‹ Situation de l'Indo-Chine (1897-1901) (volume 2)Chapitre 7 sur 190 · SERVICE COMMERCIAL ET INDUSTRIEL · texte numérisé non relu

SERVICE COMMERCIAL ET INDUSTRIEL

Le Service commercial et industriel de la direction de l'Agriculture, des Forêts et du Commerce a été créé par arrêté du 25 mars 1905.

Les questions commerciales et industrielles étaient traitées auparavant soit par le directeur, soit par le sous-directeur qui, ayant également à donner leurs soins aux autres branches du service, ne pouvaient consacrer à ces affaires spéciales tout le temps qu'ils auraient désiré.

Le but à atteindre, à l'aide de la nouvelle organisation, fut nettement posé par But et rôle du nou le chef du Service commercial, dans son rapport sur «r le Mouvement de la naviga- veau servlce tion et le mouvement commercial de l'Indo-Çhine en 1903 », paru dans le Bulletin économique de juillet 1 904.

Après avoir étudié le rôle joué par les ports de Hongkong et de Singapore dans notre mouvement commercial aussi bien avec les pays d'Asie qu'avec les pays d'Europe et d'Amérique, il ajoutait : f II ne peut pas être question pour l'Indo-Ghine de disputer à Hongkong et à Singapore leur suprématie incontestable. Ne serait-il pas utile, cependant, par les moyens pratiques que nous allons énumérer, mais au sujet desquels nous ne pouvons entrer ici dans le détail, de nous créer, pour un certain nombre de produits, des relations directes avec les pays producteurs et consommateurs des marchandises qui figurent à notre mouvement général ? »

c Pour obtenir ce résultat, il faudrait :

« 1° Etudier la création de lignes de navigation reliant l'Indo-Chine avec les ports consommateurs de la Chine, peut-être les pousser jusqu'au Japon et à Java, en évitant de faire escale à Hongkong et à Singapore, mais en restant relié à ces deux ports par les lignes actuellement existantes ;

* 2* Rendre plus accessibles nos ports indo-chinois et compléter leur outillage, au moins en partie ;

« 3° Obtenir la franchise pour les plus importants ;

« 4* Y créer des entrepôts où Ton puisse facilement trouver les produits d'importation et d'exportation qui forment la base du trafic indo-chinois ;

« 5° Rendre plus étroites les relations entre l'Indo-Chine et nos grands marchés métropolitains des ports, de Paris, de Lyon, etc., et faciliter l'expédition sur ces points de tous produits d'exportation dont l'écoulement ne serait pas assuré dans les pays circonvoisins.

« Il est évident que la position géographique admirable des ports anglais, leur franchise douanière, l'outillage qu'ils possèdent, les frets bon marché dont ils jouissent, et surtout l'importance commerciale des marchés de Londres et de Liverpool, Çui leur servent de débouché, leur assurent en Extrême-Orient, et pour longtemps encore, une place que nous n'avons pas la possibilité de leur disputer.

« Il ne s'agit, nous le répétons à nouveau, que de nous en rendre indépendants, dans la mesure du possible, par les moyens indiqués plus haut.

« Le mouvement général de l'Indo-Chine commence à être suffisamment important pour que des tentatives puissent être utilement faites. Le développement de son trafic, dont personne ne doute, facilitera encore cette tâche.

c II ne faut pas espérer une réussite immédiate ; c'est un travail de longue haleine à entreprendre, qui ne peut avoir chance de réussir que si Ton en poursuit la réalisation par des efforts ininterrompus .

« Les très sérieux résultats que l'on obtiendra en cas de réussite méritent que cette.question soit sérieusement envisagée . »

Cette thèse était développée à nouveau dans un travail sur le commerce de l'Indo- Chine avec les pays d'Extrême-Orient, paru au Bulletin économique d'avril 4905.

Après une étude détaillée de notre commerce extérieur, le chef du Service commercial évaluait à 1 70 millions de francs le mouvement commercial de l'Indo-Chine avec les pays avoisinants et voici quelles étaient ses conclusions :

« Le mouvement économique de l'Indo-Chine se subdivise donc comme suit :

< 1° Un peu moins de la moitié se traite avec la France et ses colonies ;

c 2* Une seconde part, presque égale à la première, se traite avec les pays d'Extrême-Orient, soit directement, soit par l'intermédiaire de Hongkong et de Singapore;

« 3° Un solde relativement peu important se traite avec tous les autres pays, soit directement, soit par l'intermédiaire des mêmes ports de transit (pays d'Europe, Etats-Unis, pour le pétrole). >

La Métropole a donc sa bonne part réservée dans le commerce indo-chinois et si elle peut encore espérer la voir progresser, ce n'est que par une augmentation générale de notre commerce.

