‹ Situation de l'Indo-Chine (1897-1901) (volume 2)Chapitre 96 sur 190 · TRAVAUX · texte numérisé non relu

TRAVAUX

Lorsque l'Ecole française d'Extrême-Orient fut fondée, en 1898, les études d'archéologie, de philologie et d'histoire étaient presque entièrement délaissées en Indochine. Ainsi que le disait M. Finot dans son rapport de 4901, ces études a inaugurées jadis avec succès par un groupe d'hommes distingués, n'attiraient plus qu'un petit nombre de chercheurs isolés, dont les productions portaient la marque trop évidente de leur isolement ». Dans les premières années de l'occupation française en Cochinchine , une phalange de savants, qui appartenaient presque tous au Collège des Administrateurs stagiaires, et dont une excellente publication, Excursions et Reconnaissances, était l'organe, avaient produit une œuvre considérable, qui permettait de fonder les plus belles espérances sur l'avenir scientifique delà Colonie. Simultanément, Landes créait la philologie annamite et chame, Janneau et Aymonier la philologie cambodgienne, Luro et Philastre l'étude du droit et de l'administration annamites, Aymonier l'épigraphie chame et khmère ; des Annamites même, au premier rang desquels il convient de citer Truong-vinh- Ky, participaient de la façon la plus heureuse à cetteactivité scientifique; un Musée archéologique, dont il ne reste plus que le bâtiment, occupé, depuis la disparition mystérieuse de ses collections, par le Lieutenant-gouverneur de là Cochinchine, était constitué à Saigon ; venant après la grande exploration de Doudart de Lagrée et de Francis Ga rnier, la mission Pavie poursuivait sur toute l'étendue de la Colonie sa vaste enquête géographique et ethnographique. Mais ce brillant début fut sans lendemain. Pendant que les institutions et les sociétés scientifiques de l'Inde, de Java, de la Chine et du Japon poursuivaient leur carrière laborieuse, les Français d'Indochine ne produisaient rien et paraissaient se désintéresser entièrement de l'étude des langues, des monuments, des littératures et de l'histoire du pays qu'ils avaient colonisé. C'est à peine si dans cette longue période d'inertie, les études linguistiques de M. Chéon, les travaux lexicographiques de MM. Bonet et Génibrel, les recherches archéologiques et historiques de Dumoutier et les mémoires de la Société des Études indo- chinoises de Saigon, perpétuaient, dans

l'indifférence générale, la tradition des travaux d'érudition pure. Le moment allait venir où il aurait fallu s'adresser aux étrangers pour savoir quelque chose sur l'Indochine, c II n'est pas inutile de rappeler, disait M. Finot, que la première traduction d'une inscription cambodgienne est l'œuvre d'un savant hollandais et que la première étude de grammaire comparée sur la langue chame est due à un linguiste allemand. »

C'est pour remédier à cette situation humiliante que l'Ecole française d'Extrême- Orient fut créée, et, désireux de rattraper le temps perdu, ses fondateurs eurent pour elle de hautes ambitions. Dès l'origine, ils lui assignèrent une tâche qui, en ouvrant à son activité un domaine sans limites, répondait à merveille à la place spéciale que l'Indochine occupe parmi les pays de l'Extrême-Orient. Ils ne voulurent pas qu'elle se bornât, comme les institutions analogues des contrées voisines, à des études purement locales d'archéologie, de philologie et d'histoire. L'Indochine est en effet le point de l'Asie où se sont heurtées et plus ou moins fondues les deux grandes civilisations de cette partie du monde, l'hindoue et la chinoise, et où sont venues se mêler toutes les races qui ont peuplé le continent et les archipels de l'Asie orientale. On n'y trouve donc pas, comme en Chine et dans l'Inde aryenne, une race à part et une civilisation originale qui méritent d'être étudiées pour ellesmêmes, et qui ne doivent que peu de chose aux influences extérieures, mais tout au contraire, le plus extraordinaire mélange de civilisations et de races diverses, dont aucune, semble-t-il, n'a son origine ou son centre dans l'Indochine elle-même. Les Annamites ont emprunté à la Chine, dont ils ont été si longtemps les tributaires et même les sujets, tous les éléments de leur organisation politique, sociale et religieuse et jusqu'à leur écriture; les Chams, dont l'origine malaise n'est guère douteuse, les Cambodgiens, qui appartiennent peut-être au même groupe ethnique, et les Birmans, que leur langue rattache à la famille tibétaine, ont tous reçu de l'Inde leur religion et leur civilisation ; les Thai, venus des confins du Yunnan et du Tibet à une époque relativement récente, présentent un état social où les influences chinoises se sont superposées aux influences indiennes ; de Singapore à Phanrang, l'islamisme même a fait sentir son action et compte des adeptes; les tribus sauvages de la péninsule malaise et du centre de l'Indochine prolongent les tribus sauvages de l'Indonésie, et quelques autres celles de la Chine méridionale. De là l'impossibilité de faire sur l'Indochine aucune étude sérieuse, qui se borne à l'Indochine elle-même et ne remonte pas à la langue, à l'écriture, à la littérature, à l'art, à la religion, à la civilisation des pays voisins. C'est ce que les fondateurs de l'Ecole ont parfaitement compris, et c'est ce qu'ils ont voulu dire en lui donnant le nom d'Ecole française d'Extrême-Orient . Ils n'ont pas seulement voulu créer une institution qui permit à l'Indochine française de reprendre dans la science une place honorable et en rapport avec son importance, mais encore faire de cette institution un centre d'études philologiques, historiques et archéologiques \

portant sur l'Extrême-Orient tout entier, de l'Inde au Japon et du Turkestan aux archipels malais.

Les travaux de FEcole française peuvent être groupés commodément sous deux rubriques: 1° philologie, ethnographie et histoire ; 2° étude et conservation des monuments historiques (épigraphie et archéologie).

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