‹ Sirven étude historique, d'aprés les documents originaux et la correspondance de VoltaireChapitre 10 sur 26 · ÉTAT DU PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

ÉTAT DU PROTESTANTISME

lutte avec les anglais. Ceux-ci partout victorieux, veinaient de s'emparer d'un grand nombre de nos possessions coloniales; on pouvait supposer, avec assez de vraisemblance, qu'ils réussiraient à dicter des conditions à la France et que l'une d'entr'elles, serait le rétablissement des protestants dans tous les droits que . leur concédait l'Edit de Nantes. Les protestants, sans doute, souffraient de l'humiliation de la France. Ils n'auraient pas voulu, à si haut prix, acquérir la liberté de conscience ; mais avant d être sujets de César, ils étaient enfants de Dieu ; le chrétien en eux primait le citoyen et Ton s'explique sans peine, surtout après une si intolérable compression, que la voix de leurs sentiments religieux se fit alors seule entendre.

Toutefois, je le répète, la tolérance n'était pas encore dans les lois, elle n'était que dans les faits. Aussi, les protestants étaient-ils à la merci des passions religieuses ; çà et Jà, selon les hommes et les localités, ils avaient à subir quelquefois des vexations, de criants excès, des supplices même. Le fanatisme fermentait toujours au sein du clergé et de la foule superstitieuse et l'on voyait," aux explosions furieuses qui en jaillissaient, que ce volcan, pour être affaibli, n'était pas entièrement éteint. Ce sont ces retours soudains aux atrocités des vieux édits, qui font seuls comprendre comment, à cette époque, il y avait encore quelques départs de protestants pour l'Amérique et pour la Hollande, cette grande arche du Refuge (1).

(I) Hist. des Réfugies protestants, t. I. p. 359.

a l'époque DE SIRVEN. * 1 9

On leur avait prodigué de séduisantes promesses dans la crainte d un soulèvement; mais le danger passé, les vieux instincts reprenaient le dessus. Le moindre prétexte soulevait la fureur des multitudes, toujours aVidos de drames sanglants. Les galères et les prisons retentissaient encore des chaînes des martyrs. Investi du commandement du Languedoc, le prince deBeauvau découvrit de pauvres femmes qui gémissaient, depuis quarante années, dans les cachots les plus infects et dont tout le crime était d'être nées dans la religion d'Henri IV. On célébrait, chaque année, à Toulouse, une solennelle procession, pour commémorer Je massacre de 4, 000 protestants. En 1762, on put voir encore cette même procession parcourir, avec pompe, les rues et les places de la ville. Au mois de février, le jeune pasteur Rochette déposa sa tête sur l'échafaud , en témoignage de sa foi ; le même jour et sur le même échafaudfurentdécapkés les trois frères Grenier, gentilshommes du comté de Foix, coupables d'avoir voulu délivrer Rochette de sa prison ; un mois plus tard, le 9 mars, et dans la même ville, un vieillard, Calas, expira sur la roue, après deux heures d'un horrible supplice, arrachant aux jésuites qui l'accompagnaientee glorieux éloge: ainsi mouraient autrefois nos martyrs; c'est aussi dans cette même année, 1762, qui semblait être, la limite tracée par la Providence aux excès du fanatisme, que se passa le drame auquel Sirven dut la célébrité et dont nous allons reproduire les scènes principales.

On le voit, au temps où vivait Sirven, ce n'était plus cette persécution générale, à outrance, ces dragonnades,

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