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häbittellement en conflit: Le gouvernement responsable n°84
donc pas, dans là pratique, ce qu’il fait profession d’être. Il:
west donc pas possible que son action ait été salutaire au point de vue moral, car au lieu de donner au peuple des idées exactes sur ses droits, sur la pratique gouvernementale, il n’a pas eu d'autre effet que de fausser, chez le peuple du pays, la notion du droit et conséquemment la notion du devoir.
Ainsi le peuple croit fermement que l’Angleterre a le droit de nous imposer ses gouverneurs : pour lui, le fait actuel, maintenu par. la force physique, représente le droit. sait pas qu’en lui imposant « velontés, l’Angleterre viole, à son égard, le droit naturel: :ié:xit du devoir de ses mandataires de ne pas le laisser Cans l'‘snorance sur un point aussi vital! Eh hien, depuis que le gouvernement responsable existe, au lieu de jui inculquer la notion de sa souveraineté native, inaliénable, on lui a fait regarder comme des faveurs les concessions de l’Angleterre : on lui a dit qu’il devait témoigner de la reconna'ssance à ceux qui lui accordaient le divième de ce qu’il avait droit d’obtenir !!
Messieurs, en fait de droits politiques, ce qu’un peuple n’a pas actuellemeut, on le lui doit; ce qu’il obtient lui appaitenait d’avance et il ne doit nullement de la gratitude à ceux qui lui rendent son bien après des années de résistance intéressée !! Ceux qui, sachant cela, ne l’en avertissent pas sont nécessairement des hommes politiques corrompus.
Or ce n’est pas sous un systême qui a sa base dans la vio-
lation des droits généraux du pays que le peuple peut acqué-
rir des notions exactes sur les véritables institutions représentatives qui sont l’opposé de ce système.
: Ce n’est pas dans la négation pratique de la démocratie qu’un peuple peut puiser des notions démocratiques !
Prétendre former le peuple du pays aux institutions répu-
blicaines au moyen du systême actuel, c’est essayer der pré-.
parer un élève à la prêtrise en lui faisant étudier Voltaire ! !
Si encore le système seul était défectueux : si les hommes,
qui l’ont fait fonctionner avaient été des démocrates sincères, éclairés ; s’ils avaient vraiment montré l'intention de parer à ses inconvénients et de mettre le peuple eu garde contre ses dangers, il n’eût peut-être pas été impossible de tirer quelque bien même d’une source infectée !
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Mais, voyons, qu'ont fait, depuis dix ans, ces ministres qui ont la prétention de nous former aux institutions démocratiques ? Quelles ont été leurs tendances, leur tactique? Quels ont été leurs actes ?
Nous les avons vus, quand ils étaient dans l’opposition, blâmer avec une énergie voisine de la violence, le ministère Draper, parcequ’il avait placé son chef sur le banc des juges. C'était, disaient-ils, se moquer de l’opinion publique ; violer l’esprit du gouvernement responsable.
Trois mois plus tard, ils sont appelés au pouvoir ; eh bien, ils font heaucoup plus que le ministère Draper n’avait osé faire et au lieu de ne nommer juge qu’un seul d’entre eux, ils en nomment trois dans l’espace d’une année ! !
Vous voyez que la menace de rétaliation qu’ils ont dernièrement faite aux Etats-Unis avait des précédents! C’était avec eux une vieille pratique !
Nous les avons vus violer impudemment l’esprit du gouvernement responsable; —c’est-a-dire de cette institution là même qu’ils prônaient dans tous leurs discours et dans tous leurs journaux, et qu’ils donnaient comme leur seule règle de conduite—en s’adjoignant des collègues sans se soucier le moins du monde de les faire approuver par un collège électoral ! !
Nous les avons vus augmenter, par tous les moyens en leur pouvoir, les prérogatives de la couronne, et restreindre systématiquement les droits et privilèges de la législature !!
