‹ Situation de l'Indo-ChineChapitre 95 sur 257 · OU EN EXPLOITATION · texte numérisé non relu

OU EN EXPLOITATION

Nous donnons plus loin, au chapitre du développement de la colonisation française en Indo-Chine, un aperçu du mouvement des concessi nis agricoles accordées à l'élément colonisateur français qui contribue, pour une part de plus en plus large, à la mise en valeur des (erres incultes da territoire. Nous exaniiierons ici les empiéteme:)ts sur le domaine inculte que la Colonie a réalisés du fait de l'extension de l'agriculture exercée par les indigènes, ainsi que le développement des cultures dites riches auquel l'élément indigène participe dans une mesure croissante.

Extension et développement de la culture du riz

Dans ce vaste grenier d'abondance pour le riz qu'est la Bisse-Cochinchine, des centaines de mille hectares demeurent disponibles encore et dans les territoires plus élevés, caractérisés par les terres rouges fertiles (huérites) dit-is des Mois, de grandes superficies attendent l'implantation de culiures ricliLM, tels q je le tabac, le coton, la canne à sucre, les espèces à caoutchouc etc.

La superficie des rizières de Cochinchine, inscrites au rôle de l'impôt foncier, s*élevait, en 1898, à 1.107.471 heclares. Le rôle île l'impôt foncier, pour l'année 1900, porte cette superficie à I.U9.572 hectares et à 1.224. 557 hectares en 1901 : soit une augmentation de 117.086 hectares en trois ans. Cette augmentation de superficie sous riziculture représente un accroissemeni de richesse globale do près de 15 millions de francs. Nos calculs, en effet, nous donnent, pour le rendement moyen de hi rizière, à l'hectare, 2 tonnes, soit 2 x 117.082 = 234. 164 tonnes de riz ; à 6 francs le quintal (2 S 1/2 — la piastre à 2fr. 40) 234.1, 6i0 x 6 = 14.049.840 francs. C'est dans les provinces de Tànan, Rac-gia, Gia-dinh, Gocong, Mytho, Rentré et Soclrang que la mise en culture de nouvelles rizières a fait le plus de progrès.

D'après un calcul basé sur les chiffres inscrits depuis 1888 aux registres de l'impôt foncier, l'accroisement annuel moyen des rizières en Cochinchine est de 30.500 hectares. Or, ce taux d'accroissement est actuellement dépassé. C'est ainsi (jue la seule province de Tànan, dont la superficie en rizière imposable est, pour 1900, de 42.000 heclares, inscrira au registre des impôts, pour 1903, une superficie de 70.000 hectares, en augmentation de 28.000 hectares pour 2 années. L'administrateur de cette province a distribué aux indigènes, dans les demières années, plus de 70.000 hectares île terre en concessions de 10 hectares seulement. Etant donné la rapidité avec laquelle ces petits concessionnaires défrichent leurs terres, il estime qu'au taux d'accroissement actuel, il ne faudra que 5 ans pour mettre en valeur la partie cultivable disponible de sa province. Cette superficie étant évaluée à 170.000 hectares, il y aurait donc, pour la seule province de Tànan, une augmentation de superficie de 34.000 hectares par an, acquise à la culture.

Ce chiffre est anormal. 11 provien», nous le verrons plus loin, d'une activité agricole exceptionnelle dans cette partie delà CiOchinchine qu'on appelle la Plaine des Joncs. Néanmoins, cette activité se réveille sur d'autres points de la Colonie, telle la province de Sadec par exemple, où, en 1890, 11 .300 heclares sont demandés en petites concessions par les indigènes. En 1901, 265 concessionnaires indigènes reçoivent, en Cochinchine, 18.000 hectares de terrains domaniaux en concessions gratuites, au-dessus de 10 hectares par unité. La plus forte de ces concessions atteint 2.223 hectares. En tout état de cause, et en ne prenant pour base des prévisions que le taux d'accroissement annuel de 30.500 hectares pour la Cochinchine entière, on peut prévoir que, do 1898 à 1903, les rizières de Cochinchine auront g.igné en superficie 150.000 hectares (de 802.054 hectares m 1898, à 1.260.000 en 1903). En comptant un rapport moyen de 2 tonnes de riz a l'hectare, au prix minimum de 2 piastres et demie le quintal, la production en riz de la Cochinchine serait augmentée, en supposant toute la superficie en culture, de Î^.OOO tonnes représentant une valeur marchande d'au moins 7 millions et demi de piastres, soit, au taux actuel de cette monnaie, (2 fr. 40) 18 millions de francs. Or, nous sommes en droit d'espérer un chiffre supérieur à ces prévisions.

Nous constatons un réel empressement des imligèncs à solliciter ou à accepter les petites concessions, généralement de 10 hectares (maximum à accorder par les administrateurs de province) qui sont mises à leur disposition en retour des travaux de prestation qu'ils fournissent pour le creusement de canaux d'irrigation et de drainage. L'exemple très démonstratif nous en est donné dans diverses provinces et particulièrement dans la province de Tànan, déjà citée plus haut.

Il y a quelques années encore, la Plaine des Joncs qui constitue une partie de la province de Tànan, était réputée inaccessible à la culture. L'acidité des terres sous des eaux stagnantes, la menace d'inondations permanente à cause de la disposition présumée en cuvette du terrain, l'absence de population etc., étaient considérées comme des obstacles presque insurmontables à la mise en valeur de cette région. Aujourd'hui, ces craintes sont reconnues chimériques. Depuis trois ans qu'il dirige la province ne Tànan, l'Administrateur, M. Lagrange a fait creuser, dans le seul canton de Moc-hoa, 60 kilomètres de canaux à l'aide de la maind'œuvre prestataire indigène. Chaque prestataire pouvant obtenir im loC de 10 hectares sur

les bords mêmes du nouveau canal, la plupart profitèrent de celte sage libéralité de Tarrêté du 10 mai 1893, et ainsi se formèrent, en l'espace de quelques mois pour ainsi dire, et en pleine riche sauvage, des centres de population agricole nouveaux.

