Six lecons sur les evangiles
Ces six leçons, les premières d’un cours d’lustoire ancienne de l'Église, ont élé prononcées a Pinstitut catholique de Paris, février-mars 1897, à la section de l’enseignement supérieur des jeunes
filles inaugurée cette année-là même.
… L'Institut catholique de Paris, cette année pour … la première fois, vous a ouvert ses portes, en inau- gurant cette section d'enseignement supérieur pour les) jeunes filles, et des maîtres éminents ! vous ont | attachées à cet enseignement supérieur par l’at-
trait de leur talent et de leur science.
ne L'Institut catholique de Paris m'a demandé de … vous exposer l’histoire des origines catholiques. Je > viens vous introduire dans des études arides, R des s études austères et minutieuses ; mais j'ai confiance que ces études tiennent de trop près aux | sources mêmes de votre foi pour que, à sentir votre
Le
4 - 1. MM. de Lapparent, Henri Cochin, Félix Klein, Welschinger, etc. 4 | LEÇONS. 1
tromperait fort à croire que des jeunes filles ne so at pas capables d'aborder les plus graves études, et d'en tirer quelquefois plus de fruit que bien de | étudiants leurs conte ere ce leurs sn Nou
avoir à vous faire.
La Galilée est la terre natale de notre foi.
Essayons d'oublier les descriptions que des hi toriens trop épris de décor ou des voyageu quête d’impressions exotiques ont popul . parmi nous de la Galilée. Sans doute, mars e y sont des mois pleins de fleurs et de verdure, et. tout temps les Fa Y déploïent des. li ;
Mais nous serions dans le fauxsi nous prenio texte de ces traits si sobres pour transform mission du Sauveur en une « délicieuse pastor:
Le Sauveur ne prèchait ni aux oiseaux du cic aux lys des champs.
Les montagnards galiléens étaient sépar
reste du idne par leur dialecte, qu’ils parlaient avec un accent dont les juifs de Jérusalem aimaient à se moquer. La Galilée n'avait nie grandes cités, ni grandes routes. Ses habitants, das mimés dans de gros villages et de grandes métai- -ries, étaient des paysans durs au travail, âpres au gain, superstitieux jusque dans leur étroite fidélité … à La loi de Moïse, des esprits bornés et immobiles, - des cœurs défiants et intéressés, faciles à TA et aux violences.
Les apôtres nous pardonnent de juger si sé- D nent leurs familles! Mais rappelons-nous comment le Sauveur s appliquait À parler à cette Galilée le langage le plus élémentaire ; le
“une indulgence souriante : ue celui qui a oreilles pour entendre, nn » Car en Galilée bien des gens avaient des oreilles pour n'entendre pas. HAPaeut la parole du
e dans son pays, dans sa maison et parmi ses es » (Marc, vi, 4). Et ce sentiment péib Le qu'il éprouvait, quand il allait de métairie étairie pour enseigner les paysans et qu'il rencontrait qu'incrédulité, une incrédulité l'étonnait lui-même (vi, 6). Et cette panique prenait des villages au spectacle des mira-
