‹ Six lectures sur l'annexion du Canada aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 35 sur 37 · EG LACS BR · texte numérisé non relu

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Est-ce là, Messieurs, ce que l’on appelle de la tolérance ?

Eh bien, des protestations d’assemblées publiques ne formant pas la loi du pays, les catholiques d'Angleterre maintiennent leur nouvelle hiérarchie, parceque les lois ne la condamnent pas, parceque le cri de lintolérance n’impose des obligations à personne, parcequ’ils se considèrent pour ainsidire, à l’abri des attaques en se plaçant sous l’égide de leur droit naturel ; enfin parcequ’ils espèrent voir une effervescence aussi déraisonnable se calmer peu-à-peu: mais par malheur, sous notre heureuse constitution, on n’est pas quitte à aussi bon marché. Voilà que le premier ministre s’en mêle, propose une loi d’intolérance, et cette loi, après quelques difficultés, passe à une forte majorité !! Devant le parlement Anglais, les droits, la justice, le bon sens sont moins que rien et l’expédience est tout.

Tout cela ne prouve pas, je le sais bien, que ie catholicisme, en Canada, soit exposé à des attaques directes de la part du gouvernement métropolitain ; mais cela prouve encore beaucoup moins que la nation et le gouvernement Anglais soient remplis de sympathies pour le catholicisme. Le gouvernement n’attaquera pas, je l’admets ; mais supposons,

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cite, quelque jour, une mauvaise chicane, dans le genre de celle que l’on a faite à la nouvelle hiérarchie catholique anglaise, chicane ridicule, que l’on peut très proprement qualifier de querelle d’Allemands ; quels seront nos juges, tant que nous serons colons anglais ? Précisément ceux qui, en plein XIXme siècle, ont fait de l’intolérance en parole et en action ; ceux qui ont abusé de leur pouvoir jusqu’à violer la

plus sainte de toutes les libertés !

De ce qu’il est très improbable que le gouvernement anglais ne commettra pas, contre le catholicisme, des actes d’agression directe, il ne suit pas que les individus, ou les diverses communions protestantes n’en commettront jamais. Si le cas arrive où est notre sauvegarde ?

La constitution ? Il n’en existe pas pour le Parlement anglais ! ! Son pouvoir n’a aucunes bornes ! Il est impossible de lui définir une limite! Le Parlement an:lais jouit d’un pouvoir despotique ! Rien ne le lie ! Rien ne l’arrête! Qu’il soit expédient de commettre la plus atroce immoralité politique, il la commettra sans hésiter, car il n’est lié ni par une constitution écrite, ni par les droits d'autrui ; la coutume est qu’il soit tout puissant ! ! Maintenant peut-on croire que, dans le cas de dissentions religieuses en Canada, l’Angieterre sera beaucoup plus tolérante, beaucoup plus juste envers nous Canadiens-Français qu’elle ne l’a été vis-à-vis d’une portion d’elle-même, les citoyens catholiques anglais ?

Peut-on croire qu’elle sera beaucoup plus indulgente envers des étrangers qu’envers son propre sang ? Cela serait déraisonnable !!

Avec l’annexion toutes ces possibilités d’aujourd’hui s’évanouissent ! Tous ces dangers tombent dans le domaine de de l’impossible,

Sous les institutions américaines, aucune autorité civile ou politique ne peut s’immiscer dans les affaires religieuses! La constitution fédérale est expresse sur ce point : et le Congrès est soumis à la constitution.

De la part des individus ou des sectes, les agressions sont bien absolument possibles, mais comme celles-ci ne peuvent Jamais compter sur l’aide du gouvernement, même si elles avaient ses sympathies, les dangers <-ni beaucoup moindres. D’ailleurs les préjugés contre le catholicisme sont loin d’être aussi forts daus les Etats-Unis qu’en Angleterre ; car ils ne prennent pas aussi immédiatement leur source dans les anciennes guerres de religion. Les souvenirs de localités, et et conséquemment les récriminations et les haines qu’ils suscitent et entretiennent y sont à peu prés disparus. De bons rapports constants entre les catholiques et les protestants, la conviction intime que tous ont les mêmes droits, la certitude absolue que les lois donneront égale protection aux uns et aux autres ont fait disparaitre tout désir, comme toute possibilité de collision.

Dans toutes les parties des Etats-Unis, des souscriptions généreuses, considérables ont été faites, parmi les protestants

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des diverses commuünions, pour contribuer à l’érection d’églises catholiques, Cela s’est vu dans toutes les villes un peu étendues où la population catholique était pauvre ; et nommément à Burlington, à Albany, à Troy, à Rochester, à Buffalo. C’est à Rochester, je crois, qu’une somme de $5,000 a été souscrite par un seul protestant pour la construction de l’église catholique. Ceux qui ont suivi le Freemen’s journa] de New-York y ont vu le récit de beaucoup d’actes semblables de libéralité et de tolérance religieuse !

Sans doute, ces dons généreux n’étaient pas un hommage aux doctrines ; mais ils étaient faits dans le but de fournir aux catholiques qui en étaient privés les secours religieux, parcequ’on les regardait comme un des plus puissants moyens de moralisation que l’on pût employer. Qu’elle qu’en soit la raison, le fait est infiniment rassurant,

L’incendie du couvent de Char leston, il y a quelques années, ne prouve rien, Car les émeutes se font toujours à propos des prétextes les plus futiles, et celle-là, particulièrement, n’était pas l’eflet direct de l’intolérance.

