‹ Six lecons sur les evangilesChapitre 2 sur 13 · FE · texte numérisé non relu

FE

Ce sera là le troisième moment, le dernier du développement de la prédication évangélique dans Je petit monde palestinien sur lequel nous avons voulu concentrer d’abord la lumière.

Des Galiléens, disciples de la première heure,

apôtres choisis par Jésus lui-même pour prêcher le royaume de Dieu, se groupant autour de saint Pierre dans la foi à la résurrection de ce Jésus, dont ils vont être les témoins par excellence à Jérusalem, puis bien au delà, suivant la parole : « Vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie et jusqu'aux extrémités de Ja terre » (Acr. 1, 8) : — tel est le fondement de la « parole de Dieu ».

a Il nous reste à voir comment cette « parole de Dieu » fut fixée en des écrits qui sont, d’abord, nos trois premiers évangiles, et à rechercher à quel moment de la prédication évangélique cette fixation doit être rapportée.

Les Galiléens choisis que nous nommons les Douze, — Pierre et Jean au premier rang, — ont été les « serviteurs de la parole », ministère à eux | propre, incommunicable; ils ont été les témoins de Jésus; ce qu’ils avaient vu et entendu, ils ne pouvaient pas ne pas le dire, et ils l’ont dit. « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons regardé, ce que nos mains “ont touché du Verbe de vie, car la vie s’est manifestée, et nous l'avons vue, et nous en témoignons, et nous vous l'annonçons à vous... Oui, ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons,

pour que vous ayez, vous aussi, votre part avec.

mous. » (I Jean, 1, 1-3). A la facon dont l’apôtre

se sa méthode, vous sentez qu'aucune insistance ne lui coûte pour bien faire entendre que la

fo i dépend d’un fait, et qu’il se porte garant de ce

fait.

Ê Fondée sur le témoignage apostolique, l'Église

Le: pas été pressée de transformer ce témoignag een

écriture. Comprenons son sentiment. Nous tirons 3 de notre éducation moderne, le préjugé de l'é- : ecriture. Nous nous défions de notre mémoire et de la mémoire d'autrui; nous prenons des notes, nous demandons des documents ; rien n’est si disqualifié : que les on-dit; que de gens croient tout ce qui est. imprimé? Combien est différente la psychologie des gens qui ne savent ni lire, ni écrire? Combien 4 plus sûre est leur mémoire? Quelle facilité à se, 3 passer de ce qui nous est indispensable, l'écriture? É Une pareille psychologie a dû être celle des apô= À tres galiléens, gens du peuple et gens sans lettres (Acr. 1v, 13), comme aussi celle de leurs premiers convertis en Jérusalem. Dans cette église des pres mières années on devait aimer à se rappeler ques Jésus enseignait selon une méthode qui était pré cisément contraire à celle des scribes (MARC, 1, 22)

Les habitudes de notre esprit sont si tyrannique: que nous serions parfois tentés de regretter que less apôtres n'aient pas été des scribes pédants « 163 sentiment de la primitive Église était tout autre Un évêque phrygien du u° siècle, dans un Livren écrit vers 150 et dont il nous reste quelques frag= ments seulement, Papias, exprime bien ce sentime t dans un passage que voici de sa préface : « Je craindrai pas de joindre à mes explications [ dits du Seigneur] tout ce que j'ai appris sûrem des presbytres [ou des disciples des apôtres] et

je me rappelle sûrement... Je n'étais pas comme la plupart qui se laissent prendre au flux des paroles, je n’aimais que ceux qui enseignent des choses vraies. Plein de défiance pour les préceptes bizarres qu'on fait circuler [ — c’est un auteur du n° siècle qui parle, et contemporain des hérétiques -gnostiques — |, je ne voulais connaître que ceux qui ont été confiés par le Seigneur à la foi de ses disciples et qui proviennent de la Vérité elle-même. Si par exemple, je rencontrais quelqu'un qui avait Suivi les presbytres, je le questionnais sur les discours des presbytres. Que disait André? Que disait Pierre? Que disait Philippe, Thomas, Jacques, Jean, Mathias, et tel autre des disciples du Seigneur. Car je ne pensais pas que tous les livres pussent . mapporter autant de profit que les données re- - cueillies de la tradition [| — mot à mot : d’une | voix — ] vivante et permanente. » Ce dédain du - livre! cette défiance de l'Écriture! Cette confiance, au contraire, dans le témoignage oral! Un livre n’a pas d'âme, pas de conviction, pas de personna- - lité; il est l'instrument de la vérité et aussi bien de e) FA contrefaçon et du faux; un livre est irresponsa- 3 ble. Tandis que la « voix vivante » est la voix d'un ‘homme qui dit ce qu'il a vu et entendu, et qui en répond. « C’est ce disciple mème qui rend té- - moignage de ces choses... et nous savons que son témoignage est véritable » (JEAN, xxr, 24).

