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sorte ! Un peu de désintéressement, un peu d’esprit public, un peu de fermeté, un peu de sentiment d’honneur national, un peu de compréhension de la position, des besoins et des destinées du pays, et nous étions maitres de la situation !!
Rien de tout cela n’a été compris par ces hommes qui ont l’air de n’être NOS CHEFS qu’à la condition d’être en queue et non d’être en tête !!
Rien de tout cela n’a été senti par ces momies du passé, ces restes d’une eutre époque et d’un autre systême, ce vénérable assemblage d’antiquailles à précédents anglais !!
Ces hommes avaient un grand et noble rôle à jouer !
Il était en leur pouvoir de hâter le jour où l’indépenüance luira enfin sur leur pays; mais ils ont trouvé bien plus beau ‘de se faire les Cebères du régime colonial ; de mordre niaisement tous ceux.qui découvraient quelque chose au-delà de leur petit empire intellectuel ! !
Ils appartenaient à cette catégorie d’esprits qui vous croient perdu, si vous dépassez leur frontière.
Messieurs, je ne crois pas que le pays ait été démoralisé par ces hommes et leur système, au point de repousser aujourd’hui en majorité, ce qu’il réclamait à l’unanimité il y a douze ans. Le peuple n’a pas pu changer ainsi du tout au tout ! L’ambition, les prétentions personnelles ne montent as jusqu’à lui !
La corruption administrative ne saurait l’atteindre.
Il ne peut pas avoir oublié son ancien mot d’ordre : % droits égaux, justice égale.” Les individus peuvent changer, mais les masses n’ont jamais d’intérêt à trouver mauvais aujourd’hui ce qu’elles savaient être utile et juste hier.
D'ailleurs, si on a réussi à faire croire à bien des gens que nous jouissions d’institutions aussi libres que celles des Etats- Unis, il n’est pas possible de persuader aussi facilement à un pays comparativement pauvre et sans industrie qu’il n’a rien à envier à un pays quatre fois plus riche.
‘ On persuade bien à un sot qu’il est homme d’esprit, et ‘ cela d’autant plus aisément qu’il est plus sot; mais on ne
‘ persuade pas de même à un pauvre qu’il ne manque de rien.” (DE LAMENNAIS.)
Or, Messieurs, il est un fait que tout le monde voit, que tout le monde sent, qui domine tous lés autres faits ; un fait
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qui explique le passé et le présent et qui indique très clairement l’avenir du pays, c’est le manque absolu de capitaux, c’est l’état de prostration complète dans lequel se trouve le Canada au point de vue de la prospérité commerciale ou industrielle.
On a beau vouloir se faire illusion; nos législateurs ont beau se renvoyer, d’un côté à l’autre de la chambre, de plates félicitations sur les ressources actuelles et les progrès prochains du pays, tout cela n’empêche pas qu’aujourd’hui la gêne ne soit universelle ; dans le commerce parceque les banques n’osent pas escompter ; chez les propriétaires parceque la propriété est si dépréciée qu’un capitaliste ne consent à prêter de l’argent que sur des garanties qui décuplent en valeur les sommes prêtées.
Messieurs, il y a probablement aujourd’hui dans les banques de Montréal une somme de £5 ou 600,000 en dépot ; eh bien quel est le cri général, dans le pays? Celui-ci: “Il n’y a pas d’argent, il n’est pas possible d’en trouver.” Et cela est vrai, il n’y en a pas dans le marché. Pourquoi cela ? Parceque la confiance est détruite.
Pourquoi la confiance est-elle détruite ?
Parceque les maisons qui, dans Montréal, se louaient £400 il y a quatre ans se louent maintenant pour £100 ou 150 au plus : parceque, dans les campagnes, les propriétés qui se vendent par autorité de justice ne rapportent généralement que le quart ou le tiers de leur valeur réelle, et souvent beaucoup moins : parceque qu’une propriété, soit à la campagne, soit à la ville, qui donne £350 de revenu et qui en vaut par conséquent au moins £5,000 en capital trouve très diffcilelement un acheteur à une mise à prix de £2,500.
Est-ce là ce qu’on appelle de la prospérité ?
Et puis, Messieurs, ne savons-nous pas tous que ceux qui empruntent à 6 pour 100 forment l’exception et que ceux qui empruntent à 12 et 15 pour 100 forment la règle générale ? (1)
Y a-t-il exagération à affirmer que chacun de ceux qui sont dans cette salle connait très probablement. un ou deux propriétaires réputés à l’aise qui cherchent de l’argent et n’en peuvent pas trouver ?
N’est-il pas à la connaissance d’un grand nombre d’entre
.. (1) Il va sans dire que cette phrase ne s'applique qu'à ceux qui
n’empruntent pas des banques,
su TUE ce
vous que dans les campagnes en général, le taux commun de l'intérêt, entre cultivateurs, excède ordinairement 25 pour 100 et que les prêts à 50 pour 100 ne sont pas rares ?
Maintenant passez aux Etats-Unis ; et vous y verrez des capitaux en abondance, les transactions faciles, la propriété ayant une valeur stable et à l’abri des fluctuations qu’elle éprouve ici.
Là les capitalistes, les prêteurs se donnent autant de mal pour placer leur argent qu’ici les emprunteurs pour en trouver !!
Là l’homme qui a besoin d’argent en trouve, sans diffculté, sur des garanties avec lesquelles il est de toute impossibilité de s’en procurer ici.