Les canaux creusés de cette façon à travers les basses dépressions de la Cochinchine, tout en remplissant leur but de voie de communication, agissent à la fois conmie canaux de drainage et d'irrigation. Les terrains, auparavant noyés sous les eaux croupissantes, deviennent aptes à la culture du riz dès que ces eaux sont mises en mouvement. Le canal de (]àu-an-lia qui relie les deux artères commerciales les plus importantes de la Cochincliine, la Rivière de Saigon et le (irand Vaïco, a été terminé en 1900 et livré à la navigation. La longueur totale du canal est de 30 kilomètres, sa largeur ordinaire de 26 mètres et son fond de 3"^ 50 aux plus hantes eaux et de S'a aux plus basses mers. L'utilité de ce canal au point de vue agricole est d*; premier ordre. 11 assure le drainage de la plaine de Gàu-an-ha, vaste dépression marécageuse où les eaux s'amassent et croupissent pendant la saison des pluies. L'écoulement de ces eaux, assuré désormais par le canal, permettra le lavage de la terrtî et l'établissement d'excellenles rizières, irrigables même pendant les années de sécheresse. On peut espérer ainsi la mise en culture d'au moins 20.000 hectares, augmentant de 10.000 tonnes de paddy la production actuelle de la Gocliinchine.

Les projets d'ouverture, en Cochinchine, de canaux nouveaux et d'amélioration des canaux déjà existants, soumis au Conseil supérieur de l'Indo-Chine dans sa session de 1900 et sanctionnés par cette haute assemblée, acquièrent ainsi une importance doublement grande, parce que, à l'intérêt de la réfection ou de la création de nouvelles voies navigables, s'ajoute celui de la mise en rapport d'immenses territoires encore incultes.

Cette remarque s'applique notamment aux projets d'ouverture des canaux de Bac-liêu à Câman dans la province de Bac-liêu ; du Cai-lon à Ciàmau, passant de la province de Bac-lieu à celle de Rach-gia ; du Bassac au Cai*lon, allant de la province de Càntho à celle de Rach-gia. il y a là, vers les extrémités de la presqu'île cochinchinoise, de vastes superficies d'un sol alluvionnaire qui participe du régime marécageux de la Plaine des Joncs mais qui, pareil à celle-ci, se transformera en terrain de culture au passage des canaux qui eu régleront, dans une zone riveraine étendue, le mouvement des eaux. Telle encore sei*a l'action exercée par la réfection de farroyo commercial dans la Plaine des Joncs, et la création, dans la partie nord de cette plaine, des voies navigables destinées à l'établissement d'une ligne de navigation de Saigon à Phnom-penh,par Tânan et le petit Vaico.

En prenant pour base les cliiflres cités plus haut pour le canton de Moc-hoa, dans la province de Tânan, le creusement des nouveaux canaux projetés dans les provinces de Rach-gia, Cân-thoet Bac-liêu, dont la longueur totale est approximativement de 130 kilomètres, permet d'espérer la mise en valeur de près de 150.000 hectares de terrains riverains, dans l'espace des premières aimées qui suivront l'ouverture de ces canaux. 11 se peut que l'élément indigène de la population participe à cette mise en valeur comme il l'a fait si heureusement dans la province de Tànan ; mais il est à prévoir aussi qu'en présence du taux d'accroissement de la population indigène, de la pénurie relative de travailleurs, une période assez longue serait nécessaire pour que d'aussi vastes superficies fussent entièrement conquises par les petits concessionnaires indigènes (Vest dans ces conditions de disponibilité des terrains incultes, en Cochinchine, et de possibilité de leur mise en culture (]ue l'élément colonisateur européen est appelé à intervenir. Nous y reviendrons plus loin.

L'Administration n'est pas seule, en Cochinchine, a poui*suivre des travaux d'hydraulique agricole pour la mise en valeur de ses terres en friche. Le Tong-doc-Loc de Cai-bè, mort récemment, a fait creuser, de ses propres moyens, depuis 4 ans, plus de iOO kilomètres de canaux d'assèchement dans la partie de « la Plaine des Joncs > riveraine du Mékong.

En Annam, une entreprise non moins importante est actuellement menée à bonne (in, dans la province de Phanrang, par le baron Pérignon qui continue Toeuvrc commencée par le

défunt P. Vuillaame. en ouvrant, par un canal d*irrigation amorcé sur la rivière de Phaiirang, une superficie présumée de i.OOll à r>.(M.M.I hectares à la culture du ni.

Divers travaux d'hydraulique agricole sont en cours d'exécution ou en voie d'achéviMuent dans d*autrfs provinces de TAnnani. Au l^Hiang-iig-ai a été inauguré un canal d*irrigation qui desservira iOO hectares de rizières n'ayant jamais pu produire faute d*eau.

Au Quang-binli, Tétude du canal destiné à amener les eaux du Song-ba au canal de An-tliai est achevée.

Au Tonkin,à la suite d*études faites en 1N97, on est entré dans la voie de Tessai îles iirigations par machine élévatoire dans hrs provinces de Hanoi, llac-ninh et Hung-yén. Une convention, passée entre T Administration et .M. ltéd«'it, en IIKXI, prévoit des travaux t|ui devront assurer Tirrigation «le pK's de 7.(KHi hectares avec prévision de l'extension du systrmi» sur des terrifoires voisins plus étendus. Une autre convention, p-tssée en 189i> avec M. l)essoliei*s, prévoit ^irrigation «renviron 7.CKMI hectares dans la province de Sontày. Knlin, TAdministration compte faire aboutir les travaux d'iiTÎgation commencés dans les plaines de Kep et de Voi, dans la province de Bac-giang, et t|ui peniiettront d'obtenir une seconde récolte de rii sur une superficie île 1.5<)0 luniares de rizières.

