G. Valbert
comme en 1897, ny seront probablement résolues que des questions d'extension commerciale et de fusion industrielle.
Que l'on se rende compte de l'importance que comporterait une ligue commerciale de toutes les colonies anglaises, véritable zollverein sengageant à repousser les produits étrangers et à ne consommer que les siens. Quelles conséquences désastreuses compterait pour le commerce européen cette hypothèse vraisemblable.
Que l'on prête l'oreille à l'opinion émanant d'un journal anglais qui pose la question en ses véritables termes :
« Il est fort possible que nous soyons un peuple pratique, mais nous manquons d'imagination.... II appert que nous sommes aujourd'hui à un tournant de notre destinée et qu'il faut prendre un parti. Deux alternatives se présentent. D'une part, nous pouvons nous avouer battus par les Américains, et nous tirer le moins mal possible de cette situation. Tout en abandonnant la bataille, nous tenterons de rester bien avec le vainqueur et de partager avec lui comme associé — associé passif — les bénéfices de l'esprit d'entreprise des Américains. Mais si. d'autre part, nous avons le courage de tenir pied ferme et que nous ayons quelque espoir, non seulement de garder les positions acquises, mais encore d'agrandir notre maîtrise, il nous faut tenter une autre voie. Cette voie nous est ouverte. Il s'agit de faire ce que nos concitoyens coloniaux nous sollicitent et nous prient de tenter, soit de considérer les choses uniquement au point de vue insulaire et de les envisager au point de vue de l'empire tout entier. Cet empire pourrait se soutenir par lui-même, en pleine prospérité, contre le monde entier.
« Pourquoi, par exemple, ne pas exploiter le Canada ? Le Dominion est la meilleure carte que nous ayons à jouer contre l'agression américaine. Nous avons été ■sourds et aveugles sur bien des points, mais sur aucun
comme dans notre négligence relative à l'égard d'une contrée territorialement si vaste et possédant des ressources naturelles aussi grandes que celles des Etats-Unis, exceptions faites pour le coton et le tabac, offrant même certains avantages positifs que n'ont pas les Américains. Nous avons gaspillé l'esprit d'entreprise et les capitaux dans des parties du monde chimériques ; en revanche nous n'avons fait que fort peu de chose pour le Canada en proportion des magnifiques perspectives d'avenir que nous offre ce pays. Nous commençons vaguement à entrevoir ces possibilités ; mais déjà les Américains ont montre plus de clairvoyance que nous. L'émigration américaine envahit le Canada à grandes enjambées. Le capital amé ricain aussi l'envahit, pour accaparer, autant que possible, les ressources naturelles et les jeunes industries géantes du Canada. Allons-nous rester les bras croisés'; Le Canada peut devenir une nouvelle Amérique sous les auspices britanniques; nous ne manquons ni de pré voyance ni de volonté.
En matière de colonie plus qu'en toute autre chose, i est moins difficile de créer que de conserver. Pour gardei ce que l'on a conquis, il faut joindre à l'intrépidité dans les desseins l'esprit de suite et l'art de gouverner.
Sous quelque latitude que s'exerce le champ de sor activité, le peuple anglais sait accomplir de grandes choses lorsque les circonstances critiques se font près santés; mais ne semble-t-il pas qu'elle soit insurmon table cette tâche d'assujettir à un contrôle réel de la pari du gouvernement impérial les demeures éparses de le race anglo-saxonne? De plus, à l'examen attentif, cette fédération rencontre de sérieux obstacles; la part d'inlUience à faire à chacun des Etats confédérés sera cer tainement très difficile à déterminer; la répartition de le dette nationale, celle des taxes, la fixation de limpôl sont autant de difficultés, cela sans préjudice de la pari
qui leur incomberait dans les charges militaires et navales, le sentiment pénible du fardeau de la guerre et limposition des sacrifices qu'elle entraîne.
