APERÇU GÉNÉRAL
Celte note a pour but de faire connaître la marche progressive que l'Indo-Chine Française, essentiellement agricole, a suivi de 1897 à la fin de 1901, durant cinq années d'évolution économique et pacifique, sur les domaines de Fagriculture et de la colonisation.
Bien que, sur un terrain aussi vaste, les effets d'efforts constants ne puissent pas toujours s'inscrire avec la précision d'un chiffre sur le livre dos étapes, la période quinquennale 1897-1901 envisagée est, néanmoins, assez longue et féconde en résultats, pour qu'il nous soit permis d'en établir ici le bilan, marquer les faits et accepter les promesses.
A dresser cet inventaire, il apparaît, en effet, qu'à nulle autre époque de son développement, l'agriculture et la colonisation en Indo-Chine n'ont montré un essort aussi rapide et résolu. Les causes de ce mouvement se réclament, avant tout, des réformes et des innovations dont l'ensemble du mécanisme économique de ce pays a été l'objet. Mais, une part en revient également à la Métropole. Confiante en la sagesse et la stabilité de ces réformes, elle a apporté, et elle apporte tous les jours à la colonie des capitaux, des énergies et des initiatives qui ont inauguré une ère nouvelle pour la mise à profit et en valeur de nos possessions d'Extrême-Orient.
Cette part métropolitaine, de jour en jour grandissante, s'ajoute aux progrès que, dans la même période considérée, les indigènes ont réalisés, avec ou sans l'élément européen ; elle deviendra plus forte encore lorsque l'Indo-Qiine française sera en mesure d'offrir à la petite colonisation un terrain d'exploitation aussi propice que celui dont peuvent disposer, à l'heure actuelle, les entreprises industrielles ou collectives plus puissamment outillées. Dans cet ordre d'idées, des progivs considérables sont à la veille de se réaliser. Des routes d'accès vers les hauts plateaux de l'intérieur, seuls territoires où les conditions de milieu permettent au très modeste capital et au travail affranchi du concours mercenaire de l'indigène, de réussir, sont en voie d'exécution, et c'est par la création de ces voies de pénétration nouvelles que le problème pourra être, et sera résolu.
Avant d'entrer dans le détail justificatif des progrès réalisés, il convient d*nccuser ici le rôle d'un certain nombre de facteuri nouveaux dont le concours impersonnel a contribué, dans une large mesure, h modifier la situation antérieure.
Les cinq dernières années, en effet, ont vu naître successivement tou*e une série d'organes administratifs et techniques o'ii d'institutions scientifiques et de recherches, auxquels la pensée directrice a confié la charge directe ou indirecte des intérêts agricoles, commerciaux et industriels avec le soin de travailler aux progrès de la colonisation sous toutes ses formes.-
I. — INSTITUTIONS D'uN INTÉRÊT AGRICOLE, COMMERCIAL ET INDUSTRIEL Création de la Direction de r Agriculture et du Commerce de Ihido-Chine.
Parmi les créations nouvelles, mises au service du développement de nos intért*ts économiques et de colonisation en Indo-Chine, la Direction de V Agriculture et du Commerce, organe à la fois administratif et technique, a pris rapidement un développement conforme aux intérêts multiples et considérables qu'elle a pour mission de favoriser et de développer.
Jusqu^en 1897, l'initiative ofliciellc en matière de colonisation agricole, industrielle ou commerciale s*est trouvée éparpillée, en quelque sorte, dans divers services locaux auxquels incombait principalement l'expédition des affaires d'ordre administratif.
Les divers pays de Tlndo-Chine, pourtant reliés entre eux [)ar des liens économiques étroits et désintérêts solidaires, évoluaient chacun dans une sphère restreinte, sans qu'une impulsion génénle en réglât les efforts, en coordonnant les résultats dans la recherche d'une utilisation qui profitât à tous.
Il a paru au Gouverneur Général de l' Indo-Chine qu'un organe gouvernemental autonome, placé sous son autorité directe et ayant dans ses attributions les questions de i olonisation proprement dites dans l'ensemble de ces pays, exercerait une action féconde et comblerait une lacune.
11 créa d'abord, en 1897, au Gouvernement Général un Bureau Éronomi(|ue qu'il transforma, par arrêté du 4 mars 1898, en Direction de V Agriculture et du Commerce de VIndo-Chine.
L'institution de ce service général fut confirmé pai* décret du 7 février 1901 .
Un décret en date du même jour en élargissait les cadres par l'adjonction, à la Direction, du Service Forestier de l'Indo-Chine.
/o Attributions et fonctionnement de la Direction. — Les attributions de cet oi*g.ine, qui fonctionne régulièrement depuis 1898, comprennent l'étude de toutes les questions relevant de la colonisation agricole, commerciale et industrielle Son rùle est à la fois celui d'un rouage administratif et celui d'un service technique, chargé d'étudier, de proposer et de poursuivre la réalisation de toutes les innovations utiles en matière de colonisation en Indo-Chine.
Son rôle administratif comprend l'étude de toutes les <|uestions se rappi»rlant à l'a-^riculture, au commerce, à la colonisation sur lesquelles le Gouverneur Général doit statuer. La Direction réunit tous les documents et renseignements intéressant l'agriculture et le commerce et dresse les statistiques relatives à l'état économique de l'Indo-i-hine.
En ce qui concerne la première partie de cette tàclu;, la Direction s'est appli(|uée à donner l'impulsion forte aux institutions locales similaires des diverses parties de l'Indo-Chinc et à coordonner leurs efforts pour, d'une part, amélioi-er les cultures existantes et, d'autre part, en introduire de nouvelles, susceptibles de prendre un développement réiîiunéraleur.
Grâce au dévouement et au zèle des Chefs des services d'Agriculture locaux, grâce également à la bonne entente et à la collaboration communes, l'œuvre de progrès s'est accentuée d'année en année.
Sur le domaine agricole, et en dehors des questions {^ènéiales de mise en valeur du domaine par l'extension de cultures et de pratiques appropriées, la Direction de l'Agriculture
et du Commerce s*est plus particulièremont attachée à l'étude des questions suivantes, qu'elle considère comme ayant une importance de premier ordre : l'amélioration des riz indigènes par la sélection, l'exploitation et la multiplic.ition des espècci i\ cioutchouc, l'exploitation des arbres à gutla percha, l'introduction de bonnes variétés et l'extension de la culture du coton, la culture du tabac, la culture et l'exploitation des plantes texliles, l'emploi des engrais naturels ou artiiiciels.
