‹ Sites et personnagesChapitre 43 sur 47 · ALBERT SAMAIN A MAGNY-LES-HAMEAUX · texte numérisé non relu

ALBERT SAMAIN A MAGNY-LES-HAMEAUX

l'homme et qui laissent entrer le soleil et l'air. Un jardin assez vaste en précédait le seuil, fleuri de dahlias, dépensées et d'œillets de poète; de petites allées courtes en coupaient les humbles plates-bandes régulières, bien alignées, strictes et un peu monacales... Nous pensâmes à celui qui avait vécu là ses derniers moments, qui avait fait craquer le gravier du chemin sous ses talons, qui s'était penché sur ces rosiers et sur ces œillets.

« La maison blanche aux pignons brunis de lierre et pépiante de nids» que Bocquet a décrite dans son livre sur Albert Samain, c'est bien celle que voici. Les chambres en regardent toutes sur la campagne ; c'est dans l'une de ces chambres-là, qu'un soir brûlant d'août on put voir le poète étendu avec ses mains de cire croisées l'une sur l'autre; un cierge brûlait ; la chaleur était lourde; les deux dernières des religieuses de Sainte-Marthe disaient leur chapelet au chevet du mort. Le lendemain, Eugène Carrière était arrivé. (Qui sait ? Lui, peut-être aussi, souffrait déjà de son mal?) Il s'était installé là avec ses pinceaux ; et dans le marmonnement chuchoteur des prières, à la pâle lueur du cierge, il avait peint les traits immo-

biles du poète. Celui qui avait, avec tant d'éclat, animé les grandes ombres de Gléopâtre et de Polyphème, celui qui avait aimé Fodeur d'amour des parcs, le calme des soirs et la paix des eaux, revivait, en quelques traits essentiels, dans la toile du maître.

A présent la maison est toujours la même et les fleurs poussent encore à l'ombre de ses murs...

Nous savions qu'il avait aimé la Butte-aux-Chènes, le Pont de l'Arche, les petits rus de la Gironde et de la Mérantaise qui coulent avec des eaux claires, à proximité, dans les fins roseaux ; nous voulûmes les connaître. Mais un été radieux, une végétation éclatante donnaient à ces sites une espèce de gloire. Et cela ne nous parut pas convenir au souvenir du poète autant que le clocher ancien, les petites rues douces, allongées à l'ombre et que les cornettes blanches des mères de Sainte-Marthe palpitant ainsi que des ailes de colombes sur un toit de village.

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