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Situation militaire de la Belgique

Les études et les travaux auxquels nous nous sommes livré depuis trente ans nous donnent le droit d'exposer la situation militaire du pays, d'en signaler les imperfections et d'indiquer les moyens qui nous semblent propres à l'améliorer.

Lorsque les questions militaires sont mal comprises par les hommes d'État, par la Législature et par la Presse ; lorsque les conseils et les avertissements des spécialistes sont dédaignés, et lorsque les intérêts de la défense nationale sont sacrifiés aux intérêts des partis, le droit de critique s'élève à la hauteur d'un devoir.

Ce devoir, le moment est venu de le rempHr.

On nous reprochera sans doute de porter atteinte à la considération dont la Belgique jouit à l'étranger, et d'alFaiblir la confiance que montrent nos compatriotes dans l'avenir de la nationalité.

Mais ce reproche, fut-il mérité, ne nous causera aucune émotion et ne nous fera pas regretter la résolution que nous avons prise.

Le citoyen qui cherche à préserver sa patrie des dangers

auxquels plusieurs Etats libres ont succombé, rend plus de services et est plus digne de respect que le politicien dont l'unique préoccupation est de maintenir son parti au pouvoir ou de l'y faire arriver.

Nous espérons que la lecture attentive de notre travail donnera aux hommes de bonne foi la conviction que de grands devoirs s'imposent encore au pays, à son Gouvernement et à ses mandataires pour assurer la défense nationale et développer les sentiments patriotiques dans toutes les classes de la société.

Faire naître ou fortifier cette conviction et rendre la Belgique assez forte pour que nul n'ait intérêt à violer son territoire, tel est le but que nous avons poursuivi depuis le jour où nous nous sommes exclusivement consacré à l'étude des questions militaires. Si nous l'atteignons, nous serons largement récompensé de nos efforts et nous ne songerons pas à nous plaindre des ennuis que pourra nous causer la détermination d'éclairer nos concitoyens, sans rien celer ni rien ménager.

Décembre 1881.

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