eles accomplis par le Sauveur (MATTH. VIN, 3). Et enfin qu'un jour, le Sauveur préchant dansune synagogue galiléenne, tous ceux qui l’entendaient, pris decolère,selevèrent, le chassèrent hors des murs, 1e poussèrentjusqu'àun précipice au-dessus duquel la ville était bâtie etvoulurent le précipiter : Jésus leur, a échappa, l'évangéliste ne sait comment (Luc, 1v, 30). « Malheur à toi, Chorozaïn! Malheur à toi, Beth saïda! Si Tyr et Sidon avaient vu les prodiges Qui ont été opérés en vous, elles auraient jadis fait pé= nitence dansle sac et la cendre. Tyr et Sidon seront traitées plus doucement que vous au jugement. Et toi, Capharnaüm, tu seras plongée jusqu'aux enfers» (Luc, x, 13-15). 14 us cette hostile Galilée pourtant les premit disciples se recrutèrent. À chacun d'eux les juifs d ta Jérusalem auraient pu dire ce que les gens de la maison de Caïphe disaient à saint Pierre : Vous ète bien, vous aussi, de ce pays-là, car votre acceni vous trahit assez Me xxvi, 73). A l'origine, =
s'exercer la première FA co des sé N'est-ce pas là qu'ils avaient ordre de se rs immédiatement après la résurrection du Sauve
Es
(Marc, xv1, 7)? N'est-ce pas là, surles bords de la
- mer de Tibériade, que Jésus apparut à Pierre, à . Thomas, à Nathanaël, à Jean et à Jacques, à Pierre
le premier, à qui il confia les brebis et les agneaux du troupeau (Jean, xx1, 1-24)? S'il est permis de
voir dans les règles d’évangélisation données par
Jésus à ses douze apôtres quelque chose comme Pesquisse de leurs premières missions, nous imaginerions ces premières missions des douze d’après le beau passage : « Surle chemin des gentils ne vous
engagez pas, et n’entrez point dans un village de
Samaritains. Allez annoncer que le royaume de Dieu est proche. Guérissez les malades, ressuscitez
. les morts, purifiezles lépreux, chassez les démons.
Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. N'ayez ni or, ni argent, ni billon dans vos ceintures.
- N'ayez pas de besace sur le dos, ni tunique de re-
. change, ni de souliers, ni de bâtons : vous travaille-
- rez pour avoir de quoi manger... Et quand vous en- trerez dans une maison, vous la bénirez; et si elle en estdigne, votre paix demeurera sur elle. Et, s'ilen
est qui ne vous veulent point recevoir, ni écouter
Fr vos paroles, vous sortirez de la maison, vous sorti-
ez du village, et vous secouerez la poussière de vos pieds » (Marta, x, 5-14). Mais le divin Maitre savait
- que ces missionnaires, pauvreset pacifiques, du di-
vin royaume, ne seraient pas mieux accueillis que lui et qu’il les envoyait comme des brebis au milieu
pas que ce nom seul serait comme un glaive : « viens séparer l’homme d’avec son père, la fill d'avec sa mère : les ennemis de l’homme seront les gens de sa propre maison » (Matru. x, 34-36). Et, de fait, la propagande paraît avoir échou en Galilée : on entendra parler de chrétiens. d Samarie, mais non de Chorozaïn, ni de Bethsaïda, à ni de Capharnaüm, ni de Cana, ni de Nazareth.
trie propre et sans commerce : une cité sainte L i vivait du Temple, une cité tout en écoles et « synagogues, animée exclusivement du mouvemé
de ses prêtres, de ses scribes, de ses dévots, €
pèlerins. ; Mais avec sa garnison romaine, avec ses.
Latin, le grec, l’araméen : le titre de la croix, véritable affiche administrative, n'était-il pas rédigé en araméen, en grec, en latin, pour être compris de tous les passants? Et Jérusalem était une cité cosmopolite : ces juifs hellénistes, qui
- y venaient en pèlerinage, qui y avaient des syna- … gogues permanentes, étaient des juifs de Syrie, de
Chypre, d'Égypte, de Cyrène, de Rome, d’Achaïe,
d'Asie, de Cappadoce, de Mésopotamie : en ces … lointaines juiveries on quêtait pour le Temple, et les allées et venues étaient perpétuelles entre elles - et la cité sainte. Quel terrain Jérusalem allait offrir à la propagande du royaume de Dieu !