Enfin, Messieurs, il est venwen ma connaissance, ces jours derniers, un fait qui est plus concluant qne tout ce que j’ai eu l’honneur de vous dire jusqu’à présent, et qui prouve à lévidence combien sont erronnées, combien sont malhonnêtes, les assertions répétées à satiété par les journaux et J+s partisans du régime colonial ; “que le Canada peut se regarder comme ‘ étant sous presque tous les rapports, sur un pied d'égalité ‘€ parfaite avec les Etats-Unis.??
Dernièrement un lot de terre d’environ deux cents arpents en superficie s’est vendu dans le voisinage d’Odeltown. Il était divisé à peu près par moitié par la ligne entre les Etats- Unis et le Canada.
La partie qui est en Canada, et sur laquelle sont construites une bonne maison de ferme et ses dépendances, s’est vendue QUINZE PIASTRES L’ARPENT, améliorations comprises : la partie qui 5e trouve dans les Etats-Unis et sur laquelle aucunes constructions n’existent, s’est vendue TRENTE SIX PIASTRES L’ARPENT ; et néanmoins la valeur intrinsèque du sol était la même dans les deux parties !!
Est-il besoin d’autre chose pour démontrer et expliquer l’abondance des capitaux dans les Etats-Unis, et leur rareté ici ?
Eh bien, Messieurs, si tout le monde ne sait pas encore que notre gouvernement responsabie n’est qu’une mauvaise parodie, un absurde replâtrage des institutions constitutionnelles de l’Angleterre, tout le monde se ressent de la dépréciation de la propriété et de la rareté des capitaux ; tout le
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monde souffre ; et comme cet état de malaise général ne peut être amélioré ou détruit sans retour que par L'ANNEXION : AUX ETATS-UNIS, il n’est pas possible que la voix des
intérêts généraux du pays ne fasse pas disparaitre d’ici à peu
de temps la voix des intérêts individuels ou de coterie qui
se liguent contre l’avenir parceque le présent les enrichit.
Les annexionnistes au moins se sont ralliés à une grande question d’intérêt national ; les anti-annnexionnistes se groupent autour des prétentions personnelles ; de ce foyer de petite activité, de jalousie, d’intrigues, d’avidité, de concupiscences qui s’appelie le gouvernement responsable ! ! Et tout cela pourtant se résume en quatre mots : ‘ Faiblesse, dis- ‘ crédit, nullité, corruption.??
J’avais espéré, Messieurs, pouvoir renfermer dans le cadre de cette lecture quelques observations un peu approfondies : sur le systéme général d’éducation suivi dans le pays, qui’ est beaucoup plus qu’on ne le croit généralement, la cause de notre état «l’infériori.é relative ; mais en travaillant ce sujet, j’ai vu qu'il était beaucoup trop étendu pour être rerfermé dans d’aussi étroites limites. Je vais donc me cor tenter, pour ce soir, de vous exprimer quelques observations générales sur lesquelles je târherai de revenir une autre fois.
L’e.. ‘gnement de nos colléges,—qui peut bien être suffisant pour l’objet spécial que l’on y désire atteindre,—ne: touche à presque rien de ce que les enfants auront le plus de besoin de savoir quand ils seront devenus citoyens ; quand ils auront pris, däns la société politique, la place qui leur est destinée.
L'organisation politique est le principe vital des nationt lités ; c’est le 110de d’existence des peuples; on n’en dit pas un mot aux élèves! ! Ils n’ont pas l’idée de la division des pouvoirs, ou des attributions d’un gouverneur, d’un ministère, d’une chambre basse et d’une chambre haute; mais par exemple on leur fait lire autant que possible les ouvrages où la royauté est pronée comme l’crganisation voulue ; par Dieu ; la démocratie comme celle résultant des révolutions ; résultant conséquemment de la violation des lois providentielles ; n°’étant conséquemment rien autre chose que l’œuvre des passions des masses, le triste effet des aberrations ins
pirées aux peuples par le démon de l’orgueil ; d’où il suit nécessairement que loin de procurer: aux peuples le bien-être matériel et moral, elle est infailliblement pour eux une source féconde de malheurs et de catastrophes.
Les lois sont la définition des droits individuels, l’expression des devoirs sociaux ; on n’en donne pas aux élèves la plus légère idée.
Les professeurs sont des hommes totalement étrangers à la carrière que les élèves vont parcourir, et qui, souvent ne connaissent la société que parce qu’ils en apprennent au confessional; moyen aui, à mon avis, leur en donne souvent des notions très fausses.
Etrangers à l’esprit de leur siècle, ou en hostilité directe avec lui, ils appartiennent par leur position, leur genre de vie et leurs études à un autre âge. Tout ce qui est nouveau les effraie ! Tout ce qui ne date pas de deux cents ans leur paraît tendre à détruire la religion! Ils n’aiment et n’admirent que le passé, et encore le connaissent-ils mal: quand à l’avenir, ils n’y voient que dangers, bouleversements, ravages de l’impiété, combinaison de l’enfer.
