‹ Situation de l'Indo-ChineChapitre 198 sur 257 · TRAVAUX · texte numérisé non relu

TRAVAUX

Les» principaux travaux de l'Ecole sonl: la formation d'une bibliothèque et d'un musée; l'étude et la conservation des monuments ; diverses recherches ethnographiques et linguistiques * enfin plusieurs publications.

Bibliothèque, — Le premier et le plus nécessaire instniment de travail est une bonne bibliothèque. Dès le début, en s*est efforcé de pourvoir à ce besoin. Les dons du Ministère de rinstruction publique, de l'Académie d(*s Inscriptions, de l'Ecole des langues orientales, delà Société Asiatique, du Musée Guimet, de Tlndia Office, de la Société des Sciences et arts de Batavia ont constitué un premier fonds, que dMmportantes acquisitions ont assez promptement accru.

Les volumes imprimés sont aujourd'hui au nombre de 2.200 environ, sans compter un fonds relativement considérable de livres chinois (23.384 pen ou fascicules), quelques livres annamites (environ 200 pen) et près de 500 énormes liasses de littérature bouddhique en tibétain et en mongol. Dans quelques années nous aurons formé une bibliothèque de travail contenant tous les ouvrages nécessaires pour Tétude de Tlndo-Chine et des pays d'Extrême- On'ent.

Outre les acquisitions, les dons et les échanges contribuent dans une large mesure au développement de cette bibliothèque. La plupart des sociétés étrangères nous envoient leurs publications et reçoivent les nôtres. Les gouvememeims étrangers, notamment ceux des ïndes Britanniques et Néerlandaises, ont fait preuve également de la plus grande libéralité. En Indo-Chine, une circulaire du Gouverneur Général a prescrit le dépôt, en double exemplaire, de toutes les publications administratives.

Le fonds des manuscrits se compose principalement de manuscrits khmers recueillis par nous au Cambodge et de manuscrits laotiens acquis à Luang-Prabang. 11 comprend également quelques manuscrits chams, 5 lolos, 2 thai, et quelques manuscrits chinois et tibétains. La grande majorité de ces textes sont inédits et même inconnus. Le nombre total des volumes est supérieur à 700, sans parler des nombreuses copies de manuscrits cambodgiens dont naus avons fait la commande.

11 faut ajouter une série de 250 estampages d'inscriptions, rapportés par nous de notre voyage autour de l'Indo-Chine et par M. de Lajonquière de sa mission au Cambodge. Une dizaine d'autres sont venus s'y ajouter depuis, provenant du Siam, du Cambodge et de l'Aniiam. #

Musée. — Les musées ont une grande utilité : ils permettent de centraliser et de préserver nombre de reli(|ues du passé, qui. sans cet asile, seraient dispersées ou détruites. Ils ont aussi un danger: c'est d'attirer à eux des choses qui auraient dû rester là où elles étaient. Aussi, en fondant le Musée de l'Ecole, destiné à devenir le Musée de l'Indo-Chine, avons-nous pris pour règle de n'y faire entrer d'autres sculptures que les statues ou bas-reliefs déjà déplacés ou provenant de monuments entièrement ruinés. Quant aux inscriptions, elles sont d'une telle importance historique et exposées à de telles détériorations qu'elles doivent être à tout prix mises à l'abri. Les sculptures ou les stèles restées in situ pourront être représentées au Musée par des moulages. Nous joindrons à cette collection archéologique une collection ethnographique (armes, ustensiles, instruments, modèles d'habitations, de barques, etc.), dont nous souhaitons faire un tableau complet et fidèle de la vie des différentes races, civilisées ou sauvages, établies sur le territoire de Tlndo-Chine.

Les objets conservés au Musée ont été provisoirement répartis en six sections : lo Inscriptions. — Stèles et piliers inscrits, provenant des anciens royaumes de Cambodge et de Champa, notamment des ruines de My-Son (Annam), de Sambor, de Kompong- Cham, de Chikreng ((Cambodge), de Ban Houé Tamoh, de Vat Pou (Laos) : au total, une trentaine d'inscriptions.

2o Sculptures et moulages. — Statues provenant de Bâti et Sambor ; de Svai Rieng, de Kompong Cham, de Chikreng, etc.; acrotères, linteaux et autres fragments de sculptures cambodgiennes. Tympans, piédestaux, linteaux et piliers. sculptés provenant des ruines chames de la province de Binb Dinh (Annam) ; en tout 82 pièces.

