II. — Travaux hydrauliques
(Travaux extraordinaires des points cT appui. — Construction et entretien des édifices de l'Arsenal et de ses dépendances, des quais, bassins, cales, etc,)
Montant des travaux (matières ei( Francs main-d'œuvre) ( 473.000
Francs 834.000
Francs 290.000
• Francs 1.048.000
Francs 700.000
OTlTlTlfr|lft
Francs 698.000
Valeur du matériel et des ma-) tiares délivrés directement pari Comprise dans la valeur donnée à l'article 1*' (constructions navales). leoMfasin : I
III. — Concours apporté par l'Arsenal aux Services de la Colonie
et aux particuliers
i° Cessions
FVmumi Fr
Services de la Co- Cesdonsdel ,onie -
< Particuliers. ... .
travaux 1
Totaux
{(en chiffres ronds)
Services de la Colonie. • . •
C " ,fcH » * \ Puticulier.
matières
Totaux r (en chiffres ronds)
Francs
Francs
Francs
Francs
Francs
Francs
Francs
[ Passages au bas- Rembourse- V sin
mente < Location de maà la Marine i tériel
pour
Totaux.
Prêts
Francs
Francs
Francs
Francs
Francs
Francs
Francs 36.000
IV. — Relevé des achats sur place effectués de 1902 à 1907 Inclus
ANNÉES
Totaux
Moyennes annuelles
SERVICE
de la flotte
Piastres 203.900 86 47.739 81 95.787 44 467.969 80 661.243 52 575.640 40
SERVICE
ta MSitracûiM
navales
Piastres
SERVICE des travaux hydrauliques
Piastres 83.679 57 22.781 26 37.357 59
SERVICE
des
vivres
Piastres 115.959 66 70.816 35 295.832 18 503.350 07 408.961 58 231.535 33
SERVICE
des hôpitaux
Piastres
SERVICE
de
l'habillement
Piastres 5.888 96
et
reliures
Piastres 11 95 1* 55 13 15 26 36 71 00
Moyenne globale annuelle : 892.270 $ 96
FONCTIONNEMENT
DE
l'Ecole française d'Extrême-Orient
de 1902 à 1907
Dans son rapport général du 31 décembre 1901 sur l'organisation et les travaux de l'École française d'Extrême-Orient (1), M.Finot, qui était alors directeur de l'École, a défini en termes trop précis et trop heureux le but et les origines de l'institution pour qu'il y ait lieu d'y revenir longuement ici. Il suffira de rappeler qu'elle a été fondée pour rendre droit de cité en Indochine aux études d'archéologie, de philologie et d'histoire, et qu'elle remplit une triple fonction :
1 er Une fonction scientifique , qui est de beaucoup la plus importante : elle doit, par la constitution d'un Musée et d'une Bibliothèque et par les travaux et publications de ses membres et de ses collaborateurs, contribuer à l'étude de l'archéologie, de Tépigraphie, de l'ethnographie, de l'histoire, de la religion, du folklore, des institution?, des langues et des littératures de l'Indochine et de l'Extrême-Orient, Inde comprise.
2° Une fonction enseignante : elle doit, soit par des cours» soit par tous les autres moyens en son pouvoir, répandre en Indochine la connaissance des langues indigènes et extrême-orientales.
3° Une fonction administrative : elle est chargée de proposer les mesures nécessaires à la conservation et à l'entretien des monuments historiques de l'Indochine et de veiller à l'exécution des arrêtés qui en assurent la sauvegarde.
(1) Cf. Situation de r Indochine (1897 -190i), rapport par M. Paul Doumer, Gouverneur général ; Hanoi, Schneider, 1902. Annexes, n° XIII ; pp. 465-474.
A la fin de 1901 , l'École était déjà pourvue de tous ses organes essentiels, mais elle sortait à peine de la première phase de son développement. Gréée par les arrêtés du 15 décembre 1898 et du 20 janvier 1900, elle n'avait été consacrée par décret que le 26 février 1901 ; elle n'avait pas d'installation définitive ; elle n'avait encore fait paraître que deux volumes de ses Publications et une année de son Bulletin. Aussi n'est-il pas surprenant qu'au cours des six dernières années, qui ont été pour elle une période d'activité féconde, elle se soit transformée sur plus d'un point.