« Est-il possible, a dit lord Blackford, que des nations indépendantes et extérieurement divisées par l'Océan, comme l'Angleterre, le Canada, l'Afrique méridionale et l'Australie, demeurent éternellement unies dans le seul but de déterminer une politique étrangère qui n'offre pas un but commun? »
Qu'on se remémore à Londres cet avertissement de lord Salisbury, cinq ans passés, au moment de l'historique Jubilé :
« Nous tentons une gi'ande expérience, disait-il, dans un discours de Jubilé où le lyrisme n'éclate qu'à la fin, comme jailli de la réflexion ; nous tentons la grande expérience d'essayer de maintenir un tel Empire (il venait de constater la fragilité des entreprises analogues du passé) exclusivement sur la base d'une bonne volonté, d'une sympathie et dune affection mutuelles. On parle d'union fiscale et d'union militaire!... Notre Empire doit reposer sur une autre base; il reposera sur le grand développement de sympathie, de pensées communes et de sentiments entre les hommes qui sont pour la plupart des enfants d'une même race et qui se glorifient du même passé historique.... Le succès dépendra de nos législatures. Qu'elles aspirent à jouer au-dessus des classes et des intérêts le rôle d'arbitre!... Elles créeront un empire tel que le monde n'en aura jamais vu et qui sera la marque d'une puissante étape dans la marche en avant de l'humanité. »
Et ce dernier de quelques jours à peine :
« Il y a des hommes de grande intelligence et de grande autorité qui croient le moment venu pour nous d'agir législativement en vue dune fédération des colonies. Je leur conseille instamment de penser à ce quils font avant
218 SIR \MLFRID LAURIER.
d'agir, et de réfléchir aux résultats qu'ils attendent d'une fédération. »
Que serait cette problématique fédération que pour toute âme britannique représente « l'extension de la puissance anglaise des institutions de la liberté, du gouvernement représentatif anglais à la plus grande partie de la terre habitable, fédération gigantesque qui guiderait le monde vers le règne de l'industrie et de la paix. »
Quelle force, quelle puissance, inoculerait-elle à ce mot fascinateur entre tous : l'Impérialisme. Indubitablement, l'Angleterre désire refréner les autonomies coloniales, et la grande préoccupation actuelle des plus éminents hommes d'État d'Angleterre est de faire accepter par les diverses colonies une intime solidarité avec la métropole.
« L'attachement des colonies pour la mère patrie, disait Disraeli au Palais de Cristal en 1872..., clans mon opinion aucun ministre d'Angleterre ne fera son devoir, s'il néglige l'occasion de ressusciter autant que possible notre empire colonial et de répondre à ces lointaines sympathies qui peuvent devenir pour notre pays la source d'une force et d'une prospérité incalculables. »
Tant pour le Canada que pour TAustraHe, le lien qui les rattache à la mère patrie est devenu si ténu qu'il a toutes chances de se rompre prochainement si M. Chamberlain ne réussit pas à découvrir le moyen efficace susceptible de le renforcer. Les colonies n'ignorent pas, en effet, que dans un avenir rapproché l'accroissement de leur population et le développement de leur richesse leur assureront un rôle prépondérant. Elles sont en conséquence portées à fairp peu de cas des considérations qui guident la politique étrangère de l'Angleterre. Jalouses de leurs droits, défiantes de tout empiétement sur leurs
libertés, la paix doit de ne pas avoir été troublée à la réserve prudente et à l'effacement volontaire du Royaume- Uni. Le système colonial a fait son temps. L'Angleterre lui doit, il est vrai, sa prodigieuse expansion, mais désormais le prestige du nom britannique ne doit plus rien en attendre.
Et pourtant la question devient de jour en jour plus vitale. Quelle ligne de conduite va suivre cette agglomération de races et de pays qui voit devant elle un avenir sans limite? Que va devenir cet Empire colonial qui porte aux quatre coins du monde la gloire du nom anglais?
Il s'agit de modifier profondément un système désormais condamné, car les colonies anglaises, telles les « verges dispersées d'un faisceau, » sont pour l'Angleterre plutôt une cause d'affaiblissement que de puissance.
« Il importe de savoir — énonçait déjà, il y a vingt ans, la ]} c-^tminster Gazette — si celte vaste juxtaposition d'États reliés entre eux par des liens trop lâches, sera modelée par une maîtresse main en un grand et prestigieux Empire sans égal pour l'étendue, sans rival pour la richesse, sans pareil pour les institutions publiques, ou si on le laissera se dissoudre et s'émietter en une foule d'États de troisième ordre. »
De l'avis unanime des Anglais, il importe de centraliser les forces générales de l'Empire britannique, de les appuyer d'une armée et d'une marine impériales et d'en cimenter une fédération aussi redoutable au point de vue économique qu'au point de vue militaire.
Il faut réunir les baguettes éparses du faisceau anglosaxon et les relier entre elles sous peine d'une scission imminente qui léserait au suprême degré les intérêts impériaux de la race britannique.
« How shall we retain the Colonies? » s'écriait autrefois lord Grey. « How shall we retain the Colonies? », clame aujourd'hui sur le même ton jM. Chamberlain.