Nous les avons vus s’opposer à ce que le principe électif fut. appliqué à l’une des chambres législatives, et donner cette incroyable raison, que cette réforme n’était pas nécessaire sous le gouvernement responsable ! !
Nous les avons vus s’opposer à ce que les officiers-rapporteurs fussent élus par le peuple, parcequ’il n’était pas assez éclairé pour faire de bons choix ! ! ! (1)
- Nous les avons vus restreindre le droit d’éligibilité en maintenant la qualification électorale !
- Nous les avons vus conserver religieusement les bourgs pourris du Haut-Canada !!!
(1) 11 parait que le peuple n’est éclairé qu'au moment où il fait choix de mandataires qui l’insultent à plaisir quand les élections sont encore éloignées ?
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Nous les avons vus proposer un systême de représentation qui, par le fait même qu’il établissait l’égalité dans les chiffres, eonsacrait l’inégalité dans les droits ! !
Nous les avons vus refuser l'initiative aux membres de l’assemblée ! ! |
Nous les avons vus combattre violemment la proposition de priver les membres de la législature de la faculté d’être nommés aux emplois lucratifs avant l’expiration de leur mandat !!
Le fait le plus saillant de la politique de ces ministres qui ont la prétention de nous former à la pratique des institutions démocratiques, est donc la réaction formelle, préméditée, contre les principes démocratiques !
Ces hommes qui se mettent sur les rangs comme professeurs de libéralisme, sont done, à l’heure qu’il est, de serviles professeurs d’absolutisme ! !
Tout en se prétendant libéraux, ils ont donc prouvé, par leurs actes, qu’en politique, ils étaient réellement DES TO- RIES !
“Grattez le Russe, disait Napoléon, et vous aurez le Tartare :””’ Eh bien, grattez un peu toutes nos épidermes ministérielles, et je vous le jure, Messieurs, vous allez découvrir le plus pur torysme ! !
Il y a donc quatre-vingt dix-neuf chances sur cent, que des libéraux de cette trempe, au lieu de favoriser le progrès des idées libérales, feront tout en leur pouvoir pour l’entraver.
Messieurs, ce n’est ni sous un pareil système, ni sous de tels hommes, que le pays acquerra l’éducation politique qui lui manque encore !
Ce n’est pas chez les hommes qui ont substitué l’esprit négatif à l’esprit de progrès, l’intrigue à la droiture, la tactique au courage, la cupidité au devoir, l’intérêt à la conscience, que nous trouverons cet esprit d’indépendance, ce respect de
soi-même, ce sincère amour du pays, qui caractérise les hom-
mes vraiment honnêtes, vraiment patriotes !!
Pour ces gens, gouverner n’était rien autre chose que conserver le pouvoir à tout prix !!
Le pays ne flétrira jamais assez cette “ politique sans prin- “ cipe et sans drapeau, toute de petits moyens, d’expédients, ‘6 d’apparences ; qui, tâtonnant toujours, n’atteint aucun ré-
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‘6 sultat satisfaisant ni honorable ; qui fomente l’incertitude ‘ dans les esprits, qui exploite la faiblesse des caractères, qui ‘ aggrave ce défaut de consistence, d’énergie, de persévé- ‘ rance qui nullifie, démoralise les individus, et déshonore le ‘ pouvoir !?? (Gurzor.)
Est-il possible de croire que trente membres libéraux du Bas-Canada sur l’indépendance et les lumières desquels nous comptions il y a trois ans, aient tous vu, dans les mesures ministérielles, des tendances démocratiques ?
Est-il possible de croire que l’extension indéfinie du patronage, la restriction des droits et privilèges de la Chambre, le maintien de la qualification électorale, le refus de l’application du principe électif au conseil législatif, le refus de l’initiative aux membres de l’Assemblée, l’opposition décidée à la réduction des salaires, aient paru à chacun de ces trente mandataires autant de témoignages de libéralisme donnés par les hommes du pouvoir ?
Je vous le demande, Messieurs, cela est-il croyable ?