Il semble donc nécessaire d'exposer son organisation et son installation actuelles, avant de passer en revue l'œuvre si variée qu'elle a accomplie pendant la période 1902-1907,
ORGANISATION DE L'ÉCOLE fo Personnel
L'organisation de l'École, réglée dans ses grandes lignes par le décret du 26 février 1901, a été complétée par divers arrêtés ultérieurs.
L'institution est placée sous le contrôle scientifique de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Le directeur est nommé par décret et les autres membres par arrêté ; mais tous doivent avoir été au préalable l'objet d'une présentation de la part de l'Académie. L'avis favorable de l'Académie est également nécessaire pour la prorogation de leur terme de séjour. Ce mode de recrutement constitue, pour la qualité du personnel, la meilleure des garanties.
Aux termes du décret organique, le personnel de l'École se compose essentiellement d'un directeur, nommé pour six ans, et de pensionnaires ou attachés (savants en mission), nommés pour un an ; leur mandat est du reste indéfiniment renouvelable. Mais on s'est bientôt rendu compte de la nécessité, pour maintenir le niveau scientifique de l'institution, de créer à côté de son personnel renouvelable un personnel permanent et de profiter de la clause du décret organique qui permet au directeur de l'École de s'entourer de répétiteurs européens. Dès le 6 février 1901 , un arrêté avait créé un poste de professeur de chinois; dans la suite, des emplois de chef du Service archéologique (arrêté du 5 octobre 1905) et de professeur de japonais (arrêté du 21 juin 1905) ont été également créés. De plus, le poste de secrétaire-bibliothécaire, qui avait déjà été institué par l'arrêté du 5 mars 1899 et qui n'avait plus été rempli après la démission de son titulaire (1), vient d'être rétabli (arrêté du 4 novembre 1907). Enfin l'arrêté du 29 avril 1903 a nommé un représentant de l'École en France, chargé de surveiller l'impression et le service des publications de l'École et d'assurer ses relations avec l'Académie
(1) Dans l'intervalle, un commis des Services Civils remplit les fonctions de secrétairecomptable.
des Inscriptions et Belles- Lettres et les autres corps savants de France et de l'étranger (1). Un récent arrêté (7 octobre 1907) a mis à la disposition du Ministre de l'Instruction publique une somme destinée à subvenir à l'entretien d'une chaire d'histoire et de philologie indochinoises au Collège de France, et prévu que c'est au titulaire de cette chaire que seront confiées désormais les fonctions de représentant en France de l'École française d'Extrême-Orient.
En 1905 (arrêtés du 17 août et du 25 octobre), deux bourses d'études auprès de l'École française furent attribuées à deux jeunes sinologues se destinant à l'enseignement dans les Universités chinoises. Au bout de six mois de séjour à Hanoi, ces deux boursiers, ou « stagiaires », furent engagés, pour un an, comme professeurs, l'un à c l'Université » de Canton, l'autre dans une école de Long-tcheou. Mais la Chine est de moins en moins disposée à recevoir des fonctionnaires des mains d'un gouvernement étranger : le mode même de désignation des deux jeunes professeurs inspira contre eux aux autorités chinoises des préventions, dont ils ne réussirent pas à triompher ; l'année suivante, leur contrat ne fut pas renouvelé. Les circonstances n'étant pas devenues plus favorables, on a renoncé en 1 907 à l'institution des stagiaires.
Le nombre des pensionnaires, qui n'est fixé jusqu'ici que par voie budgétaire, a varié suivant les années. En 1902, il était de quatre ; au moment de l'institution des stagiaires, il fut réduit provisoirement à deux ; il est aujourd'hui de trois.
