‹ Situation de l'Indo-Chine (1897-1901) (volume 2)Chapitre 6 sur 190 · III. - DÉVELOPPEMENT DE LA SÉRICICULTURE · texte numérisé non relu

III. - DÉVELOPPEMENT DE LA SÉRICICULTURE

L'élevage des vers à soie, le dévidage des cocons et le tissage des fils obtenus sont des industries familiales pratiquées en Indo-Chine depuis la plus haute antiquité.

Les mêmes procédés paraissent avoir été conservés par les indigènes avec un soin jaloux, pour ces différentes branches de l'industrie séricicole.

Le perfectionnement et le développement de cette industrie avaient paru, dès les premières années de l'occupation française, une question importante pour l'avenir de la Colonie.

En 1868, le Comité agricole et industriel de la Cochinchine, fondé par l'Amiral Roze, préconisait le développement de la sériciculture en Cochinchine et demandait l'application de diverses mesures pour encourager cette industrie.:

1° Prime d'encouragement aux cultivateurs de mûriers ;

Historique de la question.

Premières tentatives en Cochiiv chine.

Premières

tentatives au

Tonkin,

Mission Dadre*

2<> Cession gratuite et exemption d'impôt pendant deux ans pour les terrains que les indigènes s'engageaient à cultiver en mûriers ; 3° Prime de une piastre par kilogramme pour les soies exportées ; 4° Installation, sous la direction d'un spécialiste, d'une petite filature modèle. Ces vœux n'ont cependant pas été suivis d'exécution.

En 1869, une société privée installa à Cholon une filature à vapeur dans le but de vendre la soie en France. Mais, à la suite de la guerre de 1870-71, le cours des soies subit un fléchissement tel que la filature dut fermer.

Au Tonkin, dès la conquête, la Chambre de commerce de Lyon se préoccupa du développement possible de la sériciculture. M. P. Brunat, qui avait établi au Japon la première filature officielle de soie, et dont la compétence en ces matières était justement appréciée, fut chargé d'une mission.

M. Brunat passa les mois d'octobre et de novembre à étudier les questions séricicoles au Tonkin ; malheureusement, cette époque était peu favorable et les conditions très différentes de celles du Japon. Les modifications que M. Brunat conseilla d'apporter dans la culture du mûrier et dans l'éducation des vers furent d'une application peu pratique.

Le Résident général Paul Bert avait fondé, le 10 juin 1886, un Comité d'études agricoles, industrielles et commerciales del'Annam et du Tonkin. Ce Comité devait s'occuper particulièrement de l'étude des questions séricicoles auxquelles Paul Bert attachait l'importance qu'elles méritaient.

En 1887, quelques tentatives, dues à l'initiative privée, furent faites pour installer des filatures à l'européenne, par MM. Tamet et Ulysse Pila, à Nam-dinh, et par M. Bourgoin-Meiffre, à Hanoi.

Les soies obtenues à la filature de Hanoi furent remarquées et récompensées à l'exposition coloniale de Lyon, en 1893. Mais, malgré une prime de 200 francs par bassine, accordée en 1894 par le Gouverneur général de Lanessan, la filature de Hanoi ne put arriver à une production régulière, surtout faute de matières premières et à cause de la mauvaise qualité des cocons.

Le Ministère des Colonies confia à M. Dadre, en 1898, une mission officielle d'une durée de deux années, qui comportait l'étude de toutes les questions concernant la sériciculture au Tonkin.

M. Dadre, ancien filateur, étudia les ressources séricicoles du Tonkin et de l'Annam. Il tenta, en outre, l'introduction des graines de races européennes et chercha à croiser ces races avec les cocons indigènes. Ses efforts ne furent malheureusement pas suivis de succès.

La direction de l'Agriculture a secondé de tout son pouvoir les efforts et les tentatives de M. Dadre. Le budget général pour moitié, puis par la suite le budget

local du Tonkin seul, supportèrent les frais de la mission Dadre, cjui fut prorogée jusqu'à la fin de 1902, soit pendant quatre ans et demi.