Maintenant la doctrine du royaume de Dieu se fortifiait d’un argument nouveau et suprême : la . résurrection de Jésus. Les disciples ne pouvaient avoir une plus forte raison de croire à leur maître et qu'il avait vraiment les paroles de la vie éterne que sa résurrection. Chacun d’eux pouvait dire, comme dira saint Paul : «Si le Christ n’est pas - ressuscité, vaine est notre prédication, vaine notre À foi » (I Cor. xv, 14). Mais il était ressuscité, etsaint Paul résume la première de toutes les apologétiques quand ilécrit aux Corinthiens : « Je vous ai d’abord | rapporté ce que j'ai recueilli, savoir que le Christ cest: mort..…., et quil a été enseveli, et qu'il est essuscité le troisième jour.….., et qu'il a été vu de Céphas, puis des douze, puis de plus de cinq cents”
LES SE à à FIST ATEN
frères, dont la plupart sont encore vivants et dont quelques-uns sont morts, puis de Jacques, puis de œ: tous les apôtres. » (1 Cor. xv, 3-7). Le cri den ralliement des disciples à Jérusalem est : « Le Sein gneur est vraiment ressuscité et il a apparu à Sie à mon-Pierre » (Luc, xx1v, 34). .
Il importe de remarquer que Pierre est mis en . première ligne. Nul doute que l'établissement des Galiléens à Jérusalem n’ait eu Pierre pour premier Fe et principal ouvrier. Un historien éminent et qui # n’a rien de catholique, M. de Weizsäcker, n'hésite pas à reconnaître, sur le témoignage, non pas des nr Actes des Apôtres ou des Évangiles, mais sur le :
seul témoignage de saint Paul, qu’ « il est indiscu= table que Pierre est le premier personnage de las primitive Église ». Pourquoi? Parce qu'il est le premier apôtre — je dis apôtre et veux oublierici… les saintes femmes — qui ait vu Jésus ressuscité. La. 4 passion de leur Maître, ce beau rêve du royaume de Dieu s’achevant sur la croix et dans le sang cette déconvenue pitoyable qui avait fait des Gal léens qui suivaient Jésus, des gens qui ne pouvaien plus que se cacher, cette angoisse et cette épreuve critique s'était résolue en ce cri de joie : « Le Seï- gneur est vraiment ressuscité et il a apparu à
étaient tcareHlee Autour de Pierre, les Galiléens de Jérusalem se
Nr”
rien de cette culture rabbinique ou de cette im- - portance dont les pharisiens et les rabbis se tar-
te
groupèrent. Les Actes nous les montrent (1, 13-14) habitant ensemble dans un hypérôon, une façon de mansarde : Pierre, Jean et Jacques (le Majeur) en tête, puis André, Philippe, Thomas, Barthélemy, Mathieu, et Jacques fils d’Alphée, Simon et Jude. Avec eux « les femmes », elles aussi venues de Galilée à la suite de Jésus, et enfin Marie sa mère. Leur mission est à Jérusalem ce qu’elle à été en Galilée : ils annoncent que Jésus ressuscité est le Messie, ils guérissent les malades en sonnom. L'autorité juive semble leur être indulgente. Un jour, Pierre et Jean sont arrètés et conduits devant le souverain pontife juif et le sanhédrin : les sanhédrites les interrogent avec curiosité, constatent qu'ils ontété avec Jésus, constatent aussi qu'ils sont de pauvres gens qui ne savent ni lire ni écrire, et qui sont du dernier rang du peuple (iv, 13). Les sanhédrites se contentèrent de les menacer de leur colère, et les renvoyèrent avec indifférence.
Puis autour des Galiléens de la première heure se groupèrent des convertis de Jérusalem. Ce du-
rent être d’abord des juifs du plus humble rang, “comme leurs maitres. Dans cette cité de scribes
-pédants et de pharisiens notables, des gens sans
. guaient, ne pouvaient être écoutés que des humbles.
ce que c’est que la Loi, ce sont des maudits » (JEAN, vir, 48-49). Les « maudits » firent la clientèle des douze. |
Mais voici bientôt apparaitre des éléments tout nouveaux dans ce premier milieu chrétien, et Re
; ra se multipliant, il s'éleva un murmure ne À Hellénistes contre les Hébreux, ceux-là se plaignant . que leurs veuves étaient méprisées dans les distri- F butions quotidiennes. » Je ne parle pas de ces veuves, qui — à la facon des pauvres femmes que see l’on voit aujourd’hui encore venir tous les je à heure fixe recevoir leur pain quotidien à la porte de nos maisons religieuses — se plaignaient que k 2 : la Den fût inégale, éternel TDUPI URSS
peine naïssante. Ce us ces Hellénistes que no sApAons un élément nouveau.