Une mission d'étude en Hirmanie a permis au Chef du service de déterminer les causes qui différencient les riz de Birmanie de ceux de l'Indo-Chine, et de proposer les mesures qu'il estime capables de régénérer les riz de l'Indo-Chine, pour qu'ils puissent rivaliser de qualité avec ceux de Birmanie. Il en sera question plus loin.
Parmi les moyens dont dispose la Direction pour favoriser le mouvement de colonisation agricole, sont les expériences sur les champs d'essais ; les appels, renseignements ou conseils émis ou dominés directement par la parole, ou indirectement par l'écrit ; la demande et la transmission de graines, plantes, matières, instruments, échantillons, documents, sollicitas par les intéressés.
Elle en use largement. Le nombre des demandes de renseignements de documents, de conseils ou de produits est devenu considérable et la Dire tion croit de son devoir, non seulement de répondre à toutes, dans la mesure de ses moyens, mais encore de les provoquer, estimant que le meilleur symptôme de l'essor qu'un pays riche et inexploité va prendre, est le désir du plus grand nombre d'en profiter.
La Direction reçoit beaucoup de visiteurs venant demander, de vive voix, des renseignements ou consulter des documents qui peuvent être mis à leur disposition.
lia plupart des colons agriculteurs ou industriels de l'Indo-Chine sont en rapport personnel avec la Direction, et les personnes débarquant de France, dans un but d'étude ou d'entreprise coloniale, s'adressent presque sans excef)tion directement à elle, sures d'y trouver les renseignements pour diriger leurs recherches et faciliter leur entre|)rise.
Du 8 mai 1H98, date de son fonctionnement comme Service général, au 31 décembre 1901, la Direction a été saisie d'un nombre d'aff'aires se répartissant de la façon suivante :
En iSDS 075 inscrites à l'arrivée.
En I8i)y • 1 .-267 —
En 1900 1 .252 —
En 1901 1 .3';5 —
Au total 4.559 —
Le bureau des renseignements qui, jusqu*à la lin de 1898, transmettait ses correspondances par les bureaux du Gouvernement Général, a eiu'ej,nstré, depuis, les cinlfres suivants au départ, pour la correspondance à la signature du Directeur du service :
En 1899 471 lettres ou rapports.
En 1900 532 -
En 1901 730 —
Au total 1.742
2. — Musée des échantillons de produits naturels et commerciaux: — Le noyau de ce musée fut formé, en 1898, des échantillons peu nombri^ux, au débul, (|ue la Direction recevait de divers côtés pour examen, analyse ou estimation de valeur commerciale. Le nombre des échantillons s'accroit ensuite très heureusomiMil grâce à l'accueil favondjle que font à des demandes d'envoi, notamment M.H. les Résidents supérieurs au i^aos et en Annam, certains administrateurs d'^ province, très attentifs à l'étude de la mise à profit des ressources naUi^ relies de leur province, les directeurs d'agriculture locaux et quelques colons et .industriels
de bonne volonté. Une partie des collections fut recaeillie également par le personne! de la Direction.
Le nombre des échantillons, actuellement réunis, dépasse le chiffre de 2.000. Ils comprennent principalement des produits agricoles, des sous-produits forestiers (résines, huiles, gommes, matières grasses, etc), des produits industriels bruts ou manufacturés, des échantillons commerciaux et, depuis l'année dernière, des échantillons divers d'histoire naturelle, noyau d*un futur musée de même nom.
La constitution de ces collections à rendu déjà de signalés services : elles servent surtout à appuyer d'une démonstration directe des renseignements donnés de vive voix et permettent, dans une certaine mesure de répondre au désir de communication d'échantillons que manifestent, de plus en plus, les établissements de recherche ou d'enseignement de la Métropole.
5» Bureau de statistique — Depuis trois ans, la Direction de l'Agriculture et du Commerce s'efforce de réunir et de faire établir, en vue de la création d'un Bureau de statistique de mieux en mieux documenté, les nombreux et divers éléments de statistique que la Colonie devrait être en mesure de fournir. Elle a fait établir successivement les divers états concernant es concessions domaniales et les concessions minièresjes éléments des divers comptes de culture Jes chiffres du mouvement commercial et de production des principaux produits agricoles; elle s'occupe maintenant d'organiser un service de statistique régulier, par la centralisation d'étals périodiques mensuels ou trimestriels, suivant la matière, (|ui lui sont adressés de toutes les parties de rindo-Chine
i* BuUHin Economique de V Indo-Chine. — La plupart de ces documents paraissent dans un recueil mensuel que publie la Direction, sous le titre de Bulletin Economique de Vlndo- Chine.
11 a paru utile qu'un organe de publicité^ sérieusement documenté, puisant ses renseigne* ments aux sources officielles autant que dans l'expérience de collaborateurs dévoués, fit connaître les faits, les idées, les expériences, etc., qui peuvent intéresser la colonisation l'agriculture tropicale, le commerce et l'industrie, éclairer le colon déjà établi ou à venir, et favoriser, par la diffusion de données dignes de confiance, le mouvement qui s'est attaché à la mise en valeur de cette colonie.
Le premier fascicule du Bulletin Economique de Nudo-Chine parut le 1<?«" Juillet 1898, et les numéros mensuels se sont succédés, depuis, sans interruption. Le tirage, qui était de 500 exemplaires au début, s'est montré vite insuffisant; il a été porté à mille en i900 et le nombre de feuilles du fascicule a été augmenté.
A partir de janvier 1902, le Bulletin Economique paraîtra en série nouvelle, sous format agrandi. Pour répondre au nombre de demandes sans cesse augmentant, le tirage sera porté à 1.500.
Ce périodique publie les documents officiels (rapports au Gouverneur Général, des Chefs d'Administration ; rapports consulaires ; rapports économiques, etc.) qui intéressent la \ie économique de Tlndo-Chine. 11 insère les travaux d'expérience et d'observations et les résultats des études des agents techniques des services de l'agriculture et des services annexes, ainsi que les travaux de statistique agricole, commerciale ou industrielle que la Direction de l'Agriculture et du Commerce reçoit ou établit elle-même. Il accueille avec faveur les notes ou communications des colons planteurs, industriels ou commerçants dont l'expérience acquise lai parait un enseignement.
Dans la partie Renseignements sont consignés, au fur et à mesure de leur production, les faits saillants d'ordre économique intéressant Tlndo-Chine et ses rapports avec la Métropole ou l'étranger.
A chaque fascicule du Bulletin Economique est annexé un Bulletin météorologique mensuel de toutes les stations du réseau indo-chinois.