Ces projets ont déjà reçu un tonimemenient d'exécution. 11 convient de signaler, à ce propos, l'institution, en 1900, d'un service spécial d'études et de travaux d'hydraulique agricole à la Direction des Travaux publics du Tonkin.

Il est prévu, au bu«lget local du Tonkin, pour l'exercice 1902, un crédit de 80.000 piastres ( 192.000 fr.) pour travaux d'irrigation et d'assèchement.

Pour le Tonkin, il est un autre fait d'une réelle portée sociale et économique. (in\ce à la pncification complète, dans les dernières années, de régions telles que le Yén-tlié, le Dongtrièu et de certiins territoires limitrophes de la Chine, un grand nombre de familles indigènes, autrefois chassées de leur pays par les troubles de la lutte armée, sont revenues occuper leurs anciennes terres abandonnées, ou bien, trouvant intérêt à accepter le métayage avec le colon européen, se sont intallées sur d«*s concessious auxquelles elles apportent une main d'œuvre déjà expérimentée au travail de la rizière.

Des faits du mèmt^ genre sont signalés par M. le Résident supérieur eu Annam où, noUunment dans la province de llatinh, la superficie des terres cultivées augmente dans une proportion remarquîible, de saison en saison, autour des villages situés près des montagnes. Il s'agit là, non de dèfViclienients de terrains vierges, mais de la reprise d'anciennes rizières abandonnées à la suite des troubles dont le pays a été le théâtre, naguère. Dans telle région de la province, on peut estimer à i kilomètre au moins la largeur de la bandtr gagnée par les nouvelles cultures, depuis trois ans.

E.rtetuvon et déreloppeinent des cultures dites riches

Jusque dans les dernières années, la plupart des entreprises agricoles admetUiient, avec juste raison, ccmmie un priucip<>. de sagesse, la nécessité de prendre la culture du riz pour base d'exploitation. Ce principe a surtout sa valeur lorsque les moyens d'action de ces entreprises ne leur penneltent pas de confier leurs capitaux à une exploit<ition à rendements lointains ; il avait également plus de valeur à une époque où une partie des aléas n'étaient piis encore, comme aujourd'hui, écartés par une connaissance meilleure des conditions de réussite. Mais, pas plus chez nous qu'aux Indes Néerhuidaises. dans la presqu'île Malaise et à (iCylan, ce principe ne saurait demeurer la règle. Les grandes exploitations qui se sont fondées dans les dernières années et qui se proposent de se constituer, s'adressent maintenant, avec plus de confiance, aux monocultures dites riches sans recourir à la couverture de l'exploitation en métayage de la rizière.

11 est, toutefois, intéressant de signaler les résultats remarquables obtenus par quelques

colons plantenrs dcins la monoculture du riz. Ces résultats s'obtiennent — il est utile d'y insister — par la connaissance parfaite des conditions locales de la mise h profit de la terre, de la main-d'œuvre et de nombreux facteurs, en apparence accessoires, dont l'importance échappe trop souvent, môme pour l'exploitation de la rizière, à ceux qui estiment qu'il est possible d'exploiter une concession avec le seul petit capital dont ils disposent. Nous y reviendrons plus loin.

Un exemple récent d'une belle entreprise de riziculture en métayage nous est fourni par la Cochinchine où deux colons planteurs français, MM. Guéry et Duval, ont mis en valeur en 1901, dés la première année de l'octroi de leur concession dans la province de Cantlio, 1 .000 hectares de rizière sur les 2.500 hectares qui leur ont été accordés.

I.a superficie des rizières va en augmentant au Tonkin. en partie par la mise en culture des terrains gagnés sur la mer dans les provinces de Nam-dinh et de Ninh-binh et en partie par le repeuplement des villages des provinces de Thai-nguyén, Bacgiang, Hung-hoa, Tuyén-quang par leurs anciens habitants ou les descendants de ceux-ci qui reprennent peu à peu possession des terres dont ils avaient été chassés par la piraterie chinoise et la guerre.

Dans d'autres provinces du Tonkin, les indigènes, craignant la demande en concession des terrains par des colons français, se mettent à les transformer eux-mêmes en rizières et nous voyons même à présent — symptôme heureux — les Mans des hautes vallées dans les provinces de Hung-hoa, Tuyèn-quang et Yên-bay abandonner la pratique barbare des rays, pour se fixer au sol et pratiquer la rizière permanente.

1^ Culture du poivre. — La Cochinchine et le Cambodge occupent le quatrième rang parmi les pays exportateurs de poivre.

On trouvera dans le rapport do Sous-Directeur du Commerce la courbe des chiffres commerciaux à l'exportation. Ces chiffres montrent, avec ceux que fournit le recensement direct des pieds de poivrier en Cochinchine et au Cambodge, que la culture de cette liane a pris un développement qui est à la veille d'atteindre son maximum commercial prévu. Cette indication a sa valeur, parce qu'elle mettra les producteurs en garde contre une surproduction possible et un avilissement concomitant des prix.

En effet, les poivres de l'Indo-Chine, jouissant d'une détaxe douanière différentielle de 50 V« sur les produits étrangers, se trouvent en présence d'un marché restreint qui est le métropolitain. En France, malgré des prix d'achat sur les lieux de production bien supérieurs à ceux des poivres étrangers (les prix des poivres à Singapour sont de 15 à 17 "/o à Tunité plus bas que ceux de Saigon), ils peuvent lutter contre leurs similaires de l'étranger et garder leurs prix rémunérateurs à condition que la marge disponible encore ne soit pas dépassée. Or, cette marge est près d'être remphe; elle le sera sûrement d'ici quelques années par le seul fait du rapport normal, au bout de trois ans d*existence, des jeunes pieds actuellement en culture.