Entre les Halles et les Hébreux, juifs de race les uns aussi bien que les autres, il y a une » différence de langue : les premiers parlent grec, les seconds parlent araméen comme les Galiléens. Il y a une différence de civilisation : les Hébreux sont palestiniens de naissance, de mœurs, de parentage; les Hellénistes sont de familles émigrées depuis longtemps dans toutes les colonies grecques del’Orient. Cette distinction d'Hébreux et d'Hellénis- - tes, depuis longtemps, partage le judaïsme en deux : familles d’esprits, rivales, suspectes l’une à l’autre, - les Hébreux accusant les Hellénistes de trahir le judaïsme en l’accommodant à la sagesse grecque, les Hellénistes accusant les Hébreux d’une intransigeance simpliste et étroite. Celte rivalité des deux … esprits va-t-elle s'introduire dans l'Église naissante ? Cette question, les apôtres semblent ne se l’être à pas posée. Ils assemblèrent tous les disciples, la * « masse des disciples » — sans distinction de Gali- 4 léens, d'Hébreux ni d'Hellénistes — et, ayant fait observer qu'ils ne pouvaient, eux, « abandonner la * parole de Dieu » pour les distributions d’aumônes, à ils proposèrent que l'on choisit sept d’entre les: « frères » pour cet office nouveau. Les Actes ont conservé les noms des sept qui furent élus ainsi,
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sa tous des noms grecs : Philippe, Prochoros, Nica-
LA - nor, Nicolas, Timon, Parménas, enfin Étienne. Les # Hellénistes sont associés comme hiérarchiquement
à la vie sociale de la communauté, mais les douze se réservent la prière, évidemment la prière solen- nelle, et le «service de la parole ». Et cette &pa-… role » est aussi quelque chose de solennel. Da En effet, ces Hellénistes, et Étienne le premier, ne vont pas s'enfermer silencieusement dans leur » office charitable. Ils vont parler et avec un éclat inouï jusque-là. Étienne est en contact journalier. à avec les juifs hellénistes de Jérusalem, avec ass synagogue des affranchis (c'est-à-dire des juifs de” ÿ Rome), avec la synagogue des juifs de Cyrène, É k avec la synagogue des juifs d'Alexandrie, de Tarse, a d'Éphèse. Aussitôt la foi devient un sujet de polé-. miques DHssbnnéss, le bruit de ces polémiques ar: rive jusqu'aux plus hautes autorités religieuses. Étienne est accusé d’avoir proféré des paroles pe blasphème contre Moïse et contre Dieu. Étienne a donc parlé? Et s’il blasphème contre Moïse et contre Dieu, c’est donc que, dans ses discours, il exprime que Jésus de Nazareth doit bouleverser les pratiques instituées par Moïse, et que Jésus de Nazareth , plus grand que Moïse, tient à Dieu de plus près que Moïse même? De pareilles affirmations ne font done point partie du « service de la parole de Dieu» , pour que les douze ne lui aient point rappelé qu'il empiètesur leur ministère réservé? pour que les douze n'aient été inquiétés par personne dans le « service dE la parole de Dieu » tel qu’ils le pratiquent
La vérité est qu'il y a une différence capitale entre le « service de la parole de Dieu » que se sont réservé les Douze et la prédication d’Étienne.
Les Douze — par la voix de Pierre et de Jean — nous ont livré tout leur programme : « Nous ne + pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu ef
entendu » (Acr. 111, 20). Le « service de la parole »
que les apôtres se réservent consiste en ceci : dire ce qu'ils ont vu et entendu, rien de plus. C'est tout leur discours, et c’est tout l'Évangile. Quand ils pen- - sent à donner un remplaçant à Judas Iscariote, tout leur dessein revient à ceci : « Il faut que, entre ceux qui ont été des nôtres le temps où Jésus a vécu parmi nous, à partir du baptème de Jean jusqu'au jour où 1l nous a été enlevé, on en choisisse un qui devienne avec nous le témoin de sa résurrection » . (Acr. 1, 21-22) simplement.