EL ra er, nat

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Le témoignage, le témoignage non écrit, Fe done 4

d'abord tout l’évangile. Soixante ans plus tard, une transformation profonde s’est produite; cet évangile non écrit est désormais fixé en un certain: nombre de petits écrits, que nous avons à énumérer, à dater et à caractériser :

+ L'évangile selon saint Marc,

Pe L'évangile selon saint Mathieu, ii L'évangile selon saint Luc, L'évangile selon les Hébreux, L'évangile selon saint Jean.

ne d'une trentaine de feuillets, qui contenait ant autres pièces un fragment d’évangile, dont les a! teurs en anciens Si En lient 1e existe et

É à portion “ récit F la passion À de la matinée!

: Pâques. , Les ct So de Mae, Le Mathieu, de La

Hi DEUXIÈME LECON. 31

la littérature évangélique. Le deuxième siècle à -enfanté une série de faux évangiles, imités des premiers, destinés à satisfaire la curiosité de fidèles désireux de savoir ce qu'on sait et plus encore, surtout plus encore, rédigés aussi par des hérétiques intéressés à mettre sous la signature des “apôtres et à prêter à Jésus mème les erreurs de leur prepre fonds, et exploitant au bénéfice de leurs hérésies l'autorité qui s’attachait au nom des apôtres. Tels les faux évangiles d'André, de “Barnabé, de Barthélemy, de Mathias, de Philippe, de Thomas, de Jacques. Tel l’évangile de saint Pierre.

On est d'accord pour fixer entre les années 100 et 130 la composition de ce récit apocryphe et pour reconnaître que l’auteur s’est servi pour técrire des données que lui fournissaient nos trois premiers évangiles et sans doute aussi l'évangile “de saint Jean. Mais nous sommes ici en présence

d'un faux : l’évangile de saint Pierre est une fiction “qui n'a rien de saint Pierre, et les efforts faits par le faussaire pour dissimuler sa fiction se trahissent

d'eux-mêmes. Le récit est mis dans la bouche de

saint Pierre : or aucun de nos évangiles canoniues n’est un récit d’apôtre à la première personne, dans aucun on ne relève des phrases comme celle-ci : « Et nous les douze disciples du Seigneur, nous pleurions et nous étions désolés... Et moi,

Simon Pierre et André mon frère, ayant pris nos 1 filets, nous retournâmes à la mer! » (ÿ. 59 et 60): |

Puis le récit trahit des tendances théologiques qui ne se sont manifestées qu’au deuxième siècle : l'au-m teur était de ceux qui, convaincus de la divinité”

de Jésus, ne pouvaient concevoir que son humanité eût été une humanité réelle et passible comme la nôtre : à leurs yeux le Sauveur dans sa Passion. ne souffrait pas, et c’est bien ainsi que le repré $ sente l'Évangile de saint Pierre (ÿ. 10), sacrifiant. Ch en cela au docétisme et marquant son récit du Le sceau du deuxième siècle.

Le faux évangéliste sacrifie au goût du DÉS leux et d'un merveilleux d'invention pure qui sen complait en des prodiges qu'aucun œil n’a pu voir, . ni aucune oreille entendre. Écoutez ce récit de la. matinée de Pâques : « La nuit pendant laquelle brillait l'aube du dimanche, les soldats faisant la” garde deux à deux, une grande voix se fit entendr dans le ciel, et ils virent les cieux s'ouvrir et des hommes en descendre, resplendissants de clarté, et 2 s'approcher du sépulcre. Et cette pierre quo | avait placée à la porte, roulant d'elle-même, sé carta de côté, et le sépulcre s’ouvrit et les deux” jeunes hommes entrèrent. À ce spectacle, les sol= dats réveillèrent le centurion et les Anciens... 4 comme ils racontaient ce qu’ils avaient vu, voi

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deux premiers soutenant le troisième, et une croix les suivant. Et la tête des deux arriva jusqu'au ciel, mais la tête de celui qu'ils soutenaient dépassa le ciel. Et ils entendirent une voix du ciel qui disait : As-tu prèché à ceux qui dorment? Et une réponse fut entendue de la croix : Oui » (Ÿ. 35-42). Ce récit est La froide fiction d’une imagination sans naïveté et sans art.

