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VI. — Autres epizooties

La pesto bovine n'est pas la seule épizootie des bovidés deTIndo-Chine. Jusqu'à cette année, nous pensions qu'elle était la plus meurtrière et la plus répandue ; les dernières missiocs de MM. Schein, Blin et Carougeau ont un peu modifié cette opinion.

M. Schein a reconnu, avec certitude, en Cochinchine, la présence du barbone, une maladie excessivement meurtrière et contagieuse des bufiles et aussi des bœufs. Cette maladie existe en

Europe, où elle a été décrite par des savants italiens. Nous ne savons pas encore si elle est très répandue en Indo-Chine, mais le seul fait qu'elle y a été constatée nous oblige de l'étudier à fond. M. Schein a rapportée Nhatrang du virus de barbone et il a commencé une étude approfondie de cette maladie. Je ne doute pas qu'il n'arrive à des résultats intéressants.

M. Blin, que nous avons pu envoyer en mission en Cochinchine et au Tonkin, pour y étudier des épizooties que nous pensions être de la peste bovine est revenu de ces voyages avec l'impression que ces épizooties différaient notablement de la peste bovine classique et qu'elles n'étaient peut-être que de la septicémie hémorrhagique des bovidés, une maladie contagieuse ressemblant par plus d'un symptôme à la peste bovine^ mais causée par un virus très différent : un coccobacille décrit par M. Lignière, de l'Ecole vétérinaire d'Alfort. L'opinion de M. Blin n'est pas, jusqu'ici, étayée par des expériences suffisamment concluantes ; il serait nécessaire (|ue nous puissions avoir de nouvelles observations. Grâce à la création récente du corps des vétérinaires inspecteurs des épizooties en Indo-Chine, nous pouvons espérer qu'à l'avenir nous serons mieux renseignés sur la nature et les symptômes des diverses épizooties ; nous arriverons peu à peu à les distinguer les unes des autres ; et, espérons-le, nous trouverons pour chacune un sérum ou un vaccin.

M. Carougeau a constaté, en 1901, la présence parmi nos chevaux d'une maladie infectieuse ressemblant à la dourine et au surat, et causée par un microorganisme tout particulier désigné sous le nom de tripanosome. M. Carougeau a déjà fait de nombreuses expériences avec ce curieux parasite et pourra prochainement nous fournir un travail intéressant sur cette question.

La présence du charbon bactéridien a été signalée en Indo-Chine par M. Frai mbault sur les chevaux et par M. J.epinte sur les bœufs. Nous avons reçu de Paris du vaccin charbonneux et nous avons commencé une série d'expériences pour être en mesure de vacciner les bœufs lorsque le cas se présentera.

Vlll. — La plantation

En juillet 1896, le Docteur Yersin demandait la concession d'un terrain de forêts situé à 18 kilomètres de Nhatrang.près delà route mandarine qui relie Nhatrang à Phanrang, daiislebut d'y installer une réserve de chevaux et de bœufs pour le laboratoire et d'y tenter quelques essais agricoles.

Ce terrain, à peu près au niveau de la mer, est formé de terres d'alluvions ; il est arrosé par une petite rivière, le Suoi-giao, qui dans cette portion de son cours serpente dans une riante vallée tout entourée par les montagnes et recouverte de forêts.

Le choix de ce terrain paraissait heureux à cause de son voisinage relatif de Nhatrang et de la facilité des communications par la route mandarine.

On commença par construire des abns en paillettes pour les animaux ; les coolies défrichèrent quelques hectares de terrains que nous plantâmes en maïs et en paddy. Le docteur Yersin essaya, en même temps, de mettre en terre un millier de pieds de café Libéria, provenant du jardin botanique de Saigon et autant de pieds d'Arabica cédés gracieusement par un missionnaire de Nhatrang.

Le 1er janvier 1897, il n'y avait encore à Suoi-giao qu'une ébauche de plantation. Pendant plusieurs mois, elle fut un peu négligée ; le Dr Yersin était en mission dans les Indes Anglaises et M. Fraimbault se trouvait seul au laboratoire. Ce n'est qu'après l'arrivée de M. Pernin, en septembre 1897, que les essais sérieux purent commencer.

