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DE L'AMÉBIQUE ANGLAISE. 11
I ressort de ces chiffres, dès la première vue, un fait remarquable : lasupériorité constante du progrès des catholiques sur celui des protestants. Cependant ce tableau ne donne point encore une idée parfaitement exacte de la situation ; il comprend, en effet, dans le chiffre des protestants toutes les colonnes du recensement autres que celle des catholiques, et pourtant il est juste d'en distraire tous ceux qui sont por- Lés sous les rubriques Religion inconnue, Religionnon constatée, lesquels ne peuvent pas plus ètre raisonnablement altribués à une communion qu'à l'autre. Or, si nous faisons la distraction de ces chiffres, qui au dernier recensement s'élevaient à 7,863 individus, la progression des protestants pendant la dernière décade se réduit à 15 ou 16 pour 100, c’est-à-dire à une proportion moitié moindre que celle des catholiques, et inférieure même à l'accroissement naturel par les naissances, lequel varie, en Amérique, de 20 à 50 pour 100 par décade.
Si on examine en détail la statistique des protestants au Canada, cel état de choses s'explique aisément et se montre de plus en plus iuenaçant pour eux dans l'avenir. Sur 60 comtés et 4 cités que renferme la province, 24 comtés seulement et 5 cités comptent dans leur sein plus de mille protestants ; sur ces 24 comtés eux-mêmes, la population protestante ne présente de groupes compacts que dans douze tout au plus ; or, même dans ces districts où ils sont massés, leur progression est partout et uniformément inférieure à celle des catholiques, tandis que, dans les comtés où ils sont en petit nombre, on les voit sensiblement se fondre et se transformer au milieu des familles catholiques qui les entourent. Malgré leur chiffre minime, leur accroissement parait à peine; dans certains cantons ils dimi nuent même au lieu d'augmenter, Les catholiques exercent donc, partout où ils sont en majorité, une puissance d'absorption qu'ils ne subissent nulle jart, quelle que soit leur infériorité numérique ; ils progressent à la fois en gros et en détail. Le protestantisme, au conlrire, perdant ses forces par les deux extrémités, s’affaisse insensiblement, etne figure dans l’ensemble qu'à la faveur de l'immigration dont les couches successives viennent alimenter l'absorption intérieure qui le mine,
Ainsi, après un siècle d'envahissement et de domination, se recrulant constamment au dehors, ayant pour lui les bénéfices de la conquête et de la richesse, le protestantisme, loin de réaliser aucune modification appréciable dans les croyances du peuple conquis, en est venu à ne pas conserver même le profit de l'accroissement naturel par les naissances ; il a décliné d'année en année, à tel point que la progression supérieure des cathoïiques le déborde presque du double et le réduit à une influence insignifiante dans le mouvement général de la population.
Ce point est done acquis au débat, que le catholicisme a manifesté
au Canada une puissance de conservation et de vitalité toute semblable à la puissance d'expansion qu’il a montrée aux États-Unis ; dans l'une et l'autre contrée son développement s’est maintenu supérieur à celui des sectes rivales. Ce développement s'est produit cependant dans les deux pays en des conditions si dissemblables qu'elles peuvent servir à se contrôler réciproquement pour écarter les objections incidentes. Il ne reste donc plus à l'observateur d'autre parti que de présumer dans les idées elles-mêmes quelque vertu spéciale d’où dérive la prééminence des uns, l’affaiblissement des autres, nous l’examinerons tout à l'heure.
La situation religieuse du haut Canada se présente dans des conditions différentes, et se rapproche sensiblement de celle que nous avons rencontrée aux États-Unis. Rien n’est plus semblable aux Etats de l'Ouest que le haut Canada ; comme dans ces territoires, la colonisation anglo-saxonne s'y est établie de toutes pièces sur table rase, c’est l'immigration qui a créé ces populations, et qui soutient encore aujourd’hui la rapidité de leur développement,
Au moment de la conquête anglaise, 1l se trouvait à peine dans cette province quelques postes français; en 1780 le total de ces colons canadiens s'élevait tout au plus à 1,000 ou 1,200 âmes, presque tous établis sur la rivière de Détroit. C'est de celte époque que datent les premières immigrations britanniques, mais ce n'est que cinquante ans plus tard, en 1831, que nous trouvons des données précises sur la statistique religieuse; on y comptait alors 261,000 habitants, dont 40,000 environ étaient catholiques. A partir de cette époque la progression devint de plus en plus rapide; rous joignons ici un tableau où l’on peut suivre aisément sa marche en partie double, tant sur l'ensemble dela population que sur le chiffre spécial des catholiques :
PoPuLartoN | PROGRESSION PROGRESSION PROGRESSION DATES. = DE=HA PROTESTANTS. DÉS CATHOLIQUES. NE TOTALE. POPULATION PROTESTANTS, CATHOLIQUES.
88 É 86 —— 96 1842 48,000 100 411,000 | og 18,000 100 à 9%! 1 115 à: | 9592.00 JR 785,000 7 2" 1$o1 2,000 100 185,001 100 167,000 100 Ai nn 1 C2 : #7 - k a 55 1861 | 1,596,001 | ASIN 0 | où | 2814 | 16Ù