‹ Sir Wilfrid Laurier, Premier Ministre du CanadaChapitre 33 sur 38 · APPENDICES · texte numérisé non relu

APPENDICES

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Commissaire géiaiai du Canada en France.

M. Hector Fabre est né à ^Montréal en 18o4. Admis au barreau en 1856, il se consacre peu après au journalisme, devient rédacteur en chef de VOrdre à Montréal, puis du Canadien ; en 1867, fonde l'Événetnent à Québec. Nommé sénateur en 1875. En 1882 commissaire général du Canada en France, fonction qu'il remplit actuellement. Officier de la Légion d'honneur, décoré de Tordre de Saint-Georges et de Saint- Michel à l'exposition indienne et coloniale de Londres en 1886. Membre de la Société royale du Canada. A publié maintes études de biographie, d'histoire, de politique, sans oublier des centaines de chroniques.

Écrivain étincelant, d'une culture toute parisienne; volontiers ironiste, avec çà etlà, une pointe de scepticisme, et le plus fin causeur peut-être (jui soit né sur le sol canadien.

Le pinceau d'un peintre pourrait seul saisir et rendre dans sa vérité l'expression de cette physionomie aux

'iSS SIR WILl RID LAURIER.

traits mobiles et fins. Notre modeste crayon, en tentant cette œuvre, s'exposerait à un échec. Il nous faut absolument recourir aux déductions de l'analyse, aux ressources du langage, pour donner à ce croquis de biographe quelque vie et quelque couleur.

Avocat, conférencier, homme de lettres, journaliste ; candidat à la députation, sénateur, M. Fabre a été tout cela, et il est resté plus et mieux : une personnalité originale et libre au sein des partis politiques; le vulgarisateur charmant des sujets graves et complexes; une intelligence ouverte, un esprit élevé, un causeur brillant, par-dessus tout, un honnête homme.

Si, dans une carrière de vingt-cinq années de luttes et de polémique, il a vu se former autour de son nom une atmosphère de jalousies, de rancunes, de calomnies auxquelles échappe rarement un journaliste, nul ne trouvera dans sa vie privée ou publique une flétrissure ou une tache. C'est l'honneur et la délicatesse en personne. D'ailleurs noblesse oblige! Et la famille dont il descend est une de celles qui, à Venise ou à Gênes, aurait vu figurer le nom de son chef, M. Edouard-Raymond Fabre, dans le Livre d'Or de la République.

Jeté dans le journalisme, il se faisait, en peu de temps, connaître et goûter par la manifestation littéraire d'un esprit d'agréable bon sens et de séduisante polémique.

Il gagnait successivement ses éperons au Pays, puis à VOrdre. Il y marquait son passage par des articles étincelants d'humour et de verve railleuse.

Le Canadien l'appelait ensuite à Québec comme rédacteur en chef.

Ici encore il sut plaire et charmer, et l'on relit avec plaisir ces chroniques spirituelles, où l'auteur esquisse d'une main légère des scènes de mœurs ca-

LIIONORABLE HECTOR FABRE 28!»

nadiennes d'un naturel et d'un coloris franchement locaux.

Nous n'avons point en ce lieu à nous occuper de la politique, à prendre parti dans ce conflit d'intérêts et de rivalités incessantes; notre rôle se borne à dégager l'homme de lettres du journaliste.

Chose aussi surprenante que bizarre, sans jamais avoir publié un volume compact ni figuré dans la vitrine d'un libraire en robe couleur lilas ou saumon, l'honorable INI. Fabre jouit d'une réputation d'homme de lettres justement méritée. Beaucoup publient assez de livres pour garnir les rayons d'une bibliothèque, et ne sont connus que de leur éditeur; quelques-uns, et M. Fabre compte parmi ces favoris, n'ont qu'à laisser s'envoler quelques pages pour séduire la renommée.

La réputation de M. Fabre ne résulte ni d'un caprice de la mode, ni d'un engouement passager; solide et durable, elle résiste au temps. Une preuve irrécusable de son talent et du prestige de sa personne, c'est que M. Fabre a su se faire pardonner, à Québec, sa qualité de Montréalais. Comment cela? A force d'esprit. Les Ouébecquois, qui sont loin d'être des sots, devinant, sous la plume alerte et mordante du rédacteur du « Canadien », un talent sérieux, l'adoptèrent comme un des leurs,

A Québec, l'arrivée de V Événement à la maison était, à cette époque, attendue avec impatience; et l'on en goûtait le contenu avec le même plaisir qu'on mettait à siroter la tasse de thé du souper.

Aux jours d'heureuses aubaines pour la presse, dans la rue Saint Jean, sur la plate-forme, on s'abordait en se demandant : « Avez- vous lu l'article de M. Fabre? — Oui, parfait ! délicieux ! — Ah ! ce Fabre, quel esprit ! » — Et chacun de rire et de répéter le mot de la fin.

Et dire que des envieux et des impuissants, sous pré-

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texte de frivolité, lui ont reproché son goût et son esprit! Comme si l'esprit véritable et de bon aloi était autre chose que la fleur exquise de l'intelligence! Comme si le sentiment, l'imagination, le jugement ne formaient pas les termes mêmes de cette équation dont l'esprit se trouve l'inconnu !

Aussi l'esprit accomplit-il dans le domaine de l'intelligence les effets que l'étincelle électrique produit sur la matière. Un million d'hommes ne pourraient ébranler un roc; il suffit de l'éclair d'une batterie pour le jeter en miettes dans l'espace.

Où sont ses œuvres? demandent quelques jaloux. Nulle part et partout : ici et là, dans ses conférences, ses discours, ses chroniques: dans ses articles de journal, que quinze ans de production ont répandus à tous les vents de la publicité, et que sa plume élégante a taillés comme le lapidaire fait des facettes étincelantes d'un saphir. Son œuvre peut se mesurer au crédit de son journal qui, entre les mains d'un autre éditeur, conserve encore, grâce à son ancien titre, son influence et sa vogue d'autrefois.

En 1875, des combinaisons politiques le portèrent au Sénat. Quelque peu dépaysé dans cette Chambre austère où l'eiïervescence de ses idées se heurtait à la gravité de ses collègues, il n'y eut jamais ses coudées franches. La solennité des débats coupait les ailes à sa verve.

Un beau jour, il envoyait sa démission de père conscrit.

Les gouvernements fédéral et local, devinant en lui un auxiliaire, le nommèrent leur représentant respectif en France, avec le titre de commissaire général du Canada en France.

Une nouvelle carrière s'ouvrait devant lui, carrière dans laquelle il n'a cessé de mettre son activité.

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