A ce moment, le trop plein de la production, correspondant à l'excédent offert à la consommation métropolitaine, devra trouver des débouchés au dehors et, en tout cas, subir des avilissements de prix, soit sur les marché.s étrangers difficiles à conquérir, soit sur les marchés intérieurs atteints de pléthore. Nous concevons bien ù cette situation une solution autre que la restriction du développement des modifications «î apporter au mode de culture du poivre en Indo-Chine, de façon à pouvoir lutter, pour la qualité et les prix, avec les produits similaires des autres pays producteurs sur les marchés libres. Mais, ce sera là chose malaisée, les habitudes étant prises et les prix de la main-d'œuvre étant de plus en plus élevés chez nous.

Quoiqu'il advienne, nous constatons que les poivrières ont développé constamment leur production pendant les quatre dernières années ; en 1900, le chiffre des poivres de la Cochinchine et du Cambodge à l'exportation a dépassé de plus de 500 tonnes celui de Tannée précédente. Nous n'avons pas de statistiques de recensement pour la Cochinchine, mais nous savons que les quatres provinces productrices du poivre au Cambodge, qui comptaient 57 villages poivriers en 1899, en ont accusé 61 en 1900 et que les plantenrs, qui étaient au nombre de 3.557 en

1899, y sont maintenant 4.779, c*est-à-dire 34.9 o/o en plus. Les pieds producteurs et imposés ont augmenté de plas de 24 «/o, passant de 672.32'] à 885.846 et le nombre des jeunes pieds non imposés, défalcation faite des unités tombant sous rapi»Ucation de la taxe ainsi que des déchets, s*est augmenté de près de 21 «/o, (1.101.233 à 1.330.060) par suite des plantations nouvellement créées on des plantations anciennement augmentées.

L'Administrateur de la province de Kampot qui a relevé ces chiffres, estime que, dans six ou sept ans au maximum, la production du poivre aura doublé au Cambodge et atteindra, au minimam, 1.500 tonnes.

Les poivrières de Tile de Phu-quoc prennent une importance croissante. De nombreuses démandes de concessions destinées à la culture du poivre ont été adressées en 1901 à Fadministratenr de la province de Hatien dont relève Tile de Phu-qnoc et la population chinoise y augmente dans des proportions relativement fortes, ce qui est un indice de Textension prise par les cultures riches .

2«> Café, — La culture du caféier en Indo-Chine a été, nous l'avons dit plus haut, très discutée dans les derniers temps. Comme toujours, en pareille matière, des opinions extrêmes se sont fait jour, les unes trop pessimistes, décourageant radicalement les initiatives nouvelles — et ces opinions ont failli trouver crédit en France — les autres, trop optimistes, exagérant les avantages de la culture. Le fait est, que la baisse énorme qui s'est produite sur les cafés, dans les dernières années, — crise qui a amené la ruine de nombreux producteurs de café aux Indes Néerlandaises et à Bornéo, a trouvé de Técho chez nos planteurs. Bien que, par les quantités produites, trop faibles encore pour compter sur les marchés du dehors, ils fussent à l'abri des fluctuations désastreuses de ces marchés, ils n'en ont pas moins conçu de l'hésitation à développer une culture que Ceyian à abandonnée et dont Java paraîtrait se repentir.

Nous ne pensons pas qu'il faille écouter les pessimistes ; mais l'expérience a montré, d'une part, les dangers auxquels s'exposent, dans la culture <lu caféier, les capitaux insuffisants, par conséquent impatients, et les entreprises mal conduites au point de vue technique. Toujours est-il que nous voyons les plantations actuelles do l'Indo-Chine donner satisfaction à ceux qui savent les conduire avec entendement et leurs produits, convenal)lement traités, obtenir des prix rémunérateurs.

A vrai dire, à part trois ou quatre plantations de caféiers au Tonkin et en Cochinchine, aucune, dépassant l'âge de 10 ans, n'est arrivée à la période du plein rapport. Le Tonkin a donné la préférence au café d'Arabie, la Cochinchine au café Libéria, beaucoup plus robuste et plus résistant à l'invasion des parasites. Larabica^ plus fm, obtient des prix supérieurs, mais le liberica donne un rendement plus considérable en quantité. Les greffes d'arabica sur Uberica ont donné de bons résultats et c'est une pratique qui fera son chemin.

D'après les statistiques établies à la Direction de l'Agriculture et du Commerce, le nombre de pieds de caféier existant à la fin de 1899 aurait été, au total, de 1 .180.000 pourl'lndo- Chine (sauf le Laos où la production est encore insignifiante) soit 293.000 pieds en Cochinchine, 3 .000 au Cambodge, 50.000 en Annam et environ 800.000 au Tonkin.

Nous n*avons, pour les années suivantes, que des données statistiques insuffisantes pour fixer un chiffre ailleurs qu'au Tonkin où le mode de répartition des primes nous sert de base d'évaluation suffisamment exacte. Il en résulte qu'au Tonkin, il a été distribué des primes :

En 1898 pour 611 .000 pieds de caféiers.

Le chiffre de 1901 se décompose ainsi :

Pieds de 13 ans 200

Pieds de 9 ans 9.000

âge indéterminé (de 3 à 5 ans) 55.000

Soit 1.011.500 pieds de caféiers, cliifTre auquel il convient d'ajouter 100.000 pieds de 4 «i 7 ans non déclarés pour 'a prime : soit au total, 1.111 .500 pieds de caféiers repiqués, plus environ 253.000 pieds en pépinière.