En effet, notre traûc avec les pays hors d'Extrême-Orient est fort peu important et il n'y a aucune chance, d'un autre côté, que la France puisse remplacer les contrées d'Extrême-Orient pour les articles tout spéciaux que nous traitons avec elles.

Cette partie de notre commerce mérite cependant d'attirer notre attention à un point de vue tout spécial, celui de la création de lignes de cabotage reliant l'Indo* Chine aux pays voisins et lui permettant de se libérer en partie, et dans la mesure

utile, de la tutelle économique de Hongkong et de Singapore. L'attention avait déjà été appelée sur ce point dans les conclusions de la mission lyonnaise d'exploration commerciale en Chine, en 1897.

Ces lignes peuvent parfaitement être créées avec une base de fret de cent soixante-dix millionsde francs (1 70.000.000) de mouvement commerciale répartissant à l'entrée et à la sortie sur des marchandises lourdes et des marchandises riches.

Les pays importateurs et exportateurs, certains de trouver régulièrement du fret, même pour les plus petites parties, prendraient bien vite l'habitude de se servir des nouvelles lignes; leurs commerçants se mettraient directement en rapport avec les nôtres et les marchandises, dégrevées des frais de transport supplémentaires et de transbordement qu'elles subissent dans les ports de transit, se vendraient à de meilleures conditions et, par conséquent, plus facilement. Un nouveau mouvement se créerait probablement sur d'autres marchandises dont le trafic est arrêté actuellement par ces frais et ces difficultés et le commerce général de la Colonie en profiterait grandement.

En dehors des premiers avantages dont nous venons de parler, les lignes de cabotage dont il s'agit trouveraient un gros élément de fret dans le transport des marchandises entre les divers ports étrangers qu'elles desserviraient et dans celui des marchandises venant de la Métropole et destinées à l'Extrême-Orient, ou celles qui viennent d'Extrême-Orient et qui sont destinées à la Métropole, qu'elles prendraient ou livreraient à Saigon à nos grandes lignes françaises.

Une entente interviendrait certainement entre toutes ces lignes, de façon i établir des connaissements directs et des prix de fret leur permettant de lutter avec les lignes étrangères .

Ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le dire, nous ne voulons pas disputer à Hongkong et à Singapore une suprématie indiscutée; nous pensons tout simplement que la création de lignes de cabotage, tout en donnant une importance plus grande à nos ports de la Cochinchine, de l'Annam et du Tonkin, faciliterait grandement le développement du commerce de l'Indo-Chine, et même celui de la Métropole, avec tous les pays d'Asie.

La question monétaire s'était posée en 1 902 d'une façon particulièrement grave, La question menépar suite de la forte baisse de l'argent, les cours de négociation de la piastre étant taire»

tombés un moment au-dessous de 2 francs.

La grande majorité des négociants et colons, désagréablement surpris de voir considérablement diminuer la valeur en or de leur avoir en piastres, réclamèrent la stabilisation du cours de cette monnaie, à l'exemple de ce qui se faisait au Siam, aux Philippines et plus tard à Singapore.

Les Chambres de commerce et d'agriculture, ainsi que le Conseil supérieur de la Colonie, les Chambres de commerce de Paris et des grands ports français, la

Chambre du commerce d'exportation de Paris, etc. •. , formulaient les mêmes desiderata.

CommlMlon inter- Une Commission interministérielle fut chargée, par arrêté du Ministre des Colo-

«02. nîes en date du 3 décembre 1902, d'étudier la question.

Après avoir examiné les diverses mesures qu'on lui présentait comme propres à'empêcher la dépréciation de la monnaie circulant en Indo- Chine, et spécialement la possibilité de la stabilisation de la piastre de commerce, cette commission, composée des personnes les plus qualifiées, a estimé qu'il était nécessaire, avant tout, d'améliorer la circulation monétaire de la Colonie et a préconisé pour arriver à ce résultat, les moyens suivants :

1° Suppression du droit d'exportation sur les piastres;

2<> Frappe immédiate de piastres de commerce dans la mesure nécessaire pour assurer les besoins de la circulation ;

3° Diminution progressive, après période de préavis, du pouvoir libératoire de la piastre mexicaine par rapport à la piastre de commerce ;

4* Au besoin, interdiction de rentrée de la piastre mexicaine pendant les périodes de préavis ;

5° Faculté pour le Trésor de délivrer, pendant jles périodes de préavis, des bons de monnaie d'une valeur minimum de cinq mille piastres, en échange des piastres mexicaines versées dans les caisses publiques ;

6° Entente avec la Banque de l'Indo-Chine pour ne plus remettre en circulation les piastres mexicaines ;

7° Suppression du cours légal de la piastre mexicaine lorsque le moment en sera venu.

Mesures prises par En conséquence, les mesures suivantes furent prises par l'Administration indol'Administration ^qj^ .

de la Colonie.