M. Dadre obtint :

1 * La création à Nam-dinh d'un champ d'expériences pour la culture du mûrier;

2° L'installation à Nam-dinh d'une chambre frigorifique pour l'hivernage artificiel des graines de vers à soie français ;

3° La création à Nam-dinh d'une magnanerie modèle ;

4° L'installation et la mise en œuvre d'une petite filature de soie à l'européenne.

Les résultats pratiques de la mission Dadre furent nuls au point de vue de l'amélioration des cocons et de l'extension de la culture du mûrier. Les éducateurs avaient été complètement découragés par les insuccès répétés subis par eux dans l'élevage des vers de races françaises.

Au point de vue du perfectionnement de la filature, M. Dadre obtint, avec la collaboration de M. Gachon, des flottes de soies qui furent récompensées par une médaille d'or à l'Exposition de 1900 et qui furent cotées à Lyon au prix de 32 francs le kilo, prix sensiblement égal à celui des soies de Canton.

Ces résultats concluants déterminèrent le Gouvernement à approuver le con- Contrat Dadre et trat passé entre le Protectorat du Tonkin et MM. Dadre et Depincé (29 mars 1902). Depincé .

D'après ce contrat, MM. Dadre et Depincé s'engageaient :

1° A construire à Nam-dinh, sur les terrains occupés par la magnanerie modèle (qufvenait à peine d'être achevée), et sur ceux qui pourraient leur être ultérieurement concédés, une filature de soie à outillage approprié décent bassines, avec toutes ses dépendances et à en assurer le fonctionnement normal ;

2° A continuer les études et les travaux de la mission séricicole sur la culture du mûrier sur une surface minima d'un hectare, et au moyen d'une magnanerie modèle produisant pour chacune des cinq périodes annuelles d'élevage un minimum de 50 kilos de cocons européens ou métissés et de 50 kilos de cocons indigènes ;

3° A recevoir dans l'établissement, à titre d'élèves sériciculteurs et filateurs, les Annamites présentés par l'Administration, à raison de cinquante par an, répartis en cinq séries de dix élèves chacune, correspondant aux cinq périodes annuelles d'élevage ;

4° A distribuer gratuitement chaque année aux éleveurs du Tonkin 100 onces de graines européennes et 50 onces de graines indigènes sélectionnées d'après le système Pasteur.

Cette clause a été modifiée et seules des graines indigènes sélectionnées doivent être fournies.

La justification d'un capital minimum de deux cent cinquante mille francs (250 . 000 fr.) était exigée de MM. Dadre et Depincé ou de la société française qu'ils étaient autorisés à se substituer.

En échange de ces obligations, le Protectorat du Tonkin s'engageait à céder gratuitement le terrain nécessaire à la construction d'une filature et à verser une annuité forfaitaire de dix mille piastres, représentant le traitement du directeur de l'Ecole, la rémunération scolaire pour l'enseignement technique donné aux élèves et la valeur des graines sélectionnées.

Inauguration de la i^ filature fut inaugurée au mois de mars 1 904. L'Administration locale a prêté

dinÎTen 1 9olT ROn concours au D0Uvel établissement, en faisant porter officiellement à la connaissance des sériciculteurs indigènes que la filature de Nam-dinh était acheteur de cocons.

Néanmoins, la quantité de soie filée et exportée fut insignifiante.

Pendant la mission de M. Dadre, la maison Seux,de Lyon, représentée au Tonkin par M. Gachon, a cherché et réussit à obtenir des indigènes quelques envois de grèges filées plus régulièrement. Malheureusement, après la mort de son chef, la maison Seux ne continua pas ses achats au Tonkin.

En Annam, MM. Delignon et Paris installèrent près de Quinhon une petite filature de 64 bassines, un moulinage et 24 métiers .

Dans le but d'encourager la tentative intéressante de ces industriels, qui rencontra à ses débuts de grandes difficultés du fait de l'insuffisance de la matière première et de la concurrence des acheteurs chinois, le Gouvernement de ÏÏndo- Chine décida de leur accorder des primes à la production constatée.

