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LES POPULATIONS INDIGÈNES

Instructions A la date du 21 janvier 4907, le Gouverneur général adressa à tous le& chefs

du 81 Janvier 190 7 d'Administration de nouvelles instructions relatives au développement des mesures d'hygiène et de protection de la santé publique (1).

Elles indiquent avec netteté et précision l'organisation qui doit être réalisée, tracent le rôle des directions locales de la Santé, définissent nettement les attributions des autorités sanitaires et administratives et laissent aux différentes assemblées d'hygiène toute Tin itiaiive possible, aussi bien dans les villes que dans les provinces. A côté de cette première partie administrative, le Gouverneur général a esquissé un programme, tout de persuasion et d'éducation, dont les résultats pourront avoir une portée considérable quand, par les efforts de nos médecins, de nos instituteurs, de nos soldats et de tous les gens de bonne volonté, les saines notions d'hygiène auront pénétré les masses et quand les Annamites auront appris comment on évite la maladie, comment on conserve la santé.

Ces instructions ont permis de réaliser en quelques mois plus de progrès qu'en plusieurs années. Pour la première fois, un plan d'ensemble était établi et pour la première fois aussi on songeait à faire appel à l'intelligence des populations intéressées, à leur collaboration.

(1) Le texte de ces instructions a été inséré ao Journal officiel de flndo-Chine, année 1907, page 414.

parmi la population indigène.

Pour la réalisation du programme tracé par le Gouverneur général, les difficultés ne manqueront pas et les effets ne pourront se faire sentir avant plusieurs années. Il importe qu'il n'y ait ni défaillance, ni découragement et que la foi dans le succès anime tous les esprits.

L'indigène n'a aucune connaissance des règles de l'hygiène, aucune notion de Conditions actuelcelles de la propreté. Sa maison, en torchis ou paillote, est basse,mal aérée,le plus ,e8 de l'hY8** n * souvent d'une saleté repoussante. Le lit de camp sur lequel il couche, les nattes et les couvertures dont il se sert, jusqu'à ce qu'elles soient réduites'à l'état de lambeaux, ne sont jamais lavés, jamais nettoyés. Dans un pareil milieu, tous les parasites se rencontrent : poux, puces et punaises.

L'indigène n'est guère plus soigneux de sa personne : ses vêtements sont d'autant plus crasseux qu'il ne fait point usage de linge de corps. Même incurie en ce qui concerne l'alimentation : aucune précaution n'est prise à l'égard de l'eau, qui est consommée telle quelle, polluée par des immondices et des détritus organiques.

Les accidents seraient plus redoutables encore, n'était l'habitude qu'ont les indigènes de boire du thé à leurs repas, sous forme d'infusion. II n'en reste pas moins avéré que, chez eux, les maladies d'origine hydrique sont très fréquentes, ainsi que celles reconnaissant pour cause les parasites intestinaux (douves, lombrics, ténias, tricocéphales, etc. . .).

Les enfants ne sont pas mieux soignés que les adultes : ils vont nus par tous les temps et leur nourriture est des plus défectueuses, l'allaitement allant de pair avec le'gavage au riz ou ne tardant pas à être abandonné complètement.

Quant à l'hygiène des groupes, on peut dire qu'elle n'existe pas. Chaque village est un amas de cases disposées sans ordre. Pour surélever le sol des habitations el en vue d'éviter les inondations, la terre du voisinage est fouillée, des trous sont creusés formant ainsi des cuvettes ou des mares remplies d'eaux stagnantes et putrides, on ne peut plus favorables à la culture en masse des culex et des anophèles. Il n'y 3 ni water-closet, ni écoulement pour les eaux usées: les immondices restent sur le sol jusqu'au moment où ellçs sont entraînées par les eaux de pluie.

Dans de pareilles conditions, en présence d'habitudes si invétérées, il est bien évident que les mesures administratives ne sauraient suffire et que les arrêtés qui réglementent la matière ne pourront être appliqués à la lettre tant qu'ils n'auront pas été compris et librement acceptés par la population. Au surplus, l'Annamite n'est nullement réfractai re aux idées de progrès et, s'il persiste dans ses anciens errements, c'est qu'il n'a pas été instruit. Le succès obtenu par les premières conférences d'hygiène montre l'intérêt qu'il y trouve et le désir qu'il a d'en profiter.

La propagande a été organisée simultanément à la campagne, dans les écoles et dans les corps de troupes indigènes.