Quant à Étienne, tranchons le mot, il systéma- 3 use; 1l tire les conséquences de l'Évangile. Jésus = est D soit et il est le Christ : voilà tout le thème des douze. Étienne conclut, en bon dialecticien, si
; Jésus est le Christ, tout l'Ancien Testament s ’éclaire
mosaïque et rabbinique ne l’entendent pas. « Té- {es dures, hommes incirconcis de cœur et d’oreil-
“les, vous résistez toujours au Saint- -Esprit et vous $ êtes tels que vos pères ont été » (Acr. vir, 51). Re- : lisez le discours d'Étienne au Sanhédrin. On a dit
È de A M
"he 77
. d'une lumière inattendue et Les juifs de la tradition
il annonce saint Paul. Car Étienne et Paul sont des. esprits de même famille; tous deux juifs hellé nistes, tous deux nourris de la science de l’Ancie
dans l'ombre. Et que Jésus ait laissé s'approche de lui des petits enfants et aimé le jeune homn
__ sants aux évangélistes d’avoir condescendu à 1 noter, ce sont des détails auxquels un argument
Dieu, dira saint Paul aux Corinthiens, et je n° rien voulu savoir autre chose que Jésus, Christ. … Crucifié » (I Cor. 1, 2). De
Que de différences entre l'esprit hébreu, — cel ui des douze, — et Que helléniste, — celui d'É-
… choses, le second dans les raisonnements! L'in-
troduction de cet esprit helléniste dans la propa-
— gande primitive sera le second moment de la prédication de l'Évangile.
Des hommes comme Étienne, « pleins de foi et de - l'Esprit-Saint», semblent suscités pour précipiter … les événements, même au prix de leur propre vie - et de la paix commune. Déjà à plusieurs reprises, . Pierre et Jean, sur l’ordre du souverain pontife des juifs, avaient été arrêtés et condamnés au fouet : . c'était à Jérusalem le châtiment que l’autorité reli- - gieuse infligeait aux hérétiques. Étienne fut traité ï comme un renégat. Il comparut devant le Sanhés: drin présidé par le souverain pontife des juifs, et, sans qu'on puisse voir qu'une sentence en forme ait été prononcée contre lui, entraîné hors des murs comme par une émeute, il fut lapidé. Ce . devait être en 34. Ce jugement et l’exécution d'É- tienne inaugurèrent pour les disciples de Jésus à Jérusalem un régime de surveillance tracassière et - menaçante. « En ce jour-là une grande persécution | éclata sur l’Église qui était à Jérusalem : tous se dispersèrent à travers Le pays de Judée et de Samarie, à l'exception des apôtres » (Act. vur, 1).
donnait la vocation de faire entendre la parole de” Dieu au delà des frontières d'Israël et jusque sur les chemins des gentils. Philippe, un compagnon d'Étienne, un helléniste aussi, est à D Bientôt le voici à Gaza, puis à Azotos, puis à Césarées c’est-à-dire sur le rivage de la Méditerranée, dans - les ports Les plus fréquentés de la côte palestinienne: Ils sont hellénistes encore ceux que les Actes nous montrent chassés par la terreur qui sévit à Jérusalem depuis la mort d'Étienne, poussant jusqu'en Phénicie, jusqu'en Chypre, jusqu’à Antioche, et. parmi eux des gens de Chypre et de Cyrène, qui, arrivés à Antioche, n’hésiteront pas à prècher la parole de Dieu, non plus à des juifs hellénistes. comme eux, mais bien à des Grecs, à des païens une initiative que les apôtres n'avaient pas encore osé prendre.
es à Jérusalem, les pousse suivent
attestèrent et parlèrent la parole du Seigneur, puis ils revinrent à Jérusalem (vur, 25). » Que veut dire
. ce mot : ils afestèrent? Les deux apôtres sont-ils
venus pour rendre témoignage à Philippe? Non, il Sagitici de la parole duSeigneur, il ne s’agit plus de Philippe. Les apôtres parlent la parole du Seigneur Jésus et ils rendent témoignage à ce même Jésus. Il semble que ce soit toujours leur ministère Capital, leur office propre et incommunicable, d’être les témoins qui rendent témoignage à Jésus.