Nouvelles études à Depuis 1902, on a cherché à reprendre sur d'autres bases les efforts séricipartir de 1908. ^les.

Le Gouverneur général pensait en effet qu'il ne fallait pas considérer uniquement les résultats presque infructueux de tous les sacrifices qui avaient été faits jusqu'alors, mais que la France achetait chaque année pour 45 millions de francs * de soies cantonnaises, et que les grèges tonkinoises pouvaient concurrencer ces produits sur le marché métropolitain. Non seulement l'exportation des grèges tonkinoises devait fournir des revenus importants aux indigènes, mais elle procurerait, en outre, un fret de retour appréciable, fret qui faisait totalement défaut jusqu'à présent.

La direction de l'Agriculture fut spécialement chargée d'étudier la question et fut autorisée, en 1903,à s'attacher les services d'un spécialiste, M. Gachon, ancien représentant de la maison Seux, qui s'occupa sans retard d'organiser dans différents centres du Tonkin, notamment dans la province de Phu-lién, quelques groupes de bassines à feu vu .

En 4904, M. Emery, qui avait acquis une longue expérience de la filature et du commerce des soies en France, en Italie et à Canton, fut chargé d'une mission # séricicole en Indo-Chine et attaché à la direction de l'Agriculture, des Forêts et du

Commerce.

Celle-cijseconda M. Emery de tout son pouvoirjet dirigea constamment ses efforts vers la réussite de l'entreprise séricicole. M. Gachoo, rédacteur i la direction de l'Agriculture, fut adjoint à M. Emery et tous deux s'occupèrent de faire perfectionner aux indigènes leurs procédés d'élevage et de dévidage des cocons.

A cet effet, la direction de l'Agriculture fit construire sur différents points des magnaneries modèles, simples constructions indigènes, mais où les conditions d'aération étaient observées; elle fit également distribuer des claies, dites de Canton, de façon à ce que les cocons obtenus fussent plus réguliers et enfin elle fit construire des bassines dites à feu vu.

Ces bassines, qui ont l'avantage d'être d'un prix de revient peu élevé, sont un simple perfectionnement des bassines indigènes. Elles permirent aux petits filateurs d'obtenir une soie répondant aux exigences des acheteurs européens.

Le Gouverneur général approuva le plan de campagne qui lui fut présenté par la direction de l'Agriculture. Les mesures suivantes furent prises à cet effet :

1° Les terres nouvellement plantées en mûriers furent exonérées d'impôt pendant ciuq ans, de façon à encourager la culture de cet arbuste, base essentielle du développement de la sériciculture ;

2° On s'efforça de multiplier autant que possible les bassines dites à feu vu et d'assurer le débouché des soies produites ;

3° Un établissement de grainage pour la sélection des graines fut créé à Phulang-thuong, car il importait d'assurer aux éducateurs une réussite normale et les échecs étaient très fréquents, par suite surtout de la pébrine, maladie qui détruisait tous les vers d'une chambrée au moment même où l'éducateur croyait recueillir le fruit de ses travaux .

M. Emery fut donc envoyé en France avec mission de recruter un graineur spécialiste.

Mesures prises

pour favoriser la

sériciculture

au Tonkln.

La station séricicole fut installée à Phu-lang-thuong, chef-lieu de la province de Bac-giang, avec le concours du budget provincial ; elle put commencer en septembre 1905 à distribuer des graines sélectionnées à quelques sériciculteurs des environs.

Les graines furent d'abord acceptées avec quelque méfiance par les indigènes, qui croyaient à de nouveaux essais de graines de races étrangères, mais en présence des résultats obtenus, les demandes augmentèrent rapidement et bien que la saison fût peu favorable aux élevages, la station distribua :

En novembre 768 pontes

En décembre 3.165 —

La réputation des graines de Phu-lang-thuong s'étendit rapidement et les demandes affluèrent ; aussi la direction de l'Agriculture n'hésita pas à donner à l'établissement de grainage une extension suffisante pour pouvoir satisfaire aux demandes de graines.