Un fonds spécial est inscrit chaque année aubudgetpour permettreaux membres de l'Ecole de faire des séjours d'étude dans les pays sur lesquels portent plus particulièrement leurs recherches. Mais l'Ecole ne pourrait pas remplir entièrement la tâche considérable qui lui a été assignée, si elle ne faisait pas appel à l'occasion à des collaborateurs du dehors. C'est ainsi qu'à diverses reprises elle a confié soit des enseignements, soit des missions d'étude à des personnes compétentes ne faisant pas partie de son personnel, dont elle s'attachait temporairement les services. C'est ainsi encore qu'elle s'est assuré en «Indochine et à l'étranger des collaborateurs permanents et zélés, en conférant le titre de « correspondant * aux personnes qui coopèrent d'une manière effective à l'œuvre qu'elle a entreprise, soit par des travaux, soit par des informations, soit par des dons (arrêté du 10 mars 1902). Ce titre est conféré pour trois ans et renouvelable (arrêté du 2 février 1905). Des correspondants demeurant dans la Colonie même peuvent en outre exercer, par délégation spéciale, les pouvoirs attribués au directeur de l'Ecole par l'arrêté du 19 mars 1900, pour la surveillance et la préservation des monuments historiques. Dans la même tâche, le directeur de l'Ecole est également assisté par les Commissions des Antiquités du Tonkin (arrêté du 30 septembre 1901) et du Cambodge
(1) Ou avait d'abord songé à confier cette tâche à un directeur-adjoint : mais le poste, créé par arrêté du 10 mars 1902, fut supprimé peu de temps après (arrêté du 2 février 1903).
(arrêté du 3 octobre 1905), dont il est respectivement président effectif et président honoraire, et dont les membres ont les mêmes attributions que les correspondants délégués.
Le personnel européen de l'Ecole comprend actuellement : un directeur (1) ; un représentant de l'Ecole en France (M. L. Finot, ancien directeur ; arrêté du 2 février 1905); deux professeurs titulaires de chinois et de japonais (MM. P. Pelliot et Gl.-E. Maitre ; arrêtés des 6 février 1901 et 21 juin 1905); un professeur suppléant (M. Ed. Huber; arrêté du 2 août 1905); un chef du Service archéologique (M. H. Parmentier; arrêté du 5 octocbre 1904) ; un secrétaire -bibliothécaire (M. G. B. Maybon ; arrêté du 4 novembre 1907) ; deux pensionnaires (MM. J. Bloch et N. Péri ; arrêtés du 7 novembre 1905 et du 9 mars 1907;. Il faut ajouter à cette liste un savant en mission (M. Ed. Chavannes, membre de l'Institut ; arrêté du 24 janvier 1907). D'autre part, l'un des correspondants de l'Ecole (le D r P. Cordier; arrêté du 24 avril 1907) a été chargé des cours de langues sanskrite et tibétaine. Un autre correspondant a été temporairement attaché à l'institution , pour remplir une mission d'exploration archéologique au Cambodge (le commandant Lunet de Lajonquière ; arrêté du 6 novembre 1907), et deux officiers (les lieutenants Buat et Ducret ; arrêté du 12 novembre 1907) ont été adjoints à sa mission . Enfin l'Ecole compte neuf correspondants français (MM. Beauvais, Bonifacy, Gadière, Chéon, P. Cordier, Durand, Duroiselle, Lunet de Lajonquière, G. Maspéro) et quatre correspondants étrangers(MM. Florenz,colonelGerini,deRijket Takakusu).
L'Ecole a été dirigée successivement, de 1 898 à 1 904, par M. L. Finot, directeuradjoint à l'Ecole des Hautes-Etudes, aujourd'hui représentant de l'Ecole en France (arrêté du 2 février 1905), et de 1905 à 1907, par M. A. Foucher, aujourd'hui maître de conférences de langue sanskrite à TUniversité de Paris. De 1902 à 1907, elle a compté parmi ses membres: MM. de Barrigue de Fontainieu, G. Cahen et L. Fromage, pensionnaires; Ch. Carpeaux, chef des travaux pratiques (arrêté du 19 avril 1903) ; M. Dufresne et E. Girard, stagiaires ; — parmi ses correspondants : MM. J.Brandes, D. Lacroix, P. Odendh'al et A. Raquez, décèdes; — parmi ses attachés à titre temporaire : MM. H. Dufour, architecte, chargé d'une mission archéologique à Angkor (arrêté du 24 septembre 1 901) ; Bonifacy, capitaine (aujourd'hui commandant) d'infanterie coloniale, chargé d'une mission ethnographique et linguistique chez les peuplades Man du haut-Tonkin (arrêté du 29 octobre 1901); Odhend'hal, administrateur, chargé d'une mission d'exploration archéologique au Laos (arrêté du 8 janvier 1904); Lunet de Lajonquière, commandant d'infanterie coloniale, chargé d'une mission archéologique au Siam (arrêté du 20 juin 1904),
(l)Le poste de directeur est provisoirement vacant, par suite de la démission de M. Foucher, acquise au 30 octobre 1907 ; l'intérim de la direction a été confié à l'un des professeurs.
