‹ Sites et personnagesChapitre 32 sur 47 · HÉGÉSIPPE MORE AU A PROVINS · texte numérisé non relu

HÉGÉSIPPE MORE AU A PROVINS

Pauvre Morcau ! 11 était un froid que le charmant souvenir des yeux de myosotis, des boucles délicates et des jolies lèvres de la petite Lebeau ne put réchauffer jamais ; c'était le froid mortel dont la maladie, le chagrin et les privations abattaient ses forces et glaçaient son cœur.

En réalité, Moreau, qui avait toutes les malchances et qui ne s'appelait même pas Moreau, mais Roulliot, était né à Paris, 9, rue Saint-Placide. Sa mère, laissée veuve de bonne heure, attachée au service de Mme Guérard, Femmena à Provins ; c'est là que grandit l'enfant, là que — pour la première fois — il rima des vers, là que l'académicien Pierre Lebrun reconnut en lui le feu de la poésie.

Bluet éclos parmi les roses de Provins,

Hégésippe se plaisait dans cette riante patrie, en ce pays de sources chantantes, de plaines fécondes et de beaux arbres. Apprenti imprimeur chez M. Lebeau, le père de Louise, Moreau « était à ce moment, a écrit la jeune fille elle-même, d'une sensibilité exquise, ayant des larmes pour toutes les émotions pieuses et pures ».

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C'est sous le coup d'une de ces émotions que, dans un moment d'inspiration idyllique, le poète écrivit la Voulzie, cette argentine et tremblante perle de son œuvre.

Le meilleur de Moreau est à Provins. C'est là que, par les jours embaumés de l'été, il faut venir sous le voile des roses chercher son souvenir. Et ce souvenir, il est partout vivant encore, non seulement aux vieilles pierres, au tic-tac des moulins, au cristal de l'eau, dans le chant des cloches; mais encore il vit dans labelle campagne, autour de Provins. N'est-ce pas au hameau de Fontaine- Riante, où le poète écrivit le Hameau incendi* , qu'il faut venir le chercher ? Surtout, n'est-ce pas à la ferme (une de ces bonnes fermes de Brie) de Saint-Martin-Chênnetronqu 'ilconvientde venir honorer sa mémoire ? Qui ne se souvient que c'est dans cet endroit que Mme Camille Guérard accueillit plus d'une fois, pour le soigner et le réconforter, le famélique auteur du Gui de chêne et de la Souris blanche ?

Le poète n'a pas été ingrat ; il a remercié Mmo Guérard en beaux vers. C'est, à côté de la Vuulzie et des pièces à sa « sœur », l'une de ses poésies les meilleures que celle où Hégésippe s'écrie, avec un tremblement de respect et de reconnaissance :

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Amour à la fermière, elle est Si gentille et si douce...

Mais, au-dessus de Provins, dominant la ville de ses toits moussus, de sa terrasse aux allées bordées de buis, plantées de verveines et d'œillets, il y a un vieil hôpital paisible. A l'heure des prières, des chants purs d'enfants s'élèvent dans la chapelle des Cordelières ; les espaliers — sous Je soleil d'été — tapissent les murailles de feuilles et de fruits, de lentes cornettes passent au fond des couloirs ; il n'y a rien au monde de plus reposant et de plus doux. .

Gomment, en se promenant là, par un bel aprèsmidi de juillet, au milieu des fleurs visitées des abeilles, dans la paix tendre et monacale, ne pas penser à Moreau ? C'est là, bien plus que dans un froid hôpital parisien, que le poète eût dû venir s'éteindre ; ainsi, avant de clore pour la dernière fois ses veux à la vie, le Gilbert de 1838 eût revu sa petite cité d'enfance, les grappes de vigne et de roses sur les murs, les toits anciens verdis par le temps ; sa mort eût été moins triste et moins désespérée.

Maintenant il nous faut penser que Moreau, en accomplissant ce geste si spontané, si personnel, de piquer dans l'éclatant bouquet de fleurs pour-

près du romantisme sa fraîche fleur des sources, s'est réservé une survie charmante. Ce poète, qui subit en poésie tant d'influences, en qui se reflétèrent notamment Barbier, Béranger et Barthélémy, a été bien souvent lui-même ; il l'a été chaque fois qu'il a su conserver le sentiment agreste et l'a paré avec la mélancolie de son cœur. En un temps où Alfred de Musset revendiquait le Rhin allemand comme un fleuve de chez nous, Moreau a su montrer — et c'est là son honneur — que le vergissmeinniclit des romances était aussi une fleur française de nos rives.

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