Enfin, chaque fascicule donne la nomenclature des actes officiels (lois, décrets, arrêtés,
décisions, circulaires, etc.) intenenos pendant la période mensuelle écoulée et qui concernent les intérêts économiques de la Colonie.
Le service du Bulletin est fait gratuitement :\ toutes les administrations, institutions et personnalités intéressées de la Métropole et de la Colonie.
Services d^ Agriculture régionaux. — Création de Directions (T Agriculture locales
La création d'une Direction de T.Agriculture et du Commerce, au CouvernementCénéral. ne devait amoindrir le rôle ni les fonctions des services agricoles locaux, auxquels incombent, avec I*étude et la garde des intérêts régionaux, Texéculion technique et la pratique de toutes les mesures concernant le service régional. Ces services n'existaient, d'ailleurs, à l'époque de sa création, qu*auTonkin où, par arrêté du 30 avril IS97, fut créée une Direclion de l'Agriculture et en Gochinchine, où la Direction du jardin botanique était chargée du service agricole de la Colonie.
L'Annam et le Cambodge n'avaient aucune institution de ce genre.
Le Gouverneur Générai a pensé que les intérêts agricoles et de colonisation étaient trt)p importants dans ces pays pour les priver d'un organe d'une utilité si incontestiible, et il créa successivement une Direction de l'Agriculture en Annam (arrêté du 10 mai 1898) et un service» d'Agriculture au tiambodge (arrêté du fl septembre 1898). D'autre part, la Direction du jardin botanique de Saigon fut transformée en Direction de l'Agriculture de la Cochinchine (arrêté du l^r mars 1899). De sorte que, tous les pays de Tlndo-Chine, sauf le Laos,sont actuellement dotés d'un service agricole dont le personnel est, il est vrai, peu nombreux, mais très dévoué à la tâche importante qui lui est dévolue.
Création de Laboratoires d'analyses chimiques et industrielles
Parmi les institutions d'un intérêt agricole, commet cial et industriel dont l'utilité, on Indo- Chine, est apparue, dés les premiers temps de sont fonctionnement, se trouve le laboratoire d'analyses chimiques, agricoles et industrielles, créé A Saigon par arrêté du 15 février 1898.
Au moment où les découvertes de nouveaux produits naturels se multip/liont dans ce pays, où, grâce à l'extension du mouvement commercial, les produits du sol et de l'industrie de de cette partie de l'Asie entrent en concurrence, sur les grands marchés, avec les produits similaires d'autres provenances ;où,de plus, l'application des méthodes scientifiques etmoderncK doit diriger les opérations agricoles et industrielles, il était nécessaire de doter la Colonie d'un instrument de recherches précises pour fixer la valeur différentielle des produits, déterminer les besoins des divers sols de culture et diriger l'exploitation des richesses naturelles sur la base d'appréciations exactes.
Le laboratoire de Saigon, outillé pour toutes sortes d'analyses, a reçu, dés le début de sa création, un grand nombre de demandes d'analyses et d'échantillons provenant de toutes les parties de Tlndo-Chine. Le nombre et la valeur des travaux qui en sont sortis déjà, sont considérables. (Note aux pièces annexes).
La plupart ont été publiés au Bulletin Economique l'Indo-Chine.
H a paru, ensuite, que la création d'un laboratoire semblable, au Tonkin, rendrait d(^ grands services aux nombreux colons de ce pays, afin (|u'ils puissent se procurer, sans frais et sans retard, des renseignements pareils à ceux que doit fournir le laboratoire de Saigon aux colons de la Cochinchine.
Le laboratoire de Hanoi fut créé par arrêté du 20 septembre 1899. f^s travaux ont porté, en 1900 et 1901, sur des analyses d'eaux, de terres, de minerais, de phosphates, de métaux, d'huiles essentielles, etc.
Lorsque cet établissement aura reçu son complément de personnel et d'outillage, il pourra
entreprendre des études de chimie agricole et de physiologie végétale ainsi qui le Laboratoire de Saigon a pu le faire déjà.
La laboratoii'c d'analyses étant le complément naturel des services d'agriculture au Tonkin comme on Cochinchine, le laboratoire de Saigon, d'abord rattaché à la Direction de TAgriculture et du Commerce de Tlndo-Chine, fut donné à la Cochinchine, et celui du Tonkin fut rattaché aux services de l'Agriculture du Tonkin.
Crêntion d'un service géologique
En voyant dans les colonies étrangères, nos voisines, les études scientifiques marcher de pair avec les progrès de la conquête économique, on pouvait s'étonner que l'Indo-Chine ne fût pas dotée plus tôt d'une institution dont les travaux doivent profiter à la fois à la science et 5 ses applications utilitaires : il s'agit du service géologique. Des travaux épars, de' haute valeur il est vrai, ont été entiepris sur divers points du territoire; mais les résultats de ces travaux n'avaient pas été coordonnés et nous n'avons, jus4|u'à présent, qu'une idée très imparfaite de la structure géologique de l'Indo-Chine. L'imperfection de nos connaissances est telle, que l'à^e des terrains à gisements carbonifères du Tonkin et de TAnnam demeurait, jusque dans les derniers temps, un sujet de controverse et d'incertitude.
Le service géologique de l'Indo-Chine fut co istitué, en février 1898, par la nomination de deux géologues, et rattaché à la Direction de l'Agriculture et du Commerce Plusieurs savants de France accordent leur concours bienveillant et gratuit à l'œuvre scientifique naissante.
Le service se développera grâce à la valeur de son personnel, conformément au double programme qui lui est assigné : l'étude scientifique de la constitution géologique du sol de la (>olonie et la réunion de tous les documents figurés s'y rapportant.
Organisation d'un sennce météorologique
Les études et les connaissances météorologiques prennent, en Indo-Chine, une importance qu'on se saurait mettre en doute. Pays de colonisation et d'exploitation agricoles, elle doit l'abondance et la richesse des produits de son sol aux conditions créées par les météores qui en diversifieni les climats régionaux. Développant, depuis le Golfe de Siam jusqu'au Golfe du Tonkin, plus de 2.500 kilomètres de côtes, elle se trouve exposée aux effets tantôt directs, tantôt lointains de typhons qui exercent trop souvent une action destructive redoutable.
Aussi, lorsqu'on 1807, une des plus hautes autorités scientifiques, M. Masc^irt, Directeur du Itureau central météorologique de Paris, appela l'attention du Gouverneur Général de Tlndo- Chine sur l'utilité de doter ce pays d'un ré eau de stations d'observations, ses propositions furent-elles accueillies avec le désir de combler une lacune et de répondre à un besoin.
