GŒTHE AU JARDIN
fut l'image de ma passion naissante, ce Werther que je portai dans mon cœur avec mon Comte (TEgmont et dont le génie m'aida à me reconquérir, à rentrer en possession de moi-même, une femme en trahit la pensée par un jeu mol et débile, un sens déclamatoire osé, une affectation extrême qui m'effraye...
— Cette femme, dis-je à Gœthe, ne vous estelle pas connue ?
— Si fait, me dit-il, elle vint jouer ici devant la
grande duchesse. Elle tint devant nous les rôles ° . i
à'Hamlet et de Lorenzaccio. Elle n'y fut pas mauvaise ; son talent, encore jeune, me plut par sa virtuosité. Je haïssais seulement sa criaillerie affectée, ses gestes peu naturels, d'extravagance peu dramatique. Ifland et Seidel ' se montrèrent sévères mais la jugèrent bien. Ils virent que si elle était bonne dans les pièces de Racine, dont les rôles les plus mâles exigent une grande féminité, elle remplirait mal ceux de Shakespeare et de Musset. Ils déplorèrent qu'une foule de critiques à ses gages l'encensassent sans relâche indignement, développant son orgueil au mépris de son talent et lui donnant à croire que quelque rôle qu'elle tentât, elle y serait sublime.