Espoir bien problématique, en présence d'un composé de parties à la fois si dissemblables et si considérables, si diverses par leurs intérêts, si distantes les unes des autres.
« Ce sera l'affaire des hommes d'État, des penseurs, des pasteurs d'hommes, des deux côtés de la mer, d'avancer par tous les moyens, conférences, lig-ues, écrits, l'éducation du sentiment impérial, d'en favoriser le progrès, de le délocaliser, sans haie et sans répit — en attendant que l'Empire, selon l'énergique expression de sir Wilfrid Laurier soit devenu un besoin. »
Le Canada autonome renoncera-t-il de gaieté de cœur à une situation qui lui assure tous les avantages d'une entière liberté et lui en épargne tous les inconvénients, qui lui octroie le prestige d'une grande puissance et lui laisse le choix de prendre sa part des succès de la Mère patrie ou de décliner sa part de responsabilités?
« M Chamberlain et sir Wilfrid Laurier, écrivait récemment M. Hector Fabre, sont des esprits d'ordre bien différent; mais ce n'est pas la première fois qu'on verrait les opposés se rejoindre, les contrastes s'harmoniser. Les idées du premier, en passant sous la plume du second, deviendraient accessibles aux colonies ; les propositions les plus osées en apparence de M. Chamberlain, remaniées par sir Wilfrid Laurier, seraient admissibles pour ce dernier même. Ce fantôme de fédération, cette apparence d'Impérialisme que lord Salisbury vient de dissiper, feraient place à une conception nette et pratique des choses. Il y va de l'intérêt du Canada et aussi de l'intérêt de l'Angleterre. »
Les Canadiens n'ont aucune tendance à se créer un abri à l'ombre de l'impérialisme; ils vivent et prospèrent sous l'égide d'institutions qui leur assurent « le libre exercice de tous les droits et de toutes les résistances ». L'esprit de nationalisme est profondément enraciné
chez eux. Ils ne sauraient s'accommoder d'une restriction quelconque de leur liberté nécessaire pour coordonner leur activité avec les intérêts g-énéraux de l'empire.
De tous les Premiers Coloniaux présents à la conférence, sir Wilfrid Laurier est certainement le plus politique; son autorité, exercée sans emportement, l'est également sans faiblesse; nulle crainte qu'il ne livre la direction de la politique canadienne à des influences ambitieuses qui, dénaturant son objectif, arriveraient infailliblement à le compromettre.
Peut-être un nouvel ordre de choses se lève-t-il à l'horizon de la confédération canadienne, peut-être cet état de choses est-il de nature à changer dans un avenir assez rapproché les conditions économiques et politiques du Canada et à modifier de ce chef ses relations avec l'univers? En cela la nécessité des faits aura déterminé en temps utile la maturité des idées.
Etranges sont les présomptions qui se flatteraient d'arrêter dans sa cause le développement d'espérances créées par la volonté nationale et de faire ainsi reculer les destmées dune nation en l'enchaînant irrévocablement à la fortune de la Grande-Bretagne.
Le solennel et somptueux acte du Couronnement rappelle en Angleterre le Canadien éminent qui a embrassé d'une vue si large et si pénétrante l'avenir de son pays, le citoyen prophète qui a dit : « Nous sommes cinq millions au Canada, nous pouvons attendre. Quand nous serons dix millions, il nous faudra, ou couper le câble qui nous unit à l'Angleterre, ou devenir une portion de la Grande-Bretagne. »
Le Premier du Dominion sera, dans quelques jours, à Londres. Objet de la prédilection nationale, sa haute personnalité symbolise une consigne libérale et patriotique répétée de génération en génération; elle personnifie sans réserves les justes aspirations et les légitimes exi-
gences d'une nation qui chérit la liberté et salue l'avenir comme une espérance. Cette espérance, sa conscience el ses convictions lui dictent un même rôle, lui tracent une même voie.
Jaloux de ses jeunes libertés, le Canada, dans sa voie sans cesse ascendante peut, sans courber le front, attendre en toute confiance les occasions que les événements ne tarderont point à lui offrir. A sir Wilfrid Laurier revient l'honneur d'avoir jeté les fondements de la grandeur canadienne, dont il est l'organe transcendant.
Le premier ministre, point de ralliement des cœurs et des espoirs canadiens, est digne de toute investiture, quelque noble qu'elle soit, quelque puissante qu'elle se révèle.
