DÉVELOPPEMENT DU TONKIN
Avant d*abonïer l'étude de l'organisation politique, économiqae et financière du Tonkin situation financiôdepuis le 1er janvier 1897, il est ni^^cessaire de fain* quelques pas en arrière et de tracer, en re et politique du un résumé succinct, l'état du pays pendant la période de temps qui précéda immédiatement Tonkin à la fin de l'année 1897. ^'*"°^« *^^^-
Les deux années 1895 et 1896 constituent, dans l'histoire de notre possession, une époque de transition. La période des marches et colonnes militaires contre les pirates et rebelles a pris fin; les fortes bandes pirates, qui portaient le trouble et l'insurrection dans les hautes régions et dans le moyen Delta, sont dispersées et la plupart de leurs chefs capturés ou soumis. Mais la pacifîcation n'est pas encore drfmitivement et solidement établie sur tons les points du territoire. Les provinces de Thai-nguyên, de Bac-ninh et de Bac-giang, sont, dans le courant de 1897, le théâtre de déprédations et d'actes de pillage commis par les bandes et les partisans de Dè-Tham.
Au point de vue fmancier, la situation est loin d'être satisfaisante à la fin de 1896. Le Tonkin ne peut pas équilibrer son budget et faire face à toutes ses dépenses, l/exercice 1895 s'était clôturé avec un déficit de 2.936.3:28 francs et l'exercice suivant devait se solder par un nouveau déficit de deux millions de francs. La situation paraît tellement compromise, malgré le vote de la loi du 10 février 1896, autorisant le Protectorat à emprunter 80 milHons, que le Déparlement envoie au Gouverneur Général des instructions pressantes pour réduire certaines prévisions de recettes inscrites au projet de budget de 1897. lies craintes du Département étaient basées sur les rapports de la Direction du Contrôle financier.
En effet, dans les rapports envoyés mensuellement à Paris par le Directeur du Contrôle financier, — rapports dont les copies étaient fournies au Gouvernement Général, le Ministre pouvait lire cette affirmation qui, depuis deux ans, se répétait invariablement dans ces documents : a La situation financière du Tonkin est très mauvaise. Pour l'améliorer, il est impossible de songer à créer de nouveaux impôts on à augmenter les impôts existants. Une seule solution s'impose : réduire les dépenses et diminuer le personnel » .
Une pareille situation tlevait se répercuter fatalement dans les divers rouages de l'Adminis. tration et arrêter le développement de la Colonie.
En efTet, l'état de prospérité d'un pays est intimement lié à l'état de ses finances. Celte vérité est passée à l'état d'axiome et n'a pas besoin d'être démontrée.
Aussi, les capitalistes français, effrayés par la mauvaise réputation qu'avaient dans la Métropole les finances du Tonkin, n'osaient-ils s'aventurer dans un pays qui se trouvait dans l'impossibilité d'équilibrer son budget. 1^ colonisation agricole faisait peu de progrès, le commerce était statioiinaire et l'industrie n'existait qu'à l'état embryonnaire.
La population indigène se trouvait dans un<; situation des plus précaires. Une sécheresse persistante enipécha, durant les années i8D5 et 1SiM>, les récoltes d'arriver à maturité et le niamiue de riz se lit cruellement sentir dans les campagnes. Pour parer aux plus dures nécessités et atténuer les souffrances et les misères causées par la famine, l'Administration dut faire venir de Cochinchine des provisions considérables de riz qu'elle disiribua aux villages les plus éprouvés par la disette.
Grâce aux mesures prises par le Protectorat et à la bonne adminisiration des Hésidents, le fléiu n'eut pas de répercussion sur la situation politique. Mais de telles conditions économiques ne pouvaient qu'aggraver et faire ressortir, avec la plus triste éloquence, l'état déplorable des finances du Tonkin.
Enfin, la baisse persistante de la valeur de l'argent avait amené des déficits très importants dans les revenus publics et menaçait de grever lourdement les résultats de l'exercice 1897.
Telle était la situation au commencement de l'année 19in. Elle était peu encourageante et paraissait loin de répondre au but que s'est proposé la Métropole en fondant ses établissements d'outre-raer. On sait en effet que ce que la mère-patrie demande à ses possessions en matière d'administration financière, c'est d'équilibrer leurs budgets, de payer toutes leurs dépenses.
11 faut reconnaître qu'au début de 1897, le Tonkin, au lieu de concourir à ce but, suivait une voie diamétralement opposée, puisque, l'année précédente, il avait été obligé de recourir au crédit métropolitain pour liquider ses arriérés de travaux et ses déficits budgétaires, notamment celui de 1895.
A son arrivée au Tonkin, en février 1897, le Gouverneur Général se rendit compte qu'il était de toute nécessité de mettre le pays en mesure de tirer tout le parti possible de ses richesses naturelles, qu'il fallait « donner au Tonkin- comme il le disait lui-même à la Tribune de la Chambre, en fin décembre 1898 — •> les organes dont il avait besoin et créer un système fiscal adopté à son état social, à sa population, de manière à passer des déficits successifs des années antérieures à des exe 'dents de recettes.
Mais il ne suffisait pas que le Tonkin fût doté d'une organisation financière en rapport avec les nécessités présentes et les besoins du pays. Il fallait encore que ce pays fût complètement pacifié pour pouvoir tirer profit et bénéficier des ressources que le nouveau régime allait lui procurer.
La réorganisation financière et l'achèvement de la pacification furent donc la première œuvre à entreprendre.
Nous allons faire l'exposé du régime fijiancier institué au Tonkin par les arrêtés des l«r et :2juinl897et des transformations dont ce régime a été l'objet dans les a niées suivantes. Nous verrons anssi le système financier tel qu'il fonctionne aujourd'hui et qui forme en quelque sorte la clef de voûte de l'Administr.ition générale en Indo-Ghine.
1^ situation poHtique et les faits principaux survenus au Tonkin depuis le l^r janvier 1897, dans le domaine poUtique, feront l'objet d'un chapitre spécial.
Nous exposerons ensuite le régime administratif du Tonkin avec ses divers rouages, son personnel européen et indigène et lo fonctionnement des divers services :
Justice ;
Douanes et Régies ; Agriculture et Commerce ; Travaux publics ; Postes et Télégraphes ; Trésor ;
Services saniLiires, etc ,
Police, en indiquant les progrès réalisés dans chacun de ces services et les résultats obtenus au U^r janvier 1902.