VI. - CONCLUSIONS
Nous venons de rappeler les grandes phases de l'évolution de notre organisation militaire en Indo-Chine pendant les six dernières années. Nous avons vu les effectifs des troupes stationnées en Indo-Chine, subissant les fluctuations de notre politique et le contre-coup de la situation générale en Extrême-Orient, ne dépassant pas, en 1902,13 bataillons européens, 17 bataillons et demi indigènes, 14 batteries s'élever, en 1906,àl9 bataillons européens, 26 bataillons indigènes, 27 batteries, pour retomber, en 1908, à 13 bataillons européens,! 5 bataillons indigènes, 19 batteries. Pour juger la situation à l'heure actuelle, il faut examiner notre organisation militaire au triple point de vue du maintien de la sécurité intérieure, de la défense du point d'appui Saigon-Cap Saint-Jacques, et de la défense de la Colonie contre une invasion extérieure.
La sécurité intérieure n'a pas été sérieusement troublée au cours de ces six dernières années. Il importe cependant de prendre des précautions pour la maintetenir. Sans un solide nojau de troupes européennes, on ne saurait répondre du lendemain dans ce pays travaillé par les sociétés secrètes et sur lequel les événements qui se sont déroulés en Extrême-Orient depuis 1904, notamment les victoires japonaises et l'évolution et la révolution chinoises, ne sauraient être sans répercussion.
Il ne faut pas perdre de vue que, si le plus sûr garant de la sécurité réside dans l'affection de nos protégés indo-chinois gagnés par une administration juste et bienfaisante, il est bon d'opposer aux fauteurs de désordre éventuels une force respectable et d'en montrer le spectacle imposant aux indécis et aux timides, toujours disposés à se rallier au parti du plus fort.
La défense du point d'appui de notre flotte exige des troupes d'un effectif proportionné à son importance,etcetteimportancecroitau fur et à mesure que l'organisation défensive se développe.
Contre une attaque extérieure, les alliances conclues avecl'Anglçterreet le Japon nous permettent de ne rien redouter, mais nous devons prévoir l'avenir. C'est dans le calme de la paix que les mesures de défense raisonnées, mûries, doivent être prises et que leur exécution doit être poursuivie.
Tout nous commande de conserver des forces suffisantes pour assurer en toute circonstance, d'une part, l'ordre intérieur et la défense du point d'appui et, d'autre part, nous permettre, le cas échéant, de renforcer le corps d'occupation assez rapidement et assez fortement pour pouvoir faire face à toutes les éventualités.
El si, momentanément, nous admettons qu J à la rigueur le corps d'occupation puisse être réduit, en raison d'une situation politique exceptionnelle, n'oublions pas que, dans cette voie, nous ne pouvons sans imprudence dépasser les limites qui ne nous permettraient plus de satisfaire aux conditions précitées.