Non sans doute ; et il est évident que ces trente hommes qui sont presque tous éclairés, et qui, jusqu’à 1848, ont toujours demandé la contre partie des mesures qu’ils ont votées depuis, ont du faire violence à leurs convictions intimes, ont du rester sourds aux appels de leur conscience, pour se mettre aussi formellement en contradiction avec eux-mêmes, pour renier leur passé ! | -
Nous ne voulons pas d’une éducation politique venant d’une telle source !
Ces trente hommes qui paraissent tenir si fort à prolonger, à perpétuer peut-être la domination étrangère sur leur pays, l’histoire leur réserve une mention flétrissante.
Elle leur assignera une place d’opprobre ! Elle les mettra à côté, et probablement au-dessous des membres de ce parlement Irlandais qui a consenti à l’Union législative de l’Irlande et de l’Angleterre ! Car les membres Irlandais avaient au moins pour prétextes le voisinage immédiat, les relations de commerce, d’anciennes habitudes, la constitution de la propriété, l’impossibilité de secouer le joug ou de changer de maître, l’influence peut-être salutaire d’un rapprochement ; l’espoir de faire entendre leur voix, de retracer les malheurs de leur pâtrie dans l’enceinte du grand conseil uational de
leurs oppresseurs ! Il y avait même, dans cette perspective; quelque chose de flatteur pour leur amour propre qui pou: vait leur faire illusion jusqu’à leur faire espérer quelque bien de leur complaisance.
Mais en Canada, aucunes de ces raisons n’existent ; la métropole est à une distance immense ; ses institutions sont inapplicables ici ; le fait seul de la domination est un obstacle au progrès industriel ; les institutions républicaines sunt éyidemment les seules possibles en Amérique! Quoi donc a pu déterminer ces hommes qui avaient mission de défendre également nos droits naturels et nos droits politiques à ne tenir aucun compte de cette mission et à répudier leur mandat ?
Messieurs, c’est la vanité, c’es l’ambition, c’est l’égoïsme !
Quelques-uns ont cédé à des influences individuelles, à de séduisantes obsessions ; quelques autres se sont laissés prendre aux commérages de coterie : le plus grand nombre a cédé à la corruption administrative qui se pratique dans ce pays, sur une plus grande échelle et avec plus d’impudeur que dans aucun autre pays.
On lit, dans une antique légende provençale, qu’il existait, dans le diocèse d’Uzès, une source que l’on fesait tarir en y jetant quelque chose de sale ; l’expérience des trois dernières années nous a assez fait voir que, sous ie gouvernement responsable, les consciences ne sont plus aussi susceptibles !!
Ces conséquences déplorables étaient les résultats nécessaires du systême illogique, absurde, que l’on à composé au pays! Nos mandataires ont été tellement dominés par ce système que non seulement ils ont pu défendre nos droits, mais qu’il ne leur a pas même été possible de se mettre à couvert du déshonneur, que l’histoire leur jettera à pleines mains ; car elle aussi a ses gémonies !!
Ils ont voulu sauver un malade en lui administrant le poison à fortes doses! L’effet du poison est évident, contasté ; et l’on nous dit: “ Continuez, cela vous guérira ! ! ”
Le remède a tué la tête, et l’on nous dit : “ Redoublez, cela ‘ sauvera le corps! !?
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. Messieurs, il y a pourtant un moyen bien plus facile, bien plus direct, bien plus certain de former un peuple aux institutions républicaines ; c’est de les lui donner!
Toutes les fictions constitutionnelles imaginables ne peuvent jamais tenir lieu de la vérité, du droit, du bon sens!