et Dnroiselle, professeur à Rangoon, chargé d'une mission philologique et épigraphique en Birmanie (arrêté du 26 février 1905); — et enfin, parmi ses collaborateurs bénévoles: MM. E. Aymonier, A. Barth, Ph. Berthelot, Besnard, A.-M. Boyer, D r Brengues, Charria, Cœdès, Dauffès, Dô-Thân, D r Gaide, commandant Grossin, V. Henry, R. P. Juglar, Adh. Leclère, S. Lévi, H. Maître, Russier et J.-Ph. Vogel. Deux de ses attachés ont trouvé la mort au cours de leurs travaux : Gh. Garpeaux, emporté à Saigon le 7 avril 1904, par une dysenterie qu'il avait contractée à Angkor, et Prosper Odend'hal, assassiné àCheo-reo le 28 juin 1 90 4, par les sauvages adeptes du Sadète du Feu.
Il convient enfin de noter que le décret organique prévoyait la constitution à l'Ecole, tant pour faciliter les études de ses membres que pour concourir à l'enseignement, d'un personnel de répétiteurs orientaux. L'Ecole possède actuellement, en dehors de deux secrétaires annamites, un répétiteur chinois, un répétiteur japonais, un lettré annamite et un interprète cambodgien.
2° Installation
Jusqu'en 1901, l'Ecole française était installée à Saigon. En 1902, elle monta à Hanoi avec tous les services généraux. Toutefois, l'exiguité du local provisoire qui lui fut attribué ne permit pas d'y installer le Musée lapidaire, cham et cambodgien ; seules les collections chinoises et la bibliothèque furent transportées à Hanoi. La bibliothèque fut disposée tant bien que mal dans l'immeuble trop exigu loué à cet effet ; les collections furent installées dans l'une des ailes du grand Palais de l'Exposition. A la clôture de l'Exposition, elles y restèrent; un arrêté en date du 13 mars 1902 avait en effet attribuée l'Ecole française ce bâtiment, pour y loger son Musée, à côté du nouveau Musée agricole et commercial et une partie des terrains environnants, pour y construire les autres immeubles nécessaires à son service et au logement de ses membres.
Malheureusement, le typhon du 7 juin 1903 mit fin aux espérances qu'avaient fait naître ces dispositions si libérales. Les portes-fenêtres de l'aile du grand Palais où se trouvaient les collections de l'Ecole, furent arrachées de leurs scellements et s'abattirent sur les vitrines, brisant dans leur chute un panthéon annamite qui venait à peine d'être achevé, une partie des collections siamoises, coréennes et birmanes, acquises à l'Exposition même, presque tous les objets de la collection ethnographique et des porcelaines chinoises d'une valeur inestimable ; des trombes d'eau endommagèrent gravement les peintures chinoises conservées dans la partie inférieure des vitrines. Ge désastre, qui pouvait à chaque instant se reproduire, décida le directeur de l'Ecole à retirer de ce bâtiment trop peu sûr les débris du Musée: pendant plusieurs années, ils restèrent entassés pêle-mêle dans une partie de la maisonnette qu'occupaient les pensionnaires.
Enfin, en 1905, l'acquisition d'un nouvel immeuble, situé boulevard Garrau, permit de les classer et de les exposer de nouveau, ainsi que de mieux installer la
bibliothèque. Dans ce local unique, heureusement assez spacieux, on a pu réunir le musée, le bibliothèque, les bureaux et la salle de cours ; mais il faut bien dire que, dès maintenant, les collections s'y trouvent fort à l'étroit, qu'il a été nécessaire d'en garder une partie en réserve et de renoncer à la reconstitution de la section ethnographique. Ce défaut de place empêche aussi de faire des acquisitions nouvelles. A la fin de 1905, l'immeuble occupé encore par l'Ecole à Saigon a été évacué, mais si la partie cambodgienne de ce Musée lapidaire a pu être installée de façon suffisante à Phnom-penh, les pièces d'origine chame attendent encore, à la Gendarmerie de Saigon, que l'on ait pu leur trouver un abri convenable.