J'ai insisté à dessein sur ce faux évangile de saint Pierre, parce qu’il est le plus ancien des faux évangiles, le plus capable de caractériser cette . littérature d’arrière-saison où la tradition se métamorphose en légende, et de nous permettre par là de reconnaitre l’évangélisme authentique de l'évangélisme falsifié.

On a beaucoup fait en ces derniers temps pour réhabiliter deux évangiles dont il ne subsiste que

- quelques fragments : l’évangile selon les Égyp- $ tiens et l’évangile selon les Hébreux. Nous ne & croyons pas qu'on y ait réussi pour le premier. d Quand et où l'évangile selon les Égyptiens a-t-il … été rédigé? On ne peut le dire d’une façon précise. Ce mot d'Égyptiens peut désigner les chré- ma: » tiens d'Alexandrie; de fait, cet évangile semble :

n'avoir circulé qu’à Alexandrie et à Rome, deux églises en relations journalières. De fait aussi, ï parait avoir disparu de la circulation à la fin du deuxième siècle. Étant donné que Rome et Alexandrie étaient deux églises très conservatrices, cette répudiation radicale de l'évangile selon les Égyp tiens est pour faire penser que, ni à Rome, ni à Alexandrie, il n'avait dû être solidement accrédité et officiellement reçu. D’après les derniers sa- vants qui s’en sont occupés, il ne serait pas posté" rieur à l’an 130 et pourrait remonter au premier siècle même.

J'ai pour mon humble part, grand’peine à me ral lier à cette opinion : les deux fragments certains que nous possédons de l'Évangile selon les Égyp tiens prêtent à Jésus des pensées si étrangères à MS enseignement, si étrangères à l’enseignement des apôtres, soit sur le mariage qu’il maudit, soit sur la mélempsycose qu’il soutient, que nous ne saurions voir dans cet évangile perdu autre chose qu’ fiction RETPPanRe du deuxième es de ee

#T cas de l’ Ra idre Mon les Hébreux est très diffé: ent.

chrétiens : ils avaient pour dialecte ce dialecte araméen que hvus avons vu parlé au temps apostolique par les Galiléens et par les Juifs que l’on appelait Hébreux : et pour tout évangile ils avaient un évangile écrit en caractères hébreux et rédigé en araméen. Saint Jérôme obtint de ces Nazaréens la permission de prendre une copie de leur évan-

gile. Il fit plus encore : il traduisit cet évangile ara-

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ral (2

méen, d'abord en grec, ensuite en latin. Mais il ne s’est retreuvé encore d’exemplaire ni de l'original

araméen, ni d'aucune des deux éditions données :

par Jérôme. Et pour juger de cet évangile perdu on n a que les citations qu'en fait saint Jérôme dans divers de ses propres écrits.

Cet évangile selon les Hébreux était fort ancien :

on peut en suivre la trace dans les auteurs qui

l'ont cité aussi haut que le début du deuxième siècle. Et il était fort développé, car il comptait - deux mille deux cents lignes, contre deux mille cinq cents qu’on en compte dans notre saint Mathieu. On n’y signale aucune trace des erreurs doctrinales du deuxième siècle, celles par exemple que nous avons relevées dans le faux évangile de saint Pierre et dans l’évangile selon les Égyptiens. Saint

Jérôme, et ceci est beaucoup plus significatif, ne

pe dit pas qu'il y ait trouvé aucun récit qui ne

-se rencontrât point dans nos évangiles grecs : mais.