.Jusqu'alors, en effet, Tétudc des conditions climntologiques des divers pays de Tlndo-Chinc était restée localisée dans trois ou <(uatre postes, imparfaitement outillés. Le bureau central de Paris ne recevait, plus ou moins régulièremi.'ut, de l'indo-Qiine, que des documents à Tinsuffisance desquels la bonne volonté et le savoir de trop rares observateurs ne parrenaieut pas à suppléer.
La comparaison, d'ailleurs, avec les travaux similaires exécutés dans les colonies voisines de rindo-Chine, no laissait pas ({ue d'être humiliante pour la Colonie française. L'Inde anglaise, Ceyian et la tîirmanie possèdent, depuis longtemps, un service météorologique parfaitement organisé, et l'on connait l'importance des services que rendent, à la science et à la navigation, bs observations de Zikaweï (Shanghai), de Hong-kong et de Manille.
Lo service météorologique de l'Indo-Chine, créé en i897 parle Gouverneur Général, est resté attaché, jusqu'alors, à la Direction de l'Agriculture et du Commerce qui en a organisé
le premier fonctionnement. 11 sera centralisé, en 1902, h TObservaloire météorologique et magnétique dePhu-lien. On trouvera, plus loin, une note spéciale sur son organisation actuelle et future.
Institut ian tTun Service vétérinaire de V Indo-Chine.
I^ menace permanente, pour les pays de Tlndo-Chine, de l'invasion ou de l'extension d'épizooties dangereuses et meurtrières, telles (jue la peste bovine, la fièvre aphteuse, la morve etc., a appelé, dans les dernières années, l'attenlion sur les moyens les meilleurs dont nous pouvons disposer pour les combattre.
Parmi ces moyens, le premier à envisager était l'organisation d'un service vétérinaire et des épizooties auquel incombe à la fois le soin de proposer et d'appliquer des mesures de combat opportunes et eflicaces.
Jusqu'alors on s'était trouvé en présence, d'une part, d'un service vétérinaire non organisé dont les éléments hétérogènes, unités de concours trop rares, n'avaient aucune cohésion entre eux et, d'autre part, d'une situation fréquemment dangereuse par suite du nombre et de la gravité des foyers d'épizootie qui se déclarent sans cesse sur le territoire de l'Indo-Chine.
Il a paru nécessaire de créer ce service en assurant, avec une direction technique centrale, la communauté d'action de tous les agents de ce service. Le projet d'arrêté organique du service vétérinaire et des épizooties de l'Indo-Chine fut présenté au Conseil Supérieur de rindo-(ihino en 1901 dans sa session de novembre, à Hué et signé parle Gouverneur Général le 13 novembre 1901 . Ce service est rattaché au service général de l'Agriculture et du Commerce de l'Indotj.ine et la direction en est confiée à M. Lepinte, Vétérinaire Principal de l'armée hors cadres, dont une note sur l'organisation du service est reproduite plus loin.
Organisation d'un Service Forestier de l'Indo-Chine.
Jusqu'en 1899. la Cochinchine était restée le seul pays de l'Indo-Chine doté d'un Service Forestier organisé.
Le Cambodge, ensuite, empruntait à la Cochinchine une partie de son personnel pour former le noyau d'un futur service de ce genre. Mais ni le Tonkin, ni l'Annam, ni le Laos ne possédaient, soit un service forestier, soit une régli^mentalion forestière.
Cet état de choses a paru préjudiciable aux intérêts économiques de la (Colonie. On a reconnu que, dfUis cette colonie, Texploitalion des richesses forestières qui abondent pouvait être mieux conduite, surveillée et dirigée dans les régions oii elle se faisait d'une manière intensive et inconsidérée, et inaugurée dans celles où ces richesses dormaient faute de connaissances et de moyens d'action. Il a paru également qu'une direction compétente et unique pouvait et devait se substituer à l'éparpillement de l'autorité, de l'initiative et de la gestion en matière forestière tel qu'il se produisait jusqu'alors.
C'est pour modifier cet état de choses que le Gouverneur Général prit, à la date du 8 juin 190O, un arrêté en Conseil Supérieur portant organisation d'un Service Fore^ier de l'Indo-Chine, arrêté qui fut suivi d'un décret à la date du 7 février 1901. Dans une note spéciale le chef du Service forestier expose l'organisation actuelle et le fonctionnement de ce service.
Création de Chambres de Commerce et d'Agriculture
II est un autre genre d'intitutions auxquelles le principe gouvernemental donne le rôle et la valeur de conseils très autorisés, représentant les intérêts de collectivités importantes d'administrés : ce sont les chambres de Commerce et les Chambres d'Agriculture.
Jusqu'en 1897, l'Indo-Chine française avait une Chambre de Commerce à Saigon, une Chambre de Commerce à Uaiphong et à Hanoi. Il a paru utile et nécessaire an Gouverneur
Général, de créer ou de compléter, par des amples locaux, la représentation de la colonisation française dans nos possessions indo-chinoises. En Cochinchine, il était utile d*a4Joindre à la Chambre de Commerce, d'institution déjà ancienne, une Chambre d'Agriculture, représentation oflicielle de la colonisation agricole qui commençait a y prendre un sérieux essor.
La Chambre d'Agriculture de la Cochinchine fut créée par arrêté du 30 avril 1897.
L'Annam et le Cambodge, enfin ouverts entièrement aux colons français, n'avaient pas d'éléments suffisants permettant de constituer deux organes distincts, pour le commerce d'une part, pour l'agriculture de l'autre. Mais, comme il était bon d'avoir dans ces protectorats une représentation de la colonisation commerçante, le Gouverneur a institué, dans chacun de ces deux pays, par arrêtés du 4 mai et 30 avril 1897, une Chambre consultative mixt£ d'Agriculture et de Commerce. Le siège de la première est à Tourane, celui de la seconde à Phnom -penh.
Ces institutions sont des organes consultatifs oiliciels ; elles donnent des avis et émettent des vœux. Leurs Présidents font partie du Conseil Supérieur de Tlndo-Chine.
Les nouvelles chambres d'agriculture et chambres mixtes ont rendu et rendent journellement de grands services aux colons dont elles représentent les intérêts. Elles en rendent également au Gouvernement par l'autorité qui s'attache aux consultations et aux avis de représentants actifs, compétents, et intelligents de la Colonisation.
Les Cliambres de Commerce de l'Indo-Chine avaient demandé, à différentes reprises, que des modifications soient apportées aux arrêtés constitutifs qui réglaient leur organisation, leurs attributions et leur fonctionnement.