En 1 906, deux pavillons ont été construits, près des bureaux, l'un pour le directeur, l'autre pour les pensionnaires.
8° Collections /. — Musée
Le Musée de l'Ecole française est un musée archéologique, épigraphique, historique, artistique et ethnographique : il ne réunit que des objets provenant soit de l'Indochine, soit des autres pays de l'Extrême-Orient.
11 n'est pas entièrement centralisé à Hanoi. Pour les pièces de provenance indochinoise, l'on a estimé, en effet, qu'il valait mieux les répartir suivant leurs pays d'origine ; il semble, par exemple, que la place naturelle de collections d'antiquités cambodgiennes soit à Phnom-penh, et non pas au Tonkin, et que c'est à Tourane ou à Hué que devrait être installé un Musée cham. D'autre part, les circonstances ont obligé à confier auMusée duLouvre la partie la plus fragile des collections chinoises. Les pièces qui composent le Musée se trouvent donc actuellement réparties entre quatre centres :
i o Antiquités cambodgiennes . — Les sculptures et les inscriptions khmères qui avaient été recueillies soit dans les jardins du Gouvernement général, soit sur place (et notamment à Sambor, à Kompong-cham, à Chikreng et à Soai-rieng), restèrent déposées jusqu'à la fin de 4905 à Saigon. À cette date, elles furent transportées à Phnom-penh, où venait d'être créé, par l'arrêté du il août 1905, un « Musée de l'Indochine, section des antiquités khmères ». Aux termes de l'arrêté, cet établissement, qui est placé sous l'autorité du Résident supérieur au Cambodge et le contrôle scientifique du directeur de l'Ecole française, a pour objet de centraliser les sculptures et objets anciens trouvés sur le territoire du Cambodge, qui offriraient de l'intérêt au point de vue artistique, historique ou ethnographique et dont la conservation, en raison de leur situation isolée, de leur matière ou de leurs petites dimensions, ne saurait être convenablement assurée sur les lieux mêmes de la trouvaille. Les précautions nécessaires ont été prises pour que la constitution de ce Musée ne soit pas l'occasion d'une mise au pillage des grands édifices du Cambodge. Le chef du Service archéologique de l'Ecole française en est, de droit, conservateur :
c'est à lui qu'il appartient de décider, au cours de ses inspections périodiques, de l'opportunité du transfert au Musée des objets, de l'acceptation ou du refus définitif des dons ou achats proposés et du classement des collections. Il est assisté dans sa gestion par.un conservateur-adjoint, choisi parmi les fonctionnaires en résidence à Phnom-penh, qui est chargé de l'installation, de l'entretien et de l'inventaire des pièces du Musée. L'arrêté prévoyait la construction d'un Musée aux frais du Protectorat du Cambodge : aucune mesure n'a encore été prise dans ce sens. Les objets sont provisoirement entreposés, d'une façon assez satisfaisante, dans un pavillon et dans les galeries couvertes de la Pagode royale.
2° Collections charries . — Ces collections comprennent des sculptures et des inscriptions, dont quelques-unes présentent un intérêt de premier ordre: la plupart proviennent des fouilles faites dans les provinces de Binh-dinh et de Quang-nam. Réunies aux sculptures du jardin public de Tourane dans un local approprié, elles formeraient un ensemble extrêmement intéressant. C'est pourquoi le Protectorat de l'Annam a été sollicité de suivre l'exemple donné par le Cambodge et d'attribuer à l'Ecole française, à Tourane, un bâtiment dont on ferait le Musée cham de l'Indochine. En attendant la décision de l'Administration intéressée,les pièces d'origine chame sont restées entreposées depuis 1905 dans quelques salles et dans la cour de la Gendarmerie de Saigon : de toute manière, il faudra les en retirer à la fin de cette année.