Là où les exigences des intérêts combinés exigent la sagacité, la mesure et l'opportunité, là, sir Wilfrid Laurier, de par l'équilibre de ses grandes facultés, s'impose comme le pilote nécessaire. N'avançant que sûrement et à pas sagement comptés, il est le diplomate qui domine et règle la situation, l'homme d'État qui comprend la grandeur de sa mission, le politique qui en pressent toutes les obligations, le patriote qui en discerne toutes les conséquences.
« Les conquêtes les plus glorieuses sont celles qui nous gagnenl les cœurs. »
jMassili.ox.
La lutte prime tout ici-bas. Son domaine est l'univers. Sa relig^ion s'impose à tout être vivant. Puissante et régnante, elle maîtrise toute individualité, subordonne toutes les rivalités, courbe toutes les vanités. Toute existence humaine a ses espérances et ses déboires. Toute politique a ses bienfaits et ses fatalités. Tout homme d'État a ses élévations et ses chutes. Parmi les grands modeleurs de destinées, il en est peu qui ne subissent les bizarres et parfois inconcevables alternatives de somptueuse gloire et d'étrange déchéance.
Privilégié entre tous, sir Wilfrid Laurier ignore encore ce que peuvent être les revers de la destinée.
Esprit de hautes conceptions, de judicieuses et loyales visées, la droiture et l'élévation sont les traits essentiels de son caractère; la bienveillance et la générosité en sont les plus purs agréments.
Ame éprise de mansuétude, cœur épris de liberté, il exerce sur l'opinion publique une profonde influence dont l'histoire des quinze dernières années porte l'incontestable empreinte.
Sa vie de labeur et de droiture fut et demeure son suprême honneur, et l'éclat qui couronne son nom suffit à l'impatience de ses ambitions.
224 SIR ^VILFRID LAURIER.
Preniiei' oraLeur national, figure la plus populaire du monde politique libéral ou conservateur, haute personnification de ces grandes vertus qui engendrent de grandes actions, il s'est révélé comme le plus Canadien de tous les Canadiens, demandant au patriotisme ses plus éloquentes inspirations, mettant au service du libéralisme ses plus nobles actions.
De tels citoyens évoquent les profonds desseins de la Providence ; de tels exemples légitiment tous les enthousiasmes et planent au-dessus de tous les commentaires.
Sir W'ilfrid Laurier est un homme d'État que ses qualités classent au premier rang; dans sa carrière, marquée par une invariable fidélité au libéralisme et à l'honneur, la diversité de ses connaissances et l'abondance de ses idées, sa supériorité et sa vigueur d'intelligence, se juxtaposent et se coordonnent au poini que « chaque fardeau lui crée une force, chaque emploi un mérite ».
Ses qualités personnelles n'ont cessé de grandir au pouvoir, l'homme s'est affiné, le politique s'est élargi ; il n'existe chez lui ni heurts ni contradictions d'aucune sorte; il hérite des généreuses doctrines de la race française, sans en avoir les regrettables écarts.
Ce don précieux de « savoir où il convient d'aller et de ne jamais s'en écarter » se discerne nettement en lui. Puissant par le sang-froid, brillant par le jugement, imposant par les intentions, c'est un politique dont les fines déductions et la pénétrante analyse annoncent au plus rare degré les dons et le tempérament du chef parlementaire.
Le Premier canadien est un de ces hommes destinés à laisser leur trace dans l'histoire des peuples; il a véritablement droit à toutes les appréciations qui découlent du respect et témoignent de l'admiration.
Après avoir longuement étudié et profondément médité, l'homme de gouvern^-ment a triomphé de toutes les
CONSIDÉRATIONS. 'iS*
épreuves; ne cessant de marcher de succès en succès, il a répondu à toutes les espérances que faisait jadis concevoir Ihomme de l'opposition.
Généreux à l'excès de son temps, de ses conseils et de son expérience, il sait, aux lucides conceptions, unir la résolution et joindre la persévérance, il sait marcher d'un pas égal et sans arrêt, il sait affronter les obstacles pour les vaincre; toujours habile à couvrir ou à réparer les fautes de ses collègues ; démêlant rapidement le parti à prendre et s'y tenant avec fermeté.
On a vu poindre et prendre racine dans son esprit ces idées d'union et de tolérance qui, se développant, de jour en jour, sous l'empire de la réflexion, devenaient l'inspiration souveraine de sa politique.
Parlementaire de premier ordre, doué de toutes les clairvoyances et enclin à toutes les prudences, il a merveilleusement compris la tâche qui lui était échue; il en supporte allègrement les lourdes responsabilités et lui consacre sans réserve toute son initiative et les efforts de son génie pei'sonnel.
