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Six lectures sur l'annexion du Canada aux Etats-Unis [microforme]

Ces lectures ou discours ont été lus dans les réunions d’hiver de l’Institut-Canadien, en présence d’auditoires nombreux et choisis. M. Dessaulles cédant aux vœux d’un

rand nombre de ceux qui les avaient entendus, consentit à

es faire publier.

Ce travail aurait déjà pu être reproduit en entier par la presse, si les matières importantes qui en sont le sujet, n’avaient eu qu’un à-propos passager. Mais on verra en le lisant, qu’un travail de ce genre demandait une forme de publication plus durable que celle de la presse.

Une préface qui n’aurait pour objet que celui de faire le panégyrique de l’auteur et de son œuvre, serait ici parfaitement inutile ; car l’auteur de ce livre est déjà dans cette sphère de réputation où les éloges n’ont plus rien que de fade ;—et, si l’œuvre n’était déjà jugée, il suffirait d’y attacher son nom, pour l’entourer de l’engouement du public.

Les A Lin qui ne sont si souvent que des pipeaux industriels pour lancer une entreprise littéraire seraient également des hors-d’œuvres, avec un livre comme celui-ci. Car la spéculation n’en a inspiré ni le travail intellectuel, ni les fatiques de l’impression. De part et d’autre, c’est une œuvie de cœur et de conscience, un sacrifice de longues veilles et de rudes travaux, fait à la patrie. Chez l’auteur, comme chez l’imprimeur, ce livre est un de ces actes de dévouement dont les exemples sont malheureusement rares. ‘

Ainsi donc que ce livre soit répandu dans toutes les classes de la population Canadienne ; qu’il soit lu avec avidité, ce fait est pécuniairement indifférent à tôut le monde ; mais il remplira les vœux les plus ardents, non seulement de ceux qui y ont consacré leurs veilles, mais de tous les véritables amis du pays, qui ont jugé ce travail comme le plus utile qui ait jamais êté accompli pour l’amélioration morale, matérielle et politique de la patrie.

$ C’est là en deux mots, le motif qui a dicté ces quelques

ignes.

Et pour atteindre ce but ; pour faire comprendre l’utilité de lire et de faire lire ces lectures, il suffit d’en expliquer le plan et l’esprit.

Depuis plus de trente ans, la population Canadienne-Fran-

vi PRÉFACE.

çaise gémissait sous un état de choses, sur lequel elle trop n’avait que le controle d’une opposition ce cris et de pleurs ; avai sous un état de choses où les individus et les masses étaient À que condamnés à la nullité poli. 1e, à l’appauvrissement graduel Ang de Pintelligence et de la fortune. Fatiguée d’être gouvernée D

et exploitée par une nationalité rivale, a laquelle lAngleterre épro nous livrait à merci, elle tenta en 1837, de secouer le double lonie joug du gouvernement métropolitain et de sa rivale dans la | tomt colonie. Ce malheureux essai, sans rien changer de sa con- | telle

dition humiliante, eut néanmoins l’eitet de faire reconnaître la justice de ses griefs. Cette reconnaissance se traduisit par la concession du gouvernement dit responsable.

Mais cette concession, qui eut pu remédier à tous les maux dont nous nous plaignions, si elle eut été franche et honnête, uous fut faite à la condition de l’Union des deux Canadas ; c’est-à-dire, à la condition que nous serioris toujours nuls et , sans poids ; parceque l’adjonctioni des deu:t pays nous mettait en face d’une population hostile, numériquement plus faible, mais politiquement plus forte et continuant à nous dominer dans les Chambres par l’inégalité de la représentation.

Cette concession ne changea donc rien dans la condition des masses et ne pouvait qu’enrichir quelques individus, qui, soit par trahison ou par étroitesse de vues, pouvaient à l’avenir se joindre aux oppresseurs de leurs compatriotes.