3° Peintures chinoises. — La magnifique collection de peintures chinoises de l'Ecole française a été gravement endommagée par le typhon de juin 1 903.Quelques pièces ont été irrémédiablement perdues : ce n'étaient,heureusement,pas les plus belles. Quant aux autres, malgré les soins qu'on apporta à les sécher, il fallut reconnaître qu'après une pareille épreuve, il était impossible de les conserver en bon état sous le climat trop humide de l'Indochine. Il fut décidé, par suite, que ces peintures, au nombre de 1 52, seraient expédiées au Musée du Louvre. Cette collection, qui est exposée en partie dans Tune des salles qui font suite aux nouvelles salles du mobilier, comprend : 33 grandes peintures religieuses, formant série, offertes à l'Empereur de Chine en 1454; 26 peintures d'époque et de genre très différents, dont 4 remontent à l'époque des Song (X e -XIII e siècles); 6 peintures d'origine tibétaine et 87 rouleaux, qui constituent un répertoire à peu près complet du panthéon populaire chinois.
4° Musée de Hanoi. — Tous les objets provenant des pays de l'Indochine française et des autres pays d'Extrême-Orient ont été réunis à Hanoi. Un certain nombre de porcelaines chinoises ont été brisées par le typhon de juin 1903, mais il en reste encore la plus grande partie ; quelques-unes ont été envoyées en France pour être réparées.Ce fonds a du reste été augmenté par l'acquisition de deux collections de porcelaines dites < bleus de Hué a, qui sont, en réalité, des porcelaines chinoises à décor bleu sur fond blanc, s'échelonnant du XV e siècle au début du XIX e siècle. La collection de bronzes et de cloisonnés, qui comprend des pièces hors de pair
par leur beauté comme par leurs dimensions et une belle série de laques rouges et de jades, n'ont heureusement pas été touchées. Les 80 statuettes d'un panthéon tibétain ont subi également peu de dommages : quelques-unes seulement ont perdu leurs attributs.
A l'exception des séries de haches de pierre et d'autres objets préhistoriques, et de quelques armes, la section ethnographique, qui était en voie de formation, a été entièrement détruite ; le manque de place a empêché jusqu'ici de la reconstituer.
En dehors des « bleus de Hué » mentionnés plus haut, les principales acquisitions faites par le Musée, par voie d'achat ou de don, depuis 1902, sont les suivantes :
Un grand plafond de céramique chinoise ;
Une collection considérable de statues bouddhiques et laotiennes, quelques-unes de très grande taille ;
Une collection de statues bouddhiques, en cuivre et en albâtre, et de pièces d'orfèvrerie, de provenance birmane }
Une collection de statues bouddhiques, pour la plupart en bronze doré, de céramique et de pièces d'orfèvrerie, de provenance siamoise ;
Une riche collection de numismatique siamoise ;
Une collection de céramiques tonkinoises anciennes, d'une extrême rareté ;
Trois « tambours * de bronze, dont un de très grandes dimensions ; ces tambours, qui ont été acquis dans des pagodes annamites et dont les décors et la destination sont encore une énigme pour les archéologues, proviennent probablement des tribus non chinoises de la Chine méridionale ;
Une magnifique c chaise à dragon » en bronze, la seule pièce de ce genre connue, acquise au Tonkin, mais certainement de travail chinois ;
Plusieurs <r trésors * trouvés au cours de fouilles faites dans les monuments chams et dont le plus remarquable est la parure complète en or de la statue demigrandeur découverte à Mi-son (Quang-nam).
//. — Bibliothèque
La bibliothèque de l'Ecole française est spécialisée comme son Musée ; elle a pour objet de réunir tous les livres, en langues indigènes ou en langues européennes, relatifs à l'Indochine et à l'Extrême-Orient Elle est alimentée par des achats pour lesquels un crédit spécial est inscrit annuellement au budget, par des échanges et par des dons. En ce qui concerne l'Indochine, une circulaire du 3 juillet 1900 a prescrit aux services généraux et aux Administrations locales d'adresser à l'Ecole française deux exemplaires de toutes les publications exécutées par leurs soins ou sous leur patronage.