La question fut mise à l'étude et M. le Gouverneur Général prit, à la date du 16 novembre 1901, en Conseil Supérieur, un arrêté qui appli(iue aux Cliambres de Commerce de l'Indo- Ctiine les principales dispositions de la loi du 9 avril 1898 appHcable aux Chambres de Commerce de la Métropole.
Cet arrêté augmente leurs attributions consultatives et leur octroie la personnalité civile; il élargit le cadre des électeurs et place sous un régime uniformément libéral, des corps plus fortement constitués en leur donnant des moyens nouveaux pour contribuer au développement économique de ce pays.
II. — EXPÉRIENCES CULTURALES POUR l' AMÉLIORATION DES ESPÈCES INDIGÈNES
ET l'introduction D'eSPÈCES NOUVELLES
Jardins dressais et champs d*expériences
En matière d'essai et d'introduction de cultures nouvelles, d'amélioration de cultures existantes et de développement de cultures alimentaires ou industrielles, on a obtenu, dans les cinq dernières années, des résultats dignes de remarque.
L'Indo-Chine possède maintenant un assez grand nombre de champs d'expériences et de jardins d'essais, répartis sur divers points caractéristiques du territoire.
En Cochinchine, nous trouvons le jardin d'expériences et les pépinières du Jardin Botanique à Saigon, le champ d'essais d'Ong-jiêm dans la province de Thu-dâu-môt, celui de Phu-my dans la banlieue de Saigon. Un jardin d'essais, réservé aux plantes économiques, sera aménagé prochainement à Saigon. Sur ces divers terrains, la Direction de TAgriculture locale pré[)are les semis, repiquages, boutures et multiplications des plantes économiques à mettre à la disposition des colons planteurs qui en font la demande ; elle y poursuit également des essais de culture et des expériences agronomiques diverses. Des essais spéciaux de culture de tabac ont été entrepris sur divers points choisis du territoire de la colonie, ainsi que des essais d'acclimatement d'espèces d'arbres à gutta percha.
Au Cambodge, un champ d'essai-pépinière a été créé dans la banlieue de Pnom-Penh et un
champ d*expériences pour la culture du cotonnier, de Tindigo, de la canne à sucre sera établi sur un terrain chomkar (alluvions riveraines) du fleuve.
En Annam, Técole d'agriculture indigène, à Hué, comprend un vaste champ d'expériences culturales qui a commencé si première campagne en 18U9, un jardin d'essais fonctionnera, à partir de 1902, à Tourane. D'autre part, le nr Yersin a établi à Suoï-giao, près de Nha-trang, une plantation modèle qui est, jusqu'à présent, notre station d'essais la mieux conduite et la plus fertile en résultats.
Enfin, la station agricole du Langbian, établie depuis 1899, poursuit des expériences très intéressantes sur la culture des plantes potagères, de quelques espèces à grande culture et des arbres fruitiers à l'altitude de 1 .400 mètres (notes aux pièces annexes).
Au Tonkin, le Jardin botiinique de Hanoi fonctionne à la fois comme champ d'expériences et pépinière d'approvisionnement pour les plantations des colons planteurs. La plupart des postes de secteurs, dans les territoires militaires, ont étabH des jardins d'essais d'importance et d'étendue variables, où des expériences sont faites sur la culture des plantes potagères, des arbres fruitiers et de diverses espèces économi<iues : céréales, vigne, pavot à opium, tabac, plantes fouiragères, et<î. I)<». plus, la Direction de l'Agriculture locale établit plusieurs plantations spéciales d'espèces à caoutchouc.
Bien que le Laos ne soit pas encore doté d'un service d'agriculture régulier, il n'en participe pas moins au mouvement pour les recherches expérimentales de culture que nous voyons se développer dans les autres jïarties de l'Indo-Chine. Plusieurs postes y ont aménagé des pépinières et des jardins d'essais spéciaux (Muong-sing; Muong-son ; Slung-treng; Khong; etc.) où des plantes industrielles tels que le pavot à opium, les lianes à caoutchouc, le thé, le teck, le cotonnier sont mises en expérience .
Mais le rôle des jardins d'essais et des champs d'expériences, multipliés sur le territoire si varié de l'hido-Chine, resterait incomplet si les résuIUits qu'ils donnent demeuraient sans cohésion entre eux, sans contrôle de com[)aratson, et .sans publicité î\ l'usage des intéressés.
(jes résultats, d'ailleurs, ne sauraient être immédiats. Les effets souhaités d'une rénovation ou innovation en matière agricole ne se font sentir généralement qu'au bout de longues années de patiente application d'une méthode prévoyante et sûre d'elle-même.
Cultures expérimentales
Nos expériences ont porté, dans les dernières années, .sur la plupart des cultures dont Texploitation est susceptible d'acquérir une portée économique.
1° Riz. — La rizière normale de Cochinchine est loin de donner le maximum de son rendement possible. En supposant ([ue le rendement actuel soit élevé du 10« seulement, la production s'accroitrait de plus de 60 millions de francs pour la seule Cochinchine. Or, cette augmentation est possible à l'aide de pratiques agronomiques appropriées et nous considérons comme un réel progrès les préoccupations de cet ordre qui, sur l'initiative des organes administratifs, se font jour parmi les agriculteurs.
L'exploitation du sol doit être guidée par des principes seientillques. Sans eux, la routine d'une part, les tàtonnnements de l'autre, arrêtent son développement ou dissipent ses tendances au perfectionnement. C'est là la voie dans laquelle nous sommes entrés pensant que l'exploitation extensive du sol de lîi t'.olonie peut être accompagnée d'une exploitation intensive non moins importante.
Depuis trois ans, les champs d'expériences de la Cochinchine poursuivent des recherches du plus haut intérêt sur l'emploi des engrais chimiques dans les cultures tropicales et particulièrement dans la riziculture. Les résultats obtenus sont très encourageants et nous sommes convaincus que, dans un avenir prochain, l'épendage des engrais chimiques sur la rizière entrera dans la pratique coura.ite des opérations de culture .
En ce qui concerne la qualité de nos riz d'Indo-Chino, il est avéré qu'elle poarrait être améliorée et c'est dans ce but que nous étudions, à présent, Torgcinisation d'un système de sélection de semences approprié. I.es bases de celte organisation avait été élaborées par le Directeur de l'Agriculture et du Commerce à la suite d'une enquête qu'il avait faite, en 1899, sur les riz de Birmanie ; elles viennent d'être appuyées par les résultats d'une mission dont M. Josselme, Vice-Président de la Cbambre d' Agriculture de Cochinchine, a été chargé, en 1900, dans les districts rizicoles du nord de l'Italie.