Les règlements de nos collèges sont encore modelés, le plus souvent copiés textuellement sur ceux des petits sémihaires français du dix-septième siècle ; époque à laquelle les coutumes, les habitudes sociales, l’association d’idées générales étaient essentiellement différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui. Le fonds du programme classique est resté le même, il n’y a que les accessoires de changés. En un mot, à voir comment les choses marchent, on serait tenté de croire & que l’enseignement est une pure affaire de routine et non 6 de raison et d’observation.”’—(Gasc) ‘On croit cultiver € l'esprit des enfants et exercer leur jugement en chargeant 6€ leur mémoire ou plutôt en l’obsédant de mots qu’ils ne com- ‘ prennent pas, qui n’éveillent pas en eux le désir d’acquérir € la connaissance de leur signification :””’ (Gasc) ou bien encore on surcharge leur intelligence d’idées qui ne s’appliquent à rien de ce qu’ils ont vu dans la famille ou la société, et conséquemment à rien de ce qui peut exciter leur attention ou captiver leurs sympathies.
Au lieu d’aviver chez eux la curiosité, on la tue.
On classe dans leur mémoire toute une nomenclature de
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mots latins dont ils ignorent le plus souvent le sens exact et qu’il leur est conséquemment impossible d’appiiquer juste ; de là des contresens, de là conséquenmment des peesums. Très souvent, dans les explications qu’on leur donne, rien n’est à leur portée, rien n’est tangible à leur intelligence, rien n’est propre à fixer fortement leur attention. Une difficulté métaphysique se résout par une réponse évasive qui, le plus souvent, renferme une autre difficulté métaphysique.
L’étude devrait être pour les enïants un plaisir, —et c’est là le seul moyen de.la leur faire aimer ; eh bien, elle n’est ordinairement pour eux qu’un labeur pénible, un ennui, une fatigue morale.
On leur fait étudier à fond les langues mortes, devenues cormaparativement inutiles ; on leur fait à peine efHeurer jies langues vivantes, devenues nécessaires! Celle que l’on étudi- le moins, au collège, c’est sa langue naturelle, précisément celle qui devrait faire l’étude de toute la vie!!
Sous l’empire des institutions démocratiques ou constitutionnelles, l’art de la parole est presque une condition sinè quà non d'influence politique : cet art est complètement négligé.
Sous le prétexte de les préserver du mal, on tient les jeunes gens dans une séquestration morale absolue ; on les laisse dans une ignorance complète de ce qui se passe dans le monde, En principe général, toute idée qui vient de l’extérieur est regardée comme dangereuse ; toute idée qui est en opposition avec celles que le professeur s’est formées est décidemment mauvaise.
: Vingt-neuf sur trente des élèves d’un collège sont destinés à entrer dans le monde ; eh bien, comment leur représente-ton ce monde auquel ils sont destinés? Comme un lieu de perdition où tout est mauvais, où tout est danger !
Dans les leçons, dans les exhortations surtout, on ne le leur présente que sous son plus mauvais côté : ils ont vingtneuf chances sur trente de s’y perdre.
‘Aussi, ne redoute-t-on rien autant, dans les collèges, que le moindre contact, de la part des élèves, avec ce qu’on appelle le monde. Les réumons d’amis, les plaisirs paisibles de la société sont le plus souvent regardés par les sunérir-
comme des sujets habituels de scandale, des occasions de chûte,
On multiplie les prohibitions, les contraintes, et l’on ne fait pas attention que les privations rendent les désirs plus vifs, plus violents, les besoins plus irrésistibles. Mille choses qui sont sans conséquence pour celui qui en a l’habitude, possèdent des attraits infinis pour l’enfant qui n’en jouit jamais. S’il les connaissait mieux, il les désirerait moins, éprouverait moins de ce que l’on peut appeler des tentations mondaines, et se livrerait davantage à l’étude.
L'horame est destiné à jouir de la société de la femme.
Homme fait, elle est sa compagne nécessaire ; jeune homme, 8a compagnie la plus agréable quoiqu’on en dise; enfant, son guide le plus sûr et le plus désintéressé.
Ce n’est que dans la société des femmes que l’on trouve tont-à-la-fois l’élégance dans les manières, la délicatesse dens les procédés, ce qu’on appelle en un mot, le savoir vivre, le bon ton. Ce n’est surtout que dans la société des femmes, -æt voilà ce que l’on me paraît ignorer totalement dans les collèges, —que l’on acquiert la décence parfaite dans les conversatior.s et les sentiments !
L'homme dont la jeunesse se sera écoulée au milieu d’une société respectable, quand même :àl aurait eu des relations habituelles avec des femmes de born ton, vaudra invariablement mieux que celui qui les aura constamment evitées. Il fera plus facilement et plus tôt son chemin dans le monde, car la société des femmes donne tout-à-la-fois plus d’aisance aux manières, plus de finesse, d’aplomh, de perspicacité et d’éteudue à l’esprit.
Je ne prétends nullement qu’il faille lancer les élèves d’un collège dans la fréquentation journalière de la société, car cela serait l’excès opposé à celui que je blâme ; mais je crois qu’on leur ferait plus de bien en leur permettant quelquefois de s’y mêler; en leur procurant, à titre de récompense, la jouissance de quelques uns de ses plaisirs. Cela serait peutêtre un moyen d’émulation beaucoup plus puissant que les petites récompenses de clof re qu’on leur distribue, souvent avec une singulière parcimonie.
L'élève de collège en général voit trop rarement sa famille. Un enfant n’y doit aiier qu’une fois par mois, pourvu qu’elle
réside ‘€ can collèg récrés vent, jeune sa pa entre On la pré minut que a!
