‹ Situation de l'Indo-ChineChapitre 139 sur 257 · CORPS D'OCCUPATION · texte numérisé non relu

CORPS D'OCCUPATION

En même temps que se développait l'organisation défensive de Ttndo-Chine, le corps d'occupation suivait une marche parallèle de perfectionnement et d'accroissement et qui avait pour objet :

lo de le mettre en état de fournir les garnisons des points d'appui et d'organiser des troupes de campagne chargées de la défense active de la Colonie ;

2o de le munir de tous les organes nécessaires aux armées en campagne et dont il s'était peu à peu dépourvu, par raison d'économie.

La plus grande partie des troupes de l'Indo-Chine s'était condensée au Tonkin pour les liaisons suivantes:

1* Elles y étaient nécessaires pour assurer la pacification du pays ;

2» Le climat du Tonkin est moins anémiant que celui de la Cochinchine et permet de mieux conserver les effectifs.

La seconde de ces raisons sera toujours vraie. Quant à la première, si elle a beaucoup perdu de sa valeur, elle n'en subsistera pas moins en partie encore longtemps. S'il est vrai que nous n'avons plus à combattre des si:yets insurgés contre notre autorité, il n'en est pas moins certain que le voisinage de la Chine nous oblige à prendre de grandes précautions pour empêcher les incursions sur notre territoire des bandes pirates toujours organisées, jamais détruites par l'armée régulière chinoise, sur laquelle elles remportent même fréquemment des succès.

Au commencement de l'année 1897, la composition du corps d'occupation était la suivante :

9e régiment d'infanterie de Marine à 3 bataillons au Tonkin ;

bataillons de Légion étrangère i — —

lie régiment d'infanterie de marine à 2 — en Cochinchine; bataillon de légion étrangère à S compagnies 1/2 -~

Total 12 1/2 européens, dont 10 au Tonkin et

2 en Cochinchine (le 11« détachait deux compagnies en Annam).

1er régiment de Tirailleurs annamites à 3 bataillons en Cochinchine;

1er — tonkinois à 5 — auTonkin;

3e — --ai— —

Total 16 bataillons indigènes, dont trois en Cochinchine

et 13 au Tonkin.

Artillerie : 7 batteries, dont 5 au Tonkin et 2 en Cochinchine (sur les 7 batteries, 5 étaient de montagne et 2 à pied).

1 compagnie de conducteurs au Tonkin.

2 compagnies d'ouvriers dont une an Tonkin et une en Cochinchine. Pontonniers : 1 section au Tonkin.

En résumé : 12 bataillons et demi européens ; 16 bataillons indigènes ; 7 batteries d'artillerie dont 2 à pied ; 2 compagnies d'ouvriers ; 1 compagnie de conducteurs ; 1 section de pontonniers.

A ces troupes et à leurs états-majors, il fallait ajouter les services du Commissariat et de Santé qui (sauf le service de santé des corps de ti'oupe) étaient complètement indépendants du haut commandement militaire. Celui-ci était exercé par un Général de division, aidé d'un Général de brigade au Tonkin et d'un Général de brigade en Cochinchine.

La division du haut Tonkin eu quatre territoires militaires et l'affectation en principe d'on AccroissemenU régiment de tirailleurs tonkinois à chacun d'eux avait fait désirer depuis longtemps la création snccesiifs.

d'un quatrième régiment. Celle-ci fut effectuée en 1897 par prélèvement de 2 bataillons sur le 1er régiment de tirailleurs tonkinois et création d'un nouveau bataillon, de sorte qu'il y eut 4 régiments de tirailleurs tonkinois au lieu de trois, les 1er et 4e régiments à 3 bataillons, les 2e et 3e à 4 bataillons. Le nombre total des bataillons indigènes était augmenté de un, mais pour réaliser les économies nécessaires à la création du 4e régiment de tirailleurs tonkinois, on supprimait un des quatre bataillons de Légion du Tonkin et le demi bataillon de Légion de Cochinchine.

Ultérieurement, l'occupation de Quang-tchéou-wan en avril 1898 avait augmenté les charges du Tonkin, sans accroissement d'effectifs.

Les années 1897 et 1898 n'apportent donc aucun changement réel dans les effectifs, mais elles donnent le jour à de nombreux projets de réorganisation, qui commencent à recevoir leur exécution vers la fin de 1898. C'est ainsi que le décret du 27 octobre 1898 affecta un second général de brigade au Tonkin, dont les troupes pouvaient être ainsi mieux encadrées et mieux commandées.

En mai*K 1899, le IQe régiment d'infanterie de marine fut porté à 4 bataillons, pour lui permettre d'occuper Quang-tchéou-wan sans dégarnir le Tonkin, et le lie régiment à 3 bataillons, en vue de constituer la garnison du cap Saint-Jacques.

L'artillerie n'avait qu'un nombre de battries vraiment trop restreint. Aussi, dès le 1*' janvier 1899, et malgré l'inconvénient qu'il y avait à supprimer l'unique troupe du train, la compagnie de conducteurs était-elle transformée en batterie et, le 1er mars, une nouvelle batterie était constituée avec des cadres venus de France.