Station séricicole

de Phu-lang-thuong.

Distribution de graines*

Un matériel plus complet et de nouveaux locaux furent affectés à la station, qui fut rattachée, comme toutes les stations expérimentales, au Service agricole et des laboratoires de la direction de l'Agriculture.

Le chiffre des distributions mensuelles de pontes sélectionnées montre suffisamment combien les graines furent appréciées.

Distributions en 1906 :

Février 2.394 pontes.

Mars. . .•. 2.103 —

Avril 19.204 —

Mai 17.059 —

Juin 41 .939 —

Juillet 56.576 —

Août 78.513 —

Septembre 65.202 —

Octobre 49.954 —

Novembre 27.893 —

Décembre 12.894 —

L'exemption d'impôt pour les mûriers, la distribution gratuite de graines saines de race indigène, c'est-à-dire parfaitement acclimatée et enfin les bassines à feu vu, grâce auxquelles on peut obtenir une soie vendable, tels sont les encouragements qui permirent à la sériciculture de se développer.

La société provinciale de Thai-binh, plusieurs sociétés Dong-Loi et enfin plusieurs propriétaires annamites encouragèrent les plantations de mûriers et achetèrent les cocons pour les filer avec des groupes de bassines à feu vu.

Contrat Varenne. Pour parfaire l'œuvre séricicole, le Gouverneur général voulut assurer aux cocons et aux soies d'Indo-Chine un débouché et des prix rémunérateurs. Un contrat fut conclu avec MM. Varenne et O, de Lyon.

Cette maison, qui importe en France les soies de Canton et du Japon, s'offrait à acheter les cocons et les soies du Tonkin moyennant certaines facilités et avantages.

Ce contrat, longuement discuté et mûrement étudié, fut signé le 21 septembre 4906 et entra en application le 1 er mars 1907.

Aux termes de ce contrat, MM. Varenne et C u s'engagent :

4° A assurer, sous le contrôle de l'Administration, le fonctionnement d'un établissement de grainage qui sera construit et outillé par la Colonie dans une localité choisie d'un commun accord et qui devra pouvoir fournir une quantité minima annuelle de trois millions (3.000.000) de pontes de vers à soie de race indigène sélectionnée. Ce chiffre correspond à environ vingt à vingt-cinq mille (20 à 25.000) onces de vingt-cinq grammes ;

2° A distribuer gratuitement aux éducateurs européens ou indigènes qui en feront la demande les graines sélectionnées produites, les frais d'emballage et d'expédition étant à la charge de MM. Varenne et O ;

3° A acheter tous les cocons de filature offerts par les éducateurs et provenant des graines qu'ils auront distribuées, sans qu'il y ait, pour les éducateurs, obligation de leur livrer ces cocons ;

4° A créer des magnaneries modèles, faire les plantations de mûriers nécessaires à la bonne marche de ces magnaneries et installer des bassines à feu ru, après accord avec la direction de l'Agriculture, dans les centres désignés par ce service ou acceptés par lui ;

5° A faire des prêts d'argent aux éducateurs dans le but de créer ou d'améliorer les plantations de mûriers, construire des magnaneries, etc.

Ces prêts seront consentis sans intérêt, sous le contrôle des Administrateurschefs de province, dans des conditions qui seront déterminées ultérieurement, d'un commun accord entre l'Administration et MM. Varenne et O.

En échange, l'Administration de l'Indo-Chine s'engage :

lo A entretenir à ses frais un personnel européen présentant les garanties techniques nécessaires et qui sera chargé de la direction et du contrôle de l'établissement de grainage ;

2° A payer à MM. Varenne et O une indemnité d'une piastre (1 $) par cent pontes de graines sélectionnées dont ils justifieront la distribution dans les conditions stipulées à l'article 1 er . Cette indemnité sera payée par trimestre ;

3° A continuer, à ses frais, les essais d'amélioration et de croisement de races de vers à soie et à faire bénéficier MM. Varenne et C ie des graines de reproduction obtenues, lorsque les résultats auront été jugés concluants par la direction de l'Agriculture, des Forêts et du Commerce ;

4<> A mettre gratuitement à la disposition de MM. Varenne et O, dans les conditions fixées par les règlements en vigueur pour les concessions agricoles au Tonkin et en Annam, les terrains domaniaux nécessaires à l'établissement des magnaneries modèles et des plantations de mûriers mentionnées au paragraphe 4 de l'article 1 er , et aux filatures à vapeur qui seraient créées par la Société.

