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CHARLES GUÉRIN AUX BOSQUETS DE LUNÉVILLB

sa « Lorraine adorée », pour employer une expression très juste dont M. Fmile Krantz, doyen honoraire de la Faculté des lettres de Nancy, et son premier maître, usa à propos de lui, par leurs lignes sobres et belles, la mesure de leurs courbes et leurs lentes collines plantées d'arbres, le retinrent, de préférence à tous les autres pays qu'il connut. Au reste, Gué rin n'aima pas, dans la Lorraine, que ces magnifiques places de Nancy et de Lunéville que M. Maurice Barrés propose, comme des modèles de grâce, à notre admiration ; mais les petites rues plus humbles et plus provinciales, les sites de la campagne meusienne, les bords verdoyants de la Meurt lie et de la Venouze lui furent infiniment chers. Ainsi que l'a écrit M. Emile Krantz, « il eut ses Feuillantines et son Milly dans la vieille et noble maison héréditaire de la rue des Capucines » , à Lunéville. L'amour de la musique et le goût de la nature dominèrent longtemps avec le voluptueux sentiment de la beauté des femmes, à l'éveil de ses vers ; mais, plus il inclinait à la méditation, plus Famer tourment du doute entrait dans sa pensée et la torturait, plus le maître artiste du Semeiir de Cendres tendait à s'éloigner du monde périssable et à s'élever vers des méditations plus sereines et plus hautes.

C'est à Vadelaincourt, dans sa vieille Lorraine,

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que, détaché déjà de tous les liens charmants de l'univers, il eut, pour la première fois, le pressentiment de cette fin qui nous a tous surpris par sa hâte.

0 jardin ! quand la mort, aux cœurs sombres fidèle, M'aura, liant ses bras aux miens, pris auprès d'elle, Mon jardin vous rirez et fleurirez encor...

L'allègre durée des choses naturelles lui voile ainsi de fleurs le visage de la mort ; mais, ce n'est pas seulement par une pure résignation d'artiste que le poète se prépare à cet aboutissement ; c'est encore par un acte de foi religieuse, par un retour à Dieu que prévoyaient déjà ceux qui, depuis longtemps, suivaient au fond de lui, malgré tant de pudique réserve, le combat intérieur.

En vain avait-il écrit, dans le temps où ses maîtres païens le guettaient encore entre les branches des hêtres et des mirabelliers de son pays natal, ces vers d'un beau panthéisme :

... Je bénis Tout ce qui, flots des mers, des blés, courbes des nids, Seins purs des femmes, fleurs aux tiges sveltes. lignes Des coteaux bleus, du torse humain, du col des cygnes Ou glissement doré d'étoiles dans les cieux M'apprit l'art de former les vers mélodieux...

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