Rie cardir est un 'ou de l’e L’a rien, € par fo péché a vue Un fait su quefoi on le] injuste Tou nérale sujétio Voilà Avec Dan religie de l’& écoles ‘€ que ‘ cler, ‘€ veill ‘ dire,
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réside dans la paroisse où eat aitué le collège, 4 On ni chis ‘ cane, en quelque sorte, ln maison paternelle.’ (GASC) Au collège, on lui permet de voir, sans difficulté, aux heures de récréation, son père ou sa mère; mais sa sœur, pas trop souvent, jamais une parente ou une amie de famille, si elle est jeune ; l’amie de famille parceqr’elle n’est pas sa parente ; sa parente parcequ’une certaine familiarité est dangereuse entre jeunes gens !!
On fait, en un mot, à des enfants qui ne sont pas destinés à la prêtrise, une vie de petit séminaire ; on les façonne à de minutieuses règles, à des exigences multipliées, je dirais presque au jong monastique.
Rien rest si beau que lobéissance passive ; voilà la vertu cardinale de l’écolier! quant à l’obéissance raisonnée, elle est un acheminement à l’orgneil !
‘l'oute prétention au libre-arbitre moral, à l’indépendance de l’esprit ou du caractère s’appelle du Voltairianisme.
L'autorité est tout et ne se t'ompe jamais ; l’individu n’est rien, et doit avoir uno foi aveugle dans l’autorité. Est-elle par fois, et je dirai aussi par exception, immorale, c’est un péché pour l’élève que d’arrêter son esprit sur une faute qu’il a vue commettre à son supérieur.
Un professeur a-t-il été injuste envers un élève et lui a-t-il fait subir une punition imméritée, on réprimande bien quelquefois le professeur, maïs tonjours en secret ; quant à l’élève, on le purit ordinairement pour s’être indigné d’un traitement injuste ! ! +.
Tout ce système, Messieurs, a pour objet, et en règle générale pout résultat, l’amoindrissement de la personralité; la sujétion de l’intelligence, la nuilification morale de Pindividu, Voilà ce qu’on veut, et dans neuf cas sur dix ce qu’on obtient ! Avec cela on conduit le monde !
Dans le moyen âge, où le clergé, ou plutôt quelques ordres religieux seulement, pouvaient prendre en main la direction de l’éducation, il est tout naturel qu’on ait basé le régime des écoles sur celui des monastères. ‘“L’opinion dominante était ‘“ que les laïques n’avaient pas besoin d’instruction, et le ‘ clergé, dont l’ignorance générale a toujours fait la force, ‘ veillait activement à ce que l’instruction fût, pour ainsi ‘ dire, concentrée en lui seul, et ne pensait qu’à former des
«€ prêtres.” (GASC) Aussi, quand forcé par la marche de la civilisution, par les besoins de l’esprit humain et surtout par la nécessité de conserver la direction de l’enseignement, le clergé ouvrit, en dehors des monastères, des écoles destinées aux laïques, eût-il soin de subordonner tout son systéme à cette idée : ‘ Former des prêtres.”?
À une époque où le clergé seul était éclairé, l’éducation cléricale devait paraître évidemment la meilleure qu’on pût donner aux laïques; et d’ailleurs le pape St. Grégoire avait défendu, ‘que les mêmes bouches consacrées aux louanges du Seigneur, s’ouvrissent pour celles de Jupiter ;”? proscrivant par ces paroles toute étude qui n’était pas exclusivement religierse ; tout ce qui s’appelle étude profane.
Aujourd’hui, Messieurs, que tout est changé, les lois, les mœurs, les idées fondamentales, les principes sociaux et politiques ; aujourd’hui que le clergé n’est plus en avant des laïques par le dégré d’instruction ; aujourd’hui que les idées monastiques ne vivent plus que dans les souvenirs, que la vie monacale du moyen âge est réprouvée par la civilisation, il peut paraître étonnant que le clergé reste opiniâtrément attaché a un systême d’enseignement qui a sa base dans un passé qui n’est plus possible et dans un ordre d’idées qui est détruit sans retour ; mais il n’y a rien là, Messieurs, que le naturel pour celui qui a un peu observé et un peu étudié ; car comme le dit avec tant de vérité Benjamin Constant : ‘“ S’il ‘€ est de l’essence de la religion d’être progressive, il est aussi ‘ de l’essence du sacerdoce d’être stationnaire et immobile ‘€ dans l’ordre des idées et des systèmes.”
C’est dans l’immobilité générale qu’est son principe de vie, sa plus infaillible garantie d’influence.
Tout mouvement social est en quelque sorte Pabandon du passé et l’acheminement vers l’avenir. Or l’avenir est l’inconnu; et pour le clergé, l’inconnu c’est le danger; donc tout ce qui mène à cet inconnu doit lui répugner instinctivement.
Messieurs, ce qu’il faut aujourd’hui au pays, c’est un enseignement qui ouvre indistinctement toutes les carrières aux élèves, suivant les goûts, les dispositions, les talents particuliers qu’ils indiquent.