La question parailra digne de sollicitude lorsqu'on sait que les riz de Birmanie par exemple, mieux cotés sur les marchés d'Europe h cause de leur qualité supérieure, priment nos riz de Cochinchine de 3à 4 francs par quintal ce qui représente, pour nos 160.000 tonnes de riz à rimporlatibn en Europe, le cliidre, théorique il est vrai, d'un manque à gagner de quatre millions et demi à six millions de francs par an. Cette marge de bénéfices est considérable : nous espérons pouvoir l'entamer peu à peu par l'organisation d'un système de sélection des semences sous contrôle administratif prolongé durant une période suffisante pour que la supériorité de la méthode soit acceptée par !a pratique indigène.
Déjà nos concours de paddy, organisés par les administrateurs des provinces, et qui deviennent de plus en plus nombreux et suivis, forcent l'attention et l'intérêt des producteurs indigènes dont le zèle est stimulé par des primes, et peut l'être par des récompenses honorifiques auxquelles l'Annamite est très sensible,
Le Service de l'Agriculture de la Cochinchine fait, depuis trois ans, des essais avec des riz de Java (Tjomà) auxquels se rattachent des expériences sur les dépiqueuses perfectionnées; il a inauguré également, en 1899, des essais de culture avec diverses variétés de riz de Birmanie.
En 1001, la Cochinchine a entrepris, sur l'initiative de la Direction de l'Agriculture et du Commerce de l'Indo-Chine, des expériences comparatives sur l'influence des engrais naturels et artificiels dans la culture du riz indigène.
Le principe de ces expiViences admet et provo(|ue la collaboration des riziculteurs annamites qui mettent à la disposition du service d'agriculture et de ses agents techniques des parcelles iléterminées, ainsi (jue la main-d'œuvre pjur touti.'s les opérîitions culturales prescrites qui sont exécutées sous la surveillau'^e de ces agents. Les résultats des opérations sont acquis au propriétaire des terrains, l'Administration se réservant le droit de préemption, au prix moyen des récoltes, d'une partie de celle qui a été obtenue sur ces champs d'expériences. Cette association donnera, à n'en pas douter, de bons résultats. Elle stimulera le zèle et l'intérêt des intéressés et prêchera par l'exemple des résulUits obtenus. Le principe en sera étendu à d'autres cultures et à d'autres régions de l'Indo-Chine où la Direction de l'Agriculture et du Commerce a déjà pris des dispositions pour l'appliquer pendant la campagne de 1902. En ce qui concerne les premières expériences de ce genre faites en Cochinchine, elles sont établies dans Tarrondissement de Bentré, sur une superiicie de 10 hectares, divisée en parcelles qui ont reçu des engrais et des amendements en combinaison et en quantités varialiles, à côté de parcelles témoins. Les résultats s'annoncent comme très démonstratifs et nous seront connus dans quelques mois.
Le Cambodge et certaines provinces de la Cochinchine cultivent, sur des superficies restreintes, une variété de riz dit a flottant », dont le chaume, se développant avec le niveau de Teau, permet à cette variété d'assurer une récolte sur des terrains exposés à des inondations on des crues périodiques et, par cela, impropres à d'autre cultures. La Direction de l'Agriculture et du Commerce s'est assurée une certaine quantité de semences de celle variété dont elle essaie d'étendre la culture, en 1902, aux parties de l'Indo-Chine où son instroduction peut rendre service, et nottamment au Tonkin où cette variété n'est pas connue.
2» Caféier. — Pratiquant un principe louable (|ui consiste à ne pas s'en remettre uniquement à l'initiative et aux efforts des organes de l'Administration, nos colons, planteurs de café, participent eux-mêmes aux essais de cultures et d'opérations de cultures nouvelles. C'est ainsi
qfoe des expériences très démonstratives sur Thybridation et la greiïe des caféiers ont été faites
sur la plantation de M. Guéry à Govap (Saigon). IVaulrc part, nous avons fait venir récemment
du café de Rio Nûnez qui va i^tre mis en essai par les planteurs de TAnnam.
Le Jardin colonial de Nogent sur Marne nous a adressé des variétés de café qui seront mis en expérience.
Les espèces de caféier cultivées en Indo-Chine sont, actuellement, leliberica eiVarabica, avec les variétés Grand Bourbon et Moka, ce dernier donnant, à Suoi-giao près de Nha-trang, un produit d'une qualité tout à fait remarquable.
Il n*est pas juste de dire, comme on Ta dit sur la foi d'appréciations trop supeHicielles, que le caféier manque de chances de réussite au Tonkin et que son produit est de qualité inférieure. I^s résultats atteints par nos planteurs et la qualité du produit obtenu — condition essenliolle — à la suite de manipulations régulières normalement conduites, après la récolte et pendant le magasinage, protestent contre une critique trop hiilive.
3. Tabac. — Les essais de culture de diverses variétés de tabac, en Indo-Ctiine, ont donné des résultats dilTérenliels dont nos colons planteurs ont déjà pu tirer prolit. Les expériences faites, en 1898, 1899 et 19lH) par la hirection de l'Agriculture de Cochinchine à Hong-quan sur les terres rouges des Moïs-latérites-puis, à Hung, dans les terres alluvionnaires du Uelia, ont démontré que les terres rouges se prêtent mieux <]ue toutes autres, en Cochinchine, à la culture du tabac, que les variété dWmériquc donnent un meilleur produit que les variétés indigènes et celles de Sumatra et qu'enfin, pour avoir un produit commercial, il fallait faire sabir à la récolte, avec tous les soins requis, la série des opérations de manutention assez délicates qui autoriseront ce produit à se faire agréer par les acheteurs des grandes manufactures. La culture du tabac prend également de Textension au Tonkin où certaines régions, comme Cao-bang, lui olfrenl des sols favorables.
4. Cotonnier. — La culture cotonnière n'a pas encore pris, en Indo-Chine, le développement qu'elle pourrait et devrait y avoir. .Nous faisons maintenant des elforts pour l'étendre dans les régions où elle est déjà pratiquée (Cambodge, Thanh-hoa), et pour introduire les variétés, reconnues les meillenres, dans les parties de l'Indo-Chine susceptibles de les accueillir (Cochinchine, Tonkin). L*.\dministration est aidée, dans cette tAchc, par la Société cotonnière de l'Indo- Chine (dont le siège est à llaipliong) qui a un intérêt immédiat à ce que la matière première qu'elle travaille lui soit fournie j)ar le pays même. lN;nd:int qu'en (Cochinchine et au Cambodge des expériences de culture sur diverst^s variétés (américaines, coton du IJoukhara, de Tlnde, d'Egypte, variétés indigènes) sont entrei>rises dans nos jardins d'essais, un grand nombre de colons planteurs an Tonkin, en Annam, en (Cochinchine et au (Cambodge s'étaient fait adresser, en 1900, des graines de cotonnier que la Société cotonnière mettait gratuitement à leur disposition en (piantité suffisante pour qu'au total, plusieurs centaines d'hectares eussent pu être affectés, dès le début, à cette culture industrielle.
