Ph. Ghasles, ib
il tu
écrivit une préface à ses œuvres. A l'instant de passer, il avait demandé avec insistance des anchois à son ami Boissat, lequel les lui refusa craignant que ce mets lui fît mal. Ce fut la dernière fantaisie de ce délicieux homme. Ceux qui l'aimaient envièrent par la suite une mort qui le dispensa d'être témoin des malheurs qui allaient fondre sur M. et Moe de Montmorency.
Boissat l'Esprit, Jean de Mairet restèrent fidèles à Sylvie dans l'adversité. Mairet charmait les heures avant-coureuses du plus grand de tous les deuils de la verve impromptue de sa muse. Tantôt c'était le duc Henri lui-même à qui il donnait la louange :
Là, dans l'effroi des canonnades, Ton fier visage a moins pâly Que quand tu fais des promenades Dans tes jardins de Chantilly.
et, d'autres fois, il dédiait à Sylvie des pastorales, composait pour elle de belles odes et lui lisait ces stances où il vante sa beauté :
Belles fleurs, beau miroir d'une ferme beauté
Puisque votre durée, Par l'espace d'un jour de printemps ou d'esté
Est souvent mesurée,
En est-il parmi vous dont la vive fraischeur
Esclate en telle sorte Qu'elle soit comparable au teint plein de blancheur
De celle qui vous porte ?
On ne voit point en vous tant de riches couleurs
Comme on remarque en elle De rares qualités, qui croissent comme fleurs
Dans une âme si belle !
Hélas ! ces belles roses allaient bientôt se faner sur les joues de Sylvie, ses beaux yeux se noyer de larmes et sa jeunesse se flétrir sous les vêtements de deuil. La disgrâce qui devait entraîner la perte de M. le Duc commença à l'affaire du château de Monceau où ce prince en était venu, par suite d'une dispute avec M. de Ghevreuse, à mettre l'épée à la main devant le roi. Louis Xill exigea que M. de Montmorency se retirât quinze jours à sa terre de Chantilly, cependant que M. de Chevreuse retournait, pour le même temps, à son château de Dampierre. Ce fut le commencement de l'irritation qui amena M. de Montmorency à se jeter dans le parti de Monsieur et à s'armer contre le roi. On sait ce qui résulta de la rébellion et comment Sylvie revint de Toulouse, moitié morte de stupeur et d'angoisse, après avoir vu tomber sous la hache du bourreau la chère tête
LA MAISON DES SYLVIES 8j
de son époux l. Après quoi elle alla à Moulins où elle fit faire au mort un beau tombeau, puis se retira chez les Visitandines de cette ville où elle ne tarda point à devenir supérieure. De tous les fidèles amis d'une maison si illustre Jean de Mairet fut celui qui se montra le plus attaché. Bien qu'il eût pu lui en coûter, il brava jusqu'au ressentiment de M. le Cardinal lui-même et eut le courage de dédier son Grand et dernier Solyman « à très haute, très vertueuse et très inconsolable princesse Marie-Félice des Ursins, duchesse de Montmorency ».
Celle qu'avaient chantée tant de poètes, dont tant de peintres avaient tracé l'image, que le plus noble des hommes avait aimée, acheva de vieillir sous le voile, enfermée à Moulins, dans une petite chambre close au jour, tendue de noir comme un tombeau, à peine éclairée de quelques cierges. C'est là que Mmo de Chantai vint la voir et lui porter le salut de saint François de Sales ; c'est là que la vinrent visiter les princes les plus grands du monde, la pauvre veuve de Charles Icc dont le