‹ Sites et personnagesChapitre 42 sur 47 · ALBERT SAMA1N A MAGNY-LES-HAMEAUX · texte numérisé non relu

ALBERT SAMA1N A MAGNY-LES-HAMEAUX

« Ce lieu saint touche ce me semble, plus que les autres, a écrit la mère Agnès de son petit Port-Royal (mais on pourrait le dire aussi bien de Magny) ; on ressent, en l'approchant, un certain mouvement de dévotion qu'on ne ressent point ailleurs... Si nos sœurs l'avaient éprouvé, je crois qu'elles demanderaient à Dieu des ailes de colombe pour y voler et s'y reposer. » Les religieuses de Sainte-Marthe — qui étaient si près, par l'esprit de sacrifice et de pénitence qui les animait, des mères de Port-Royal — ont-elles retenu ces mots de la mère Agnès ? Il faut bien le penser, puisque les vingt-quatre dernières de ces pieuses ermites vinrent se grouper, il y a peu d'années, à l'ombre tiède du vieux clocher janséniste et, comme autant de colombes, se blottir dans le recueillement de l'ancienne église. De ces femmes qui représentent la religion d'un autre âge, vingt-deux reposent à présent dans le cimetière du village, auprès des solitaires qu'elles avaient pris pour modèles. Les deux survivantes, avec leur visage émacié et tendu sous la coiffe par l'excès de la foi, l'air de vivants portraits de Philippe de Champaigne, représentent, les der-

nières, les traditions du vieil ordre de Sainte- Marthe. Leurs doigts, affaiblis par l'âge, ont pendant la nuit du 17 au 18 août 1900, égrené le rosaire pour Albert Samain.

Retrouver Samain au village près duquel Racine avait passé, où les dépositaires d'un grand ordre religieux étaient venus s'éteindre, quelle mélancolie et quel étonnement! Nous savions que Samain, atteint par le mal lent et sourd qui devait l'emporter, était venu mourir à Magny, chez son ami Bonheur. La maison de Bonheur s'offre, dans le village, non loin de l'église ; mais, ce n'est pas dans celle-là que Samain est mort.

— La maison de M. Samain, monsieur, c'est en allant sur le chemin de Milon, auprès du charron, en tournant la rue.

Nous retournâmes par où nous étions venus. Des roues de carrioles et de charrettes, de camions et de voitures à foin, toutes différentes et déjantes diverses, étaient assemblées à l'ombre d'un grand arbre. C'était la maison du charron. Celle du poète vêtait contiguë. C'est une de ces petites demeures simples d'Ile-de-France qu'aiment les hirondelles, dont les fenêtres sont à la mesure de

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