La bibliothèque étant essentiellement une bibliothèque d'études, il n'a pas paru utile de conserver à Hanoi, où il n'y aurait pas eu d'ailleurs la place nécessaire, certaines collections très volumineuses et particulièrement précieuses, que d'heu-
reuses circonstances ont permis à l'Ecole d'acquérir. En 1 903, on a donc déposé à la Bibliothèque nationale de Paris le Canon bouddhique tibétain (Kanjur et Tanjur), plusieurs liasses de manuscrits tibétains, le Kanjur mongol, le Canon taoique chinois,et la grande édition impériale de l'Encyclopédie chinoise rou-choutsi-tch'eng, dont la bibliothèque possède encore une impression plus maniable.
Le fonds européen de livres imprimés comprend actuellement plus de 4.000 ouvrages divers (y compris les pièces), tous consacrés, à l'exception de quelques ouvrages d'intérêt général, à l'Extrême-Orient. De ce total, il faudrait du reste défalquer un certain nombre de textes sanskrits, siamois et birmans, qui ont été catalogués, pour des raisons de commodité, dans la même série.
Le fonds chinois a été, depuis 1902, diminué des grandes collections envoyées à Paris, mais a reçu par ailleurs des accroissements importants : il forme actuellement un ensemble auquel aucune autre collection des grandes bibliothèques publiques d'Europe ne peut être comparé, et dont le simple catalogue descriptif serait d'une importance réelle pour la bibliographie chinoise.
Il en faut dire autant du fonds japonais, qui a été réussi entièrement dans les cinq dernières années, et qui, sans être aussi considérable que le fonds chinois, a été constitué avec la même méthode et comprend dès maintenant tous les textes importants publiés delà littérature japonaise; il est particulièrement riche en textes historiques.
La création d'un fonds annamite est également récente. Il a été constitué en partie par les textes qui ont été imprimés pour nous par le Su-quan de Hué et par les copies des principaux ouvrages de la bibliothèque du Nôi-cac. A l'exception des éditions de classiques chinois et de livres bouddhiques et taoïques, des compilations officielles (annales, codes et règlements) et des poèmes ou romans populaires rédigés en langue vulgaire, la littérature annamite est presque entièrement manuscrite ; la plupart des œuvres des lettrés les plus célèbres n'ont jamais été imprimées. Il est donc aussi important que difficile de les réunir avant que la négligence ou les accidents les aient fait disparaître. C'est à quoi l'École française s'est employée. L'intérêt croissant que les lettrés indigènes montrent pour cette œuvre a heureusement permis de retrouver des ouvrages que l'on croyait perdus et d'en faire copier qui étaient d'une insigne rareté. L'Ecole a entrepris aussi l'impression de tous les ouvrages fort nombreux, sinon toujours très intéressants, dont les planches sont conservées dans les pagodes annamites. Il ne suffirait pas de dire que ce fonds annamite est incomparable ; il est absolument unique.
Le nombre des manuscrits cambodgiens, laotiens et chams a été augmenté dans de notables proportions. Une collection importante de manuscrits historiques birmans a également été réunie.
Il faut faire une place à part à la collection d'estampages, qui comprend aujourd'hui la série à peu près complète des inscriptions ohames et cambodgiennes de l'Indochine ; les doubles de la plupart d'entre elles ont même pu être déposés à la Bibliothèque nationale de Paris. On a commencé aussi à relever, par le même pro-
cédé, les inscriptions annamites ; mais, faute d'un personnel suffisant, ce travail n'est pas encore très avancé. En revanche, la mission de M. Chavannes a permis à l'École de créer un fonds d'estampages chinois, qui comprend dès maintenant plusieurs milliers de pièces. Enfin, la bibliothèque possède encore une bonne série d'estampages d'inscriptions birmanes et pégouanes.
Il a paru également nécessaire de former une collection aussi complète que possible de clichés photographiques des monuments archéologiques et de personnages ou de scènes intéressant l'ethnographie de l'Indochine. Cette collection est déjà très riche . Malheureusement, les premiers clichés ont été exécutés dans des conditions si défectueuses qu'il faudra sans doute en condamner bientôt un assez grand nombre.