certains traits que nous connaissons de l’évangile

selon les Hébreux font voir clairement que cet l évangéliste hébreu ne transcrivait ni Mathieu, ni 1 Mare, ni Luc, ni Jean, simplement. | Vous vous rappelez le récit où Mathieu, Marc et Luc rapportent comment Jésus guérit un homme qui avait une main desséchée. Ce récit se retrouvait dans l’évangile selon les Hébreux, mais avecun trait de plus. L'homme à la main desséchée s az dressait à Jésus et lui disait : « J'étais maçon et du travail de mes mains je gagnais ma vie : je te, prie, Jésus, rends-moi la santé, pour que je ne | mendie plus honteusement mon pain. » Vous vous rappelez aussi le récit du baptème de Jésus tel. M qu'il est rapporté par Mathieu, Marc et Luc. Notre » évangéliste hébreu a ici encore des traits qui lui sont propres. « Voici que la mère et les frères de Jésus lui disaient : Jean-Baptiste baptise pour la rémission des péchés : allons et soyons baptisés 4 par lui? Et Jésus leur répondit : En quoi ai-je péché pour aller et être baptisé par lui? A moins, à que cela même que je viens de dire, soit une ignorance ». Puis : « Il arriva, comme le Seigneur | sortait de l’eau [du Jourdain}, la source de tout l'Esprit Saint descendit et se posa sur lui et lui dit: Mon fils je t'attendais dans tous les prophètes, pour : que tu vinsses et que je me reposasse sur toi : car tu es mon reposoir, tu es mon fils premier-né, qui règnes pour toujours. » ,

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On ne peut se défendre de cette impression que ces traits, — le propos du maçon sans travail et celui de Marie, — sont comme des légendes explicatives ajoutées à un récit original plus sobre, et nos évangiles grecs, Mathieu, Marc, Luc , plus s0bres, nous paraissent bien plus près de l'original que cet évangéliste hébreu plus abondant et vraiment si plat. — Secondement, lorsque Mathieu, Marc et Lucse bornent à dire : « Voici mon fils bienaimé, en qui je me plais » : notre évangéliste hébreu paraphrase et transforme, pour harmoniser

Ja parole de l’Esprit-Saint etune prophétie d'Isaïe,

à laquelle ni Mathieu, ni Marc, ni Luc, rapporteurs plus scrupuleux, ne font allusion. L'expression « je t'attendais dans tous les prophètes », témoigne

de l'arrière-pensée de cet évangéliste Danoss s’ap-

pliquant à harmoniser l'évangile de Jésus et l’exé-

-Sèse messianique des juifs de son temps. Et enfin

composant son évangile à un moment où le souvenir de saint Jacques Oblias s’est fixé dans la légendaire figure du juste que je vous ai retracée, notre évangéliste hébreu attribue à ce personnage de second plan, — à ce Juste l'idéal des chrétiens partagés entre la fidélité à la tradition Judaïque et la fidélité à l’enseignement de Jésus, chrétiens dont lesNazaréens du 1v° siècle sont la descendance authentique, — il lui attribue le rôle, qui avait

été celui de saint Pierre, le premier témoin dela

de LEÇONS. 3

ET

| araméenne et de sang juif, restées isolées par leur

résurrection. « Le Seigneur, écrit-il, donna son linceul au serviteur du prêtre, et il vint vers Ja SE ques et lui apparut. Car Jacques avait juré de ne manger point de pain depuis l’heure où il avait bu le calice du Seigneur, et jusqu’à ce qu'il le vit | ressuscitant d'entre ceux qui dorment. — Apportez … une table et du pain, dit le Seigneur. — Et il prit du pain, et ille bénit, et le donnant à Jacques il. lui dit : Mon frère, mange ton pain, car le fils de: l'homme est ressuscité d’entre ceux qui dorment. », A ce compte, l’évangile selon les Hébreux se pourrait rattacher à la tradition de ces Hébreux. de Jérusalem que nous avons vus groupés autour. | de Jacques Oblias, et que la catastrophe de l'an 70. dispersa en diverses localités de Judée : l’auteur n'aurait connu ni notre Mathieu, ni notre Luc : son évangile pourrait avoir été composé entre 7

et 100.

Si jamais le texte s'en retrouve, nous ne pe

nous ne sachions déjà : mais il nous apprent certainement beaucoup sur la foi de ces peti églises de Judée, formées de chrétiens de langue

dialecte du large courant d'eaux vives où se déve-. - . , , *.: AUS loppaient les églises de langue grecque et de race

Nous abordons maintenant à une terre plus - ferme : l'évangile de Mathieu et l’évangile de Luc.

