartent de leur but. Aplanissant les obstacles de sang-froid, ils n'ont recours pour résoudre les difficultés qu'aux saines notions du calme et du possible.

Dans leur marche lente, mais continue, vers l'émancipation, ils ont su comprendre que le soin de leurs inté: rets propres ne saurait s'accommoder d'une lutte sans trêve contre le drapeau britannique. La doctrine, la tactique et les mots d'ordre de conflit de race et de révolution n'ont guère trouvé accès dans les milieux canadiens qui se sont refusés à servir de marchepied à l'ambition de certains politiciens. Ce sont, à l'heure actuelle, des citoyens loyaux, mais d'un loyalisme, il faut le dire,

subordonné au respect des privilèges et des prérogatives immuablement chers au cœur de ces irréductibles Canadiens.

Le désir de préserver son intégrité territoriale contre les insatiables convoitises du redoutable et puissant voisin qui l'enclave au nord et au nord-ouest, est le motif primordial qui retient ce jeune peuple sous la tutelle anglaise; ce ne pourrait être, en effet, le passé historique de l'Angleterre dont il se glorifie, et c'est encore moins son idéal politique qu'il envisage.

Deux races fières, vaillantes, mais opiniâtrement rivales vivant sous les mêmes institutions, gouvernées par les mêmes hommes, subissant des influences mutuelles, inévitables ; deux races collaborant aux mêmes lois, se rencontrant à chaque pas, sont là, vivant côte à côte sans fraterniser, sans fusionner.

« La paix règne et c'est un miracle, — écrit à ce sujet l^L André Siegfried, — car on ne peut rêver deux races plus différentes. L'union s'est faite par nécessité d'abord, puis par raison, jamais par inclination. Un Canadien- Français l'exprimait un jour avec esprit : « La France, disait-il, est notre mère, et l'Angleterre... notre bellemère. »

En dépit de son infériorité numérique, l'élément français, qui tient de son origine la vaillance combative sans la mobilité de caractère, semble se consolider de jour en jour.

Doué d'une force de résistance telle, qu'elle, lui a permis de battre en brèche l'influence dominatrice de l'Angleterre, d n'en a pas moins profité dans une grande mesure de sa maîtrise en matière politique et commerciale. Il s'est peu à peu familiarisé avec la discipline des partis, l'ordre des discussions, la forte tradition du régime parlementaire que détient la race anglo-saxonne. Des intérêts communs ont à la longue émoussé son anta-

gonisme à l'égard d'une race appelée à partager ses destinées.

Vivre en bonne intelligence avec leurs compatriotes d'origine anglaise, se montrer loyaux sujets de l'Angleterre qui, en retour de leur loyalisme, a délibérément adopté vis-à-vis d'eux une politique de libéralisme et de justice (1) et sauvegarde aujourd'hui leur autonomie et leur fierté nationale, semble devoir être la plus profitable ligne de conduite pour les enfants de la Nouvelle-France.

« L'Angleterre — écrivait récemment M. Paulliamelle — laisse la colonie maîtresse de ses destinées, respecte sa personnalité, ses intérêts. Elle ne confond pas unité avec uniformité ; elle ne cherche pas à couler l'infinie variété des énergies humaines dans la rigidité d'un même moule. Elle les laisse libres de se développer selon leur loi intérieure. Elle a compris hautement sa mission, renfermée dans la devise que lui légua John Bright : « L'Angleterre mère des nations vivantes. »

La race canadienne-française, nécessaire au maintien de l'équilibre américain, est le suprême appui des derniers vestiges de la domination anglaise dans l'Amérique du Nord ; elle est le seul auxiliaire propre à maintenir le Canada sous sa domination, et la Grande-Bretagne

I. La constilulion actuelle du Canada est un modèle de libéralisme : c'est celle d'une république fédéralive où l'Angleterre ne fait sentir sa suprématie que j)ar la nomination du gouverneur. Le régime parlementaire y est une réalité et le ministère n'y est responsable que devant les élus du peuple. La liberté est rendue plus complète encore par une profonde décentralisation ; chaque province est un petit État doué d'une autonomie presque complète, possédant son Parlement, son ministère responsable, faisant ses propres lois et les appliquant à son gré. Décentralisation, liberté du haut en bas de l'échelle, tel est le mot d'ordre dont les Canadiens sont justement orgueilleux et tel est l'esprit du régime dont l'Angleterre a doté sa libie colonie. (André Siegfried.)

CONSIDÉRATIONS. t>.Jl

n'ignore point que la vitalité exceptionnelle de nos frères d'outre-Atlantique est le grand obstacle à l'annexion américaine ; c'est un titre puissant à la reconnaissance de la Couronne britannique, soucieuse de la grandeur et de la prospérité de la Nouvelle-France, dont le développement progressif lui est primordialement précieux au point de vue politique et stratégique.