Les cultures de maïs et de paddy furent abandonnées ; on n'avait pas tardé' à se rendre compte que le rapport en était nul, la main-d'œuvre étant trop élevée et les pluies trop irrégulières à Sui-giao.

Sur ces entrefaites, M. Capus avait bien voulu confier au docteur Yersin quelques jeunes

pieds de p[utta-pcrcha (['alaquium p^iiUa) ol de caoulclioutiers du Para (Hevea brasiliensis). Ces pieds furent mis en terre. En môme temps. le docteur Yersin faisait venir de Ceylan et semait à Sui-giao des graines de cacao, coca, thé, muscade, girofle, cannelle, il plantait aussi des boutures de poivre et de vanille.

Quatre années se sont écoulées.

Qu'est devenu Suoi-giao pendant celte période et ({uels résultats ont donné les divers essais entrepris en 1897?

M. l^ernin habite aujourd'hui avec sa femme et un de ses enfants une confortiible maison à étage, située non loin de la rivière.

Auprès de cette maison, une vaste écurie renferme 95 chevaux, juments et poulains. Un magasin, surélevé à â^rK) au-dessus du sol. est destiné aux réserves de paddy pour la nourriture des chevaux. Tne grande étable. construite aussi en briques et recouverte en tuiles, abrite 5(X) bœufs et vaches. Knlin. à quehpie distance de la maison de M. Pernin, se dresse une longue maison à étage destinée à abriter un nouveau laboratoire.

La forêt qui. en 1897, croissait jusqu'au bord de la rivière a reculé de 2 kilomètres.

iMus de trente hectares de terrains défrichés sont recouverts de champs de caféiers, d'une jeune forêt d'Hévéas, de jardins de cocas, etc.. Tne centaine de coolies sont continuellement occupés au sarclage, aux défrichements, à la mise en terre des nouveaux plants.

Cest à M. Pemin que revient prescpie exclusivement l'honneur de ces profonds changements. Grâce à son dévouement, à son travail persévérant, à sa douceur envers les indigènes, nous avons pu réussir à faire de Suoi-giao un champ d'essais instructif et intéressant.

Les expériences de culture ont porté principalement sur le café, le cacao, le poivre, la cannelle, le giroflier, le muscadier, le kolatier, la coca du Pérou, les arbres et les lianes à caouthouc.

§ 1. — Le café. — Nous avons cultivé le café Libéria et le café Arabica.

Le café Libéria pousse vigoureusement à Sui-giao. liés la troisième année, il comme. ice à fructifier, et la récolte devient chaijue année plus abondante. La préparation des graines de Libéria (dépulpage, décorticage) est malheureusement assez difficile et doit «Hre parfaite pour que le Libéria ait quelque valeur marchande. Klle exige un outillage coilteiix et ne peot être faite avec profit (\ue sur une grande échelle. IKun autre coté, le prix de vente du café diminue de plus en plus à cause de la production qui parait croître plus que la consommation.

Nous avons à Sui-giao une dizaine d'hectares plantés en Libéria, mais je crains c|ae cette culture ne soit pas très profitable et je me demande s'il n'y aurait pas avantage à arracher ces pieds de café pour les remplacer par autre chose ?

Le café Arabica pousse très bien pendant i à 5 ans ; il donne dès la troisième année d'abondantes récoltes d'un café à très petits grains, faciles à préparer, et d'un goût agréable. Il semble cependant que cette espèce de café ne puisse vivre longtemps dans les basses terres, car dès la cinquième année, les pieds commencent à dépérir : ils sont attaqués par le borer, par les nématodcs, en sorte ({u'en peu d'années, il ne reste plus rien d'une plantation qui donnait les plus belles espénuices.

Nous avons essayé depuis peu la culture du café hybride (Libéria- Arabica), mais nous ne serons pas fixés avant plusieurs années sur la valeur de celte nouvelle espèce.