MM. Varenne et C ie avaient la faculté de transférer les obligations et avantages du présent contrat à une société française présentant toutes les garanties financières et techniques nécessaires à sa bonne exécution.

En juin 1906, la filature de Nam-dinh, organisée par MM. Dadre et Depincé en société, sous le nom 4e Société des filatures de soie du Tonkin, fut achetée par MM. Varenne et C ie .

Ceux-ci, usant de la faculté à eux accordée, cédèrent la filature de Nam-dinh et les obligations et avantages de leur contrat à la Société française de sériciculture et des filatures de soie de l'indo-Chine. M. Emery,dont la mission était parvenue à son terme, fut choisi comme directeur de la nouvelle société.

Dès la fin de 1906, l'usine de Nam-dinh recevait une nouvelle impulsion.

Résultats acquis. La quantité de soie exportée, qui n'avait été en 1904 que de 800 kilos, en 1905

que de 740 kilos, passait en 1906 à près de 2.000 kilos, soit une valeur approximative de 60.000 francs.

En 1907, la Société a déjà acheté pour près d'un million de francs de soie ou cocons, ce qui représente une exportation de soies grèges de 25.000 kilos, environ.

Tout fait prévoir que cette quantité sera au moins doublée en 1908.

Les graines sélectionnées ont continué à être appréciées par les sériciculteurs et l'établissement de Phu-lang-thuong a distribué en 1907 :

Janvier 884 pontes

Février 3.984 —

Mars 170 —

Avril 39.975 —

Mai 138.196 —

Juin 165.334 —

Juillet 159 . 282 —

Août 177.423 —

Septembre 198.578 —

Les nouvelles plantations de mûriers ont été assez importantes pendant l'hiver 1906-1907.

Dans la province de Thai-binh, on peut les évaluer à 100 hectares, et à 60 hectares dans celle de Bac-giang.

Plusieurs villages, qui avaient complètement abandonné celte culture depuis plusieurs années, à cause des échecs dans les éducations, ont fait de nouvelles plantations.

On peut citer notamment : Yen-dièm, Phan-son, Canh-thuy, Phan-try, Quangphuc et Luc-liêu, qui ont vendu, en août et septembre, plusieurs centaines de kilos de cocons à la Société de sériciculture et des filatures de soie de l'Indo-Chine.

L'hiver prochain, les plantations seront plus importantes encore, car les sériciculteurs sont satisfaits de la réussite dans les éducations et du prix auquel ils vendent leurs cocons. Cette industrie est un appoint sérieux pour eux, surtout dans des régions où les récoltes de riz sont exposées à tous les risques résultant de la sécheresse ou des inondations.

Tout fait prévoir qu'en 1908, la distribution des graines sélectionnées atteindra le chiffre de 3.000.000 de pontes, chiffre maximum prévu au contrat.

Au Tonkin, le succès a donc complètement répondu aux efforts tentés pour le développement de la sériciculture et les résultats acquis sont suffisamment concluants pour que le Gouverneur général se soit préoccupé d'appliquer les mêmes méthodes en Cochinchine et au Cambodge.

Eo CoeWnchine, la sériciculture est loin d'avoir la même importance dans cha- Eneou«â0em«ote cune des provinces. ètarfrieleultiireen

La province de Chaudoc occupe le premier rang et compte environ 600 hectares plantés en mûriers ; la plus grande partie se trouve dans le district de Tàn-chau. Viennent ensuite, par ordre d'importance, les provinces de Bentré, Travinh, Longxuyen, Soc-trang, Bac-lieu, Gia-dinh, Baria, Bien-boa, Thudaumôt.