Les semis de ces gi*ainos n'ont malheureusement pas rè(>ondu à l'attente. 11 faut convenir aussi que la culture col<mnière n'étant pas une culture quelconque qui puisse être entreprise sans étude préalable et sans soins sfiéciaux, les déconvenues des premières tentatives sont parfois inévitid)les. Il est du devoir des organes techniques de l'Administration de guider ces exptMnences et c'est dans cett«; voie que nous sommes entrés. Le Jardin colonial de Nogentsur-Marne nous a adressés, en 19()1, des semences de diverses variétés de coton à courte et h longue soie qui ont été mises en expérience dans nos divers champs d'essais.
Les variétés d'Egypte et de l'Inde sont celles qui paraissent, jusqu'à présent, le mieux s'accomoder de nos conditions climatéri({ues, mais nous n'avons pas encore, sur ce point, des résultats suffisamment démonstratifs. Nos lilateurs demandent du coton à soie courte ou moyenne pour le traitement du(|uel ils sont particulièrement outillés.
Le programme des expériences de culture pour la campagne de 1902 comprend des essais en grand de la culture cotonnière dans le Phu-yên (Tonkin), avec la collaboration d'un colon
SITUATION DE L'iNDO-CIlINE (ANNEXES). 18
planteur qui met» à cet effet, son terrain et la main-d^ceuvre nécessaire à la disposition du service tectinique.
5. Espèces à caoutchouc. — La présence d'espèces végétales à caoutchouc, en [ndo-Cliine, n'était connue, il y a quelques années, que par des indications d'ordre scientifique données par les botanistes et notamment par M. Pierre, auteur de la Flore forestière d^ la Cochinchine. Ce savant avait appelé l'attention sur diverses espèces susceptibles d'exploitation et principalement sur une espèce de Paramerin qu'on rencontre dans les fonHs de la Cochinchine. Jusqu'en 1897, on ignorait à peu près totalement les richesses en lianes caoutchoutifères qui ont été reconnues, depuis, à pres<{ue tous les massifs forestiers de l'Indo-Chine.
Parmi les premiers renseignements sur ces peuplements en lianes figurent ceux que nous ût parvenir M. le colonel Tournier, liésident Supérieur au Laos qui, dès t'imnée 1897, avait fait récolter et préparer de la gomme de liane marchande. Ce caoutchouc, expertisé en France, fut coté de suite comme un produit de valeur (estimé de 8 à 9 francs le kilo).
Successivement signalées au Tràn-ninh. dans la région de Vientiane, sur difTérents points de la rive gauche du Mékong, dans le haut et le bas Laos, dans la haute région du Tonkin occidental, sur le versant maritime de la Chaîne annamitique, dans les forêts de TAy-ninh en Cochinchine, dans l'Ile de Phu-({uoc, dans les forêts du Cambodge etc, les lianes k caoutchouc nous apparaissent aujourd'hui comme répandues à foison dans certains habitats dont quelques-uns sont devenus des centres d'exploitation intense, et ne faire défaut naturel qu'à très peu de régions boisées au dessous de la limite des conifères. Klles sont représentées par plusieurs espèces, dont 'i au moins donnent un caoutchouc qui pourra rivaliser de qualité avec les produits similaires de Madagascar et des côtes d'Afri(]ue. E)n dehors des lianes, et a part diverses espèces de ficm^ la flore de l'Indo-Chine ne nous a pîis accusé, jusqu'à présent, d'espèce arborescente h caoutchouc indigène.
i.a question se posait donc de savoir s'il fall.iit avoir recours k l'importation et à l'acclimatement d'espèces exotiques, arbres à caoutchouc tels que les Hevea, Manihot, Castilloa, ou s'adresser aux espèces de lianes indigènes dont il conviendrait d'assurer la multipHcation. Bien que l(îs expériences que nous avons entreprises avec les premiers ne soient pas terminées encore, nous pouvons cependant dès k présent conclure k l'avantage de la culture des secondes. Nous savons que nos lianes bouturent et marcottent avec une facilité inattendue et nous pensons que l'avenir de l'industrie du caoutchouc en Indo-CJiine réside |dans les plantations de lianes d'abord, et celle du ficus elastica ensuite, ('/est d'ailleurs dans ce sens que concluait un rapport du Directeur de l'Agriculture et du (Commerce et que les elforts de l'Administration et des colons se dirigent actuellement.
iNos services d'agriculture ont distribué, depuis trois ans, des quantités considérables de graines et de produits de semis (ÏHevea, de Manihot el de Castilloa. Ils ont mis en culture des pieds et des boutures do nos lianes et aménagé des plantations spéciales, de ficus principalement, en Annam et au Tonkin.
Nos stations d'essais (Cochinchine, Annam) sont maintenant en mesure de satisfaire aux demandes qu elles reçoivent, de boutures de Ficus et de Paramena,
Le champ d'essais de Suoï-giao, entre autres, a mis en relief un fait important : outre la facilité du bouturage de nos Paratneria et de quelques autres lianes à caoutchouc indigènes (botaniquemeot non déterminées encore), il montre que la culture de ces espèces ne redoute pas le terrain de la plantation à peine ombragé, presque en plein soleil, et que Ponpeut espérer conduire l'exploitation de ces lianes en buisson, par coupes réglées, en têtard radical et pour je traitement des écorces.
1^ Direction de l'Agriculture et du Commerce s'efforce, depuis des années, à recueillir les échantillons et les matériaux nécessaires à la détermination botaniifue de nos lianes à caoutchouc. Elle y parviendra sans doute. En attendant, elle a reçu des indications précieuses du Dr Spire, médecin des colonies, en mission à Buitenzorg, du Dr lleim^ directeur du
f^braloire de rOfïice du commerce extériear et de l'institat colonial do Marseille. Elle a adressé récemment au directeur du Jardin colonial des échantillons recueillis par M. Achard, inspecteur d'agriculture en Cochinchinc pendant une mission d*étude spéciale des lianes et plantes à caoutchouc dont il avait été chargé, en 1901, en Annam et au Laos et dont les résultats vont être puhliés incessamment.