Vulgarisation des Déjà le docteur Paucot, médecin de l'Assistance à Haiduong, avail pris l'initianotions d'hygiène tivedetournéesd'hygièneaveccauseriesetdémonstrationssurplaceauxhabitants. parm es popu a- ^^ pratique a été généralisée et les déplacements des médecins de l'Assistance

sont aujourd'hui réglementaires : ils coïncident avec les réunions des grands marchés et sont l'occasion de conférences publiques, de visites minutieuses dans les villages. De leur côté, les médecins-vaccinateurs, s'adressant d'une manière spéciale aux mères de famille, leur apprennent les soins à donner aux nouveau-nés, l'alimentation qui leur convient, la nécessité de les tenir propres, etc. .. Ces causeries, tirées à plusieurs milliers d'exemplaires, ont été répandues parmi la population ; des aphorismes sur l'hygiène, accompagnés de gravures naïves et susceptibles de frapper les esprits,ont été imprimés en gros caractères et affichés à la porte des pagodes. Par ailleurs, les médecins se tiennent à la disposition des indigènes pour répondre à leurs objections, leur fournir toutes explications utiles, ainsi que les conseils complémentaires dont ils peuvent avoir besoin .

Cette vaste campagne d'hygiène doit être poursuivie sans relâche; elle n'est qu'à son aurore; mais l'année prochaine, quand les premiers médecins indigènes sortis de l'École de Hanoi entreront en scène, elle battra son plein et ne tardera pas à donner de bons résultats.

Propagande faite Le rôle des instituteurs n'est pas moins important : leur collaboration est indisdans les écoles. p ensa bi e- Le directeur général de l'Instruction publique est entré délibérément

dans cette voie et a pris des dispositions pour que, dans les Écoles normales et à toutes les réunions d'instituteurs, des cours d'hygiène soient faits par les médecins européens; les instituteurs enseigneront à leur tour aux élèves ce qu'ils auront appris. Des inspections d'hygiène fréquentes sont d'ores et déjà passées dans les établissements d'instruction publique.

Vulgarisation des jj ans j es cor p S j e lr0U p e> | es mêmes efforts sont tentés, afin que les militaires uarml lestrouoes indigènes, imbus de solides principes en matière d'hygiène, entraînés à leur Indigènes. application, puissent, une fois libérés, répandre dans leurs villages ce qu'ils ont

appris au régiment. Des conférences ont donc été organisées par les soins des médecins-majors; elles sont faites aux gradés et résumées en quelques phrases brèves et simples, véritables théories d'hygiène que les hommes doivent apprendre et sur lesquelles ils sont interrogés. Des démonstrations élémentaires sur la filtration de l'eau, la destruction des moustiques, la pratique des désinfections, de l'isolement, etc., sont confiées aux aides-majors.

Les médecins militaires des différents corps ont rivalisé de zèle et d'ingéniosité pour faire l'éducation des tirailleurs, et les résultats, de ce côté, sont déjà des plus encourageants.

Le 4" tonkinois est en tète de ce mouvement de propagande. Un programme de conférences a été établi ; il est divisé en 19 leçons qui portent sur l'hygiène individuelle, l'hygiène de l'enfance, l'hygiène des femmes en couches, la prophylaxie du paludisme, de la dysenterie, du choléra, de la conjonctivite purulente, la purifica-

tîon de l'eau, etc. . . Les leçons, présentées sous forme de questionnaires, ont été traduites en quoongu et tirées à la presse régimentaire ; un exemplaire est remis à chaque gradé.

Cet enseignement, institué à la fin de mars 1907, a été régulièrement poursuivi pendant le 2 6 trimestre. Dans chaque bataillon, des leçons ont été faites aux infirmiers et aux interprètes par les médecins ; elles ont été répétées aux hommes, dans les compagnies, par les interprèteset les gradés européens. Une fois par semaine, ces différentes unités sont interrogées à tour de rôle par le médecin.

Au début, les résultats furent peu satisfaisants ; la plupart des tirailleurs étaient incapables de faire une réponse convenable. D'ailleurs, les notions nouvelles allant à l'encontrede leurs habitudes et de leurs préjugés, ils ne les comprenaient pas. Au bout de plusieurs semaines, on put constatera l'infirmerie et dans les compagnies qu'ils étaient moins réfractaires; les progrès ont continué et la ipajorité des hommes répondent aujourd'hui passablement. Quelques-uns, surtout parmi les élèvescaporaux, sont très bons; chez un petit nombre seulement, l'intelligence reste fermée aux leçons d'hygiène.