Mais le nombre de batteries était encore insuffisant. Pour arriver à Taccrottre, sans grande augmentation de dépenses, on imagina de faire concourir au service de l'artillerie des indî* gènes à titre d'auxiliaires et l'on put ainsi passer de 9 à 14 batteries. Cette transformation, qui fut approuvée le 20 décembre par le Ministre, a donné d'excellents résultats : les batteries de

rindo-Chine employées dans l'expédition du Petchili ont en effet montré la plus grande solidité et les auxiliaires indigènes qui en faisaient parti n'ont mérité que des éloges pour leur attitude au feu.

Un arrêté du 20 octobre de la même année a organisé les réserves indigènes en Indo-Ghine et créé des compagnies de dépôt dans les régiments de tirailleurs. Vingt capitaines et vingt ac^udants furent envoyés de France pour l'encadrement des réserves. Ils sont employés comme adjudants-majors et adjudants de bataillon.

La même année, M. le Général Borgnis- Desborde avait établi, dans un mémoire d'une logique serrée et irréfutable, le nombre minimum de bataillons d'infanterie européenne et indigène et de batteries de campagne et de forteresse qu'il fallait à l' Indo-Chine pour assurer Tautonomie de sa défense. Il n'était pas nécessaire évidemment d*avoir immédiatement ce nombre de'batteries et de bataillons, puisque le point d'appui de Quang-tchéou n'était pas créé et que la place de Hongay sortait à peine de terre. Mais au fur et à mesure que les ouvrages seront terminés et ariTtés, l'armt^e de l'Indo-Gliine devra tendre vers ce nombre minimum de bataillons et de batteries, si l'on ne veut pas que les forces de ses troupes mobiles, qui doivent être le principal facteur de ses succès,ne diminuent au point de compromettre irrémédiablement la défense.

Les affaires de Chine Grent naître l'occasion de démontrer la solidité de notre édifice militaire en Extrême-Orient. En effet, envisageant sans inquiétude l'hypothèse d'un conflit armé sur ses frontières du Quang-si et du Yunnan, l'Indo-Chine put envoyer au Petchili et à Shanghai quatre bataillons et trois batteries, pour sauvegarder nos intérêts en Chine, en attendant l'arrivée des troupes de France. Ce détachement prit une part glorieuse aux opéra, tions contre Tien-tsin.

Quatre batteries de renfort furent envoyées de France pour remplacer les trois parties en Chine. Quant aux bataillons d'infanterie de marine qui étaient au Petchili, ils revinrent au^ Tonkin dès l'arrivée du corps expéditionnaire de Chine. Seul le bataillon de Shanghai et les trois batteries restèrent détachés.

La mort vint frapper M. le Général Rorgnis-Dcshordes, en pleine œuvre d'organisation, au mois de juillet 1900. Cet éminent officier général fut remplacé dans son commandement par M. le Général Dodds, qui partageait complètement les idées de son prédécesseur sur l'organisation défensive de l'Indo-Chine et sur la réorganisation de son corps d'occupation. Tous deux furent constamment soutenus d'ailleurs, dans la poursuite de la réalisation de leurs projets, par l'appui éclairé du Gouverneur Général, M. Doumer.

Vers la fîn de l'année 1900, le corps de l'Indo-Chine fiit renforcé de 2 bataillons de légion à 1.000 hommes, de 2 bataillons d»; tirailleurs algériens et d'un bataillon d'infanterie légère d'Afh'que à 600 hommes et de trois batteries de la guerre .

Mais les accroissements d'effectifs n'avaient porté jusqu'ici que sur Pinfanterie et l'artillerie* Les autres armes ou services, qui avaient disparu après la période de la conquête, avaient besoin d'être représentés pour constituer un tout harmonique. C'est pour cette raison que par voie tParrété on créa en 1900 un escadron de chasseurs et un peloton de cavaliers de remonte et que Ton put constituer en janvier 1902, grâce aux nombreux mulets reçus de Chine, une compagnie du train et des trains régimentaires.

11 importait d'autre part, dans l'accroissement prévu des troupes indigènes, de ne pas faire porter exclusivement les charges de plus en plus lourdes du service militaire sur les Annamites. On était donc amené à organiser des corps avec nos sujets chinois du Tonkin et avec nos sujets cambogiens. Comme il n'était pas possible de connaître avant d'en avoir fait l'essai, la valeur de ces nouvelles troupes, on substitua deux compagnies chinoises au Tonkin et une compagnie cambodgienne en Cochinchine à trois compagnies de tirailleurs tonkinois et annamites, de façon à ne pas augmenter les charges budgétaires. Si l'essai réussit, les compagnies annamites ainsi supprimées seront rétablies et les compagnies chinoises et cambodgiennes pourront être transformées en bataillons, qui viendront en déduction du nombre de bataillons,

indigènes qui reste à créer pour que notre organisation militaire atteigne son complet développement.

