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Ferdinand Brunetière : Etudes critiques

Toute Fépître a du souffle et du sentiment ; c'est la plus humaine et la plus vivante de Boileau ; la fin surtout est pleine de fraîcheur, charmante dans sa peinture et d'un accord moderne qui n'est pas sans nous plaire :

Aussi bien j'aperçois ces melons qui t'attendent, Et ces fleurs qui, là-bas, entre elles se demandent S'il est fête au village, et pour quel saint nouveau On les laisse aujourd'hui si longtemps manquer d'eau...

Les fleurs, au regard de ces poètes horticulteurs, sont d'exquises compagnes, de jolies confidentes. Il n'y a pas jusqu'aux plus fameux des hommes qui ne soient à ce moment épris d'elles. Gondé, le grand Gondé lui-même, lors de sa captivité au château de Vincennes, « avait, nous dit Mlle de Scudéry, planté des œillets qu'il arrosait tous les jours ». Et, dans son émotion à se rappeler ce souvenir, l'auteur du Cyrus ajoutait en vers :

Souviens-toi qu'Apollon bâtissait des murailles Et ne t'étonne point si Mars est jardinier.

Quant au roi, si magnifique et si solennel, il n'échappait pas plus que les autres, malgré sa dignité, à ce goût délicat des jardins. Son attachement n'allait pas qu'à Le Nostre, mais nous

savons que, parfois aussi, « après avoir entendu Turenne et Colbert, il s'entretenait avec La Quintinie et qu'il tournait lui-même les arbres... * ». Les auteurs, qui le savaient, ne manquaient point, pour faire leur cour au prince, d'assembler à profusion les fleurs dans leurs poèmes et dans leurs pièces. Le quatrième acte de la Psyché que Molière, Corneille, Quinault et Lulli composèrent de concert, n'a point d'autre origine ; et c'est là qu'il faut voir comment « le théâtre devient, suivant les indications des auteurs, un palais magnifique, coupé dans le fond par un vestibule, au travers duquel on voit un jardin superbe et if

charmant, décoré de plusieurs vases d'orangers et d'arbres chargés de toutes sortes de fruits. »

Imbus, pour la plupart, de l'esprit des poètes de la Pléiade, nés dans un temps où Olivier de Serres, seigneur du Pradel, achevait de planter encore ses vignes et où François de Sales trouvait les mots les plus vaporeux et les plus suaves pour peindre, en fines teintes, ses gentils cantons, les poètes et les écrivains du xvir siècle s'étaient

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