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CHARLES GUÉRIN AUX ROSQUETS DE LUNÉVILLE

« l'inquiétude de Dieu », comme lui-même appelait ce tourment, de sa conscience et de son cœur, commençait de s'imposer à son attention avec autorité. Bientôt cette « inquiétude », sous le flot de ses pensées, dans le feu qui le poussait aux aspirations mystiques les plus épurées et les plus belles, se changeait en une foi convaincue et ardente. Dès lors, appliquant l'Ecclésiaste à la poésie, il pouvait, repoussant toutes les formes de beauté fugitive, écrire avec humilité : « 11 n'est point hors de Dieu de beauté qui ne se corrompe. »

Sa forme poétique, épousant cette nouvelle expression de sa pensée, devenait dès ce moment plus rigoureuse ; ses vers, affranchis de tout crnement superflu, répudiaient, comme ceux des poèmes chrétiens de Jean Racine, les vocables trop recherchés, les sonorités trop riches de la musique. Il semblait que ce cœur, voulant se dépouiller de ses trésors, ne conservât dans ces stances d'une ligne si sévère aucune des séductions d'une jeunesse heureuse. Le souvenir des mondanités qu'il avait chéries apparaissait encore à plus d'un des regrets du poète ; celui-ci n'était pas sans se remémorer le passé insouciant :

J'étais libre alors du souci D'atteindre une forme parfaite :

3o4 SITES ET PERSONNAGES

Pourquoi ne suis-je pas ainsi Resté naïvement poète?

Mais, revenir en arrière n'était plus possible à cet être impatient de paix et de lumière. « Guérin, a dit excellemment à ce propos M. Jean Yiollis, était de sensibilité catholique ; chacune de ses libres vibrait à sa foi. »

Ce serait bon donner toute sa vie à Dieu.

souhaitait-il à mesure qu'il se détachait d'un des liens d'ici-bas. Mais sa vive intelligence, sa culture étendue empêchaient parfois la sensibilité d'une foi encore trop littéraire ; alors, comme l'auteur de Sagesse, il souffrait des combats que le doute et la certitude échangeaient dans son cœur :

Seigneur, Seigneur, moi qui voudrais tant vous aimer !

On peut dire que c'est de ces combats autant que du mal physique qu'il avait rapporté de Saint-Moritz que Guérin succomba, le jour de la Passion de 1907.

Mais, depuis longtemps, il était préparé ; depuis longtemps, comme Keats l'avait écrit de lui-même sous le soleil d'Italie, il avait pu dire : « Je ne me sens plus appartenir au monde. »

CHARLES GUÉRIN ATX BOSQUETS DE LUNÉVILLE X'h)

Seule demeure son œuvre, qu'on honore dans son souvenir ; cette œuvre, pour ceux qui demandent à la poésie autre chose que des mots, apparaît ainsi que Tun de ces refuges choisis que lui-même avait accoutumé de chercher, aux moments d'angoisse, dans Vigny et dans Lamartine.

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