L’oppression en se couvrant du manteau du patriotisme n’en était donc devenue que plus difficile à combattre et le système de l’exploitation du grand nombre par la minorité, { se consolidait par cette concession. | 1

La population anglaise qui depuis longtemps tirait de si grands profits de l’administration du gouvernement colonial, k. s’emparait insensiblement de presque tout le commerce du pays. Les produits du Canada qui leur passaient presque |

tous par les mains, jouissaient sur les marches anglais du : privilése d’entrer sans payer les droits de douane auxquels 1 étaient assujetiis les produits des autres nations. Les mar- À chands du Canada trouvaient donc, dans cette protection et ce À privilége, une compensation contre le désavantage de ne à

pouvoir vendre sur les marchés américains, qui leur étaient fermés par la ligne douanière qui nous en sépare. La condition des marchands anglais du Canaüa était donc superbe ; maîtres du gouvernement colonial et privilégiés sur le marché de l'Angleterre, ils avaient là deux sources de fo:tune auxquelles puisaient directement ou indirectement tous leurs nationaux. Mais en 1847, l’Angleterre ayant aboli le système fiscal qui taxait les produits des peuples étrangers, sur ses marchés, les exportateurs du Canada se trouvêrent vis-à-vis . de ces peupies dans une égalité ruiseuse, en ce que l’exportation du Canada était heaucoun vlus coûtense que celle des pays limi-

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PREFACE. vii

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u moment que la politique commerciale de Angleterre éprouva ce changement, une des sources de fortune de la colonie disparaissait. Aussi la dépréciation subite dans laquelle tombérent notre commerce et les valeurs immobilières fut telle, qu’elle serait incroyable, si nous n’étions encore si près de cette époque. 5 |

C’était la première fois que la population anglaise ressentait le mal inhérent à tout état colonial. Choyée jusque-là par la mère-patrie, elle avait eu pour la métropole des sentiments d’une loyauté filiale, et elle ne comprenait pas pourquoi nous n’étions pas animés de la même reconnaissance.

Mais les anglais sont les mêmes partout, —et ce n’est certes pas un mauvais compliment à leur faire ;—les anglais ne tiennent aux formes de gouvernement qu’en” autant qu’ils y trouvent des garanties pour la protection de :eurs personnes et de leurs biens. Tant qu’ils trouvent ces garanties, ils ne discutent pas leur attachement au gouvernement ; ils y tiennent, sans se rendre compte si c’est d’un amour platonique ou d’un sentiment intéressé.

Mais dès que ces garanties disparaissent, les anglais 6e définissent à eux-mêmes la loyauté ; et quand c’est loin du sol natal, dans une patrie d’adoption, au milieu de frères et de compatriotes, entourés d’un grand peuple consanguin, qu’ils raisonnent sur ce sentiment, ils en prennent bientôt leur parti.

C’est ce qui est arrivé, lorsque l’inauguration du commerce libre en Angleterre, priva le Canada de la protection dont il jouissait dans les ports anglais. de

Dix ans plus tôt, ils avaient fait un crime aux Canadiens- Français de ne pas apprécier comme eux la domination de Angleterre. Mais ils arborent à présent le drapeau qu’ils ont si cruellement poursuivi et persécuté. Si ce mouvement fût commencé parmi nous, leur vieille haine aurait peut-être dominé le sentiment de l’intérêt et fait crier à la révolte. Mais ils ouvrent eux-mêmes la marche et nous entraînent sur la route de la régénération.

Le temps était donc arrivé où toutes les nuances politiques et nationales allaient enfin se fondre dans la grande et unique pensée de secouer le joug colonial et de prendre notre place parmi les grandes familles humaines. Le temps était venu de discuter froidement les désavantages de l’état colonial et opportunité de changer notre condition politique. Le temps étaît venu de préparer paisiblement une séparation amicale d'avec un grand peuple qui nous avait tenus en tutelle pendant pres d’un siècle, et de préparer un mariage dé con-

viil PRÉFACE,

venance et d’intérêts avec une nation puissante, riche et libre.

Mais pour quelques Canadiens-Français, les circonstances avaient changé. Ce gouvernement responsable qui laissait la masse de la population dans la nullité et l’avilissement, avait répondu aux calculs de ceux qui l’avaient imaginé ; ce

uvernement avait séduit quelques hommes par l’appât de

or et le prestige du pouvoir. L'intérêt de ces hommes n’était plus celui de la masse ; et ce qui pouvait donner le salut, la vie et le bonheur à l4 masse serait devenu la perte de ces hommes aux cœurs petits et à la tête vide.

Alors ces mêmes hommes qui s'étaient mêlés au mouvement insurrectionnel de 1837, se sont mis sur la brèche pour défendre la connexion britannique, contre leurs compatriotes, contre les colons-bretons, contre l’Angleterre ellemême.

L’Angleterre avait souvent déclaré par ses ministres et sa

resse, que la connexion serait amicalement rompue, quand

(A colonie le voudrait ;—elle répétait encore la même chose.