\* Interdiction de l'entrée des piastres mexicaines (décret du 3 juin 1903) ;

2° Suppression de la taxe 3% à la sortie de ces monnaies, établie par le décret du 29 décembre 1 898 (décret du 3 juin 1 903) ;

3° Interdiction de l'exportation des piastres de commerce et des barres et lingots d'argent (exception faite, pour des motifs spéciaux, pour les sorties à« destination du Yunnanjet de Battambang (arrêté du 30 janvier 1 905). Cette mesure, qui pourra être abrogée dans la suite, a été mot ivée par la crainte de voir l'exode de la piastre française, au début de 1905, s'accentuer, juste au moment où la Colonie voyait son stock métallique diminuer par suite de la sortie de nombreuses piastres mexicaines et de l'interdiction de Fimport de ces pièces ;

¥ Abolition du cours légal des piastres mexicaines en Indo-Chine, à compter du 1« janvier 1906 (arrêté du 3 octobre 1905).

Il n'a pas été nécessaire de recourir aux procédés indiqués plus haut sous les numéros 3° et 5°.

L'entente avec la Banque de l'Indo-Chine a eu lieu. Enfin, on s'est efforcé défaire frapper une grande quantité de piastres de commerce, mais la Monnaie de Paris exécutait lentement les commandes et, en 4906, à la suite de sa superbe récolte, la Gochinchine fut bien près d'une crise monétaire intense, causée par le manque de numéraire. Elle ne fut évitée que par le rachat d'un grand nombre de piastres de commerce qui furent retrouvées à Hongkong, retour du Yunnan.

Le 1 5 septembre 1 905, le Min istrè des Colonies adressait au Gouverneur générai Réunion

de Hndo-Chine un télégramme l'invitant à étudier d'urgence les mesures à prendre d '» n « commission pour conjurer la baisse de la piastre qui lui paraissait devoir être la conséquence en In <*o-Oiine. de la conclusion de la paix entre la Russie et le Japon.

C'est afin d'examiner cette situation et de proposer les mesures à prendre que le Gouverneur général institua une commission à l'effet d'étudier les questions relatives au régime monétaire de l'Indo-Chine et les modifications qu'il pourrait être opportun d'apporter à ce régime, notamment la stabilisation de la valeur de la piastre.

La commission reconnut que la stabilisation n'était possible que si la balance des comptes était favorable à la Colonie et fit établir un tableau présentant, pour les années 1899 à 1905, une série de bilans qui se balancent tous, à l'exception du dernier, par un solde créditeur.

Un rapport établi au nom de la Commission concluait de la façon suivante : Conclusions

a La Commission, en présence du mouvement d'opinion qui s'est produit en indo-chinoise, faveur de la stabilisation de la piastre et qui s'est traduit par les vœux des Chambres de commerce et ceux de leurs représentants au Conseil supérieur (sessions de 1903, 1904 et 1905), est d'avis que la stabilisation peut être faite, mais aux conditions suivantes :

c 1° Elévation graduelle du cours officiel jusqu'au taux qui sera adopté pour la stabilisation et qui ne saurait être inférieur à 2 fr. 75 ;

c 2° Stabilisation, d'après un système basé sur le plan philippin et tel qu'il est exposé dans le rapport ci-annexé;

c 3° Attribution au Gouverneur général, qui doit être seul juge de l'opportunité de la mesure, des pouvoirs nécessaires pour établir la fixité du taux de la piastre par simple arrêté. »

La question fut très longuement étudiée et discutée au Ministère des Colonies "Institution d'une et l'on décida, le 9 mars 1906, qu'elle serait de nouveau soumise à une commis- nouvelle com-

. . . . .f . ,, mission intérim-

sion interministérielle. nistérielle.

Entre temps, les circonstances avaient changé. La baisse n'effrayait plus les capitalistes et les négociants engagés dans la Colonie; c'était la hausse qui, tout au contraire, était considérée comme trop onéreuse pour tous ceux qui avaient à taire des dépenses ou à régler des salaires en piastres.

On réclamait encore la stabilisation de la piastre, mais à un cours moyen de 2 fr . 50. On comprit bien vite que le Gouvernement général de l'Indo-Chine ne pou*

vait pas stabiliser à un taux inférieur au prix de revient, ni déprécier sa monnaie en fabricant une piastre de taux inférieur, mais revenant à moins de 2 fr . 50.

Il se fit alors un revirement d'opinion. La Chambre d'agriculture du Tonkin réclama le maintien du statu quo et les Chambres de commerce de France évitèrent de manifester à nouveau leur opinion, malgré les efforts de la Chambre du commerce d'exportation de Paris qui resta seule à réclamer fermement la stabilisation de la piastre indo-chinoise.