En Angleterre où il fallait faire concorder deux principes opposés : où l’on voulait mettre sur un pied d'égalité, l’individu et la communauté, la partie et le tout ; où l’on voulait faire resplendir également l’ombre et la réalité ; où l’on vou ait enfin concilier ce qui, de tou: temps, a été inconciliable, le oui et le non, le vrai et le faux, la souveraineté d’un homme avec la souveraineté d’un peuple : il fallait bien avoir recours à ces fictions, car on ne pouvait pas faire accepter des anomalies grossières sans violer la logique dans les institutions
Résurmez cet ensemble d’idées traditionnelles, de concessions, d’empiétations, de coutumes, de précédents qui sont le fonds et la forme de la constitution Anglaise, eh bien, qu'y trouvez vous? Un rendez-vous de contre sens ; une enrégi
mentation de principes contradictoires ; nn combat perpétue! du droit contre le fait.
Cela fonctionne pourtant! Oui, parceqne dans la pratique on ne tient au compte de la théorie; parceque, comme je lai déjà dit, celle-ci détruit invariablement celle-là.
Si l’on voulait rigoureusement et sans modifications appliquer les théories constitutionelles anglaises au fait journalier, à l’administration pratique, la société politique croulerait de suite ; elle ne subsisterait pas deux heures.
Mais en Canada, Messieurs, pourquoi s’obstiner à continuer toutes ces fictions, à pratiquer tous ces détours ?
Pourquoi faire une si prodigiense dépense d'esprit pour n’aboutir qu’à des absurdités ? Pourquoi tenir si fortement à des institutions dont les rouages sont si compliqués, dont le fcnctionnement est si peu compréhensible pour la masse de la population ; à des institutions qui ont été faites pour un autre temps, destinées à une société constituée sur des bases essentiellement différentes ? |
Messieurs, c’est un fait qui ét pas besoin de preuves, que
l’Angleterre, malgré la puisssance de son aristocratie, marche vers la république : ch bien, en Canada, où la frépublique seule est possible, où elle n’a ni intérêts à combattre, ni bouleversements à opérer, il existe des hommes qui lui tournent le dus pour rétrograder en plein régime constitutionnel, qui est synonime de monarchie tempérée ; et qui affirment qu’un excellent moyen pour aller en avant, c’est de marcher à reculons !!!
Enfin, Massieus, j'en viens à une dernière objection, la moins raisonnable de toutes peut-être, ce qui ne l’empêche pas de faire de j’effet sur bien des esprits.
Eh bien,’? nous disent ces gens, quand traqnés d’objections en objections, ils finissent par avouer qu’en effet il y a bien quelques raisons plausibles en faveur de l’annexion, ‘ eh bien, tout cela serait-il vrai, il reste encore une raison ‘ péremptoire contre l’annexion; c’est la perte certaine, ja ‘ destruction inévitable de la nationalité canadienne ; et puis ‘ qui sait si la religion se maintiendra; qui sait sielle ne ‘€ sera pas persécutée ? ??
Cette objection encore est inspirée par la peurde l’inconnu» l'ignorance du passé et du présent ; elle prouve de l’irréflexion sinon de la mauvaise foi.
Messieurs, qu’on suive l’histoire de la politique Anglaise en Canada depuis cinquante ans ! l’intention de nullifier, de faire disparaître les Canadiens-Français, ne perce-t-elle pas a chaque acte administratif ; à chacune des modifications qui ont été faites à nos différents sytêmes politiques par le gouvernement métropolitain ? Ne perce-t-elle pas dans chaque dépéche, dans chaque rapport fait aux autorités impériales ? Avant 1837, le bureau colonial n’a-t-il pas censuré les deux seuls gouverneurs qui eussent témoigné de la sympathie, montré le désir sincère de rendre iustice aux habitants du pays ?
En 1842, Sir Charles Bagot n’a-t-il pas été brutalement réprimandé par lord Stanley, parcequ’il avait agi en honnête homme ? On prétend même que c’est à cela en grande partie qu’il faut attribuer sa mort !
N’a-t-on pas, dés 1822, esayé de nous imposer l’Union, afin de nous affaiblir ? Et cela à la suite presqu’immédiate d’une guerre étrangère où nous ayions eu le malheut de faire triom-
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