A Rome même, des émeutes ont eu lieu souvent, des violences graves ont été commises par la populace contre les cardinaux, les couvents et les moines! Ce n’était pourtant pas la haine contre le ca‘holicisme qui inspirait les émeutiers. Que conclure de cela? Que dans toutes les grandes villes, les émeutes sont assez souvent incontrôlables pendant quelques heures, et qu’il n’est pas toujours facile de les prévoir ou de les réprimer. Mais quand une fois l’émeute repoussée, la loi reprend son empire, et que les coupables sont punis, et que ceux qui ont souffert sont indemnisés avec justice, il n’est plus honnête de répéter la même accusation contre les individus, ou les institutions d’un pays. Ainsi, à Charleston, les émeutiers ont été punis ; les sœurs ont été amplement indemnisées, pourquoi donc citer opiniâtrement ce fait à la charge des Etats-Unis ?

Cela ne prouve rien autre chose qu’un manque absolu de bonne foi chez ceux qui s’en servent uniquement pour exciter les préjugés !

Ici encore je vais citer en ma faveur une opinion non suspecte, celle du révérend M. Chiniquy, qui écrivait il y a deux

ans, à son retour des Etats-Unis : ‘ qu’il était absolument “ faux que l’exercice du culte catholique y fut gêné en aucu- “ pe manière, y fut même vu d’un mauvais œil ; et qu’il n’y “ courait aucun danger quelconque d’aggression sérieuse. ”?

Enfin Messieurs, après l’annexion nous aurons non seulement les plus amples moyens de défense par la constitution, les lois et la nature des institutions ; mais nous aurons dans nos propres mains tous les moyens de défense possibles, même ceux de résistance physique, et nous en aurons seuls le contrôle hors le cas de guerre étrangère.

Un article de la constitution de l’état de New-York contient la clause suivante,—et il en est de même dans tous les états de l’Union.

LA MILICE DE L’ETAT DEVRA TOUJOURS ETRE « ARMLE, DISCIPLINEE, ET PRETE AU SERVICE !!

Messieurs, avec une semblable disposition qu’aurons-nous à craindre? Nous avons aujourd’hui une milice, mais à quoi sert-elle ? La discipline-t-on? Lui permetträit-on de s’armer ? Non, Messieurs, on ne verrait pas plutôt un régiment de milice canadienne complètement équippé, qu’on en prendrait de l’alarme !

Le gouvernement sait encore mieux que nous, que si, en 1837 chaque habitant du pays eût eu son fusil, nous saurions aujourd’hui, par expérience, que les institutions américaines valent mille fois mieux que le régime colonial !

Quand nous aurons pour nous la constitution et la loi, tous les moyens de défense possibles, légaux, physique et moraux, il y aura alors certitude que nos droits seront toujours respectés, car personne n’aura le pouvoir et par conséquent le désir de les violer; aujourd’hui nons n’avons aucune de ces garanties.

Maintenant, Messieurs, ne trouvez-vous pas que parmi toutes les singularités que nous avons vu pulluler depuis trois ans, celle du changement de rôle, de position relative qui s’est opérée dans les partis, mérite quelqu’attention ?

N'est-ce vas un fait très remarquable que l’attitude actuelle de la population çanadienne,—ou au moins de ceur qui la représentent dans la législature provinciale, —sur la question de l’émancipation du pays ?

Car enfin que voyons-nous aujourd’hui ? D’un côté presque

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tous ceux de NOS CHEFS qui en 1837 regardaient l’émancipation comme un moyen infaillible de prospérité et de progrès devenus rétrogrades et se cramponnant à la domination anwlaise comme un affamé à un buffet bien garni ; de l’autre, la partie la plus saine de la population anglaise qui, én 1837, nous combattait de tout son pouvoi et voulait à tout prix maintenir la connexion avec l’Angleterre, entrant délibéremment dans la voie que nous lui avons tracée et demandant Panuexion aux Etats-Unis.

Nous nous laissons déborder de toutes parts par nos anciens rdversaires !

Nous faisons du progrès à la mode des gouvernements italiens !

Ce sont ceux que l'Angleterre à toujours géfés, pour ainsidire, qui comprennent que le temps de la séparation est arrivé ; ce sont ceux qu’elle a de tout temps maltraités et insultés qui lui prodiguent de sales protestations de loyauté !

N'est-ce pas là la preuve la plus évidente que le gouvernement responsable nous a dégradés, au point de vue du sentiment national ?

Si nous avions eu au pouvoir, il y a deux ans, des hommes un peu plus forts, ou plutôt un peu moins nuls, ils auraient pu faire à la population Canadienne la plus magnifique position. Sans prendre la direction immédiate du mouvement annexionniste, ils se fussent empressés d’en profiter pour faire sentir à l’Angleterre que les préjugés locaux étaient disparus, que l’opinion avait marché !

Un semblable mouvement venant de la population Canadienne seule n’eût pas manqué d’irriter profondément le peuple Anglais; venant des deux populations simultanément, il était la preuve la plus décisive que l’esprit de désañlection n’en était pas la seule cause.

L’adhésion de la population anglaise nous donnait, en droit, gain de cause, en Angleterre, dans ce long procès dont les malheurs de 1838 n’avaient qu’ajourner la solution. Nous devenions forts non seulement de toutes les raisons actuelles, mais de toutes les raisons d’autrefois, dont la justesse était tacitement reconnue par une partie adverse et toujours passionnée contre nous.

Les événements venaient au devant de nous, en quelque

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