Le 1 7 juillet 1906, le rapporteur de la Commission déposait un rapport dans lequel il étudiait les divers systèmes de stabilisation adoptés dans les autres pays. Il démontrait, tout d'abord, combien la stabilisation à cours bas pouvait devenir dangereuse lorsque, par suite de la hausse de l'argent, la valeur du métal employé dépassait le taux de stabilisation, comme cela avait été le cas au Siam> aux Philippines et même à Singapore.

Puis, étudiant la situation économique de l'Indo-Chine, il constatait que la balance des opérations sur marchandises lui était nettement défavorable et que la compensation dans la balance des capitaux n'était faite qu'au moyen des fonds d'emprunt.

« Ces moyens de compensation ne peuvent être que passagers et ils sont la source de dettes futures ou déjà nées, telles les annuités d'emprunts, que l'on compte actuellement pour 10 millions. Si l'on élimine ces importations de capitaux, on constate que l'équilibre des dettes et des créances n'est pas certain, qu'il est dans tous les cas singulièrement instable.

« La situation économique de l'Indo-Chine, qui parait être devenue assez semblable à celle de l'Inde si l'on compare simplement les proportions du commerce avec les pays à étalons d'or et du commerce avec les pays à étalon d'argent, en diffère, on le voit, sur un point essentiel : en Indo-Chine, les importations excèdent les exportations, tandis que l'Inde exporte beaucoup plus qu'elle n'importe. On n'oublie pas que la balance des opérations sur marchandises n'est qu'un élément de la balance générale des comptes. Hais cet élément est prépondérant pour l'Indo- Chine, comme pour beaucoup de pays neufs. En définitive, l'Indo-Chine court le risque, contre lequel l'Inde est garantie par un large excédent d'exportations, d'être obligée de régler par des envois d'argent le solde de ses dettes en or. Un système de stabilisation de la piastre imité du bimétallisme indien ne fonctionnerait donc pas dans les conditions qui ont assuré le succès de ce dernier. »

Sans protester contre ces conclusions, il est bon de faire simplement remarquer que la balance nettement défavorable des opérations sur marchandises est due aux importations réglées soit par* la Métropole, soit à l'aide des fonds des divers emprunts. Cette balance avait été favorable d'une façon constante jusqu'en 1899, et il est certain qu'elle le redeviendrait si les importations dont nous parlons plus haut venaient à cesser.

C'est donc à juste titre que la compensation avait été faite à l'aide des fonds d'emprunt dans la balance des capitaux établie par la Commission indo-chinoise.

Voici quelles sont les conclusions adoptées par la Commission métropolitaine : Conclusion» de la t Etant donné: commission in-

« 1° Que le commerce de l'Indo-Chine avec les pays à étalon d'or ou à change '

stabilisé a représenté, en 1 904, autant qu'on peut en j uger , 60 % des importations et 55% des exportations, tandis qu'avant 1900 9 les importations provenaient pour moitié seulement de ce groupe de pays et que les trois quarts des exportations étaient destinés aux pays à étalon d'argent ;

< 2° Que la proportion du commerce avec les pays à étalon d'argent sera diminuée encore dans l'avenir, par suite du classement des Etablissements des Détroits parmi les pays à change stabilisé ;

« 3° Que les importations des pays à étalon d'or ou à change stabilisé ont dépassé de 24.970.000 francs, en 1904, les exportations attribuées à ces mêmes pays;

« 4û Qu'en particulier, les opérations avec la Métropole ont donné lieu à un excédent d'importations de 44.930.000 francs; que, de 1900 à 1904, les importations de la Métropole ont augmenté de 10.945.000 francs, les exportations portées à son compte gagnant seulement 6 . 892 . 000 francs ;

c 5° Que dans les rapports de l'Indo-Chine avec les pays à étalon d'argent, les importations dépassent également les exportations ;

« 6° Que, dans l'ensemble, depuis 1 900, les importations ont toujours excédé les exportations, savoir : en 1900, de 30.400.000 francs ; en 1901, de 101.800.000 francs; en 1902, de 29.900.000 francs; en 1903, de 103.800.000 francs; en 1904, de 28.600.000 francs ; en 1905, de 85.800.000 francs ;

€ 7° Que, depuis plusieurs années, la balance générale des comptes parait également débitrice, du moins si l'on s'en tient aux articles permanents de débit et de crédit, sans faire état des moyens de compensation exceptionnels qui résultent des placements de capitaux dans les entreprises publiques ou privées ; c La Commission,

c Considérant que l'équilibre des dettes et des créances normales serait la condition essentielle de tout système tendant à maintenir le taux de la piastre indépendamment de la valeur du métal,

« Emet l'avis que les circonstances ne se prêtent pas à un essai de stabilisation de la piastre. *

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