3o Peintures et dessins. — Collection do 240 peintures chinoises, dont quatre de la dynastie des Song et 33 de la dynastie des Ming (ic année de Kinh-fai, 1451 A. D.), et de quelques albums, également chinois, provenant de la mission de M. Pelliot en Chine ; deux grandes peintures cambodgiennes.

io Vases, bronzes et objets d'art et d'archèotogie. — Statuettes, cymbales, grelots, bijoux, etc., de Svai Rieng; plats d'argent de <>haudoc ; bagues et bracelets de bronze de Piirsat ; linga en cristal de roche de Takéo ; cachets de bois et d'ivoire, etc. (Cambodge). — Buddhas de bronzer et modèles de temples en bois (Laos). — Buddha ou Bodhisaltva en bronze trouvé près de Binh Dinh ; trésor découvert par M. Parmentier à I*o Klong Garai, près de Phanrang; fusil incruslé d'or, boîte à bétel, etc. (Annam). — Mobilier funéraire de Dam Xuyén ; fragments de céramique trouvés sur l'emplacL-ment de l)ai-la, près de Hanoi (Tonkin). — Porcelaines, jades, laques, bronzes, émaux cloisonnés, etc., de Chine et panthéon tibétain composé d'environ 80 statuettes de cuivre doré (mission Pelliot). — C')llection d*archéologie birmane, réunie par M. le Consul de France à Uangoun, etc.: au total 785 objets oo groupes d'objets.

5° Monnaies et médaitles. — Monnaies chinoises et annamites trouvées à Dai-la, plus une collection d'environ 1 .900 pièces, surtout chinoises et annamites, acquises panachât.

6* Objets ethnographiques. — Armes et ustensiles des tribus sauvages du Laos (mission La vallée). — Haches de pierre et autres objets préhistoriques recueillis par M. de Lajonquière à Samrong Sen (Cambodge). — Armes, bijoux et ustensiles de diverses tribus de Sumatra (don de M. de lUjk) : soit environ 400 objets ou groupes d'objets. Cette section va s*accroStre dans des proportions considérables à Toccasion de l'Exposition de Hanoi. C*est ainsi que nous avons déjà reçu une centaim^ de nouveaux objets particuliers aux tribus Man (mission du capi> taine Bonifacy) ; d'autres suivront, d'après un programme élaboré à Favance.

Conservation et étude des monuments. — 1 es nïonuments de Flndo-Chine ont souffert du temps et des hommes ; le temps les a découronnés, lézardés, renversés ; les hommes les ont dépouillés. Pendant longtemps il fut généralement admis que les statues et autres pierres sculptées qui ornaient les anciens temples n'avaient d'autre emploi que de peupler de lointains musées, de décorer les résidences et d'enrichir les collections privées. Personne n'imaginait que la science des religions put perdre, à ces translations inconsidérées, de précieux documents. C'est néanmoins ce qui est arrivé. Si l'Ecole a été fondée trop tard pour empêcher ces dévastations, au moins s'est-elle empressée d'y mettre fm. Sur la proposition do Directeur, le Gouverneur Général a pris, le 12 avril 1900, un arrêté qui assure désormais aux antiquitérs de rindo-Chine une protection efficace. Les monuments classés ne peuvent être Tobjet d'aucun travail de restauration, démolition ou autre, sans l'autorisation du Gouverneur Général, qui en détermine les conditions. Aucun monument ou objet classé ne peut être aliéné ; rien ne peut en être distrait. Tout fonctionniiire qui, à raison de ses fonctions, entre en possession d'un objet susceptible d'être classé, est tenu de le mettre à la disposition du Gouverneur Général. Toute découverte d'antiquités doit être immédiateirent signalée. Les autorités locales sont responsa))les de l'intégrité des monuments. Le Directeur de l'Ecole Française est chargé de constater les infractions et de veiller à l'exécution des mesures prescrites.

Ce règlement général établi, il restait à dresser la liste des monuments auxquels il s'appliquerait. Cette liste, préparée par le Directeur de l'Ecole et par M. de lajonquière, a été promulguée par un arrêté de février 1901 . Les monuments qui seront découverts dans la suite y seront ajoutés.

On s'est également préoccupé de défendre les monuments contre la ruine qui les menace. Un plan général de réparation a été mis à l'étude. Ce travail préliminaire^ confié à M. Henri Parmentier, permettra de procéder méthodi(]uemcnt suivant l'intérêt des monuments, Turgence des travaux et les ressources disponibles.