L'éducation rationnelle est l’art de former les hommes
pere parten certair rales « éducat en tota Quai sur l’é termin positio dont il fet du couven peu dé qu’il a les sait lité, il mois 8:
Jaire 8 Ha:
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qu’un ( fondir ; l’histoi enfin i jouet présen selon « d’intér Si C son pa routes, son éd trouve
arche de la surtout par nement, le s destinées systéme à
l’éducation > qu’on pût goire avait x louanges 37? proscri- Jusivement
es lois, les iaux et poavant des le les idées que la vie ilisation, il ment attae dans un ées qui est 1rs, que le tudié ; car ant: “ S'il il est aussi t immobile
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bandon du air est l’iniger ; donc nstinctive-
est un enrrières aux alents par-
es hommes
por eux-mêmes, et pour la société à laquelle ils doivent appartenir ; (Gasc) c’est l’art de donner à l'intelligence une certaine direction qui soit en harmonie avec les idées générales ou les besoins actuels d’un pays. Voilà ce que notre éducation ne fait pas; voilà pourquoi elle est, sinon mauvaise en totalité, au moins très défectueuse.
Quand un jeune homme, après avoir séché pendant dix ans sur l’étude du grec et du latin, se trouve, une fois son cours terminé, lancé sur la ssène du monde, il est dans la même position qu’un voyageur qui aborde en un pays étranger dont il ignore la Jangue. Il se fait souvent à lui-méme l’effet du perroquet Vert-Vert tombant, sans transition, d’un couvent de Visitandines au milieu d’un cercle de voyageurs un peu dégourdis. ,
S’il a un peu d’étendue d’esprit, il s’apperçoit bientôt qu’il a fait fausse route ; que beaucoup de choses qu’il sait, il les sait mal : nue ce qu’il lui faut savoir, sous peine de nullité, il l’ignore complètement ; en un mot il n’est pas six mois sans se convaincre qu’il lui faut de toute nécessité re- Jaire son éducation.
Il a étudié pendant dix ans: sur ces dix années il y en a six qu’il peut presque considérer comme perdues, et il faut qu’il étudie pendant dix autres années pour corriger les vices ou les lacunes de sa première éducation ; pour se débarrasser des notions fausses qu’il a reçues, des erreurs qu’il a glanées ça et là.
Alors il commence à voir qu’on ne lui a jamais présenté qu’un côté des questions que son intelligence devait approfondir ; qu’il a observé les faits, les évènements généraux de l’histoire d’un point de vue toujours rétréci, souvent erroné ; enfin il finit par se convaincre qu’il a été pendant dix ans le jouet d’une illusion, parcequ’on appliquait aux objets qu’on présentait à son examen des verres convexes ou concaves, selon qu’il était plus avantageux à une certaine catégorie d’intérêts de les grossir ou de les rappetisser.
Si cet homme a de l’énergie, il prendra courageusement son parti, dévorera les livres, se lancera dans de nouvelles routes, et réussira à agrandir son intelligence, à perfectionner son éducation et à rectifier ses notions : s’il n’en a pas, il trouvera la tâche trop forte, s’effraiera de ce qui lui manque,
Car il
désespèrera de lacquéiir, et se bornera à regretter stérilement
le temps perdu qui ne peut revenir, neme # plu Serait-ce exagérer, Messieurs, si j'affirmais que cette der- “4 trie nière catégorie présente quatre individus pour un de la pre- “ not mière ? “« ja | “ nos
—Mais me dira-t-on peut être, pourquoi tous ces reproches à « nos collèges ? Où en serions-nous si nous ne les &vions pus Pr eus ? ‘“ qui Messieurs, je n’adresse de reproches à personne, je ne fais 2 et d qu’apprécier la situation, que retracer des faits qne nous fair avons tous observés : je tâche seulement de les expliquer. Voi surtou J’admets volontiers que le clergé n’a pas pu faire beaucoup que q plus que ce qu’il a fait, Je sais qu’il ne peut pas se plier à quelqt toutes les nécessités sociales de l’époque actuelle ; je sais qu’il pouvoi n’est pas en son pouvoir de nous donner une éducation qui et reni soit en parfaite harmonie avec les idées modernes et les be- “ Nou: soins du pays, (car les idées modernes sont en contradiction nous avec les siennes ; les idées modernes, c’est la démocratie, “ influ dans l’ordre politique ; c’est l’indépendance de la pensée dans 4 flatte l’ordre moral. . .... cr l’indépendance de la pensée, le clergé \ “des ; Ja repousse; et la démocratie, il l’accepte quand il ne peut pas “ biens faire autrement, mais il ne l’aime pas :) je sais enfin qu’il ‘nous serait injuste de lui reprocher de ne pas entrer de pied ferme ‘6 auror dans la voie du progrès: car le progrès, c’est ce qu’il re loute Voilà le plus, à moins pourtant qu’il ne le dirige, et l’on sait Voilà quelle espèce de direction il lui donne, biens d Cep
Ce n’est donc pas à lui que jé reproche l'insuffisance de l’enseignement actuel. Puisque lui seul a créé jusqu’à présent des maisons d’éducation, à lui seul appartenait le droit de les régler ; et nous n’avons pas nous le droit d’exiger qu’il adopte entièrement nos idées, Puisque nous allons chercher lP’éducation qu’il donne, nous devons la subir. Nous ne pouvons pas lui demander d’entrer dans notre sphère quand nous allons volontairement le chercher dans la sienne.
tration «
Je maintiens donc que nous n’avons nullement le droit de demander au clergé de changer son systéme d’enseignement
érilement
cette derle lu pre-
éproches à .Vions pus
,je ne fais qne nous pliquer.