II est avéré maintenant, en ce qui concerne le Tonkin, que les plantations de caféier sont loin de donner égali* satisfaction à tous les planteurs. Telles, atteintes par les affections parasitaires Jes basses températures ou le manque de soins, périclitent et se trouvent près de Kabandon.

Telles autres, et là semblent intervenir surtout des facteurs climalériques et du sol, prospèrent, comme celles que Ton trouve dans les régions de Phu-ly, Phu-nbo-quan, Ninh-binh, Chiné. Une de ces planUitions a fourni, en 1901, les deux premières tonnes de café exporté du Tonkin sur la Métropole.

A raison de 1000 pieds à l'hectare , nous pouvons estimer appro.\imati vement à plus de 1 .000 hectares la superficie complantée en caféiers au Tonkin.

Cette superficie est d'environ 300 heclîires en Cocliinchine, dont le cinquième environ est exploité par les indigènes ou Asiatiques étrangers. En Annam, le chiffre de 50 hectares que nous avons relevé fm 1899, n'est pas dépassé vraisemblablement étant donné Tabandon que quelques colons planteurs ont fait de leurs essais lie culture du café. Au Cambodge, on avait relevé, à la même époifue, le chiffre de 37 hectares.

Nous estimons, au total, la superficie cnltivée actuel lerr. en' en café, en Indo-Chine, au chiffre approximatif de 1.400 hectares et la production, à raison de 300 grammes de café marchand (chiffre très faible) par pied, à environ 300 tonnes, ce qui représente une valeur de 240.000 piastres (à la moyenne de 80 cents le kilo).

3^ Thés. — Le succès croissant de la culture du Ihé en Indo-Chine est sittesté par les chiflres relevés aux statisticpies de l'exportation. De 10.000 kilos en 1897, les exportations montent à 32.502 kilos en 1898, 137.391 en 1899 et I80.0(K) en 1900. Le chiffre de 1901 est légèrement inférieur et les causes de cette diminution sont indiqués dans le rapport commercial du Sous- Directeur de l'Agriculture et du Commerce. Ces quantités sont fournies principalement par la province de Quang-nam (Tourane),en Annam, où les exploitations européennes se sont adjoint maintenant, parle métayage, de nombreuses cultures indigènes.

Il y avait, au commencement de l'année 1900, 71 hectares en culture directe par des Européens. Des contrats avaient été passés avec les Annamites propriétaires de < jardins de thé 9 pour la livraison de leurs produits aux usines européennes, et c'est ainsi qu'une seule maison de Tourane peut disposer du produit de plus 3 millions de théiers dans la province.

La qualité des thés de l'Annam est d'ailleurs reconnue aujourd'hui et leur marque cpnquier une place justifiée sur les marchés de la MétiDpole. Nos thés de l'Annam, en effet, se distinguent par une proportion de matières extractives et de théine au-dessus de la moyenne, et leur manipulation se fait suivant les méthodes modernes perfectionnées.

Le Tonkin imite l'exemple de l'Annam. Le thé s'y trouve sur les collines du Dong-triéa et sur celles du Loc-nam où il jouit, depuis longtemps, d'une certaine renommée. La culture y va se développant sans cesse; elle u été introduite sUr des plantations européennes dans la province de Thai-nguyén et sur des plantations indigènes de plus en plus étendues, dans la

province de Hung-hoa. I^s mamelons et niontajçes de celle province s'y prôtent particnlièremenl et les indigènes les défriclieiil m liiilcuiinl sur des superficies iju'oii peut estimer au chiffre de la main-d'œuvre employée à ces travaux. Ce chittre aurait été, en iîHX), de 4.000 coolies, venus du delt;i du Tonkin pour les seuls travaux de défrichement, en ce sens qu'ils ne séjournent dans la haute région que durant la période qui sépare, dans le Delta, la (in des travaux de la rizière du conmiencement de la récolte.

C'est la main-d'œuvre nomade de nos « aoùtiers » de France et il y a là, soit dit incidemment, une indication de valeur pour les cohnis européens.

En 1900, la Commission des primes à l'agriculture a relevé, au Tonkin, 157.000 pieds de théier repiqués.

En 1901, les déclarations des planteurs français portent le nombre de pieds existant sur les concessions et propriétés européennes à 177.500 pieds repi(|ués (dont 170.0(R) de 3 ans; 117.000 de 2 ans et 1«1.500 de \ an), l.liO.OiM) en pépinière et 1.-210.000 en semis.

Les rapports économiques d(îs deux dernières années signalent l'extension remarquîible des plantations de thé par les indigènes, dette culture se développe, tout particulièrement, dans la province de Hung-lioa, sous rimpulsiiui ipie lui donne un ancien chef rehi^lle, Iloang-van- Thoy dit le « l)é-Kièu» qui a su la i)ropager à tel point, que le nombre de pieds plantés actuellement est évalué après de dix millions pour cette seule région. Le marché de (!a(-tiu, résidence du € Dé-Kiéu », est le principal siège des transactions avec les marchands annamites et chinois de Nam-dinh : il s'y traite pour environ .iO.OOO piastres d'alFaires par an.

Noos devons signaler également, à cette place, l'extension d'une culture théière moins parfaite, il est vrai, que celle des thés de T Annam et du Tonkin, (nais néanmoins digne de retenir Tattention, même des colons européens. Il s'agit du thé de (^ochinchine ou trà-rhiu', espèce différente et plus grossière au point de vue industriel que l'espèce cultivée sur les plantcitions européem.es type^.