De l’aveu même des critiques les plus traditionalistes, la tradition est muette sur la question de la date ï du lieu d’origine de l’évangile selon saint Luc. Au 1° siècle, tout au plus tôt, on entend dire que notre évangile a été écrit par Luce en Achaïe, et que Luc est mort en Bithynie à l’âg de soixante-quatorze ans, donnée vague et de 0 de prix. Seul l'examen interne du troisième évan-

$ gile, joint à l'examen des Actes des Apôtres, — qui,

à non seulement sont deux livres d’un même auteur,

. mais sont deux parties d’uf même tout, — seul,

. dis: Je; cet examen pourra nous instruire sur la - date et l’auteur de cette double composition.

Les Actes des Apôtres ont été composés par un > compagnon de saint Paul et leur rédaction a été arrètée au moment où l'apôtre, prisonnier à Rome,

tend sa comparution devant le tribunal de César auquel il a fait appel, c'est-à-dire en 62-64 eniron : ils sont contemporains de l’épitre de saint aul aux Philippiens, et mieux encore de cette épitre aux Colossiens où saint Paul prisonnier

envoie à ses fidèles de Colosses les salutations des 6

disciples qui sont à Rome auprès de lui; entre au-

tres celle de « notre très cher Luc médecin » - (iv, 1h). 2

Ces données, fournies par l'examen des Actes, 4 ont trop dérangé les systèmes de certaines écoles critiques pour qu'on ne les ait pas âprement révoquées en doute. Il suffit de les défendre pour être {raité de conservateur du plus vieux jeu, à ce” n point que tout récemment M. Harnack semble avoir hésité à se rendre à ce qu'il appelle « la vicille opinion ecclésiastique »!. Et pourtant M. Harnack est obligé de reconnaitre que lau= teur des Actes racontant l’histoire de saint Paul. n’a pas utilisé les épitres de saint Paul, ce qui prouve qu'il disposait d'informations plus complètes que ces épitres mêmes. Il est obligé de … reconnaitre que l'auteur des Actes a écrit en un k temps où le régime que les autorités romaines … appliquaient aux chrétiens, où les sentiments « que leur témoignait le public païen, étaient em- ‘4 preints d’indifférence pacifique. Et il en conclut 5 que les Actes auront été rédigés sous Domitien. ; avant la persécution de Domitien (93-96), comme si le régime des persécutions n'avait pas été inauguré par Néron dès 64, et comme si le souvenir ”

1. Depuis 1897 où ces lignes ont été écrites, M. Harnack a bel et

+e bien adhéré à la « vieille opinion ecclésiastique », par son étude … Lukas der Arzt (Leipzig 1906). Ne

du martyre de Pierre, du martyre de Paul, et du

massacre général des chrétiens qui ensanglanta

Rome en 64 et dont Tacite dira qu'il émut de pitié les païens mêmes, encore qu'ils tinssent les chrétiens pour dignesdes dernières rigueurs, — comme sice souvenir n’eût pas dû émouvoir l’impassible érudit qu'on voudrait qu'ait été saint Luc?

Toutefois cette « vieille opinion ecclésiastique » souffre une difficulté. Étant donné queles discours de Jésus n’ont pas été sténographiés sur-le-champ, mais qu'ils sont rapportés par des intermédiaires, et que ces intermédiaires, qui sont — la chose est de foi pour nous, catholiques, — inspirés de Dieu pour cet office, rapportent cependant Les discours de Jésus avec des différences sensibles d'expression, suivant le souci différent qu'ils ont d'être fidèles ou d’être compris, il est possible que la rédaction de certains discours de Jésus; de certaines paraboles notamment ou de certaines prophéties, soit plus près d’être une interprétation. Et c’est ce qui permet de retrouver dans certains discours de Jésus, discours d'une authenticité incontestée, quelque chose comme l'accent et l'expression des témoins qui les ont rapportés. L'application de ce principe, juste en soi, est infiniment délicate en fait. Vous savez ce que c’est que de lire entre les lignes, et combien cet exercice ingénieux peut engendrer de méprises sur les intentions ou les allusions de

celui qui a écrit. Il ne faudrait pas remonter bien haut pour retrouver toute une école critique qui soutenait comme indubitable que la parabole du se=