Par une politique logique, rationnelle et positive, par la sagesse de ses mœurs et la discrétion de ses visées, par la puissance qu'il déploie dans le travail, le Canada français, docile aux conseils d'un sage patriotisme, progresse avec un relief prodigieux dans la voie du progrès et de la civilisation.

Nous pouvons donc envisager avec confiance l'avenir de cette seconde France qui tient avec modération, mais avec fermeté, la clef de la situation politique dans le Dominion.

Cette branche cadette de la race française a jeté sur le continent américain de profondes et vivaces racines. Son expansion surprenante décèle les signes distinctifs de notre indestructible vitalité.

Cette poussée d'ensemble et sans précédent, venue des profondeurs mêmes de la nation, cette source jaillissante d'une natalité qui se meut en dehors de toute compréhension comme au delà de toute croyance, autorise tous les espoirs orgueilleux d'une suprématie future et révèle aux yeux du monde étonné la prestigieuse résurrection d'une communauté ethnique, fière de son essor, forte de ses aptitudes et confiante dans son avenir. En elle, nous retrouvons le secret de notre grandeur, le génie de notre race, le triomphe de notre homogénéité.

Émergeant de son état de colonie britannique, le Canada est inévitablement appelé à jouer un jour ou l'autre un rôle brillant parmi les peuples du Nouveau Monde, un rôle important peut-être dans l'Univers. Lin-

dépendance ouvre un horizon presque infini au développement de ses destinées.

Nation jeune aux longues perspectives, aux grandioses espérances, l'unique desideratum du peuple canadien doit être la politique des mains libres : sa richesse, sa prospérité en dépendent; sa future grandeur en est le prix.

« Lorsqu'on veiil connaiire a fond ces hommes qui répandent de la lumière, il ne faut pas moins s'éclairer de leur caractère que de leur génie. Le génie, c'est le flambeau du dehors; le caractère, c'est la lampe intérieure. »

Victor Hugo.

Au-dessus des hommes politiques que le Canada s'honore d'avoir vu naître; au-dessus de cette brillante phalange dont s'enorgueillit, à juste titre, la Nouvelle-France et qui compte dans son sein les Cartier, les Chapleau, les Mercier, etc., un nom s'élève qui s'impose et domine tous les autres : celui de sir W'ilfrid Laurier.

Fils de la race gallo-latine dont le génie plane sur tous les continents ; élève de la race anglo-saxonne dont il réunit à un rare degré les prédominantes qualités, cet enfant du Canada, Français de cœur et d'esprit, de sang et d'intelligence, occupe aujourd'hui la présidence du gouvernement canadien avec cet éclat et cet ascendant que recèle invariablement l'union généreuse d'une âme impartiale et d'un esprit cultivé.

Sir Wilfrid Laurier est de ces merveilleux exemplaires d'hommes incarnant toutes les qualités qu'une race se complaît à revendiquer, de ces hommes en un mot qui, surgis de la foule, conduisent un peuple par la parole et nourrissent en lui la foi dans l'avenir; une de ces individualités remarquables, sous l'égide desquelles une nation libre se groupe, grandit et s'élève à une hauteur inattendue.

Personnalité au relief puissant, son imposante situation de Premier du Dominion, témoignage de gratitude d'un peuple reconnaissant, a justifié toutes les espérances d'une race qu'il fait aimer par ses vertus autant que respecter par son exemple, et récompensé tous les efforts d'un parti qu'il a grandi par son crédit et son talent.

Dans cette haute dignité que lui ont acquise l'importance et la gloire de services rendus au Canada, il exerce ses fonctions avec une noblesse et une modestie, marques distinctives de la hauteur et de la fermeté de ses principes.

« Pareil à ces beaux fleuves qui traversent des marécages sans y souiller leurs eaux, il passe au milieu des bassesses et des vénalités de ce temps sans rien y laisser de la pure limpidité de sa carrière. »

L'ensemble physique de ce Canadien d'élite, calme et maître de lui-même dans tout son maintien, est marqué au coin d'une aisance naturelle, nuancée d'une agréable et correcte simplicité.

Il a l'attitude empreinte de réserve, qui convient à la prééminence de sa situation politique. Avec une grande dignité de manières, il possède l'abord aimable et bienveillant. De haute taille, de fière contenance et de dis-

inction exempte de toute affectation, ayant quelque peu 'aspect austère du pasteur protestant, il est, de par 'autorité qui s'attache à son caractère, le prototype îccompli du « gentleman » et le symbole par excellence iu « gentilhomme ».

Empreinte de raison calme, de douce énergie et de cette îoblesse personnelle qui tient au respect de soi-même, sa physionomie possède un attrait particulier où la fierté laturelle se tempère d'une avenante courtoisie. Du reste jamais une parole dure, jamais un mot discourtois.