Ce trà'huê, ou thé dWnnam, est surtout répandu en C^ocbinchine où les indigènes le consomment sur place ou h; vendent aux (ihimiis qui s'en servent pour des mélanges plus ou moins avérés avec des thés de (îliine. Or, le rend(;ment de cet arbuste non seulement est considérable et .sa robusiesse grande, mais se^ teuilles contiennent encore une proportion de théine qui les font recherclnu* par les induslries chiniitpies pour l'extraclion de cet alcaloïde. Des expéditions en ont été faites de rAnnnni en Kranci; et, comme les msmipul. liions de récolte sont de beaucoup moins dispendieuses que celle du thé proprement dit, il y a là matière à exploitation que n<>nsne devons p.is ignorer.

4c Tabacs. — l/Indo-t liine pioduitdes quantités de tabac assez considérables. Jusque dans les dernières années, leur qualité insuili^ante les retenait pres(iu'en totalité dans le pays pour la consommation indigène. A part (|ueh|ues labacs plus renonnnés tels que ceux du Laos, les Uibacs indigènes de l'Indo-dhine se dillérencient et, par là. se disipialilient sur les marchés d'Europe, par une combustibilité assez diflicile, un arôme insuffisant et une teneur en nicotine trop élevée. Os défauts sont imputables au choix défectueux du sol, aux soins insuffisants donnes à la culture et aux mauvaises pratiques de la manutention après la récolle. On aurait pu croire que la variété cultivée en fut une cause prédominante etcim» le tabac indigène, méuïe dans des cultures très soignées et après des manipulations, ne doiniàt qu'un produit inférieur.

Des expertises récentes sur la valeur de cette variété dite « tabac aimamite », sont plus rassuiantes. C'est ainsi «pie le Directeur de la Wanulacluie des Tabacs de Strasbourg, à l'examen d'échantillons de tabac indigène qui lui avai(;nt été adressés de Hué, qualifie ce tabac comme ayant une grande valeur ccunnierciale estimant ({ue le mode de plantation et un séchage soigné pourront renH''dier au degré de cond)usti|)dité <{ui laisse à désirer. Ce tid»ac »e rapprocherait de celui ([ue l'on cultive au Mexique, auipiel il fiourrait faire concurronce sur les marchés d'Allemagne.

Les industiiels de l'Indo-Chine. d'ailleurs, emploient maintenant dans leurs manufactures du

tabac indigène dont ils retirent nn profit croissant avec les progrès de la consommation de leurs produits, acceptés par une clientèle de plus de plus on plus étendue. Cette consommation demeure, jusqu'à présent, locale, c'est-à-dire indo-chinoise.

11 n*en est pas de même des tabacs de grande culture dont la bonne venue et la qualité nous sont désormais démontrées par la réussite des entreprises de nos colons concessionnaires, planteurs de tabac. Leurs entreprises — nous l'avons dit plus haut — avaient été précédées d'expériences en grand que l'Administration avait pu entreprendre, notamment à Hong-quan, en Cochinchine, et ({ui avaient démontré la possibilité d'obtenir des produits parfaitement marchands. D'autres essais, entrepris au Tonkin, à Bao-lac, avaient donné les mêmes résultats encourageants.

Le centre de la culture tabatière nouvelle est actuellement dans la province de Khanh-hoa, dans le sud de l'Annam, oii M. de Montfort, depuis quatre ans, poursuit avec une intelligente persévérance, sur sa plantation de Dong-mé, près de Phangrang, des essais de culture de diverses variétés de tabac. La période des essais est terminée et le choix du planteur s'est définitivement porté sur le tabac de la Havane, dont les graines, importées il y a cinq ans, donnent maintenant un taliac bien acclimaté. La culture du Sumatra a été abandonnée. Un lot des tabacs de Dong-mé a été coté à Singapour, par une maison de la place, de 45 à 50 piastres le piculde 60 kilos 4.

D'après la cote comparative des prix des tabacs bruts à Singapour, ce tabac prendrait rang parmi les meilleurs produits de l'Extrême-Orient. Les cigares qui en ont été fabriqués à Singapour, ont été cotées à 3 piastres 75 cents le cent : soit au prix moyen des 48 sortes de cigares genre « Havane » que met en vente la t Compagnie générale des Tabacs des liiilippines».

Nous pouvons espérer se former bientôt, en d'autres régions de Tlndo-Chine, des centres de culture de tabac importants, alors qu'il y a trois ans, aucune exploitation de ce genre n'existait encore.

M. Lecacheux, membre de la Chambre d'Agriculture du Tonkin et colon planteur dans la région de Tuyôn-quang, va installer à Lémy, sur laPivière Claire, une usine pour la préparation du t'ibac manufacturé après avoir été lui-même étudier aux Philippines les procédés de culture et de manutention de cette plante.

5* Plantes à caoutchouc. — Actuellement, le mouvement d'exploitation des lianes en forêt se propage avec une intensité telle, que l'Administration a dû prendre des mesures de préservation contre le dépeuplement trop rapide des habitats forestiers. Le Gouverneur Général a pris, à la date du 14 février 1901, un arrêté réglementant provisoirement l'exploitation des lianes à caoutchouc et créant, au bénéfice des exploitants désireux d'établir des plantations d'espèces à caoutchouc, des réserves pour le monopole de l'exploitation en périmètre déterminé. Les chiffres de statistique douanière des caoutchoucs à l'exportation témoignent d'une intensité d'exploitation croissante. C'est ainsi que le Tonkin a exporté plus de 300 tonnes de caoutchouc en 1900, alors que ce chiffre n'était que de 51 tonnes en 1899, et la Cochinchine (Saigon), qui en exportait 1.513 kilos en 1899, a élevé ce chiffre à 39 tonnes en 1900.