forgée par des disciples de saint Pierre : ce quiétait… À indubitable à Tübingen, il y a cinquante ans, fait " sourire tous les critiques d'Allemagne à l'heure actuelle, Re Nous voyons affirmer que, « de l'aveu de tous les critiques, le troisième évangile présuppose la ruine VE£ de Jérusalem » (Harnack) : en d’autres termes, que "« dans le troisième évangile il est fait allusion à la ruine de Jérusalem comme à un fait accompli (Luc, à xx1, 20-24). Voici le passage : « Quand vous verrez Jérusalem bloquée par des armées, sachez qu'approche la désolation. Il y aura une grande détresse sur la terre et de la colère sur ce peuple. Et. : ils tomberont au tranchant du glaive, et ils seront. emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée par les gentils, jusqu’à ce que. soient accomplis les temps des gentils. » L'auteur du troisième évangile, en rendant ainsi le discours de Jésus, pensait-il au blocus de Jérusalem par Titus? Voyait-il Jérusalem et le Temple trans-. formés en un champ de décombres, et sur ce … champ de décombres les campements d'une lé

DEUXIÈME BEÇON 43

"M. his af nous serions plus volontiers de ces derniers.

En tout état de cause, supposé que saint Luc a écrit après 62-64 et avant 93, quelle sorte d’évangile lui devons-nous ?

Saint Luc n’a pas écrit pour le populaire, mais pour un ami, un chrétien qui avait dù s’entretenir avec « le cher médecin » de la vie et de l’enseignement de ce Jésus dont quelques maximes avaient suffi peut-être à éveiller en lui-même une âme qu'il ne se connaissait pas. Ce chrétien s'appelait Théophile, et l’évangéliste le qualifie de xedrioros, qui est un qualificatif aristocratique. Le christianisme comptait des fidèles jusque dans le patriciat romain : peut-être ce Théophile était-il un homme de BR haut rang, il était sûrement ce qu'on eût appelé sous l’ancien régime un « homme de qualité ».

”… Et voici ce que saint Lucluiécrit (Luc, 1, 1-4) en Le » son prologue : « Plusieurs ayant déjà essayé de . rédiger le récit des choses accomplies parmi nous, selon ce que nous ont rapporté ceux qui dès le commencement ont été fémoins oculaires et les serviteurs de la parole, j'ai cru bon moi aussi, après avoir | fout examiné avec soin depuis l’origine, de t’en Me une narralion suivie, pour que tu reconnaisses la solidité des enseignements de ceux qui font catéchisé. » Vous reconnaissez là le {ème sur lequel j'ai attiré votre attention : Théophile a

rare

ne

Tr ru ANS Late e

été catéchisé, et le jour où son ami entreprend de mettre en lumière la solidité des enseignements qu'il a reçus, il se contente de rédiger le récit des faits évangéliques comme l’ont transmis les apôtres, les {émoins oculaires, les ministres de la parole. Toute l’autorité de son récit consiste en ce qu'il est fondé sur le témoignage apostolique. Saint Luc se conforme exactement à la méthode de saint Paul

Le kdl 2.20 le ALTER EN

écrivant : « Je vous ai d’abord rapporté ce que j'ai

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recueilli... » Toutefois il y a une différence notable entre saint Luc et saint Paul. Saint Paul rapportera “ ce qu'il a recueilli directement de la voix vivante |

des témoinsimmédiats de Jésus : saint Luc recueille. et met en ordre des récits qu'il trouve pour une part écrits déjà, essais multiples tentés avant lui pour fixer Le témoignage de témoins qui disparaissent maintenant l’un après l’autre. Maints des récits évangéliques sont fixés lorsque Luc en entreprend cette rédaction éclectique et ordonnée qu'il promet à Théophile.