e beaucoup s se plier à je sais qu’il ucation qui set les bemtradiction démocratie, ensée dans e, le clergé ne peut pas enfin qu’il pied ferme w’il re loute 1 l’on sait
ffisance de usqu’à prénait le droit exiger qu’il ns chercher
ous ne pou-
quand nous
le droit de seignement
Car il ne nous l’impose pas ; (1) mais aussi nous avons pleinement celui de lui dire: “ Votre systême ne nous conY :t # plus ; il entrave notre développement intellectuel et indus- “triel ; il n’est pas adapté à notre situation politique, ni à # notre avenir national: au point de vue social, il n’est pas à “la hauteur de l’époque. Voila pourquoi, nous allons, por ‘ nos propres moyens en créer un autre, séculariser l'ensei- 4 gnement afin de nous affranchir de votre tutelle morale ; 4 doter une ou plusieurs universités avec les biens des jésuites, ‘€ qui n’ont servi jusqu’à présent qu’à exciter vos convoitises, ‘et dont le gouvernement responsable ne s’est servi que pour 4 faire de l’intrigue.”
Voilà ce que nous avons le droit de dire au clergé ; voilà surtout ce que nous devrions faire sans délai; voilà enfin ce que quelqu'un a déjà pensé à faire. Malheureusement ce quelqu'un était le chef d’une administration qui, arrivée au pouvoir sous les auspices du libéralisme. a menti à sa mission et renié son mandat, et ce chef d’administration s’est dit : “ Nous sommes au pouvoir : il est dans l’intérêt du pays que 4 nous y soyions aussi longtemps que possible : nous pouvons “ influencer le peuple au moyen du clergé si nous savons 4 flatter celui-ci: le clergé a l’espoir d’accaparer les biens ‘“ des jésuites, eh bien, influençons le clergé an moyen des “ biens des jésuites que nous ne lui donnerons pas, mais que ‘“ nous lui laisserons espérer d’obtenir ; et uvec cela nous ‘ aurons son appui cordial.??
Voilà, Messieurs, le calcul de l’administration actuelle !
Voilà pourquoi le projet de doter une université avec les biens des jésuites n’a pas été réalisé ! !
Ce projet est la seule idée un peu large en fait d’administration que le chef du cabinet actuel ait conçue, ou mieux, ait témoigné l’intention d’exécuter ; et ce projet a dû faire place à une intrigue de coterie ! !
On s’est dit: Si nous refusons au clergé les biens des jé- (1) Absolument, non ;
Mais relativement, oui, jusqu’à un certain point ; car le clergé n'aime pas les établissements laïques, sous le prétexte qu'ils ne sont pas assez religieux.
Il veut exercer son contrôle sur l'enseignement.
Et il est très possible que quand on voudra former des établisse-
ments laîques, le clergé conseille ou défende à la population de les fréquenter.
‘suites pour en doter une université dans laquelle l’ensei- ‘6 gnement ne sera pas sous son contrôle exclusif, le clergé ‘ criera, (comme s’il ne devait pas crier chaque fois que le ‘6 pays fera un pas sans sa permission) et notre influence sera 66 affaiblie d’autant ; eh bien, ajournons ce projet et laissons ‘6 sa réalisation à nos successeurs ; après nous le déluge.”
Ainsi, Messieurs, les membres de l’administration actuelle, en qui le pays a mis toute sa confiance, ont ajourné, en vue seulement de se maintenir au pouvoir, la fondation d’un établissement dont le pays a le plus grand besoin, qui imprimerai une immense impulsion à son progrès moral, et pour la dotation duquel les moyens étaient tout trouvés : et d’un autre côté ils ont habilement dupé le clergé ; car tout en lui laissant entre ,uir la possibilité que les biens des Jésuites lui fussent abandonnés, au moins en partie, ls s’amusaient dans le téte-à-tête, aux dépens de ceux dont ils excitaient les convoitises ! |
Sous des institutions sérieusement démocratiques, nos homres publics n’eussent très probablement pas fait passer avant leur devoir et les vrais intérêts du pays, le désir de capter l’appui du clergé, dont ils craignent aujourd’hui de froisser les instincts anti-démocratiques ; car soyez en bien convaincus, Messieurs, une fois les institutions républicaines définitivement établies en Canada, le clergé, même s’il a°’est pas républicain par goût, tâchera de le paraître, ou le sera par nécessité ; voilà pourquoi la réalisation d’une pensée démocratique qui le blesserait aujoui “hui, lui sera alors indifférente ; voilà surtout pourquoi, si nous avons encore le malheur de placer au pouvoir des hommes qui n’aient pas le courage de leur opinion, ces hommes ne craindront plus des foudres qui, même sous le régime actuel, ne sont redoutables qu’à ceux qui veulent bien en avoir peur.
Messieurs, j’ai essayé de vous démontrer :
1°. Que le système politique actuel était radicalement mauvais ; qu’il était condamné par la raison, par le droit naturel, par ses résultats généraux, par les hommes publics honnêtes,;—où au moins non hostiles au Canada,—de la Grande Bretagne :
- 2°, Que le Canada en était arrivé à force de sagesse pratique et de connaissances administratives à voir son budjet
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chargé d’une dette de plus de $18,000,000, somme qui représente presque le sixième de sa richesse générale : (1)
3°, Qu'il en était arrivé, à force d’expédients économiques, à voir la propriété plus obérée, pour ses dépenses publiques, qu’elle ne l’est aux Etats-Unis, et même en Angleterre pour le même objet:
4, Que le régime colonial nous coûtait beaucoup plus que l’indépendance ne nous coûtera :
5°. Que la dépréciation sans exemple de la propriété, l’état de stagnation extraordinaire des affaires commerciales et de l’industrie locale étaient le résultat d'rect du régime colonial sous lequel le progrès politique et intellectuel de la masse des habitants du pays a été beaucoup plus pénible et plus lent qu’il ne l’eût été avec les institutions Américaines :
(1) Par un acte passé et sanctionné à la session qui vient de finir, le gouvernement est autorisé à emprunter, sur le crédit de la province, avec la garantie du gouvernement impérial, une somme de $16,000,000 pour construire une pottion du chemin de fer de Halifax à Hamilton.