Par son gouvernement habile fondé sur l'exacte compréhension des intérêts canadiens, il a mis en pratique cette politique de conciliation, seule susceptible de prévaloir en présence d'un peuple formé de deux races bien distinctes. Grâce à une sincérité parfaite que ne dépare pas un doigté consommé, il tient la balance rigoureusement exacte entre ces deux races dont les susceptibilités demeurent sans cesse en éveil. Cette agrégation canadienne semi-latine, semi-anglo-saxonne, existe et prospère ainsi, sans qu'un conflit réellement grave soit survenu par suite de cette différence d'origine nationale.
Premier citoyen d'un pays où tous les citoyens sont égaux, la partie la plus frappante de son œuvre est d'avoir affermi, aux côtés de la puissance officielle anglaise, une puissance morale, la nation canadienne,
susceptible par les forces dont elle dispose de tenir en échec sur tous points essentiels un gouvernement anglais qui se pourrait croire assez puissant aujourd'hui pour se passer de contrôle.
« Les hommes valent moins dans l'ordre politique par ce qu'ils sont que par ce qu'ils représentent. Les mérites qui leur sont propres ne se séparent point des causes qu'ils personnifient, et, dans le choix qu'on est appelé à faire entre eux, on ne saurait se désintéresser ni de la signification que le succès de chacun des concurrents peut avoir, ni des conséquences qu'il peut entraîner. » C'est à ce double point de vue que les Canadiens, par un juste sentiment de leurs intérêts vitaux, ont décerné à l'homme, dont le nom dispose d'un magique pouvoir et que nul n'égale en popularité, la première place parmi ses contemporains. Il semble que ce jugement sera, sans conteste, celui de la postérité.
Le Canada est, à l'heure actuelle, en pleine possession de ses droits. Sir \\'ilfrid Laurier, « dans le cadre d'une grande destinée marquée par une singulière unité morale », travaille à garantir ses destinées. Une magnifique floraison de discours où se retrouvent toutes les qualités distinclives de son éloquence indiquent en ce grand parlementaire un homme de bon sens ayant par surcroît le courage de montrer qu'il en possède. Leur attentive analyse laisse percer sa sollicitude très vive pour les grands intérêts nationaux de la France américaine.
Sir Wilfrid Laurier est un homme supérieur. Il a plu au Destin de lui assigner une place toute spéciale dans l'histoire canadienne. Les qualités des deux races, qu'il conduit à l'avenir, se sont unies en lui pour l'élever au plus haut rang. Parlant également bien les deux langues, rompu aux affaires par une longue vie politique, froid, « debater » avec les Anglais, orateur entraînant avec les Français, il a atteint le point culminant, et son nom, sans
rival au Canada, y est aussi respecté qu'estimé pour la dignité de son caractère, pour l'élévation de son esprit, pour la noblesse de ses sentiments.
M. Bruneau' lui consacre ces paroles flatteuses :
« Le gouvernement Laurier nous a donné une administration intègre, active, honnête, après lequel le parti libéral soupirait depuis longtemps; il s'est montré l'ami dévoué et le bienfaiteur des classes ouvrières et agricoles; sa politique a été avant tout celle d'un gouvernement qui veut le progrès, la grandeur et la prospérité du pays; il n'a eu quun seul but, gagner l'afTection de l'électoral par une politique de justice, de modération et de conciliation. Il ne désire favoriser aucune race ni aucune religion au détriment l'une de l'autre, mais les mettant toutes sur le même pied d'égalité, ayant pour elles le même respect, la même bienveillance, il travaille à cimenter la concorde et l'harmonie qui doivent exister dans un pays composé, comme le nôtre, de nationalités et de croyances différentes. Dans l'application de cette politique qu'il a inaugurée avec les résultats bienfaisants qui se sont manifestés d'un océan à l'autre, Laurier a dû nécessairement dépenser une énorme somme ûo travail.
« Homme d'État soucieux des grands intérêts confiés à sa garde, ne désirant que la satisfaction, du devoir accompli et l'approbation de ses concitoyens, il s'est mis â l'œuvre avec courage, aplanissant toutes les difficultés qui se sont présentées, satisfaisant, autant qu'il le pouvait, à toutes les exigences politiques, faisant droit à toutes les demandes légitimes, multipliant son dévouement.
« Le peuple a su comprendre ce travail incessant, ce dévouement patriotique et Laurier possède aujourd'hui