§ 2. — Le Cacao. — Les essais de culture du cacaoyer n'ont pas été très brillants jusqu'ici. Cela peut tenir à plusieurs raisons : le climit est trop sec et la saison sèche est trop longue à Suoi-giao ; les plants ont été insuffisamment abrités du soleil; les insectes sont particulièrement voraces des feuilles des jeunes plants. .Nous avons à peu près deux hectares plantés en cacaoyer et jus((u'ici cette culture m* paraît pas réussir.

S 3. — Le Poivre. - Nous n'avons réservé qu'un très petit terrain au poivre. Cette culture a peu de chances de réussir pour les mêmes raisons (|ue celles données plus haut pour

le cacaoyer. Il est de plus à craindre que, par suite de la production toujours croissante du poivre au Cambodge, le prix d**. ce produit ne baisse au point qu'il ne soit plus rémunérateur.

§ 4. — La Cannelle. — Nous avons h peu près un hectare planté en cannelle de Ceylan. Cette plante pousse très bien et parait se contenter du sol et du climat. Nous n'avons pas encore fait de coupes, en sorte que nous ne sommes pas fixés sur la valeur de Técorce de nos arbres.

§ 5. — Girofliers, Kolatiers, Mascadiers. — Ces trois expèces n'existent à Sui-giao qu'à titre de curiosités. Leur culture exige beaucoup de soins et un climat plus humide que le nôtre.

§ 6. — La Coca. — Les essais de culture de coca ont jusqu'ici fort bien réussi à Sui-giao. Cette plante ne craint nullement la sécheresse, et le sol lui convient parfaitement. Nous avons fait analyser à Paris des fouilles sèches de nos arbustes et on nous a accusé une proportion de trois pour mille de cocaïnes, co qui est fort beau et au-dessus de la moyenne. Mais pour que cette culture rapporte, il faudrait pouvoir préparer sur place l'alcaloïde, avec les feuilles de la plante. Nous avons commencé des expériences d'extraction d'alcaloïde, mais elles ne sont pas encore suffisamment concluantes pour que nous puissions en donner aujourd'hui les résultats.

§ 7 . — Les Arbres et les Lianes à Caoatchoac. — La question des plantes à caoutchouc est de plus en plus à l'ordre du jour. Nous nous en sommes préoccupés dès 1897. Nos premiers Hévéas sont âgés déjà de quatre ans. Quel sera l'avenir de la culture de cet arbre en Indo-Chine ? Nul ne peut le prévoir. Les résultats ont été si contradictoires à Java et à Ceylan qu'il n'est pas possible de prévoir ce qu'ils pourront être en Indo-Chine. Nous avons dix hectares plantés en Hévéas à Suoi-giao et nous attendrons, avant d'étendre cette culture d'être fixés sur les résultats qu'on peut en espérer.

Nous avons essayé aussi la culture du Manihot Glaziovi, du Castilloa elastica. Nos Manihots les plus anciens seront bons à saigner dans peu de mois, et nous serons alors renseignés sur la valeur de cet arbre en Annam, mais nous n'oublierons pas qu'il a causé les plus vives déceptions dans les Indes anglaises.

Nos ficus sont encore trop jeunes pour être saignés, mais d'après les renseignements fournis par M. Jacquet, cet arbre serait l'espèce la plus favorable à l'exploitation du caoutchouc pour rindo-Chine. Nous sommes donc décidés à donner de l'extension à cette culture.

Nous avons encore à Sui-giao deux hectares plantés en lianes à caoutchouc de plusieurs espèces indigènes et exotiques ; mais avant longtemps nous ne pourrons rien savoir sur leur valeur industrielle.

Le laboratoire que nous construisons à Sui-giao a pour but de servir à l'étude de diverses questions agricoles-industrielles. Nous y rechercherons par exemple le meilleur procédé pour extraire l'alcaloïde des feuilles de coca ; nous étudierons les procédés de coagulation du latex des plantes à caoucthouc, l'extraction du caoutchouc des écorces de nos diverses lianes, etc. Ce laboratoire, placé au centre de champs d'essais sera bien silué pour ce genre d'études et nous pouvons espérer qu'il en sortira des enseignements utiles pour tous les colons de r Indo-Chine.

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