Mais, déjà, les colons et trafiquants de l'indo-Chine ont reconnu l'avantage et la nécessité de la culture des hanes en plantation. Le nombre des demandes de concessions ayant pour but, à la fois, l'exploitation de réserves et la plantation de repeuplement, va en augmentant. .Les efforts de l'Administration tout en favorisant l'exploitation sage et rationnelle des lianes dans la forêt domaniale, tendent surtout à provoquer la création de plantations de repeuplement. Elle donne l'exemple ; ses agents en préconisent la méthode et les règlements sur la matière assurent aux planteurs des avantages sérieux.

II est à prévoir que l'exploitation des lianes par pilonage et le traitement industriel des êcorces prendra un développement rapide. Actuellement, une usine pour le traitement des écorces de Parameria s'installe àCholon^ près de Saigon ; d'antres sont projetées en Annam et au Tonkin.

[/Administration se félicite de ce moavement. Elle sauvegardera à la fois les intérêts d*an commerce qui a pris, dans les trois dernières années, un essor considérable, et ceux des forêts de rindo-Ohine qui pourraient être menacés par des pratiques d^exploitation trop intense et, par là, ruineuse.

0» Coton, — L'indo-Oliine possède au moins deux variétés de cotonnier depuis fort longtemps cultivées dans le pays : l'une, la variété ou espèce arborescente, connue surtout au Cambodge ; la seconde, variété herbacée, cultivée non seulement au Cambodge, mais également en assez fortes quantités en Annam et au Tonkin.

Depuis rétablissement de plusieurs grandes usines cotonnières au Cambodge et au Tonkin, la culture du cotonnier entre dans une phase nouvelle. 11 résulte des dernières enquêtes faites par les soins de la Direction de l'Agricultupe et du Commerce, que le coton donne, en Indo- Chine, (Cambodge, Anum) des rrtnde:n3nts normmx à l'hectare de 120 à 180 kilogrammes, chiffre qui est celui des meilleures terres dans Tlnde anglaise. Jusqu'alors, une grande partie de la production du Cambodge était exportée sur le Japon (le coton du Cambodge est coté, en moyenne, 2 piastres par picul de plus que le coton des Indes) ; actuellement, le chiffre baisse et une forte proportion est retenue pour la consommation de Tusine cotonniers du Cambodge. Mais la production est loin de ce qu^elle pourrait être, étant donnée la qualité des terrains de culture disponibles. Plusieurs calons européens ont ilenundé et obtenu des concessions en vue de la culture cotonnière au Ca!nbodge. Le Service d3 T Agriculture, d'autre part, y poursuit, depuis Tannée dernière, des essais de culture de diverses variétés indigènes et exotiques.

Quant àTAnnam, la culture du coton y dsvient de plus en plus importante ainsi qu*il résulte du rapport du Résident Supérieur, l/installation de la filature (à 20.000 broches) de la Société cotonnière de Tlndo-Chine, à Haipliong; Timpulsioa nouvelle donnée à la filature (à 10.000 broches) de MM. M eiiïre Cousins et Cio à Hanoi et le projet en cours d'exécution d'installation d'une troisième filature de coton à Nam-dinh par la Société Dupré et O^ (k âO.OOO broches) ont donné, depuis deux ans, un essor réel à la culture du cotonnier dans certaines provinces voisines, particulièrement aptes à la recevoir. Telle est la province de Thanh-hoa oii n3n seulement les indigènes, attirés par des prix rémunérateurs {^\ piastres le picul de coton indigène vt^rcénS) étendant le irs cultures, mais ou plusieurs concessions ont été accord'iesà des colons européens e:i vue de b culture spéciale du cotonnier.

La variété cultivée généralement est la variété locale qui donne de bons produits et qui en donnera de meilleurs par une sélection entendue. Cependant, d*autres variétés sont mises à l'essai.

7«. Cultures diverses, — Nous plaçons à cette rubrique des cultures dont les produits ne peuvent pas encore être rangés, comme ceux qui précèdent, parmi les grands produits de l'indo- Chine, mais qui, néanmoins, y occupent une place de jour en jour grandissante : tels sont l'indigotier, la canne à sucre, le cocotier, l'arachide, le manioc, le badianier, le cacaoyer, le vanillier, le camphrier, le ricin, les textiles, le» arbres à laque, le mûrier, etc.

C'est surtout au Cambodge que l'indigo fait l'objet de cultures indigènes d'un e certaine importance. Les terrains riverains du Grand Fleuve, régulièrement inondés par les . crues, y donnent un produit de qualité dont Findustrie européenne a conunencé à tirer profit. Une usine pour la préparation de l'indigotine s'était établie à Phnom-penh, en 1898, et un projet d'établissement similaire avait été formé depuis. Mais cette industrie est hésitante devant l'incertitude de l'avenir de l'indigo naturel.

La culture de la canne à sucre gagne du terrain et les chifires des quantités à l'exportation en font foi. Elle prend de l'extension principalement en Annam où diverses maisons européennes et chinoises en centralisent les produits pour les diriger vers le commerce extérieur. L'exportation vers la France de sucres de l' Annam dépasse, en 1900. de 100 °/o le chiffre de Taonée précédente. F^a culture et l'industrie européennes n'ont pas encore tiré de Texploitatioa de la

canne à sucre le bénéfice qu'^îlle leur promettait. Des terres alluvionnaires riches, en Annam, en Cocliinrhine, au (iainhod^e assureraient la bonne venue de recolles d'autant plus productives, j|ue les expériences déjà faites aflimient la réussite des variétés de canne plus riches que la variété indij^ène, et principalement de la canne de Java. Une société importante est en voie de formation en (jochinchine pour l'établissement de grandes plantations de canne à $ucre.