La dette totale du Canada est aujourd’hui de . . . $18,750,000
Nouvelle dette . . . . . . + . . . + . . 16,000,000
Total . . . . . . . 34,000,000
Cette somme formera 6-19mes, presque le tiers de la valeur totale de Ia propriété mobäière et immobilière du pays.
Néanmoins, M. le représentant du comté de Verchères a dit en Chambre et en toutes lettres le 26 août dernier, que même après cet emprunt de $16,000,000 la dette du Canada serait moins forte, relativeinent, que celle de la Pensylvanie !!
Or la dette totale de ia Pensylvanie est de , . % 40,000,000
La valeur totale de fa propriété . «+ . 600 ,000,000 Proportion de la dette avec la richesse publique T6 Pour le Canada, une dette de $#34,750,000 for-
merait, comme nous venons de le voir p is d’ . . 4
de la richesse publique Mais voyons maintenant quelle est, dans chaque pAys, la proportion avec la richesse générale, de l’excédant de la dette publique sur la valeur des propriétés productives de l’état.
Valeur des tra- Prop. avec vaux publics Excédant la richesse Propriété. de l’état. dela dette. publique.
Pensylvanie, %6500,000,000 32,00),000 8,000,000 #g Canada, 110,000,009 : 3,000,000 : 31,800,000 1% Et voilà comme on législate, en Ganada, avec connaissance de cause !!
Une pareille preuve de grossière ignorance donnée par un homme dont le bavardage est quelquefvis si insolent,. mérite qu’on s’y arrête.
6°. Que sans l’annexion ou au moins sans l’octroi par les Etats-Unis de la réciprocité commerciale, le pays n’avait aucune chance de voir sa posiiion s’améliorer :
7®. Que la loyauté, telle qu’entendue dans le sens politique était une de ces idées de convention, un de ces préjugés des temps d’ignorance, une de ces chimères ridicules inventées par le despotisme, que l’analyse et le raisonnement font évanouir :
8°. Que les institutions que l’Angleterre a imposées à ce pays n’étant qu’un misérable replâtrage de son systême aristocratique et constitutionnel, elles n’étaient pas applicables à nos besoins ni à notre position particulière, et cela pour deux raisons principales: lo. parceque le principe monarchique ou le principe aristocratique n’ont aucune base solide, même aucune racine possible dans notre état de société ; 20. parceque nos relations journalières avec les Etats-Unis nous démontrent tous les jours de plus en plus que les institutions républicaines sont les seules qui puissent nous mettre en état detenir honorablement notre pl ace, sur cette terre d'Amérique, dont le progrès est l’état normal ; et au milieu de populations auxquelles la liberté politique a fait prendre le pas sur nous :
9, Qu’à proprement parler, ÿ n’eristait pas, en Canada, de responsabilité gouvernementale, parceque la responsabilité ministérielle ne remontait qu’à des subalternes : et en effet là où le peuple n’est pas souverain, dans une colonie, en un mot, la responsabililé gouvernementale est un non-sens, la responsabilité ministérielle, une duperie.
10°. Que les institutions américaines étaient, sans aucune comparaison, les plus parfaites qui existent au monde, et les seules applicables à notre position particulière :
11°. Que le résultat de ces institutions avait été, pour les Etats-Unis, le développement moral et politique le plus complet, le progrès-social, industriel et commercial le plus rapide et le plus extraordinaire qui se soient jamais vus chez aucun peuple :
12©. Que l’annexion produirait au pays des bénéfices immenses sous tous l'es rapports : qu’elle ferait doubler de suite la valeur de la propriété ; qu’elle amènerait infailliblement Vutilisation des forces motric: 3 de nos rivières ; qu’elle don-
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nerait du prix à nos grains et ouvrirait à nos denrées en général de vastes débouchés :
13°. Qu’elle était le plus sûr et le plus puissant moyen de rendre nos canaux productifs :
14°. Qu’elle nous assurait l’acceptation immédiate de notre dette publique par le gouvernement fédéral et que conséquemment NOUS SERIONS DELIVRES POUR TOU- JOURS DU DANGER D’ETRE TAXES DIRECTEMENT :
15°. Que les institutions vraiment démocratiques nous offraient des garanties de bonne administration et de prospérité que nous ne pouvons jamais avoir sous le régime colonial :
16°. Que les institutions vraiment démocratiques mettraient fin à ce système de dégradation et d’avilissement qui a pesé sur le pays depuis dix ans: quiaflétri de si belles réputations ; qui a fait succomber tant d’hommes que nous nous honorions de compter parmi nos défenseurs et nos amis ; qui a perdu dans l’estime publique tous ceux qui ont cru pouvoir en tirer quelque chose ; qui, en un mot, a avili tout ce qu’il a touché :
17°. Que non seulement les institutions démocratiques seraient la consécration imprescriptible de nos droits naturels civils et politiques, que rien aujourd’hui ne garantit sûrement, mais qu’elles nous mettr aient à même de les préserver directement et par nos propres forces de toute atteinte quelconque :
18°. QU'ELLES SERAIENT LA PLUS SURE SAUVE- GARDE DE NOTRE NATIONALITE, COMME LE MEIL- LEUR REFUGE CONTRE L’INTOLERANCE RELI- GIEUSE :
19°. Qu’enfin, en nous incorporant avec les Etats-Unis, elle nous plaçait sur un pied d’égalité parfaite avec les plus puissantes nations du globe, pendant qu’aujourd’hui nous ne sommes rien autre chose que le marchepied de }’Angleterre :
Espérons, Messieurs, que ces considérations auront quelqu’effet sur les gens de bonne foi qui, n’ayant pas à leur portée tous les renseignements nécessaires, ont eu foi en l’intégrité des défenseurs du régime colonial, ont cru sincèrement à l’efficacité, pour le bien, d’un systême qui n’était destiné qu’à produire le mal, et qui était trop habilement conçu pour manquer son but; et qui enfin, à force d’entendre et de
lire des diatribes inspirées par la plus évidente mauvaise foi, ont cru au danger de l’application au Canada des institutions républicaines.
