‹ Sites et personnagesChapitre 26 sur 47 · Conversation rapportée de Gœthe avec Eckormann · texte numérisé non relu

Conversation rapportée de Gœthe avec Eckormann

crépuscule enveloppait la maison et le jardin; je fus frappé du contraste qui existait ce soir entre l'apaisante nature et Fair courroucé de Goethe.

— Les Français, Eckermann, me dit-il, sont plus cruels que nous. Ils se vengent étrangement ; il n'est pas de peine que ne me causent leur erreur et leur légèreté. Il ne leur suffit point de m'avoir pris Faust, cette douce Mignon dont se pare mon Wilhelm Meister. Ils prennent aussi Werther. Déjà l'un de leurs maestri songea à l'alourdir de sa niaise musique. Maintenant ils le livrent au jeu des bateleurs. Et je souffre comme de toute ma jeunesse profanée.

— Le goût des Français, dis-je à Goethe, d'ordinaire les sert mieux. Ce qu'ils prennent parfois aux Russes, aux Scandinaves ou à nous-mêmes dénote un jugement sain et clair. Je déplore que leur erreur s'acharne si aveuglément contre vous. Ne dit- on pas que celui qui écrivit ce Werther, français est l'un de ceux qui ont reçu pour mission de pervertir le goût public en donnant aux gazettes de ces larmoyants et médiocres récits dont se nourrit le bas peuple des campagnes ?

— Encore n'est-ce point tout, dit Goethe. Et voici qui est mieux : c'est une femme qui a joué Werther. Ce héros impétueux en qui gronde nia jeunesse, ce clair jeune homme pathétique qui

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