60 Espèces à gutta-pei'cha. — La question de Tintroduction et de l'acclimatement, en Indo-Chine, des espèces productrices de gutta percha a été reprise en 1897 par une conunission spécialement nommée à cet effet. Les travaux de cette commission ont donné des résultats pratiques importants. Des plantations d'honandra gutta ou oblongifolia types de Malaisie ont étéétabHes en divers endroits de rindo-Chinc (Montagnes de Kampot au Cambodge, Thu-duc, Ong-y«^m en Cochinchinc, Suôi-giaoen Annam). Nous ne pourrons en retirer des enseignements d'expérience qu'après un nombre d'années suflisant pour que les jeunes arbres aient pu démontrer leur vitalité. D'ores et déjà, il nous est permis de condamner, comme donnant de mauvais résultats, le système de repiijuage de plants ou de boutures racinées et transportées ilans des caisses ou autres réceptacles et de conclure à la nécessité defah'e lever les arbres de semis de graines.
Mais nous considérons comme supérieures à ces expériences de culture, celles qui ont été faites avec le produit d'une espèce indigène, le Dichopsis Krantziana dont, jadis, M. Pierre avait signalé la présence et l'intérêt en Cochinchine. Nous savons maintenant que cet arbre h latex guttifère est répandu abondamment dans les forêts, non seulement de la Cochinchine mais également du Cambodge et jusque dans le Laos. Son latex qui contient de ^2 à 37 °/o de gomme à l'état brut, peut être débarrassé industriellement, d'après des expériences faites au Laboratoire de chimie de Saigon, de ses impuretés et donner un produit dont le taux en gutta atteint jusqu'à 80 0/0. La gutta ainsi obtenue est, dès a présent, considérée comme un produit de valeur ; elle est soumise actuellement à des essais électriques par l'Administration centrale des Postes et Télégraphes à Pans, et tout fait prévoir que ces essais seront courronnés de succès. 11 y a là une question d'une importa ice considérable pour la Colonie.
7^ Essais divers. — Les champs d'essais de l'Indo-Chine se sont occupés encore, pendant les dernières campagnes, à titre, soit d'expérience, soit de réponse à des demandes d'approvisionnement, de la culture de l'indigo, des arachides, de diverses plantes textiles (abaca, jute, ramie, fourcroya, sansevière, ananas), des arbres fruitiers, de la vigne, des céréales, de l'arbre à laque, du kola, de la coca, de la vanille, du quinquina, du cocaoyer, d'espèces oléagineuses, fourragères, etc.
î.a supériorilé des arachides de Java a pu être démontrée par les expériences entreprises par le Directeui- de l'Agriculture en Cochinchine.
Les demandes en sont nombreuses parmi les indigènes et les planteurs européens de ce pays. Nous allons introduire cette variété à bon rendement à Quang-tchéou-wan et dans les provinces méridionales de l' Annam où elle se substituera avantageusement à la variété indigène.
f^i culture de l'indigo a été étudiée au champ d'expérience de Phnom-penh, le Cambodge étant le pays où la culture de cette plante tinctoriale semble destinée à prendre le plus d'extension, si tant est qu'elle arrive à trompher de son concurrent artificiel.
Les essais d'acclimatement d'arbres fruitiers, de vignes, de céréales et de plantes potagères des climats tempérés se font surtout au Tonkin et notamment dans les postes de la haute région. Nous en faisons également, avec un plein succès, à la station agricole du Lang-bian. Les résultats sont remarquables pour la plupart de nos plantes potagères d'Europe et on peut espérer voir le Tonkin donner bientôt suffisamment de produits maraîchers pour en alimenter la Cochinchine qui fait venir encore de Chine une bonne partie de ses légumes frais.
î^a culture du cacaoyer et de la vanille, peu à piîu abandonnée, renaît de ci, de là. Une plantation de vanilliers a été créée, en 1898, près de Saigon ; une autre prospère à Hanoi.
Des essais de culture de la coca, entrepris à Suoï-gao, ont tout à fait réussi.
L'arbre à laque du Cambodge (MeUinorheu mitaUi) a été introduit au Tonkin où il est l'objet d'un essai de culture en grand sur la plantation de M. Lecacheux au Convoi. La culture du bancoulier prend également de l'extension au Tonkin.
II convient aussi de signaler ici les essais qui ont été faits, et couronnés de succès, de la culture d'une espèce à tubercules comestibles de Madagascar et d'Afrique, le Pleciranthus Copini, Introduite en 1898, par un gracieux envoi du Muséum d'Histoire naturelle, l'espèce fat mise en culture aux jcirdins botaniques de Hanoi, de Saigon et de Hué où elle donna des récoltes qui nous la font préconiser à présent et répandre dans les cultures européennes et indigènes.
Le jardin colonial de Nogent-sur-Marne nous fit un envoi, dans le courant de l'année 1901, de graines de DoUchos tuberosus qui ont donné au Directeur de l'Agriculture de Cochinchine de bons résultats. Nous avons, en Annain surtout, une espèce voisine que les indigènes désignent sous le nom de Cu San. Toutes deux sont maintenant en expérience comme plante pour l'alimentation du bétail.
Le pavot à opium est cultivé depuis fort longtemps par certaines tribus montagnardes dn Laos et du Haut Tonkin. La question s'est donc posée de savoir si nous n'avons pas intérêt à cultiver nous mêmes un produit de valeur que l'Administration est obligée de se procurer sur les marchés étrangers des pays voisins. Des essais de culture avaient été faits, en 1898, dans la région de Luang-prabang par un planteur européen (]ui ne réussit pas, pour des causes qui d'ailleurs ne diminuaient pas la possibilité de la réussite dans d'autres conditions. Ces essais ont été repris, en 1901, et vont être poursuivis sur une grande échelle sous les auspices de l'Administration des Douanes et Régies qui fait actuellement faire des études spéciales sur la question et qui a fait distribuer des semences des meilleures variétés de l'Inde.
D'autre part, des expériences de culture du pavot à opium, variétés du Ynnnan et de l'Inde, sont entreprises, cette année ci, dans la haute région du Sam-tu, province de Than-hoa en Annam.
En somme, les résultats de toutes les expériences d(\jà faites par les soins des organes administratifs compétents aussi bien rjuo par les etforts de nos colons planteurs, le total des enseig.ïements qu'elles nous donnent et d -s avis qu'elles nous permettent de motiver, ont contribué grandement à favoriser l'essor de la colonisation agricole dans ce pays.
Ces pro^r<>s ne se ralentiront pas, h \ \ condition que nous ayons de la suite dans les idées et de la patience dans les efforts.