Les études archéologiques ont marché de pair avec les mesures de conservation. Les antiquités hindoues de l'Indo-Chine ont déjà fait l'objet d'un double travail :

1o Une carte archéologique, dressée par M. de Lajonquière, donnant l'emplacement de tous les .édifices chams et khmers, avec une liste sommaire.

2» Un inventaire descriptif contenant une description de chaque monument, avec plans, dessins et photographies. L'inventaire du Cambodge est sous presse ; celui des monuments chams de r Annam -est en voie d'achèvement et suivra de près le premier.

Cet inventaire donnera un tableau suffisamment précis de tous les édifices d'origine indienne. Les plus importants pourront dans la suite faire l'objet de monographies. Le groupe d'Angkor notamment, qui ne figure pas dans cet inventaire comme étant hors de nos froo" tières, donnera sans doute matière à d'importants travaux.

Recheixhes ethnographiques et linguistiques. — 11 est peu de problèmes aussi complexes que celui de l'ethnographie indo-chinoise. En dehors des groupes connus : Annamites, Klimers, Thaï, Chams, il existe un fouillis de peuplades non civijjsées, dont on ne sait guère que les noms, et dont on ignore à peu près complètement la race, la langue et les coutumes. Ce sera la tâche de l'avenir de débrouiller ce chaos, de classer les idiomes et d'établir les affinités ethniques. Nous avons déjà posé les premiers jalons de cette étude. Au Nord, M. de Lajonquière a suivi la frontière chinoise de Monkay à Laokay, étudiant lespopulations et recueillant des spécimens de leurs parlers; le même travail a été fait par un de nos correspondants, M. le Dr Gaide, sur la partie occidentale de la même frontière. Au Sud, M. Lavallée a traversé tout le Laos de Ban Muang à Quinhon et rapporté de cette expédition une relation très complète des tnbus situées sur cet itinéraire. Ces trois missions ont réuni des matériaux de grande valeur pour la préparation de la carte ethnographique de l'Indo-Chine qui est un des desiderata de l'Ecole.

Les peuples d'ancienne culture n^ont pas été négligés. M. Cabaton s'est livré à une nouvelle et fructueuse étude de la religion chame. Notre correspondant M. Cadière a inauguré l'étude scientifique de la langue annamite, qui n'avait jamais été auparavant enseignée qu*aa point de vue pratique : sa Phonétique annamite (actuellement sous presse) est le premier essai de dialectologie annamite; et sa Syntaxe annamite traite en grand détail d'une des parties les plus intéressantes et les plus négligées de la grammaire. Publications de l*Ecole. — Ouvrages publiés :

— Rapport [du directeur] à M. le Gouverneur Généi'al sur les travaux deVEcole pendant l'année 1899. — Hanoi, 1900, in-i". (ftéimprimé dans les Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions, 1900, p. 275.)

— Inventaire sommaire des monuments chams de l* Annam, par L. Finot et E. Lunet de Lajonquière. — Hanoi, 1900, in-fol. (Autographié. Avec une carte en 7 feuilles, et 2 plans.)

— Numismatique annamite, par D. Lacroix. — Saigon, 1900, 1 vol. gr. in-S® et 1 vol. obi. de 40 planches.

— Instruction pour les collaborateurs de l'Ecole française d'Extrême-Orient. — Saigon, 1900.

— Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, revue trimestrielle, no» 1-4. — Hanoi, 1901, in-8o; 418 pp.

— Rapport [du directeur] à M. le Gouverneur Général sur les travaux de l'Ecole française pendant l'année 1900. — Saigon, 1901, in 4».

— Nouvelles recherches sur les Chams, par A. Cabaton. — Paris, 1901, in-8*.

Sous presse :

— Phonétique annamite (dialecte du Haut- Annam), par L. Cadière. — Paris, in-8o,

— Eléments de sanscrit cUissique, par V. Henry, professeur à l'Université de Paris. — Paris, in-S».

— Inventaire archéologique de V Indo-Chine, I. MonumenU du Cambodge, par E. Lmiet de Lajonquière. — Paris, in-8<».

En résnmé, l'Ecole possède aigoard'hui une bibliothèque, un musée, une revue périodique, une collection de mémoires. Elle dispose du concours de plusieurs pensionnaires savants et actifs ; elle s'est assuré de précieuses collaborations locales. Elle a rencontré d*unanimes sympathies dans le monde savant, en France et à l'étranger. Il semble que son utilité est désormais prouvée et son avenir assuré.

31 décembre 19()1.

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