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Son vocabulaire trahit un homme qui a vécu.

dans la familiarité de saint Paul. Le mot « justi= fier », au sens où saint Paul l’a si souvent employé, : et qui ne se retrouve ni chez saint Jean, ni chez . saint Marc, est un niot familier à saint Luc. Son. esprit mieux encore est accordé, — non pas à l'es-” prit étroit qui interpréterait la pensée de Jésus au … sens le plus strictement judaïque, comme vou-”

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draient faire les pharisiens convertis qui entourent Jacques Oblias et perpétueront sa pensée en l’exagérant, — mais bien à cet esprit qui a trouvé en saint Paul son expression la plus éloquente, qui ne connaît plus de distinction de juif, de grec, ni de barbare, mais qui, étendant à toute l'humanité le bénéfice de la justification, en fait le privilège de la foi, et non plus de la naissance. La femme au vase d’albâtre, qui arrose les pieds de Jésus de ses larmes, et qui les essuie avec ses cheveux dénoués, et qui les baise de ses lèvres, et que Jésus absout de toute une vie de péchés en lui disant : Ta foi l'a sauvée (vir, 39-50); — le lépreux samaritain, qui seul de ceux que Jésus a guéris, lui vient témoigner sa reconnaissance, et à qui Jésus dit de même : Ta foi t’a sauvé (xvur, 11-19); — l’enfant prodigue (xv, 11-32) dont le retour à la maison paternelle, après tant de fautes et contre Dieu et contre son père, est accuexili par la miséricordieuse allégresse que vous savez; — l’homme aux cent brebis qui court dans le désert à la recherche dela brebis perdue (xv, #), — le publicain de la parabole (xvur, 9-14); — le bon larron qui se convertit

(xx, 39-43); — le bon samaritain (x, 30-37); —

- voilà des souvenirs et des enseignements recueillis … parsaint Lucseul ; etqui montrent quelle attention il mettait à rappeler que Jésus était venu pour sauver

ce qui était perdu, pour appeler le prodigue, la

notre troisième évangile appartient au publie chré-

impétueuse de Paul ne connaissait pas. Luca réa-. helléniste en son harmonieux récit. Avec lui nous.

pleine gentilité grecque conquise.

Fe

pécheresse, le samaritain, le publicain, le larron, fs sans distinction de race, à participer au royaume

de Dieu.

La conclusion à tirer de ces observations est que.

tien de la gentilité, à ces fidèles qui, d’Antioche à» Rome, avaient accueilli la prédication de saint Paul. Saint Luc, disciple de saint Paul, écrivit un … évangile qui dut beaucoup à Paul et que Paul n’a. peut-être pas lu : son œuvre, œuvre d’érudition

et d’art, a une douceur et une insinuation ingénue, que la véhémence, et la brusquerie et la dialectique

lisé la synthèse de l'esprit galiléen et de l'esprit. ÿ

sommes bien loin de Jérusalem, nous sommes en

Si nous appliquons à l’évangile selon saint Mathieu la méthode d'examen interne que nous avons appliquée à saint Luc, nous ferons les constatations suivantes : 4

Notre évangéliste écrit en grec pour des lecteurs « grecs qui ne savent pas l’hébreu : lorsqu'il rap. pelle la parole d'Isaïe « Vous l’appelerez Emmanuel », il a soin d'expliquer qu'Emmanuel veut dire à

ÉUE éd c ' S

- « Dieu avec nous » (1, 23), ce qui suppose que ses

lecteurs ne l’auraient pas d’eux-mèmes entendu. Mais déjà le fait qu’il est en état d'interpréter ces mots hébreux donne lieu de penser qu’il est juif de naissance, et un juif capable d’entendre le grec autant que l’hébreu : de fait, il cite l'Ancien Testament aussi bien d’après la version grecque des Septante que d'après le texte hébreu. Il connait l'Ancien Testament en homme qui l’a familièrement pratiqué, mieux encore, qui l’a étudié selon la méthode de ces légistes, de ces rabbis, que rencontrait Jésus sur sa route et qu’il complimentait

ironiquement d’avoir la clé de la science, — il est vrai, comme la clé d’une maison où l’on n'entre

pas et que l’on tient fermée à ceux qui voudraient y entrer (Luc, x1, 52). — Notre évangéliste est entré dans la maison, l'Ancien Testament, et aucun évangéliste ne l’a cité plus souvent que lui. ILs’ap-

: EPA .£ A plique, en effet, à souligner dans les événements - de la vie de Jésus, partout, l’accomplissement des

prophéties de l'Ancien Testament. Il ne les représente pas à larges traits, comme notre esprit se plairait à faire : non, ce sont leurs coïncidences

+énues, verbales, que l'évangéliste relève, à la fa-

con des exégètes juifs du temps, pour qui tout est dans tout et surtout dans le moindre point. Le

. constant souci de l’évangéliste est de pouvoir dire

après chaque récit, ou seulement tel détail de ré-

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