D'après le dernier rapport du Résident Supérieur en Annam, dans la province de Quangnam, une autre société française va inaugurer sa prochaine r;unpagne sucrière par une planlaiion de 10(1 hectares de raime à sucre. De plus, elle procédera à l'installation d'un matériel, perfectionné pour l'extraction du vesou et la crist«)llisation du sucre lui permettant, non seulement la transformation industrielle de sa propre récolte, mais encore de celles de toute la région du Quang-nam dont elle ferait l'acquisition par ses agents.

Nous pouvons prévoir pour la culture du cocotier un avenir certain. Les indigènes ne sont plus maintenant les seuls à cultiver cet arbre et plusieurs exploitations européennes se sont créées, dans ce but, depuis trois ans^ en (^ochinchine et en Annam. Les bénéfices de cette culture sont c^ longue échéance, mais le rapport lucratif et assuré de ses produits est large' ment rémunérateur pour les entreprises patientes.

L'arachide devient un article d'exportation de plus en plus sérieux. L' Annam en exporte maintenant plusieurs centaines de tonnes p<ir an sur Hongkong. 1^ variété indigène n'étant pas de qualité supérieure, des essais d'introduction de l'arachide de Java ont été faits, notamment par le Service de l'Agriculture en Cochinchine, et la parfaite réussite de cette variété, très recherchée par les indigènes, est en train de donner un nouvel essor h une culture facile et rémunératrice.

L'établissement de grandes féculeries de manioc sur divers points de l'Indo-Ghine n'est, il est vrai, qu'«^ l'état de projets ; mais ces projets, conçus il y a deux ans p«ir plusieurs colons entreprenants, seront tôt ou tard mis à exécution, lorscfuela question de la production en grand de la matière première et son transport facile à l'usine aura été résolue par des garanties de conirats avec les producteurs.

On trouvera dans le rapport du Sous-Directeur de l'Agriculture et du Commerce l'exposé des progrès réalisés dans les dernières aimées sur le domaine de la sériciculture en Indo-Chine. Nous ne signalerons ici que les essais de culture entrepris pour l'obtention de meilleures variétés de mOrier. Ces essais ont été commencés à la nouvelle station séricicole de Nam-dinh, au Tonkin, ainsi qu'au Jardin botanique de Hanoi.

Les rapports des Hésidents des principales provinces séricicoles au Tonkin signalent l'extension qu'ont donné, en 1901, les indigènes à la culture du mûrier annuel. D'autre part, un colon planteur européen de Thai-nguyèa à planté, depuis 1900, environ 2.000 pieds de mûrier arborescent.

1^ culture des plantes textiles : nimie, jute, al)aca, est à la veille de prendre un développement qu'on peut espérer définitif. Nous savons à présent, par Texpériencc faite, que ja bonne venue de ces espèces industrielles est aisée dans les conditions de milieu offertes par l'Indo- Chine et notamment par le Tonkin ,où les conditions climatériques et topographiques de la Moyenne et de la Haute région la favorisent plus particulièrement.

Depuis trois ans, des plantations d'abaca y ont été créées et paraissent prospérer. I^ cultore en grand de la ramie et du jute est restée hésitante en présence du problème de la main-d'œuvre, alors que l'outillage mécanique ne pouvait mettre à la disposition de l'usine que des machines, décortiqucuses et dégommeuses, considérées comme insuffisantes au point de ?ue dn rendement. Cet obstacle semble disparaître maintenant. Une des plus grandes maisons industrielles de France a formé le projet, en voie d'exécution, de grandes cultures de textiles au Tonkin; Texpérience acquise par ces colons puissamment outillés semble être une garantie de réussite.

Noos consignerons finalement ici, ) essor réel qu'ont pris ou promettent, au Tonkin, certaines cultures spéciales de plantes industrielles.

Quelques-uns de nos colons planteurs ont entrepris lu cuUure des plantes à essences et réussissent dans leur entreprise. C'est ainsi que M. Morice possède actuellement, dans les provinces de llung-hoa et de Son-tay, 11 hectares cultivés en cilronelle, 3 en vétiver et pi es de 300 pieds d'yiang ylang dont les produits alimentent 100 alambics. Ce planteur industriel vient d'obtenir une nouvelle concession pour étendre ses plantations.

h'après les déclarations faites, en U)00, le nombre des arbres à huile (bancoulier et abrasin) plantés sur les concessions européennes, éUiil de 57.000, chiffre qui s'élève, pour l'année iOOl, à 74.000 pieds auxquels s'ajoutent un grand nombie de sujets en pépinière.

La cultuie de l'arbre à laque (Hhns succedanca) s'étend rapidement dans la moyenne région et notamment dans la province de llung-hoa où on compte actuellement plus d'un million de plants. MM. Lecaclieux et O ont consacré à celte culture une plantation de 510 hectiires.

Le CameUia drupifera, espèce apparentée au thé, fournit une huile comestible qui fait l'objet d'une exploitation grandissante de M. Gilbert, dans la province de llung-hoa. M. Morice a planté, en 1901, 2.(K)0 pieds de cette espèce oléagineuse.

Entin, la culture du c^imphrier, jadis prospère dans un certain nombre des provinces de Moyen et du llaut-Tonkin, et abandonnée à la suite des incursions à main armée, est aujourd'hui reprise et les planteurs européens de la région de Thai-nguyèn s'occupent de repeuplements, en pieds de cette espèce, d'une partie de leurs concessions.

IV. — DÉVELOPPEMENT DE LA COLONISATION FRANÇAISE EN INDO-CHiNÊ A. — Mouvement des concernons agricoles domaniales accordées aux Européens

Examinons d'abord le mouvement des concessions domaniales tel qu'il résulte des statistiques dressées à la Direction de l'Agriculture el du Commerce, (^e mouvenient est résumé dans le tableau suivant (1):

ANNÉES

Antérieures à

COCHINCHINE

O Cl.

Kg

Superficies t^n hectares

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