En 1901 , les cinq bataillons d'infanterie et les trois batteries d'artillerie, venus d'Algérie et de France en 1900, furent rapatriés, après la cessation des hostilités en Chine et remplacés dans la Colonie fiar le IS"'" régiment d'infanterie coloniale et trois batteries d'artillerie coloniale détachés de la brigade d'occupation du Petchili. A la fin de la même année, on créa un nouveau bataillon au O"»» régiment d'infanterie coloniale, pour remplacer celui détaché à Shanghaï, qui fut définitivement incorporé dans un des régiments de (^hine. L'on peut espérer que le 18"*^ régiment d'infanterie coloniale et le groupe de batteries venus du Petchili resteront acquis à la Colonie, (}uand on supprimera la brigade d'occupation de Chine. Dans ces conditions et après la création des deux bataillons de tirailleurs indigènes, le Tonkin (y compris l'Annam et Quang-tchéou-wan) aura à peu de chose de près, le nombre de bataillons réclamés comme un minimum par le commandement militaire. Il restera à faire un eflort relativement considérable pour doter la Cochinchine de toute l'infanterie qui lui est nécessaire, mais si l'effort entrcpins depuis cinq ans se continue aussi progressivement, ce desideratum sera vite réalisé. Quant à l'artillerie, il sera nécessaire de l'augmenter, ainsi que nous l'avons dit, au fur et à mesure que les ouvrages seront terminés et armés.

H y a lieu de signaler que dix groupes de mitrailleuses ont été reçus de France, à la fin de . 1901, pour en doter un même nombre de bataillons d'infanterie.

Le tableau récapitulatif ci-dessous permettra de mieux se rendre compte des progrès accomplis depuis cinq ans.

Janvier 18tl7 Janvier HKH

Bataillons européens 12 1 /':2 17

Bataillons indigènes 16 17

Batteries * 7 18

Compagnies de conducteurs 1 »

— du train » 1

— d'ouvriers 2 4 détiichemenls

Section de pontonniei-s 1 1

— de télégraphie militaire 1 1

Escadron de cavalerie » 1

Peloton de remonte » 1

L'on voit que le progrès est considérable et tout fait présager qu'il continuera. Une sfule chose frappe, c'est le manque de sapeurs-mineurs pour la défense des points d'appui et la faible proportion de pontonniers dans un pays où une troupe ne peut marcher sans avoir à traverser plusieurs fois par jour des coure d'eau ou des arroyos. La création en 1901 en Cochinchine d'une Direction des Travaux militaires composée d'officiers du Génie peut faire (îspérer qu'on ne lardera pas à combler cette lacune.

Les services n'ont pas été plus négligés que les corps de troupe.

Le bureau topographique de TEtat-major des troupes de l'Indo-Cihine a été transformé en 1899 en Service géographique de Flndo-Chine. La triangulation du Tonkin a été très sérieusement entreprise, le levé de la carte au 1/25.000" du Delta est très avancé et certaines brigades topographiques opèrent dans la haute région. Le Service géographique a été pourvu de tout le maténel lui permettant de satisfaire aux multiples besoins de la Colonie (armée, travaux publics^ etc.). Le budget général lui fait cette année une dotation de 100.000 piastres.

Un bureau de recrutement et des réserves, ayant les attributions des bureaux de recrutement aux colonies, a été créé à Hanoi en 1901. Un bureau annexe a été établi à Saigon.

Tableaa comparatif de la composition du corps de rindo-Chine an commencement des années 1897 et 1902.

Services Militaires

La Joi sur rarmée coloniale, en plaçant les services administratifs et le service de santé militaire sous la dépendance du Commandement, est venu apporter un nouvel élément de force à l'organisation militaire. Une section de commis et d'ouvriers d'administration et une section d'infirmiers militaires sont eo voie de création.

Bernementt Le bien-être matériel n'a pas été négligé non plus. La période de pacification, qui s'étend de

1885 à 1897, obligeait les troupes à se déplacer fréquemment et à occuper les régions à pacifier par une infinité de postes qui n'ont plus leur raison d'être. L'on peut aujourd'hui établir pour le corps d'occupation une assiette de casernement définitive basée sur la répartition rationnelle des troupes, savoir : dans les localités les plus saines du Delta, la majeure partie ; dans la haute région, ce qui est nécessaire pour empêcher toute incursion des pirates ou toute agression brusque de l'armée chinoise.

Des casernes confortables s'élèvent en ce moment à Dap-cau, Phu-lang-thuong, Sontay, Cap St-Jacques, Quang-tchéou-wan, etc.

les manœa- La nécessité, pour les troupes du Tonkin, de se tenir constamment prêtes à faire face à ▼res l'attaque d'une armée organisée à l'européenne, a pour corollaire les grandes manœuvres

annuelles, qui seules permettent le maniement des masses et sont le meilleur exercice de commandement pour les officiers de haut grade et de cohésion pour les troupes. Ces manœuvres annuelles ont été inaugurées avec succès en 1901 et ont produit les meilleurs résultats. Elles donnent, en dehors des bénéfices techniques qu'en retire l'armée, Favanlage de montrer aux populations indigènes des troupes nombreuses, disciplinées, bien organisées et de leur inspirer confiance dans la puissance militaire de la France.

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