En 37, voici, pour la première fois depuis sa conversion, saint Paul se montrant à Jérusalem. Il est devenu chrétien en 34, peu après le martyre
d'Étienne ; il s’est recueilli ou caché d’abord en Arabie, puis à Damas. Maintenant, en route pour
* Antioche et Tarse, il s'arrête quinze jours à Jéru-
salem. En trois versets de l’épitre aux Galates
saint Paul lui-même résume cette visite : « Après ma vocation, dit-il, je ne suis pas venu à Jérusa-
lem vers les apôtres... ; mais trois ans plus tard je
revins à Jérusalem pour connaître Céphas, » — il appelle Pierre parson nom « hébreu », parcelui-là
- seul que l’on devait employer à Jérusalem, — « et ! je demeurai près de lui quinze jours : je ne vis
aucun autre des apôtres, sinon Jacques. (GAL. 1, 17-19). La terreur règne toujours sur l'Église de Jérusalem : les disciples se cachent, ils tremblent
même de rencontrer Paul, se souvenant qu'il a
18 LEÇONS SUR LES ÉVANGILES. PLER pris part au meurtre d'Étienne ; les juifs helléni tes de Jérusalem, ceux-là mêmes qui ont provoqu le meurtre d’Étienne, cherchent à mettre la mai | sur le redoutable renégat qu'ils voient en saint Paul (Acr. 1x, 29-30). Cependant saint Paul reste = quinze jours entiers auprès de saint Pierre: il n'a cure d'être présenté à aucun autre des apôtres, il semble que ce soit par une occasion fortuite qu'i rencontre Jacques, le frère de Jean: il est ve pour saint Pierre. « C'est assez pour lui de se”
ES
rencontrer avec saint Pierre, remarque M. de Weïiz-. säcker, car il n’a qu'un dessein, faire la COnnaissance de l'homme en qui il voit le tout du christia. nisme. » N’allons pas si loin que M. de Weizsäcke disons que saint Paul vient recueillir le témoigna; de Pierre sur Jésus, parce que ce témoignage est capital et que le témoignage des autres apôtres est conforme. « Je revins à Jérusalem pour connattre Céphas.. » Est-ce bien seulement connaître ?
le mot grec dont se sert saint Paul, icropäce, et ce entretien de quinze jours entiers, n’impliquent-il pas une inquisition détaillée de tout ce que peut savoir de Jésus le grand et premier témoin de. Jésus? C'est à cette enquête sans doute que saint Paul fera allusion quand il écrira vingt ans plu tard les mots que j'ai déjà cités: « Je vous ai d'a bord rapporté ce que j'ai recueilli, savoir que Christ est mort. Et qu'il a été enseveli, et qui
- ressuscité le troisième jour... et qu’il a été vu de … Céphas, puis des douze, puis de plus de cinq cents frères dont la plupart sont encore vivants... puis de Jacques, puis de tous les apôtres... »
Plus la propagande des missionnaires portera loin la parole évangélique, plus grandira l’auto- … rité de ces témoins de Jésus qui sont à Jérusalem. . Nous pouvons dire davantage : cette autorité des . témoins de Jésus, il se trouvera des chrétiens pour essayer de l’exploiter au profit de vues intolérantes et étroites, d’un bigotisme plus judaïque que chrétien. Saint Paul les trouve sur sa route, en Galatie, f à Corinthe : il ne reconnait plus « l'Évangile reçu » “ ni le Christ, le « Christ tout simple », dans l'Évan- . gile qu'ils prèchent et dans le Christ qu’ils an- … noncent (II Cor. xt, 3-4), dans le Christ dont ils se ji réclament jusqu’à s'appeler les disciples du Christ, 3 par opposition aux disciples qui se réclament de 4 saint Pierre et de saint Paul (I Cor. 1, 12). La grande âme de saint Paul s’émeut en un langage - dont ses épitres nous ont conservé les termes, non