Au 5 e tonkinois, une notice individuelle relative aux mesures à prendre pour maintenir la santé des soldats en paix et en guerre a été rédigée. Dans toutes les compagnies, dans tous les détachements, elle a été lue par les interprètes, commentée par les médecins et apprise aux hommes sous forme de théorie. Le colonel du régiment a signalé l'attention que les tirailleurs ont apportée à ces conférences et l'intérêt qu'ils y ont trouvé. Des interrogations fréquentes permettent de constater le degré d'instruction obtenu.

Au S* tonkinois, l'enseignement a été organisé avec beaucoup de soin.Des leçons d'hygiène ont été rédigées, mises sous forme de théorie, puis traduites en quocngu par des officiers brevetés de langue annamite, tirées à la presse régimentaire et distribuées aux différentes unités. La forme simple et naïve adoptée convient parfaitement et la plupart des hommes ont recueilli le plus grand profit de cet enseignement.

Au 4* tonkinois, on s'est inspiré du manuel d'hygiène du soldat japonais et, sous forme de règlement, en phrases nettes et concises, un manuel analogue a été imprimé et distribué aux compagnies.

Deux fois par semaine, une conférence est faite par les médecins aux gradés et aux élèves-caporaux ; elle consiste dans la lecture d'un ou de deux paragraphes de ce manuel, qui sont ensuite expliqués et commentés de façon à bien en faire comprendre le sens.

Au 5« tonkinois, un notice de même genre a été rédigée et des exemplaires ont été distribués aux gradés. Lorsque ceux-ci ont été suffisamment instruits, ils ont servi de moniteurs aux hommes et leur ont fait de véritables théories d'hygiène.

A V Artillerie, un manuel d'hygiène a été rédigé par un médecin-major et traduit en quoc-ngu et en caractères annamites . Il contient les prescriptions les plus

indispensables de l'hygiène relatives à la propreté, l'habitation, l'alimentation,les maladies vénériennes, l'opium et les soins à donner aux enfants, présentées de manière à les rendre compréhensibles à des illettrés.

Des conférences sont faites par le médecin-major à tous les gradés européens et indigènes ; des théories sont faites aux hommes.

En Cochinchine, c'est le manuel d'hygiène du docteur Angier, à l'usage des élèves infirmiers de l'Ecole de Choquan, qui a servi de base à l'enseignement.

Les résultats ont été particulièrement brillants au i er annamites. Des conférences ont été instituées sur le programme suivant :

1° Hygiène extérieure du corps; utilité des exercices physiques; propreté corporelle; influence du chaud, du froid, du soleil, de la pluie, du brouillard, de la foudre; vêtements; air, sol, eau ; purification de l'eau.

2° Alimentation. Son but ; aliments et boissons utiles; aliments et boissons nuisibles ; rôle des fruits verts et les légumes crus dans la propagation des épidémies ; parasites intestinaux ; méfaits de l'alcool, de l'opium et du tabac.

3° Habitation. Emplacement, aération, éclairage ; latrines; eaux ménagères.

4* Soins à donner aux blessures ; prophylaxie des maladies évitables, désinfections.

5° Hygiène des accouchées et des nouveau-nés.

0° Peste : étiologie, prophylaxie et traitement ; variole et vaccine ; lèpre et léproseries ; béribéri.

Chacun des paragraghes a été développé et commenté par les médecins dans leurs bataillons respectifs; les conférences ont été ensuite traduites en quoc-ngu et remises aux gradés; des interrogations ont été faites à tous les hommes. Déjà les efforts de cette éducation se sont fait sentir : des tirailleurs atteints de maladies contagieuses ont été mis par leurs camarades dans l'obligation de les déclarer au médecin; leurs enfants n'hésitent plus à se présenter à la consultation.

Dans les autres corps indigènes, au Cambodge commeenCochinchineet au Tonkin, l'enseignement de l'hygiène a été organisé sur les mêmes bases, et partout des résultats satisfaisants ont été enregistrés. Lorsque, ainsi formés pendant cinq années consécutives, les militaires libérés regagneront leurs villages, il est incontestable qu'il essaieront d'appliquer ce qu'ils auront fait, vu et appris au régiment. Les efforts des médecins militaires n'auront pas été inutiles et ils auront ainsi contribué pour une grande part au progrès de l'hygiène en Indo-Chine.

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