Tète de penseur, vraiment doué, inspirant la défé- •ence ; visage imberbe de ce ton mat dont César disait |u'on peut tout craindre autant que tout espérer; son 'égard expressif dont la fixité se fait parfois pénétrante, îst un miroir d'aptitudes diverses et de facultés domilantes, où débordent les plus fiers sentiments de l'âme.

Cheveux grisonnants, figure ouverte et sympathique, •ayonnante de la plus haute intelligence, tel est l'homme le rare droiture et de mœurs exemplaires, à la fois Canadien par patriotisme, F'rançais paraffection, Anglais 3ar devoir, qui garde comme une arche sainte l'édifice mquel il a si puissamment contribué, et qui personnifie ivec tant d'incomparable dignité et d'impressionnante Tiaîtrise, ces idées libérales que le peuple canadien prise i l'égal du peuple français.

« Truth is quiet — La vérité est calme », a dit John VIorley. SirWilfrid Laurier est calme comme la vérité et aisse, à l'examen, l'impression d'un grand caractère qui rappelle les traditions et les gloires de son origine.

Au moral, nature d'élite, d'un sens droit et pénétrant, respectueuse de toutes les libertés, protectrice avérée de

tous intérêts légitimes, recelant cette noble impartialité et cette liberté d'esprit qui nous la font nettement apprécier et mesurer à sa véritable grandeur.

Sympathique aux jeunes, il s'efforce, dans sa spontanéité, de plaire indistinctement à tous. Ayant souvent à leur égard de ces traits de délicatesse qui tiennent à une nature libéralement douée, il apparaît parfois comme leur défenseur d'office. Il s'est toujours plu à encourager leurs essais et à leur signaler les dispositions qui semblaient, à ses yeux, leur présager quelque avenir.

Sévère et de profond bon sens, son caractère est de même élevé et indépendant avec la mesure et l'équité qui conviennent à sa droiture.

D'une fermeté exempte de rudesse. Sir W'ilfrid Laurier est, par-dessus tout, passionné pour la grandeur de sa patrie. Sans rancune, sans haine et sans jalousie, il a les charmes qui attirent et les mérites qui attachent.

Vaste intelligence prompte à s'assimiler les idées et à les coordonner avec dextérité, elle se trouve être au surplus servie par une mémoire excellente ; l'or-ateur et le parlementaire puisent à pleines mains dans cet arsenal bien fourni.

On ne saurait méconnaîtr'e la pénétration de ses vues justes et profondes, de ses fortes et saines convictions jamais déracinées.

D'une probité qui n'a jamais souffert ni une éclipse ni une atteinte, sa conscience, qui voit juste et de haut, ignore les interrègnes et n'a jamais subordonné ses sentiments à l'intérêt personnel. Ses fautes, s'il en a pu commettre, ne furent jamais de « lucratives erreurs ». C'est une qualité qui lui a déjà valu maints succès parlementaires et populaires.

Ses conceptions marquées au coin d'une juste mesurée dénotent l'irrécusable sagacité d'un esprit observateur et pénétrant qui connaît profondément la nature humaine.

Son jugement d'homme d'Etat, d'orateur et d'écrivain demeure invariablement libre sur les hommes ou sur la politique. Chez lui « l'instinct semble aussi droit que le calcul est juste ».

De convictions sincères, ce lumineux et fécond esprit, très ouvert et très cultivé, s'inspire en toute circonstance du droit et de la loyauté; écartant de parti pris les questions inutiles et les conflits irritants, c'est avec une clairvoyance profonde qu'il plonge dans l'avenir. Tenant de la France les sentiments qui l'animent, par contre l'Angleterre prédomine dans sa forte éducation pratique et politique, où la sagesse s'accompagne d'un réel amour de la conciliation.

S'il est exact que l'esprit français est surtout remarquable par la netteté de ses idées et sa logique parfois excessive, il faut reconnaître que sir Wilfrid Laurier le représente, en tous points, dans ses tendances et ses inspirations.

Cœur assez haut pour se mettre passionnément au service du progrès; fermement épris de justice et de vérité les grands sujets lui sont accessibles et lui conviennent comme les plus humbles.

Ce cœur qu'a peu souvent froissé la calomnie,

Bat au nom de gloire, au saint nom de pairie.

S'attendrit au récit d'une belle action,

Frémit d'une injustice et d'une oppression,

A, pour les maux publics, dos larmes toujours prêtes

Et tressaille d'espoir aux c'nants des grands poètes'.

Dans le secret de sa conscience, fermée aux suggestions de l'intérêt personnel, rien d'exagéré, de chimérique et d'impraticable.

Sir Wilfrid Laurier est esclave de sa conscience. Il ne

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