anonymes, mais de leur prétention à représenter À lévangile authentique. Comment soutiennent-ils Er cette prétention? Ils disent qu'ils sont Hébreux? Je
a suis aussi ( II Cor. x1, 22). Ils disent que je ne
à Jésus Notre Seigneur » (I Cor. 1x, 1)? Vous saisissez
des critiques perfides que luiadressent ces ennemis
suis pas apôtre? « Est-ce que je n’ai pas vu le Christ
là le souverain signe auquel dans la prédication pri- 3 mitive s'attache l’autorité : avoir vu le Christ. Mais quoi? si les adversaires de Paul prétendent eux
aussi avoir vu le Christ? Non, répond Paul, ils ne peuvent pas prétendre au titre d’apôtres : « Faux apôtres, oui, ces mauvais ouvriers qui se déguisent.
en apôtres du Christ, comme Satan se déguise en
ange de lumière » (II Cor. xt, 13-14). La rude ironie de saint Paul ne les épargne pas, ces mau… vais ouvriers, « ces grands apôtres », ces « apôtres plus importants que tous les apôtres » (x1, 5; xn, 11). Oui, je suis du commun, et je parle incorrectement, moi, mais du moins je sais ce que je. prèche (xr, 6). Et voici toute ma justification :" « Quatorze ans après » mon entrevue avec Céphas à Jérusalem, « je suis revenu à Jérusalem, accompagné de Barnabé et de Tite : une révélation me disait que je devais faire cette visite : j'exposai pu bliquement la doctrine que je prèche aux Gentils, Je l’exposai séparément aux notables. Les notable n’y trouvèrent rien à reprendre... Ces notables" étaient Jacques, Céphas et Jean; ils nous donnèrent leurs mains, à Barnabé et à moi, en signe d'union, nous recommandant seulement de nous souveni
des pauvres » de Jérusalem (GAL. 11, 1-10). Ne di sons pas plus que ne disent les textes : laissons à saint Paul toute son individualité, toute son ins piration propre, et ne retenons de sa polémique
contre les faux apôtres de Galatie et de Corinthe que l'impression exceptionnelle que fait sur les fidèles, vingt-cinq ans après la passion de Jésus, le titre d'apôtre hébreu, de témoin oculaire de Jésus, et par-dessus tous les apôtres, les noms de Pierre, de Jean et de Jacques, à ce point que Paul pour se justifier n'a qu’à invoquer le témoignage de ces témoins de Jésus.
Moins de dix ans plus tard, en 66, commençait la guerre de Judée, qui en 70 s’acheva par la destruction de Jérusalem et du Temple. Il ne resta pas « pierre sur pierre de ces murs qui avaient vu passer
Jésus, quarante ans auparavant. L’apôtre Jacques, frère de l’apôtre Jean, avait été mis à mort en 44. Les autres apôtres se mêlaient de plus en plus aux + missions lointaines. Lorsque saint Paul reparut à … Jérusalem, en 58, Pierre était à Antioche et sans … doute Jean avec lui. La cité sainte devenait de plus en plus inhospitalière aux disciples non judaïsants » de Jésus. Comme Paul n’était encore qu’à Césarée, È . descendu chez Philippe le compagnon d'Étienne,
le prophète Agabos, qui arrivait de Judée, l'avait . prévenu que les Juifs l’arrêteraient et le livreraient aux Romains. Paul dut avoir de la peine à recon-
naître dans la communauté chrétienne de Jérusa- A - lem celle qu’il avait connue au temps où les apôtres les « grands apôtres », y résidaient encore. Saint Paul reçut l'hospitalité chez Mnason, qui était. de . . Chypre, un helléniste, un « vieux disciple », nous TE disent les Actes (xx1, 16), comme si l’on eût dès lors distingué les vieux des nouveaux, à Jérusa-.