Eh bien, ces déserteurs du camp sont venus crier au

euple qu’il courait à l’échafaud, qu’il courait au-devant du

er et du feu, en demandant une séperation paisible et amicale, dans les termes mêmes que l’Angleterre se disait disposée à accepter.

Le pays était poussé au cri de la séparation par la depression et la misère qui l’étreignaient, par la honte d’une condition politique avilissante, par un système de gouvernement disloqué et pourri dans tons ses détails et son ensemble, par un systême où les gouvernans se corrompaient ufailliblement au contact du pouvoir, où le peuple était perpétuellement leurré et joué.

Eh bien, ces hommes sont venus dire au pays, et l’ont fait répéter par leurs presses et leurs claqueurs, que cette dépression et cette misère étaient imaginaires, que le pays ouissait de la plus grande somme possible de prospérité et ds fouheutr; que notre condition politique était glorieuse et noble ; que notre système de gouvernement était solide et propre aux plus grandes choses ; que ceux de nos hommes publics qui avaient prêté la main au fonctionnement du gouvernement responsable, et eux entre autres, avaient gardé leur intégrité dans l’exercise du pouvoir et que leurs successeurs le pourraient aussi ; que personne n’avait menti au peuple, et que le peuple n’avait été ni leurré ni joué !!

. En demandant la séparation, le peuple avait discuté les avantages d’une annexion avec le puissant peuple qui l’avoisine. Les progrès immenses et en tous genres qui s’étaient opérés et s’accomplissaient tous les jours chez ce grand #éuple, l’état avancé de son éducation, le succès infaiilible e toutes les entreprises publiques et privées, l’accroissement

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PRÉFACE, 1x

rapide et prodigieux de la valeur des propriétés mobilières et immobilières les manufactures qui utilisent tous les cours d’eau américains ; enfin, et pardessus tout, la LIBERTE? politique dans la plus haute et la plus fidèle acception du mot, tout cela s’ofirant à nous en perspective démontrait l’opportunité, la nécessité de l’Annexion. Le peuple voyait dans l’état politique de l’Union Américaine, l’apogée de la grandeur nationale, le plus haut degré de puissance individuelle, toutes les carrières ouvertes à la jeunesse, enfin la clef du bonheur domestique et de la prospérité sociale.

Eh bien, ces hommes qui prétendent n’avoir pas été corrompus par le pouvoir, ces insurgés de 1837, qui avaient maudit l’Angleterre pour la sévérité avec laquelle elle avait réprimé une révolte à main armée provoquée par l’oligarchie éniale, 00 mêmes hommes ont proscrit et persécuté ceux qui émettaient l’opinion que l’Annexion était désirable ; <es mêmes hommes sont venus nier et ont fait nier par leurs presses et leurs valets, les progrès matériels de l’Union Américaine, l’éducation de son peuple, la moralité et le bonheur qui y règnent, les bienfaits de la liberté, l’honneur d’une indépendance nationale, le fait de la liberté individuelle de l’Américain ! !

Le but des lectures de M. Dessaulles est de réduire ces mensonges à leur valeur et de démasquer les fourbes qui les mettent en circulation.

Ce travail, quoique le nerf et le feu de quelques parties !

sembleraient l’indiquer, n’est pas un plaidoyer de parti, qui pour cela n’aurait peut-être na le mérite de l’actualité. Non, c’est une œuvre qui aura dans tous les temps une valeur inappréciable.

*est un Almanach fidèle d’une multitude de faits politiques, administratifs, financiers, industriels et sociaux des Etats-Unis et du Canada. C’est le procès minutieusement fait du gouvernement monarchique et colonial, comparé aux institutions républicaines, telles qu’entendues et mises en pratique aux Etats-Unis.

On y trouvera des statistiques précieuses, par leurs détails et leur fidélité, sur toutes les ressources financières et industrielles, sur les dépenses publiques non seulement du gouvernement fédéral de l’Union et du gouvernement Canadien, mais encore de celui de tous les états séparés. En un mot c’est un million de faits, dans l’ordre politique.

Dans les discussions qui s’élèvent tous les jours entre les individus et les journaux, sur les affaires publiques, on est souvent arrêté par la dénégation d’un fait que l’on affirme exister soit ici, soit aux États-Unis. Avec ce livre, ces questions seront aussi facilement tranchées que celles qui peuvent naître sur le genre ou l’orthographe d’un mot, le sont

. avec l’aide d’un dictionnaire.

x PRÉFACE.

