‹ Sirven étude historique, d'aprés les documents originaux et la correspondance de VoltaireChapitre 9 sur 26 · ÉTAT DU PROTESTAIT I · texte numérisé non relu

ÉTAT DU PROTESTAIT I

ethumiliée,tremblanteet ombrageuse, voyait partout des conspirateurs. La tenue du Synode national de 1744 lui fit craindre fort injustement que les protestants n'eussent des intelligences avec 1 étranger : de là, une recrudescence de persécutions. Deux ordonnances cruelles furent portées en 1745, décrétant : peine de mort contre les pasteurs, galères perpétuelles contre ceux qui les cacheraient, amendes de 3,000 livres contre tous les protestants du lieu où un pasteur serait arrêté , bagne et pertes de tous les biens contre ceux qui assisteraient aux assemblées ou même qui ne les dénonceraient pas. — Il résulta de ces ordonnances de terribles effets qui durèrent plusieurs années.

Vainement les persécutés adressaient-ils à Louis XV d'émouvantes et respectueuses requêtes : « Vos trouve pes, lui disaient-ils en 1750, nous poursuivent dans « les déserts comme si nous étions des bêtes féroces; on « confisque nos biens, on nous enlève nos enfants, on a nous eondamne aux galères. Quoique nos ministres « nous exhortent sans cesse à remplir nos devoirs de « bons citoyens et de fidèles sujets, on met leur tête à ci prix; et, lorsqu'on peut les arrêter, on leur fait subir <( les derniers supplices. » Ou bien ces requêtes ne parvenaient pas à leur adresse, ou bien on les jetait sous les pieds. On continua de loger les dragons à domicile, d'imposer de ruineuses amendes, de disperser par la force les assemblées, de peupler les galères, de pendre les pasteurs et de raser les maisons qui leur avaient servi d'asile. Encore en 1755, une foule de provinces, le Béarn, la Guienne, le Bordelais, le

a l'époque de sirvev. 1 !>

Languedoc, étaient en proie aux plus vives alarmes. Outre les vexations de toute nature quelles eurent à subir, elles entendirent proclamer illégitimes les mariages bénis par un pasteur, et bâtards les enfants qui en étaient issus. En même temps, curés et soldats entrèrent en campagne pour procéder violemment, comme autrefois, à la rçbénédiction des uns et à la rebaptisadon des autres. (4)

Le remède vint de Fexcès du mal ; cela se voit souvent. Les cœurs sensibles et éclairés se lassèrent enfin, s'indignèrent de tant de barbaries, et des cris de miséricorde se firent entendre. Ripert de Montclar (1756) lance un mémoire important où il établit que la violence est contraire à l'esprit de la religion, et qu'en supposant que la persécution fut permise, on ne pouvait la pousser jusqua priver les errants des droits les plus sacrés de la nature. « Est-il permis, secrie-t-il, de flétrir, « d'insulter la nature pour faire honneur à la reli- « gion ? » Il ajoute que c'est, du reste, faire une œuvre inutile ; « tous les moyens , employés jusqu'ici

« pour la conversion des protestants, sont épuisés

« leur endurcissement est confirmé pour toujours ; ce « serait s'abuser soi-même que de vouloir tenter leur

(1) Nous en avons trouvé de nombreuses preuves dans les archives de toutes les communes qui nous avoisinent, à Mazamet, à AussiHou, à Aigucfonde, à Caucalieres. Voici la formule de rebaptisât ion usitée dans la commune d'Aiguë- Tonde : « Rebaptisation de... enfant de la R. P. R., baptisé au désert par un « ministre et comme nous n'avons point eu des preuves suffisantes de la certi- «< tude et de la validité de ce baptême, nous, vicaire, nous l'avons ondoyé de « rechef. » Voir les archives d'Aiguefoude, si riches sur 1a matière, de 17 50 à

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conversion. » (1) Ce mémoire et quelques ouvrages qui l'avaient précédé, entr autres l'Accord parfait d'Antoine Court/ turent l'occasion d une grande controverse sur la toléranco et déterminèrent un mouvement de l'esprit public qui se prononça peu à peu pour de plus saines idées.

Vers Tan 1760, ori se relâcha partout de l'extrême rigueur avec laquelle on avait jusques-là sévi. Les lois, sans doute, ne furent pas améliorées ; mais l'intolérance, par le fait , diminua sensiblement ; les sentiments de justice et de charité se firent jour dans les âmes et se répandirent de plus en plus. On eut honte de tant d* cruautés; la tolérance devint presque un point d'honneur. Les intendants, les magistrats, les officiers, semblaient s'être donné le mot pour adoucir leur mission oppressive et accorder toute la paix possible aux malheureux que la tempête avait épargnés. On dit même que les soldats chargés do surprendre les assemblées, s'égaraient volontiersdans les sentiers perdus ou se faisaient voir à l'avance, pour donner aux religionnaires le temps de fuir. C'est alors que doit se placer le mot d'un spirituel maréchal : « Je ne sais si la dragonnade u a été nécessaire, mais il est nécessaire de n'en plus « faire. » Elle avait effectivement appauvri le royaume; et Ton ne pensait plus, avec le fougueux abbé de Cavayrac, qua l'extinction totale des protestants n'affaiblirait pas plus la France qu'une saignée n'affaiblit un malade bien constitué. La France, épuisée par une

(l) Bulletiu liât, nanauros 9 et 10. page 43Sj 1857.

A L'ÉPOQUE DE S1RYEX 17

longue suite de revers, obligée de tenir tête à l'étranger sur les champs de bataille, tremble que les protestants ne reprennent les armes et ne mettent le feu au-dedans, quand le dehors est déjà si compromis. On se garde de les inquiéter, heureux qu'ils ne profitent pas des dangers de la patrie pour prendre la revanche à leur tour. On les calme , on lance dans les provinces de belles circulaires et môme on fait entendre des promesses. Nos pères étaient trop français pour lever la main contre la patrie, quelque cruel que fut leur sort, quand on ne les y forçait pas. Ils ne profitent des troubles extérieurs, que pour prendre haleine et ranimer leur vie; les pasteurs réorganisent le culte; les synodes sont tenus pour enhardir les timides et imprimer une impulsion générale; de tout côté, surgissent des hommes de zèle qui réunissent en faisceau les forces dispersées ; les assemblées recommencent plus fréquentes, plus suivies, plus rapprochées des villes que jamais, et, pour nous en tenir à ce qui regarde nos contrées: « Dans les » montagnes de Lacaune sur les bords déserts de l'A goût, « «nu milieu des rochers du Sidobre, aux portes môme <( de Toulouse et dans le champ du glacier où l'on « ensevelissait leurs morts, des ministres formés dans <c l'art de la parole à Genève et surtout à Lausanne, « faisaient entendre, au milieu du calme des nuits, « leur voix toujours vénérée. » (1) Cette ardente activité, déployée pour restaurer la foi, ne les empêche pas de suivre attentivement les phases diverses de lu

( I } Dom Vaisselle. Di*t. du Languedoc.

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