Espérons que les gens de bonne foi sentiront que sous la constitution anglaise rien n’est assuré, parceque rien n’est défini ; que les droits des gouvernés et les devoirs des gouvernants, au lieu d’être explicitement fixés et prescrits, étant au contraire abandonnés à l’appréciation capricieuse et intéressée de ceux-ci, nous ne savons, en quelque sorte, ni ce que nous avons à craindre, ni ce que nous avons, par la constitution, le droit d’exiger.
Espérons que les gens de bonne foi sentiront qu’avec l’institution des gouvernements responsables, telle qu’on nous l’a imposée et telle que nos prétendus amis l’ont fait fonctionner, nous n’avons d’autre garantie que le bon vouloir des hommes au pouvoir ; or une telle garantie est plus qu’illusoire ; les huit dernières années l’ont assez prouvé.
En politique toute garantie purement personnelle est une absurdité, ou un danger, ou un mensonge : d’abord parcequ’un homme n’est jamais infaillible ; en second lieu parceque cet homme, dût sa conscience être inébranlable, peut mourir d’un instant à l’autre ; enfin parceque jamais un homme ne peut régler à son gré le présent, ni prévoir l’avenir, et que, comme ie disait Mr. De Taileyrand, “il y a quelqu’un qui aura tou- 66 jours plus d’esprit que tous les rois ou ministres présents, ‘ passés ou futurs, et ce quelqu’un, c’est tout le monde.??
Rien ne démontre mieux la totale insuffisance des hommes qui sont aujourd’hui au ministère, que leurs constants efforts pour augmenter leurs pouvoirs et les détails de leurs attributions, en un mot pour centraliser en eux seuls toute l’action du gouvernement, sous le prétexte qu’ils n’en abuseront pas et qu’il en résultera du bien; car des libéraux vraiment éclairés auraient profité de leur séjour au pouvoir pour lier autant que possible les mains des ministres, pour restreindre autant que possible les prérogatives de la couronne, et pour étendre d’autant les privilèges de la législature. Des hommes vraiment éclairés auraient compris que faire dépendre le sort d’un peuple de l’habilsté, de l’existence ou de l’honnêteté d’un individu, était, en politique, un acte d’aberration men-
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tale ; mais ils n’ont pas compris cela, parcequ’à côté de la prétention se trouve d’ordinaire la nullité, qui lui sert d’antidote.
Messieurs, le sujet que j’ai entrepris de traiter aurait exigé . des volumes : je n’ai fait, pour ainsi dire, qu’en esquisser les principaux traits. Il reste beaucoup de choses à dire encore, car le cadre restreint dans lequel j’étais obligé de me renfermer, m’a forcé de négliger beaucoup de raisons très concluantes, beaucoup de faits et de détails importants, beaucoup de questions pleines d’intérêt et d’actualité.
Si mon travail peut provoquer un commencement d’études, sur cette importante question, j’aurai atteint mon but, car j’ai la conviction sincère que personne n’étudiera, sans préjugés, le sujet que j’ai traité, sans devenir un Zzélé partisan de l’annexion.
Il n’est pas possible qu’en Canada, un homme d’un esprit droit, qui n’a ni antécédents à défendre, ni fautes à couvrir, ni ambition sordide à satisfaire, se déclare, de propos délihéré, l’ennemi de la démocratie Américaine ; cela n’est pas dans la nature.
Je n’ai pas le moindre doute que ceux qui croient le système actuel bon, ne le croient tel que parce qu’ils ne connaissent pas assez les institutions Américaines. Qu’ils les étudient, et ils se convaincront de suite de leur immense supériorité. Leurs craintes passées, leurs incertitudes actuelles feront place à des convictions inébranlables.
Entre la liberté et la dépendance ; entre la grandeur nationale et le joug de l’étranger ; entre le bien-être et le malaise social ; entre le progrès et la décadence ; entre le vrai et le faux ; entre le juste et l’injuste ; entre le bien et le mal, PERSONNE N’HESITE QUE CELUI QUI IGNORE.