Ce n’est pas seulement au Canada que l'utilité de ce travail pourra être hautement appréciée ; partout où l’étude de l’économic politique est en honneur, on devra reconnaître l'utilité de l’ouvrage de M. Dessaulles.

Re M. De Tocqueville écrivait son admirable livre sur la Démocratie en Amérique, il exprimait presque avec amertume, l’impossibilité où il se trouvait de ne pouvoir compléter son œuvre, vû l’absence de statistiques sur les diverses sources de richesse du peuple Américain. Des trois éléments de la richesse des peuples : la population, les fonds immobiliers et les biens mobiliers, il n’avait pu appercevoir que le premier, dans le dénombrement fait sous la direction immédiate du gouvernement Américain. Les deux derniers : les fonds immobiliers et les biens mobiliers avaient échappé a ses recherches. Cet écrivain attribuait alors l’absence de statistique au fait qu’on la cultivait peu aux Etats-Unis, parce qu’il ne s’y rencontrait personne qui eût la faculté de réunir des documents ou le temps de les parcourir.

. Nous ignorons on tr quel point l’essertion que la statistique n’était point cultivée, pouvait être vraie, il y a douze à

quinze ans ; mais ce qui est incontestable aujourd’hui, c’est

u’on pourrait plutôt se plaindre de la surabondance des statistiques de tout genre. Il ne restait plus aujourd’hui que la difficulté de parcourir une immense quantité de documents épars, sur chacun des états de l’Union Américaine, afin d’en

faire un tout.

C’est néanmoins à ce résultat qu’ont tendu les recherches et les études de M. Dessaulles, et c’est avec non moins de bonheur que de courage qu’il a accompli cette rude tâche.

Aussi nous osons le dire, ce livre honore tout-à-la-fois et l’auteur et son pays : il peut jusqu’à un certain point servir de complémeut à l’œuvre de M. De Tocqueville ;—et nous sommes convaincus que ce célèbre écrivain n’en désavouerait pas la parenté.

De quelque croyance politique que soit le Canadien ;—qu’il soit républicain de cœur et d’action ou qu’il soit forcé, pour les besoins passagers de parti, à prendre les déguisements d’un monarchiste, les enseign ments qu’il pourra puiser dans ces léctures, ont pour tout le monde une portée éminemment utile.

Aussi nous ne saurions trop en recommander la lecture.

De l’aveu de tout le monde, nous marchons rapidement . vérs un changement radical dans nos institutions politiques.

Les uns, peut-être trompés par l’ardeur de leurs vœux comptent déjà les jours du règne colonial.

Les autres, plus indifférents sur les affaires publiques et assez calmes pour ne compter les évènements que du jour au

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PRÉFACE. xi

iendemain, voient aussi dans un horison plus lointain, la fin de notre servage.

Mais les derniers comme les premiers, tous les colons enfin, se sentent au sein d’nne atmosphère politique et sous la pression d’idées qui doivent immédiatement déterminer une crise dans nos institutions. Notre régime colonial lui-même doit subir une transformation immense, par les institutions électives qui s’infiltrent parmi nous et qui semblent s’emparer de nous, plutôt que se laisser conquérir.

L’argument de ceux qui n’en ont pas d’autres, contre l’introduction des institutions libres dans le Canada, est que notre population n’est pas prête, par son éducation politique,

à user sagement et utilement de ces institutions.

Sans attacher aucune valeur à cet argument, tous les bons citoyens doivent avoir à cœur de le ruiner dans ce qu’il peut avoir de spécieux. Or le meilleur moyen d’y parvenir est de répandre partout des notions précises, claires et détaillées sur notre état politique, comparé à celui du peuple le plus éclairé en fait de gouvernement.

C’est ainsi qu’on peut ge pr le peuple à passer, sans secousse, au nouvel état de choses, qui se fait pressentir, par des signes non équivoques, dans la tendance générale des esprits chez les hommes publics de tous les partis.

Que ceux qui savent livre, méditent donc attentivement | chacune de ces lectures et qu’ils les lisent à ceux qui n’ont ! pas l’avantage de pouvoir le faire par eux-mêmes.

Pour notre part, nous sommes glorieux de pouvoir prêter un ! faible concours à une œuvre qui est si grosse d’heureux résultats pour le pays, si elle est répandue et étudiée.

JoszpH DourTrs.

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