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Hégésippe Moreau est né le 8 avril

de décembre, Altaroche et Félix Pyat, écrivains, Sainte-Marie Marcotte, avocat, conduisirent depuis Fliôpital de la Charité celui qui venait de mourir (Alexandre Dumas père l'a écrit un jour) de faim et de misère 1

On ne peut, aujourd'hui encore, évoquer le nom d'Hégésippe Moreau sans penser aux ïambes de Barbier, aux lithographies romantiques, aux élégies plaintives. Moreau appartient à cette génération des Trois Jours qui se leva au soleil de juillet. La liberté, la beauté et la poésie ont été ses chimères. Gomme tous les jeunes gens contemporains de Béranger et de Lamartine,

... enfants qu'on croyait bercer Avec le hochet tricolore,

le poète du Myosotis a vibré de tous les espoirs, de tous les enthousiasmes, de tous les deuils de son temps. En 1832, pendant les journées des 5 et 6 juin, déjà pauvre et désespéré, il avait, nous dit M. Lardanchet, « cherché vainement une balle sur les barricades ». Ainsi, dans le beau tableau d'Eugène Delacroix, éclairé de Tardent déploiement du drapeau aux trois couleurs, il y a, der-

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rière le mur des pierres et des blessés, un homme affublé d'un chapeau haut de forme à la mode d'alors, le fusil à la main ; et cet homme, grave et sombre, beau de sacrifice et d'acceptation, ressemble par plus d'un trait à notre poète-typographe ! A l'ombre du haut chapeau, sur les traits amaigris et dans les yeux de fièvre, on aperçoit déjà la phtisie et la mort.

De 1832 à 1838, époque à laquelle, complètement abattu par la maladie et la misère, le poète vint frapper à la porte de Fhôpital de la Charité, la vie de Moreau ne connut guère que des heures de deuil et de découragement. Tantôt typographe, tantôt maître d'études dans de petites pensions enfantines, tantôt correcteur et pamphlétaire, le poète erra, pendant ces six ans, à travers Paris, mal nourri, mal vêtu, à peu près sans gîte. Et lui qui avait rêvé de succès, de gloire et d'honneurs, il était devenu un ami âpre et tourmenté ; en ce temps de la Bohême des lettres, il n'y eut guère qu'avec Berthaud et avec Veyrat, deux déshérités comme lui, que Moreau pût vivre. Le pauvre Veyrat, l'auteur des Italiennes, était même le plus riche des trois ; il avait un bel habit vert et chacun de ses amis le revêtait tour à tour ; si bien que, comme chez les héros de Murger, il n'y en avait jamais qu'un de sorti à la fois.

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Le malheur de Moreau (comme celai de Berthaud et de Veyrat, d'ailleurs), ce fut d'avoir quitté sa province, sa petite cité tiède et silencieuse : « Hélas ! écrira-t-il un jour à celle qu'il nommait sa sœur, une jolie Provinoise, Mlle Louise Lebeau, hélas ! pourquoi vous ai-je quittée? Pourquoi m'avez-vous laissé venir? » Ah ! certes, pauvre Moreau, pourquoi ? A Provins, est-ce qu'il n'y a pas les plus belles roses du monde ? Et les vieilles pierres, les tours démantelées, la campagne vaste et douce, la Voulzie, au nom « bien fait pour la poésie », est-ce que tout cela ne dégage pas un charme qu'on ne trouve pas dans les villes ?

Mlle Louise Lebeau, dont une lithographie a conservé les traits si gracieux et si fins, comme tracés par Nanteuil ou par Johannot, demeura jusqu'au bout la Muse du poète. A ses lettres, si réconfortantes, si tendres, elle joignait parfois discrètement quelques subsides. Moreau les recevait en pleurant.

« Rien, entre deux cœurs, disait-il avec une vérité poignante, n'est froid comme l'argent. > Parfois, ce froid, joint à celui de l'hiver, était très rigoureux. « J'enveloppe, écrivait alors le poète à Louise, mon cou avec un mouchoir qui a touché le votre et je n'ai plus froid. »

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