touré de tous les anciens (xx, 18). Il ne plus question d'apôtres. LES
Énigmatique personnage que ce Jacques Sur nommé Oblias ou le « rempart du peuple ».1 opinion, qui a pour elle l'autorité de saint Je Chrysostome, distingue ce Jacques, non seulemen de l’apôtre Jacques frère de Jean et fils de Zébédée mais encore de l’apôtre Jacques fils d’Alphée et « Marie (sœur de la sainte Vierge), frère des apôtr Simon et Jude : à ce compte, Jacques Oblias | serait pas des Douze, il aurait été converti aprè | résurrection de Jésus, il serait RARANE de ces con
mort d' Étienne (vi, 7) : « La parole de Dieu: se ré pandaït, le nombre des disciples augmentait k Jérusalem, un grand nombre parmi les prêtr
R - PREMIÈRE LEÇON. 23 - ses du Temple, de même caractère que le vieillard -Siméon dans le troisième évangile. « Et voici, il - y avait un homme à Jérusalem, qui s'appelait Siméon, et cet homme était juste et religieux, il “attendait la consolation d'Israël, et l’Esprit-Saint tait en lui. Et il lui avait été révélé par cet Esprit- Saint qu'il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le * Christ du Seigneur. Et poussé par l'Esprit il vint au Temple. Et Siméon les bénit en disant : Voici, » celui-ci est pour la ruine et la résurrection de “plusieurs en Israël, et il est un signe de contra- diction » (Luc, 11, 25-34). Ce vieillard, juste et religieux qui attend la consolation d'Israël et dont les bénédictions sont pleines d'amertumes, est une -« figure » de Jacques Oblias. Lui aussi il venait au Temple et il priait pour le peuple, pour Israël, les genoux en terre et si persévéramment que ses genoux étaient devenus pareils à ceux des cha- Meaux : ce trait légendaire à été conservé par un auteur chrétien du 11° siècle, Hégésippe. Lui aussi il était surnommé le Juste. L’ Re juif Josèphe, ia Ja fin du 1” siecle, avait entendu parler de ce Juste : par lui nous savons qu’en 62, le souverain pontife juif, ne pouvant tolérer que ce Juste, par se justice même en imposât au peuple, l'avait fait comparaître devant le Sanhédrin, et, sur son affirmation que Jésus était le Christ, l'avait condamné
à être lapidé, comme jadis Étienne. Entrainé au FES
supplice, le vieillard, en descendant les degrés du 3 Temple, était tombé : on le vit, à moitié mort, le ver les mains vers le ciel en répétant une parole | : de Jésus : Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne sa. vent ce qu'ils font. é
Vous découvrez en ce juste un esprit qui n’est. ni celui des Douze, ni celui des Hellénistes, mais celui des Hébreux de la seconde génération, et que caractérise l’attachement au Temple de Jérusalem,” l’attachement au peuple d'Israël : Jésus est pour eux la consolation d'Israël. Leur foi a ceci de com mun avec la foi des apôtres, qu'ils croient que Jésus est le Christ fils de Dieu : l’esprit de Jésus les : a pénétrés assez pour que la dernière parole qui. tombera de leurs lèvres mourantes soit une parole de Jésus. Mais tandis que la foi des apôtres s'est dilatée et qu’elle invite maintenant toutes les na tions à participer à la consolation qui est en le Christ, le Juste de Jérusalem détourne ses regards des chemins des Gentils, et à saint Paul qui ui parle avec joie de tout ce que Dieu a fait par son 4 ministère au milieu des Gentils, Jacques répond, simplement : « Vois, mon frère, combien de PS liers de Juifs ont cru au Christ Jésus et sont tous
zélés observateurs de la loi de Moïse » (Acr. xxx, 20).