La culture du mûrier a presque disparu dans certaines régions où elle occupait, autrefois, des espaces très considérables (Sadec, Gia-dinh, Thudaumôt) ; dans d'autres où elle occupait la majeure partie des terres d'alluvions, elle a cédé la place à des cultures plus pauvres (mais et indigo).

Cette décadence s'explique :

1° Par l'absence de débouchés avantageux ;

2° Par la non réussite dans les éducations ;

3* Par l'insuffisance de la main-d'œuvre.

Au début de 4906, la direction de l'Agriculture a détaché en Cochinchine M.Buiquang-Chiêu, sous-inspecteur d'Agriculture, afin qu'il s'occupe spécialement delà question séricicole (1 ). Le Lieutenant-gouverneur, de son côté, a accordé leserédits nécessaires à l'exécution du plan qui lui a été soumis.

Il va donc être installé à Tân-chau, province de Chaudoc, un établissement de grainage qui distribuera des graines sélectionnées dans tous les centres séricicoles.

Plusieurs administrateurs chefs de province ont promis d'affecter un crédit k l'établissement de magnaneries modèles et de groupes de bassines à feu vu. Ces établissements pourront devenir des centres de distribution de graines sélectionnées et d'achat de cocons et de soie pour les commerçants qui voudront acheter et exporter la soie.

Au Cambodge, la main-d'œuvre est encore plus rare qu'en Cochinchine; la se- Encouragements riciculture ne pourra, pour ce motif, se développer très rapidement. Cependant, * b «éMclculture les Cambodgiens emploient une quantité assez importante de soie. grège au Us- âu C^^bodge* sage des étoffes et les sampots cambodgiens font l'objet d'un commerce et d'une exportation appréciables. Les échecs sont malheureusement nombreux dans les éducations. Les cocons sont filés comme ils Tétaient il y a plusieurs siècles, d'une façon tout à fait rudimentaire. Une grande partie des fils obtenus ne peuvent servir qu'à la confection d'étoffes grossières.

Faute de main-d'œuvre, les plantations de mûriers ne peuvent s'accroître d'une façon considérable; mais, par l'emploi des graines sélectionnées, par une meil-

(1) Une mission d'étude annamite, composée d'an haut mandarin et de notables sériciculteurs de la région de Tân-chau en Cochinchine, est venue au Tonkin en 1907,

leure méthode dans la conduite des éducations et en perfectionnant les procédés de dévidage, on obtiendrait une surproduction notable qui pourrait être exportée.

En conséquence, le Résident supérieur au Cambodge a affecté un crédit à la sériciculture pour permettre d'enseigner aux sériciculteurs cambodgiens les méthodes rationnelles d'éducation des vers à soie et les procédés de filature à l'européenne avec les bassines dites à feu vu.

A cet effet, une magnanerie modèle à laquelle est annexée un champ de mûriers de deux hectares environ, a été installée au jardin d'essais de Takéo, près de Phnom-penh.

Il y a également été construit un hangar pour abriter les bassines à feu vu et une maison en paillote pour loger les sériciculteurs.

Les sériciculteurs cambodgiens désireux de se perfectionner dans l'art d'élever les vers à soie et dans la filature des cocons, viendront faire un stage de quelques mois à la station d'essais de Takéo. De retour dans leur province, ils mettront à profit les enseignements qu'il y auront reçus. Pour le moment et tant que les demandes ne seront pas importantes, les graines sélectionnées seront fournies aux sériciculteurs cambodgiens par l'établissement de grainage de Tân-chau, qui se trouve à quelques heures de chaloupe de Phnom-penh.

Si ces essais donnent des résultats satisfaisants et lorsque les demandes de graines sélectionnées deviendront importantes, le Résident supérieur a l'intention de faire construire un établissement de grainage pour la distribution gratuite des graines aux sériciculteurs cambodgiens.

Page 1